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Les biobanques : quelles reconfigurations pour le vivant ?

Biobanks: what reconfigurations for the living? Interdisciplinary and comparative approaches

Approches interdisciplinaires et comparatives

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Publié le mercredi 09 décembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Les organismes vivants recèlent de nombreux éléments modifiables, reproductibles et conservables, qui sont les supports de pratiques scientifiques, médicales, agricoles, industrielles. Les « ressources biologiques » jouent, et sont appelées à jouer, un rôle croissant au sein d’une « bio-économie » qui se développe autour de l’usage de matériaux de diverses origines (humaines, animales, végétales, microbiennes). Dans ce contexte, il convient d’être attentif au fait que ces ressources sont moins des entités toutes faites que des produits élaborés par l’activité humaine en vue de finalités variant selon les contextes culturels et économiques. En portant l’attention sur les biobanques, nous souhaitons explorer la diversité des modalités de reconfiguration du vivant qui sont à l’œuvre dans ces pratiques de production et de mise en circulation. 

Annonce

Pépinière interdisciplinaire CNRS-PSL « Domestication et fabrication du vivant »

12 & 13 Mai 2016

Argumentaire

Les organismes vivants recèlent de nombreux éléments modifiables, reproductibles et conservables, qui sont les supports de pratiques scientifiques, médicales, agricoles, industrielles. Les “ressources biologiques” jouent, et sont appelées à jouer, un rôle croissant au sein d’une “bio-économie” qui se développe autour de l’usage de matériaux de diverses origines (humaines, animales, végétales, microbiennes). Dans ce contexte, il convient d’être attentif au fait que ces ressources sont moins des entités toutes faites que des produits élaborés par l’activité humaine en vue de finalités variant selon les contextes culturels et économiques. En portant l’attention sur les biobanques, nous souhaitons explorer la diversité des modalités de reconfiguration du vivant qui sont à l’œuvre dans ces pratiques de production et de mise en circulation. Les biobanques sont en effet des espaces – centralisés ou, au contraire, disséminés – qui « travaillent » le vivant en réalisant une multitude d’opérations (classer, stocker, faire circuler, rendre disponible, etc.) qui inscrivent ces institutions au centre d’un réseau mettant en relation divers acteurs sociaux. Prolongeant cette transformation technique des biomatériaux – qui joue sur leur (re)qualification ontologique –, les biobanques ont également un rôle de connecteur, participant à un processus de socialisation du vivant et de ses composants (Milanovic 2008). Au lieu d’aborder les biobanques comme des simples instruments et de les traiter comme des boites noires dont le fonctionnement interne serait laissé dans l’ombre, ce colloque invite à proposer des communications qui se penchent sur le travail effectif de production du vivant dans des espaces socialisés.

En décidant de ne pas assigner les biobanques à un règne particulier et en élargissant l’enquête à des contextes impliquant des éléments humains, animaux, végétaux ou microbiens, ce colloque souhaite comparer les similitudes et les différences qui apparaissent dans des domaines souvent structurés de manières distinctes afin de saisir certains enjeux transversaux communs à la manipulation des êtres vivants et des biomatériaux. Pour ce faire, on suggère de privilégier des approches dynamiques mettant l’accent sur les processus, afin d’envisager ces phénomènes à partir d’un développement temporel qui fait apparaître une séquentialité et une pluralité d’agents. Appréhender ainsi la chaîne de mise en banque du vivant, de l’entité vivante jusqu’aux actions qui engagent des collections ou des fragments de collection, c’est se donner la possibilité de saisir la complexité et l’hétérogénéité de l’activité d’une biobanque et qui est loin de se réduire à du stockage associé à des enjeux marchands et éthiques. Comment s’organisent les chaînes opératoires de mise en banque du vivant? Quels sont les obstacles récurrents à la réussite de ces entreprises? Quelles sont les spécificités liées à la mise en banque d’entités vivantes d’origines humaine, végétale, animale ou autres ? Quelles transformations le vivant subit-il dans le cours de ces actions? Comment de nouveaux pouvoirs et valeurs lui sont-ils conférés à mesure que s’établissent de nouveaux circuits de distribution et de nouveaux marchés pour les ressources biologiques?

La notion de processus offre par ailleurs la possibilité d’affiner la compréhension du vivant, au lieu de l’aborder comme s’il s’agissait d’un phénomène unitaire. Canguilhem proposait d’envisager la vie comme un “ordre de propriétés” ; dans le même ordre d’idées, il s’avère pertinent de parler de processus vitaux pour préciser les phénomènes spécifiques (reproduction, croissance, régénération, dégénérescence) sur lesquels les humains s’interrogent ou exercent leurs actions. Un des enjeux du colloque sera de saisir comment ces divers processus vitaux se trouvent enchâssés dans des processus techniques spécifiques mis en place par les biobanques. À travers ces imbrications, on souhaite analyser les redéfinitions du vivant qui sont en jeu, mais aussi les représentations inédites (visuelles, sémantiques, etc.) qui se développent chez les scientifiques et dans la société civile autour de la molécularisation du vivant (Rose 2007), de la vie liminale (Squier 2004), ou de la vie envisagée comme un « surplus » (Cooper 2008).

Pour travailler ce questionnement, nous invitons à des approches interdisciplinaires et comparatives (entre règnes mais aussi entre différents ensembles géographiques) afin de cerner ce que les biobanques font au vivant. Interdisciplinaires, parce que c’est à l’intersection de différents champs socio-techniques que se jouent les reconfigurations qui intéressent ce colloque et parce que tout savoir est lui-même partiel et situé. En ce sens, travailler à plusieurs disciplines sur le même objet d’étude, c’est multiplier les angles de lecture et les croisements d’analyse, propices à faire jaillir les combinatoires inhérentes aux processus de re-configuration. Comparatives, car la biologie est tout aussi globale que locale. Façonnés par une communauté scientifique internationale – elle-même travaillée par des problématiques locales (infrastructures, politiques, idéologies, et.) – les savoirs de la biologie sont déployés localement, dans des espaces socio-culturels où les processus en jeu sont pourvus de logiques diverses non réductibles à des connaissances générales. Des propositions de communications sont donc attendues de la part de chercheur(e)s issues de disciplines liées aux sciences de la vie, sciences biomédicales, sciences sociales – étudiant l’humain, l’animal, le végétal, les micro-organismes. Des témoignages de responsables de biobanques ou de dispositifs liés aux biobanques sont également bienvenus. Enfin, des restitutions d’expériences de mise en banque et d’utilisation du vivant en diverses aires géographiques sont aussi attendues.

Modalités de soumission

Envoyez vos propositions à Fabien Milanovic (Fabien.Milanovic@supbiotech.fr) et Noémie Merleau-Ponty (noemiemp@gmail.com).

Remise des titres et résumés : 15 janvier 2015

Réponse des organisateurs : 15 février 2016

Modalités de sélection

La sélection des propositions sera assurée par les organisateurs, qui sont aussi organisateurs scientifiques de cette conférence :
  • Fabien Milanovic (Sup’Biotech)
  • Noémie Merleau-Ponty (EHESS)
  • Perig Pitrou (CNRS/LAS)

Dates

  • vendredi 15 janvier 2016

Mots-clés

  • biobanque, ressource biologique, vivant

Contacts

  • Fabien Milanovic
    courriel : Fabien [dot] Milanovic [at] supbiotech [dot] fr

Source de l'information

  • Fabien Provost
    courriel : provost [dot] fabien [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les biobanques : quelles reconfigurations pour le vivant ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 09 décembre 2015, http://calenda.org/349857