AccueilLes arsenaux de Marine (vers 1600-vers 2000)

Les arsenaux de Marine (vers 1600-vers 2000)

Naval Arsenals (c. 1600-c. 2000)

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Publié le jeudi 10 décembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

L’arsenal de Marine a, de longue date, retenu l’attention des historiens. Étudier l’arsenal, c’est comprendre la préparation de la guerre, thème conducteur et transversal de l’historiographie navale. Cette entité se prête en outre à une « histoire totale », à la fois économique, sociale, financière, technologique, industrielle, géographique, stratégique, maritime… Les arsenaux de Marine sont donc désormais bien connus, et leur étude a, la plupart du temps, été conduite dans le cadre de grandes thèses, chaque établissement ayant trouvé « son » historien.

Annonce

Colloque international organisé par l’IUF et le CEMMC dans le cadre de l’axe « Modèles urbains, modèles d’urbanité, XVIe-XXe siècle »

Université Bordeaux Montaigne

Argumentaire

« C’est un enclos où est compris un port de mer appartenant au gouvernement, où il tient ses vaisseaux et tout ce qui est propre à les construire, à les conserver, à les armer, les désarmer, les radouber ». C’est ainsi qu’en 1783, l’Encyclopédie méthodique de Marine définit l’arsenal, avant de préciser qu’ « on sent que la régie de toutes les opérations d’un arsenal, son administration, la comptabilité des richesses immenses qu’il renferme, sont un objet d’une extrême importance ». Conscients de cette ‘extrême importance’, les historiens se sont de longue date intéressés à ces établissements, car étudier l’arsenal, c’est comprendre la préparation de la guerre, thème conducteur et transversal de l’historiographie navale. Cette entité se prête en outre à une « histoire totale », à la fois économique, sociale, financière, technologique, industrielle, géographique, stratégique, maritime… Les arsenaux de Marine sont donc désormais bien connus, et leur étude a la plupart du temps été conduite dans le cadre de grandes thèses, chaque établissement ayant trouvé « son » historien. Il est donc aujourd’hui possible de dépasser cet éclatement monographique pour croiser les exemples français et les confronter à leurs homologues européens, et pour proposer, dans le cadre de cette rencontre, une lecture transversale de l’histoire des arsenaux, à partir de quelques thèmes qui nous semblent particulièrement porteurs.

Quelques axes de recherche seront privilégiés :

L’arsenal de Marine, entre guerre et paix.

Les études sur les arsenaux ont montré que ces espaces sont caractérisés par une violente irrégularité des rythmes : lieux grouillants et saturés à la veille du départ des grandes escadres, ils doivent faire face à une atonie économique lorsque, la paix revenue, il faut renvoyer une partie du personnel. On portera donc un intérêt particulier tant à l’armement qu’au désarmement. Comment faire converger vers un même point, et au bon moment, des flux matériels et humains, qu’il s’agisse des équipages ou des ouvriers qualifiés ? Quelles sont alors les aires d’attraction socio-économiques de l’arsenal ? Comment assurer, au sein de cet espace, la vie de ces milliers de personnes pendant plusieurs semaines, avec ce que cela suppose de problèmes sociaux et logistiques ? Cœur de l’effort naval, l’arsenal peut aussi être au centre des affrontements, notamment en tant que cible. Dès lors, comment fait-il face, pour se préparer, se défendre ? comment s’intègre-t-il dans les stratégies navales ? Cette thématique nous conduira à porter une attention particulière aux arsenaux établis dans les territoires coloniaux mais aussi à poser le problème de la force navale projetée. Comment maintenir le potentiel opérationnel lorsque l’on ne dispose pas d’arsenal hors métropole, ou proche des zones de combat ? quelles sont les solutions alternatives mises en place ? Lorsque les flottes reviennent, comment s’opère le désarmement des vaisseaux, le retour des équipages dans leur port d’attache, la reddition des comptes ? à plus long terme, lorsqu’un conflit se termine, que faire de la flotte en temps de paix, alors que les fonds sont souvent drastiquement réduits ? Comment entretient-on, souvent artificiellement, la vie économique de l’arsenal ? qu’en est-il de la sauvegarde d’un savoir-faire, qu’il s’agisse des techniques de fabrication ou de navigation, mais aussi du savoir-faire « administratif » (gestion des flux, maîtrise des réseaux de fournisseurs, des procédures administratives de contrôle…) ? Si l’on élargit la focale, en examinant ces thèmes non plus à partir l’arsenal, mais depuis le centre du pouvoir, depuis la société ou le pays en général, on essaiera de prendre la mesure de la place des arsenaux dans la politique navale et maritime du royaume. Comment justifier de consacrer de l’argent aux arsenaux, en particulier en période de paix, alors que leur utilité devient moins évidente ? Ces périodes de paix peuvent-elles être des temps de reconversion ? L’arsenal peut-il se voir confier d’autres missions, en lien par exemple avec le commerce, ou la sécurité maritime ? ses bâtiments et équipements peuvent-ils être affectés à d’autres emplois ? peut-on parler d’une « politique des arsenaux », qu’elle soit économique, sociale ou géostratégique ?

