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Repenser le médium

Rethinking the medium

Matière, technique et transmission dans l’art contemporain et le cinéma

Matter, technique and transmission in contemporary art and cinema

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Publié le mercredi 09 décembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Dans une certaine mesure, les usages des termes « médium » et « média(s) » sont encore organisés aujourd'hui autour d’un strict partage théorique et disciplinaire : d’un côté, l’étude des médiums et, de l’autre, l’étude des médias entendus au sens de mass media. Le développement dans l’art contemporain de pratiques artistiques qui se situent à la croisée de plusieurs médiums (intermedia, mixed media, multimedia) ou qui ont recours aux « nouveaux médias », tout comme dans le domaine du cinéma le passage de l’argentique au numérique et l’apparition de nouveaux dispositifs et de nouvelles formes de captation, de manipulation, de visionnement et d’archivage des images en mouvement, ont précipité la nécessité de repenser ce qu’est un médium. Face à un panorama artistique, cinématographique et technologique en constante transformation, ce colloque se propose de rouvrir la question de la définition du médium en interrogeant la distinction entre « médium » et « média(s) ».

Annonce

Argumentaire

Organisé dans le cadre du programme de recherche « Art contemporain, cinéma, médias » du domaine Histoire de l’art contemporain de l’INHA en partenariat avec l'université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle / LIRA (Laboratoire International de Recherches en Arts), la Goethe-Universität Frankfurt-am-Main, la Ruhr-Universität Bochum et l'IKKM-Weimar.

Dans une certaine mesure, les usages des termes « médium » et « média(s) » sont encore organisés aujourd'hui autour d’un strict partage théorique et disciplinaire : d’un côté, l’étude des médiums – les médiums artistiques entendus comme ensembles de supports, techniques et dispositifs de représentation étudiés, par exemple, par l’histoire et la théorie de l’art et du cinéma – et, de l’autre, l’étude des médias entendus au sens de mass media – les moyens de communication de masse abordés par les sciences de l’information et de la communication.

Cependant, depuis une vingtaine d’années on constate l’essor d’un vaste champ de recherche, ouvert et transdisciplinaire (pensons à la Medienwissenschaft allemande, aux media studies anglophones, aux études médiatiques canadiennes, ou encore à la médiologie et aux travaux sur les appareils et la philosophie de la technique en France) qui concerne l’ensemble des médiations se manifestant à l’intérieur d’un contexte culturel donné : les conditions de possibilités technico-matérielles de toute forme de perception et d’expérience, de représentation et de communication, d’enregistrement et de transmission. 

Le développement dans l’art contemporain de pratiques artistiques qui se situent à la croisée de plusieurs médiums (intermedia, mixed media, multimedia) ou qui ont recours aux « nouveaux médias », tout comme dans le domaine du cinéma le passage de l’argentique au numérique et l’apparition de nouveaux dispositifs et de nouvelles formes de captation, de manipulation, de visionnement et d’archivage des images en mouvement, ont précipité la nécessité de repenser ce qu’est un médium. Face à un panorama artistique, cinématographique et technologique en constante transformation, ce colloque se propose de rouvrir la question de la définition du médium en interrogeant la distinction entre « médium » et « média(s) ».

Pour cela, il convient d’opérer un retour sur les différentes significations et connotations qui ont été attribuées au terme d’origine latine « médium » dans le cadre d’une longue généalogie qui a ses racines dans les notions aristotéliciennes de metaxu et de diaphanes et trouve ses points focaux au XXe siècle dans les écrits de László Moholy-Nagy et Walter Benjamin, Rudolf Arnheim et Clement Greenberg, Marshall McLuhan et Friedrich Kittler. Il s’agit ainsi de faire un état des lieux de la recherche actuelle sur ces questions en contribuant simultanément au décloisonnement entre les disciplines de l’histoire de l’art, des études cinématographiques et audiovisuelles et de l’histoire et de la théorie des médias. 

Axes thématiques

Les communications pourront s’articuler autour de quatre axes :

Médium, spécificité, modernisme

En histoire de l’art, la notion de « médium » est souvent utilisée dans le cadre restreint - d’un point de vue géographique autant que théorique - du modernisme formaliste de Clement Greenberg et de la notion de « medium specificity ». Cela vaut également pour les nombreuses tentatives de dépassement de ce modèle qui ne sont pas loin d’un retour à des questions modernistes que l’on croyait périmées. De façon comparable, dans le domaine des études cinématographiques, l’idée d’une spécificité du médium développée par Rudolf Arnheim et Siegfried Kracauer connaît aujourd’hui un regain d’intérêt, tandis que dans le champ de la Medienwissenschaft on discute de la manière dont la référence à un médium spécifique (photographie, cinéma, radio, télévision) conditionne l’élaboration de la théorie des médias dans son ensemble. Dans quelle mesure le médium est-il un concept moderniste ? Quelle est  l’actualité de la notion d’une délimitation stricte des médiums artistiques et comment penser son historicité ainsi que son ancrage culturel ? Une attention particulière sera prêtée aux communications abordant des approches qui se sont développées hors du contexte américain.

