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Défilages : genre et art textile aujourd’hui

Unravelling: gender and textile art today

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Publié le jeudi 10 décembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Le colloque multidisciplinaire francophone Défilages proposera une réflexion sur les multiples utilisations artistiques du textile, dans une perspective d’étude de genre. Longtemps confidentiel et considéré comme un « art de dames », l’art textile s’appuie aujourd’hui sur une créativité sans cesse renouvelée et une réflexion aigüe. Devenu le lieu d’un questionnement intersectionnel – utilisé pour revisiter l’histoire, la société, les rapports socio-politiques et les questions de genre – l’art textile offre différentes possibilités que nous interrogerons.

Annonce

Argumentaire

Dans son livre emblématique, The Subversive Stitch – Embroidery and the Making of the Feminine (paru en 1984 et réédité en 2010 chez I.B. Tauris), la théoricienne Rozsika Parker revient sur le lien naturel qui existerait entre la broderie et les femmes, et qui cacherait en réalité les facteurs socio-politico-économiques complexes qui les ont liés depuis le Moyen Âge. Dans le chapitre final, elle pose la question de la nature essentielle de cet art textile : « a naturally revolutionary art? ». Écartant l’hypothèse d’un ancrage uniquement domestique de ces pratiques, elle l’ouvre à d’autres perspectives – publiques cette fois – transformant du même coup la relation de la femme à l’art et à la société : « Limited to practising art with needle and thread, women have nevertheless sewn a subversive stitch – managed to make meanings of the their own in the very medium intended to inculcate self-effacement ».

Dans ce texte fondateur, Parker considère la broderie comme une façon de construire un manifeste personnel (selon l’idée de Christine Risley, « Creative Embroidery », 1967) et plutôt confidentiel ; mais elle met également en avant sa capacité à rendre confuses les lignes entre art individuel et art collectif (notamment au travers du fameux The Dinner Party de Judy Chicago en 1979). Elle y souligne aussi ses utilisations politiques : des suffragettes dans les années 1910 en Angleterre, au Mouvement de Libération des Femmes dans les années 1970, jusqu’au AIDS Memorial Quilt qui ne cesse d’être exposé aux États-Unis depuis sa création en 1987.

D’autres réflexions ont prolongé et retravaillé ces perspectives, élargissant le propos aux applications diverses et complexes d’un art textile – pratiqué aussi bien par des femmes que des hommes – qui inclurait la broderie, la tapisserie, le tricot, le tissage, etc. mais aussi toutes les métamorphoses textiles artistiques. Ceci est souligné par David Revere McFadden dans Radical Lace and Subversive Knitting de David Revere McFadden (Museum of Arts and Design, 2007/2008) qui s’interroge : « How does something as innocent and harmless as knitting became subversive ? How can lace serve radical ends? ».  La question est donc toujours d’actualité : l’art textile est-il encore un art naturellement révolutionnaire ?

Des artistes de l’avant-scène artistique jusqu’à la production artistique sortant des écoles, l’art textile est aujourd’hui devenu incontournable. Sortant de la confidentialité de ces pratiques, cet art est devenu visible, omniprésent à un niveau national et international dans le monde de l’art. Si les créations d’artistes comme Louise Bourgeois, Tapta ou encore Marianne Berenhaut s’inscrivent d’abord dans la lignée d’une revendication féministe, une évolution se dessine. Les gestes de tisser, de broder, de coudre, mais aussi d’utiliser le vêtement dans des pratiques performatrices, se retrouvent dans le travail d’un nombre impressionnant d’artistes, culturellement diversifiés mais toujours préoccupés par des questions de genre. Élargissant le champ des pratiques et les redynamisant de façon parfois surprenante, ces œuvres sont loin de l’association restrictive à un « art des dames » voire un « art domestique » auquel l’art textile a trop souvent été relégué. L’exploration de ce territoire permet à présent de mêler diverses questions liées au genre, à l’intime, à l’économique, voire du géopolitique. Les exemples se bousculent : images pornographiques brodées chez Ghada Amer, dessus-de-lit biographiques de Tracy Emin, broderies palestiniennes sur tissu chez Mona Hatoum, cartes géographiques et démographiques du conflit syrien par Tiffany Chung, fluctuations du marché économique mondial retranscrit par des pratiques de broderies ancestrales chez Maja Bajevic, jusqu’à l’installation Clothes for the Demonstration against false election of Vladimir Poutin (2011-2015) de Gluklya (Natalya Pershina et Yaki Manskaya). Se dégagent également des performances où le vêtement prend une place symbolique et primordiale, de Marina Abramović à l’artiste turque Nezaket Ekici. La scène francophone (belge, française, québécoise) n’est pas en reste comme le démontrent entre autres les exemples de Tatiana Bohm, Fanny Viollet, Élodie Antoine ou Stephan Goldrajch.