L’arsenal de Marine au sein de l’appareil d’État.

L’arsenal de Marine est un élément essentiel du complexe militaro-industriel, ce qui suppose une stricte dépendance vis-à-vis du pouvoir central, qui peut revêtir des formes différentes selon les pays et les périodes. On s’intéressera donc aux problématiques de « gouvernance ». Comment ces espaces stratégiques sont-ils encadrés par l’état, dans la mesure où s’y posent des problèmes particuliers (risque d’espionnage, de sabotage) et où les problèmes classiques revêtent une importance particulière (« émotions », grèves, conflits sociaux) ? en l’espèce, une attention particulière sera portée aux rapports entretenus entre les arsenaux coloniaux et les autorités métropolitaines. Par ailleurs, le pouvoir central est-il le seul décisionnaire, ou peut-on discerner l’influence d’autres groupes de pression, qu’il s’agisse de lobbies économiques ou de contre-pouvoirs locaux ou régionaux ? Dans le cas de la France moderne, Daniel Dessert a pu insister sur le rôle essentiel de l’intendant de Marine, véritable « proconsul naval ». Si le rôle et la carrière de ces hommes sont relativement bien connus, il serait pertinent de les confronter à leurs homologues européens, pour comparer leurs formations et leurs cursus, leurs compétences et leur autorité. Pour mieux cerner leur place, on s’intéressera aux rapports qu’ils entretiennent avec leurs supérieurs (souverains, ministres…) et leurs subordonnées mais avec ceux qui peuvent être leurs égaux ou leurs rivaux (officiers militaires, administration civile, pouvoirs urbains) et aux modalités d’administration.

Financer et approvisionner les arsenaux.

Les arsenaux furent probablement les premières formes de concentration industrielle de l’époque moderne, ce qui a supposé des moyens considérables, financiers, matériels, humains. Il ne s’agira pas seulement de voir comment on a pu trouver – ou pas – les moyens de financer les arsenaux, et comment s’est fait l’effort sur le long terme, mais aussi de comprendre comment, concrètement, il a été possible – ou pas – d’apporter l’argent là où il y en avait besoin et en temps voulu. Comment, administrativement, se gère un « budget » qui peut doubler voire tripler en période de guerre, en l’espace de quelques mois ? quelles sont, à l’inverse, les solutions adoptées lorsque l’argent vient à manquer ? en outre, pour assumer leur mission de construction navale et de radoub et armement des flottes, les arsenaux ont dû faire converger vers leurs magasins des quantités considérables de matières premières et de produits semi-finis, mis ensuite en œuvre dans les ateliers. On examinera les modalités concrètes de ces flux logistiques, les réseaux économiques qu’ils supposent, leur déploiement à l’échelle locale, régionale, nationale voire mondiale, leurs modifications dans le temps. Les arsenaux ont-ils contribué à modeler voire transformer la géographie économique, par la prospection et l’exploitation de nouvelles ressources, l’aménagement des voies de communication ? Comment s’opère l’articulation entre l’arsenal et le tissu industriel lointain, en particulier lorsqu’il s’agit d’acheminer des fabrications aussi lourdes que des ancres, des canons ou, plus tard, des pièces de cuirassés ?

L’arsenal, un monde en soi ?

Dans le cas français, l’arsenal est souvent considéré comme une ville dans la ville. Espace clos, en théorie strictement séparé de la ville, il abrite une population très spécifique : composition socioprofessionnelle atypique (forte présence des militaires, du personnel administratif, d’ouvriers qualifiés), ampleur des phénomènes migratoires dont le rythme suit celui de l’activité de l’arsenal. Il faudra donc s’intéresser à la vie au sein de cet arsenal, envisager les conditions de vie et de travail, les affrontements et les modes de régulation de ce « vivre-ensemble », comprendre si les villes arsenaux développent une culture et une identité originales, marquées par le poids de la guerre et du contrôle étatique, l’adaptation à la présence militaire, le sentiment du risque… Il semble aussi nécessaire de poser la question du rapport à l’environnement. Dans un port, comment coexiste l’arsenal avec les autres activités (ports de commerce, de pêche, voire de plaisance) ? On examinera aussi les rapports complexes qui lient la ville à l’arsenal, qui est tout à la fois un dévoreur d’espaces et un pourvoyeur d’emplois, un lieu en théorie fermé mais qui accueille chaque matin des flots de travailleurs.