Médium, milieu, environnement

Tant la notion de la medium specificity que l’idée du médium comme instrument technique ou canal de communication ont pu occulter les théories du médium comme milieu, environnement, ou atmosphère alors même que cette approche a trouvé de nombreuses incarnations dans l’art contemporain et le cinéma expérimental, à commencer par les « environments », l’art optique et cinétique, ou encore l’Expanded Cinema et les installations vidéo. Il s’agira de faire redécouvrir cette ligne de pensée qui, trouvant ses racines dans la philosophie d’Aristote, s’est épanouie au XXe et XXIe siècles depuis l’Umwelt biologique de Jakob von Uexküll, la lumière comme « médium plastique » de Moholy-Nagy, ou encore le « médium de la perception » de Benjamin, jusqu’à la notion des médias comme « environnements » de McLuhan et les actuelles conceptions « météorologiques », « physiques » et « géologiques » en passant par la distinction entre médium et « chose [Ding] » de Fritz Heider et sa reprise par l’approche systémique de Niklas Luhmann. Pour cela, on s’interrogera sur la manière dont les formes artistiques et cinématographiques contemporaines ont travaillé les matérialités et les densités d’une région intermédiaire, diffuse et plastique, conçue comme active et capable de conditionner nos formes de perception et d’expérience. 

Médium, matérialités, gestes

Repenser la notion de médium à la lumière de sa longue généalogie nous conduit à revenir sur la question de la matière et de la matérialité des œuvres artistiques et cinématographiques. Comment la réflexion sur les réseaux techniques qui structurent la production, l’enregistrement et la mise en circulation du savoir (les Aufschreibesysteme de Kittler) ou celle sur les techniques constitutives de la culture et de leurs opérations nous incitent-elles à revoir ce que l’on entend par la matière de l’œuvre? En quoi ces approches nous aident-elles à rouvrir à nouveaux frais la question de l’ « immatérialité » des nouveaux médias ? Qu’en est-il des pratiques artistiques et cinématographiques employant les nouvelles technologies ? Comment aborder aujourd’hui les idées de savoir-faire et de geste technique dans les pratiques artistiques et cinématographiques face aux nouvelles matérialités ? Enfin, quelles nouvelles positions ou gestes ces matérialités et techniques contemporaines génèrent-elles tant chez le spectateur que chez l'artiste ? 

Médium, mémoire, transmission

Après avoir considéré l’archéologie du concept de médium et les éléments de réflexion que cela apporte à l’histoire et à la théorie de l’art contemporain et du cinéma, il s’agit dans ce quatrième axe de prendre en considération l’archéologie des médias eux-mêmes. En quoi le nouveau champ de recherche de la media archaeology permet-il d’éclairer les pratiques artistiques et les formes cinématographiques et audiovisuelles qui traitent de la temporalité des médias et de la manière dont ceux-ci exercent des fonctions d’enregistrement, d’élaboration et de transmission de la mémoire culturelle ? Comment les artistes et les cinéastes nous parlent-ils des bouleversements qui affectent les lieux, les formes et les techniques de l’archivage et de l’accès à cette même mémoire comme la bibliothèque et le livre ?

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les propositions de communication (titre et résumé de 2000 signes et un cv de 2 pages) sont à envoyer 

avant le 5 janvier 2016 

à larisa.dryansky@inha.fr. La durée des communications sera de 25 minutes. 

Le colloque se déroulera les 22, 23 et 24 juin 2016 Galerie Colbert à Paris.

Comité scientifique et d'organisation

  • Larisa Dryansky, INHA/université Paris-Sorbonne
  • Oliver Fahle, Ruhr-Universität Bochum
  • Vinzenz Hediger, Goethe-Universität Frankfurt-am-Main
  • Antonio Somaini, université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle/LIRA (Laboratoire international de recherches en arts)
  • Riccardo Venturi, INHA

Dates

  • mardi 05 janvier 2016

Mots-clés

  • médium, spécificité, modernisme, milieu, environnement, matérialité, geste, mémoire, transmission

Source de l'information

  • Elsa Nadjm
    courriel : elsa [dot] nadjm [at] inha [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Repenser le médium », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 09 décembre 2015, http://calenda.org/350176