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Alexander von Humboldt : l'intuition écologique

Alexander von Humboldt: ecological intuition

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Publié le jeudi 10 décembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Il s'agit d'un appel à contributions pour trois demi-journées d'études interdisciplinaires sur Alexander von Humboldt et sa pensée de l'environnement et de l'écologie. Les communications attendues peuvent aussi bien aborder la question d'un point de vue épistémologique, sous l'angle de l'histoire des sciences de la nature et de la géographie, que d'un point de vue littéraire, en traitant du type d'écriture qui permet à Humboldt de construire son exposé du « Cosmos ». Des mises en relation avec d'autres géographes et penseurs du XIXe siècle sont les bienvenues, de même que les ouvertures sur l'écriture du paysage dans les sciences humaines et la littérature du XIXe siècle.

Annonce

Dates : jeudi 13 et vendredi 14 octobre 2016

Lieu : Centre de ressources J. Seebacher, 2e étage bât. A, Grands Moulins, Université Paris Diderot, 5 rue Thomas Mann, 75013 PARIS.

Argumentaire

De l’Essai sur la géographie des plantes (1805) au monumental Cosmos, essai de description physique du Monde, publié en allemand entre 1845 et 1862, Alexander von Humboldt s’impose comme une figure majeure de la science du premier XIXe siècle. Ces deux journées d’études se proposent d’interroger à nouveau cette œuvre protéiforme, à la fois tout entière ancrée dans l’esprit encyclopédique du XVIIIe siècle, dans lequel Alexander von Humboldt fut formé, et novatrice dans sa manière d’envisager le Monde et la Nature. On trouve, en particulier, chez Humboldt, une volonté de mettre en relation dans l’espace, les êtres vivants – les végétaux, tout d’abord – et les conditions qu’ils rencontrent dans les lieux dans lesquels ils vivent. Comme tel, il apparaît comme le principal précurseur à la fois de la pensée géographique contemporaine, et de l’écologie, dont il fonde le raisonnement, plusieurs dizaines d’années avant qu’Ernst Haeckel ne crée le néologisme (1866).

Les interventions et les débats seront organisés en trois ou quatre demi-journées autour des thèmes suivants :

De la géographie des plantes à la biogéographie et à l’écologie végétales :

En fondant la Géographie des Plantes dans son discours prononcé en 1805 à l’Académie des Sciences de Paris à son retour de son voyage dans les Amériques « équinoxiales », Alexander von Humboldt souhaitait montrer que la composition botanique variait en fonction des conditions de température, d’humidité, d’ensoleillement ou de sol. S’il n’est pas le premier à échafauder ce lien écologique entre les communautés végétales et les conditions du milieu, il est sans nul doute celui qui l’exprime le plus clairement, en particulier dans l’organisation spatiale de la biosphère qu’il esquisse, autour des zones bioclimatiques et de l’étagement en montagne. La filiation conduit ainsi depuis Humboldt vers la Géographie botanique raisonnée d’Alphonse Pyrame de Candolle (1855), vers August Grisebach (Die Vegetation der Erde nach Ihrer Klimatischen Anordnung, 1872) et vers les essais de nomenclature phytogéographique que cherchèrent à construire Charles Flahault et Carl Schröter au gré des congrès de botanique du tournant des XIXe et XXe siècles.

De l’inventaire des lieux, des objets et des phénomènes à la lecture de l’espace géographique :

L’œuvre d’Alexander von Humboldt marque une rupture dans la manière de concevoir la géographie. Inspiré par les conceptions développées par Kant dans ses enseignements de géographie physique, mais radicalement différent dans sa pratique du voyage et de l’observation scientifique de terrain du voyageur immobile de Königsberg, Humboldt rompt avec une géographie réduite le plus souvent à la cartographie et à l’inventaire des lieux et de leurs richesses. En mettant en relation entre eux ces lieux, les êtres vivants qui les habitent et les sociétés humaines qui les organisent, Humboldt pose les bases du raisonnement géographique moderne, tel qu’il se déploiera ensuite au XIXe siècle, notamment en France et en Allemagne.