Très loin des stéréotypes, ces exemples contemporains – tout en offrant un prolongement à des pratiques ancestrales – s’appuient une réflexion aigüe et une créativité sans cesse renouvelée. S’appropriant le textile pour revisiter l’Histoire, la société, les rapports sociaux et politiques, cet art est ainsi devenu le lieu d’un questionnement intersectionnel qui soulève le voile féministe sous lequel il avait été longtemps refoulé.

Ce colloque multidisciplinaire francophone cherchera à être le lieu d’une réflexion sur ces utilisations artistiques multiples du textile ; l’art textile est-il toujours un « art naturellement révolutionnaire », et si oui, pourquoi et comment exprime-t-il cette dimension aujourd’hui, aussi bien au niveau des œuvres, que des artistes, des curateurs, voire des critiques ? Lors de ces journées, qui s’inscrivent explicitement dans une perspective d’étude de genre, il s’agira de s’interroger à la fois sur :

  • les pratiques artistiques contemporaines que couvre cette idée du textile.  
  • les raisons de la visibilité contemporaine d’un tel phénomène.
  • la spécificité d’un discours toujours genré par rapport à cette expression artistique.

Modalités de soumission

Cet appel à communication s’adresse essentiellement à des doctorant(e)s. Les propositions doivent comprendre un abstract de 2000 signes maximum, un bref CV (5 lignes maximum) ainsi qu’une description des axes de recherches et/ou d’enseignement en rapport avec le genre. Toutes les propositions de communication doivent être envoyées à Anaëlle Prêtre (colloque.defilages.ulb@gmail.com)

avant le 4 janvier 2016.

Le colloque aura lieu à l’université libre de Bruxelles les 2-3-4 mars 2016.

Nous tenons déjà à signaler que nous ne pourrons pas prendre en charge le déplacement et l’hébergement.

En parallèle avec ce colloque, une exposition sera proposée du 5 Mars au 17 Avril 2016 à la Galerie 100 Titres proposant notamment des œuvres de Fanny Viollet, Tatiana Bohm, Nezaket Ekici, Frances Goodman, Élodie Antoine, Alexia Creusen et Cathy Alvarez... Un blog intitulé By a Thread a également été créé afin de compiler des œuvres qui reflètent les pistes de ces activités (http://byathread2015.tumblr.com).

Comité organisateur

  • Muriel Andrin (Université Libre de Bruxelles)
  • Vanessa Gemis (Université Libre de Bruxelles)
  • Anaëlle Prêtre (Aspirante FNRS/Université Libre de Bruxelles)

Lieux

  • Université Libre de Bruxelles
    Bruxelles, Belgique (1000)

Dates

  • lundi 04 janvier 2016

Mots-clés

  • textile, vêtement, broderie, tapisserie, tricot, tissage

Contacts

  • Anaëlle Prêtre
    courriel : colloque [dot] defilages [dot] ulb [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Anaëlle Prêtre
    courriel : colloque [dot] defilages [dot] ulb [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Défilages : genre et art textile aujourd’hui », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 10 décembre 2015, http://calenda.org/349969