Les arsenaux entre adaptation et reconversion.

À toutes les époques, se sont posés pour les arsenaux les problèmes de compétitivité, ou du moins d’adéquation aux missions confiées. Dans le cas français, Le Havre perd rapidement sa vocation initiale, tandis que Rochefort, en raison des problèmes de navigabilité de la Charente, voit régresser son rôle dans les constructions navales. Dès lors, comment les arsenaux se transforment-ils pour s’adapter aux missions qui leur sont confiées et quelles en sont les conséquences (modification du bâti, des infrastructures, notamment portuaires, spécialisation ou réorientation économique…) ? Dans quelle mesure sont-ils eux-mêmes les moteurs de ce changement ? Cette question conduit à envisager leur rôle dans le domaine des innovations, qu’il faut considérer sur tous les plans (innovations dans l’organisation du travail, les techniques de transport, de stockage, de construction, d’armement et de radoub, de navigation, la conservation des aliments, la médecine, la pharmacopée, la chirurgie, les jardins botaniques…) Et lorsque l’arsenal échoue et cesse d’en être un, quel est l’avenir de ces espaces ? On portera ainsi un intérêt particulier aux crises de reconversion, notamment à l’époque contemporaine, avec leurs implications sociales, économiques et paysagères (friches industrielles, atonie de la ville, crise des sous-traitants, reclassement des ouvriers, baisse de population…). On envisagera aussi les voies de la reconversion. La récente épopée de l’Hermione, la transformation de la corderie royale de Rochefort en un espace muséal et les multiples manifestations associées montrent que la reconversion touristique peut être une option. La question patrimoniale se pose aussi, pour ces arsenaux, dans un cadre contraint et atypique. Nés d’une décision politique, ils sont pour plusieurs créés ex nihilo. Ils ont fait l’objet d’investissements considérables, qui ont laissé des bâtiments imposants, qui ont permis des prouesses techniques et la réalisation d’ouvrages d’art souvent uniques en leur genre, selon des plans d’ensemble, plus ou moins modifiés ensuite, mais qui sont extrêmement instructifs tant sur le plan urbanistique que sur les logiques d’organisation du travail. Il y a donc là tout un patrimoine architectural et industriel, plus ou moins facilement valorisable. Mais en regard, ces arsenaux, cibles potentielles, ont subi au fil du temps des destructions (bombardements, explosions accidentelles) et modifications pour s’adapter aux nouvelles contraintes de leur fonction, et ceux qui sont encore en activité obéissent aujourd’hui à des impératifs géostratégiques peu compatibles avec une vocation touristique. On s’intéressera donc aux modalités actuelles de reconnaissance et de valorisation de ce patrimoine, qu’il soit architectural ou industriel.

On accueillera favorablement les études comparatives et les communications portant sur les arsenaux de l’espace européen au sens large, en incluant les prolongements coloniaux.

Informations pratiques

Date et lieu du colloque : 19 au 22 octobre 2016, Bordeaux.

Comité scientifique

  • Olivier Chaline,
  • Philippe Chassaigne,
  • Michel Figeac,
  • Caroline Le Mao,
  • Amelia Polonia,
  • Jean-Pierre Poussou.

Modalités de soumission

Chaque proposition sera accompagnée d’un CV du communicant de 2 pages maximum et d’un résumé de 3 000 signes.

Date limite de remise des propositions : 15 janvier 2016.

Réponse transmise au 28 février.

Langues du colloque : français, anglais

Logistique

L’hébergement sera assuré par l’organisateur, la prise en charge des frais de déplacement fera l’objet d’un accord de gré à gré entre l’organisateur et le communicant.

Présentation

Le temps de parole accordé sera de 20 minutes. Il sera demandé aux communicants de réaliser un PowerPoint en anglais, reprenant les principaux thèmes de leur intervention, afin de faciliter les échanges. Les actes du colloque feront l’objet d’une publication. La longueur des articles sera de 35 000 signes, notes et espaces compris.

Dates

  • vendredi 15 janvier 2016

Mots-clés

  • arsenal, marine, mer, naval, navigation, guerre, logistique, maritime

Contacts

  • caroline Le Mao
    courriel : carolinelemao [at] yahoo [dot] com

Source de l'information

  • caroline Le Mao
    courriel : carolinelemao [at] yahoo [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les arsenaux de Marine (vers 1600-vers 2000) », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 10 décembre 2015, http://calenda.org/350398