Les formes de la Nature - le paysage chez Humboldt :

Frappé par la diversité des formes des végétaux et parfois leur étrangeté – il est ainsi marqué, le long des versants de la montagne andine, par les fougères géantes, les lobélias ou les séneçons arborescents –, Humboldt a développé dans ses Tableaux de la Nature (1808), une théorie qui accorde aux paysages végétaux une signification écologique, qu’il s’efforcera de préciser dans ses œuvres ultérieures.

Pour réaliser cet objectif, Humboldt appelle la science et l’art pictural à unir leurs efforts pour représenter la Nature avec une évidente simplicité :

« Qu’il serait intéressant et instructif, pour le peintre de paysages, l’ouvrage qui représenterait les formes principales de végétation, d’abord isolées, puis en contraste les unes avec les autres. […] C’est à l’artiste qu’il appartient d’anatomiser ces groupes eux-mêmes ; sous sa main, le grand tableau de la Nature se décomposera en quelques grands traits simples ; comme dans tous les écrits des hommes, tous les mots se résolvent en quelques caractères primitifs. » (in Tableaux de la Nature, 1808)

Cette conception qui apparente fortement la biologie et l’art est reprise tout au cours du XIXe siècle, notamment par Haeckel (Kunstformen der Natur, 1899-1904) et par les paysagistes, lorsque l’urbanisme a fait appel à eux pour développer les parcs et jardins publics.

L’écriture de la science chez Humboldt

La réflexion géographique et naturaliste de Humboldt semble indissociable d’une réflexion esthétique et d’une pratique littéraire, qui le conduisent notamment à élaborer son Cosmos comme une œuvre concentrant et mettant en évidence la totalité qu’implique la notion d’univers. L’exploration des procédés qui sous-tendent ce geste indissociablement artistique et scientifique s’impose : au-delà de sa dimension encyclopédique, la pensée de Humboldt réfléchit aux moyens, non seulement de comprendre, mais de figurer et de mettre en œuvre ce tout qu’est la nature. 

Comme y invite le propos même de Cosmos, des rapprochements avec la littérature descriptive, la peinture de paysage, mais aussi les mises en scène romantiques de la nature (serres, jardins…) et de l’univers (dioramas, cosmoramas…) seraient les bienvenues.

Modalités de soumission

Les propositions de communication devront parvenir aux organisateurs avant le 31 janvier 2016.

Organisateurs : Équipe Pléiade (Paris XIII) et Équipe Cérilac (Paris Diderot), dans le cadre du programme « Humanités romantiques » (USPC)

Contacts : centreseebacher@univ-paris-diderot.fr, alexandre@univ-paris13.fr,  paule.petitier@univ-paris-diderot.fr

Comité scientifique

  • Frédéric Alexandre, EA Pléiade, Université Paris XIII
  • Sébastien Velut, Université Paris III, CREDA - UMR 7227
  • Paule Petitier, EA LAC, Paris Diderot
  • Jean-Louis Tissier, UMR Géographie-Cités

Lieux

  • Centre de ressources J. Seebacher, 2e étage, bâtiment A - Grands Moulins, université Paris Diderot, 5 rue Thomas Mann
    Paris, France (75013)

Dates

  • dimanche 31 janvier 2016

Mots-clés

  • Humboldt, écologie, paysage, style scientifique, pensée géographique

Contacts

  • Paule Petitier
    courriel : centreseebacher [at] univ-paris-diderot [dot] fr
  • Frédéric Alexandre
    courriel : alexandre [at] univ-paris13 [dot] fr

Source de l'information

  • Paule Petitier
    courriel : centreseebacher [at] univ-paris-diderot [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Alexander von Humboldt : l'intuition écologique », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 10 décembre 2015, http://calenda.org/349943