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Tourisme et première guerre mondiale

Tourism and WWI - practices, prospectives and memory (1914-2014)

Pratique, prospective et mémoire (1914-2014)

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Publié le mardi 15 décembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Si l’histoire générale du tourisme au XXe siècle a été largement étudiée, elle délaisse quasiment systématiquement la première guerre mondiale. Pourtant, loin d’être mis entre parenthèses, le tourisme perdure durant le conflit et trouve même de nouvelles potentialités nécessaires à son essor. Quelques travaux existent mais demeurent épars, partiels et mal connus. Cet ouvrage collectif se propose donc de réaliser une synthèse du tourisme durant la Grande Guerre, ou en lien avec la Grande Guerre, en Europe ou en rapport avec l’Europe occidentale. Trois axes - non exhaustifs - sont suggérés : les pratiques touristiques, l’adaptation des structures touristiques au contexte particulier du conflit et le tourisme mémoriel.

Annonce

Argumentaire

Assimilé à une démarche oisive, contraire à l’austérité de la guerre, le tourisme est très peu pris en compte par l’historiographie de la Première Guerre mondiale. Un tel constat interpellait déjà en 1996 John Walton qui, dans un travail précurseur, exprimait sa « surprise sur le fait que si peu d’attention ait été accordée à l’impact de la guerre sur les villes touristiques »1. Pourtant, à bien y regarder, il apparaît que la guerre ne constitue nullement une parenthèse dans le développement du tourisme, bien au contraire. Et là réside l’enjeu d’une telle étude. Réinvestir l’histoire du tourisme pendant le conflit doit permettre de compenser une faiblesse très justement remarquée par Patrick Harismendy : les travaux scientifiques passent souvent d’un tourisme né de la classe de loisir au 19e siècle2 à un tourisme de masse au 20e siècle sans aucune transition, comme si le passage de l’un à l’autre était naturel3. Or il semble qu’on puisse se demander si ce n’est pas la Première Guerre mondiale qui ancre profondément le tourisme dans les gênes des territoires. C’est bien parce qu’une telle approche est de nature à renouveler notre questionnement sur le tourisme qu’il nous a semblé intéressant de l’approfondir.

Si depuis quelques années, des travaux scientifiques commencent à aborder le phénomène, il manque une publication dont l’objectif serait de dresser une histoire générale de l’impact de la Première Guerre mondiale sur le tourisme en Europe.

Axes thématiques

Les questionnements suscités pourront dès lors s’articuler autour des trois axes suivants (qui ne sont pas exclusifs les uns des autres ni exhaustifs4).

Axe 1. Le tourisme, une pratique qui perdure malgré tout

Si la continuité des pratiques touristiques à l’arrière peut s’imposer comme une évidence, il ne faut pas non plus négliger les zones de combats qui attirent dès 1914 de nombreux curieux tel l’Américain Walter Austin. Il s’agira donc de s’interroger sur les civils mais également sur les combattants et sur leurs sensibilités aux territoires qu’ils parcourent.

  • Quelle place occupe le tourisme à l’arrière ? Sa persistance contribue-t-elle à l’idée que l’arrière serait le refuge des « embusqués » ? Les flux touristiques sont-ils modifiés ? Les touristes se rabattent-ils vers les pays neutres qui mettraient à profit cette période pour attirer la clientèle ? Comment réagit la clientèle internationale qui venait passer ses vacances en Europe et qui se trouve confronté à la Première bataille de l’Atlantique ?
  • Alors que les visites du front se développent durant le conflit (on pense immédiatement au Guide Michelin sur la Marne édité en 1917 ou encore à la présence de curieux à proximité du front) quels sont les enjeux moraux que cela comporte ?
  • Peut-on envisager la Grande Guerre en tant qu’expérience touristique ? En effet, le soldat effectue des visites lors de ses repos (permissions ou période de convalescence à l’arrière). Mais aussi, les campagnes de recrutement australiennes, néo-zélandaises ou encore américaines proposent aux volontaires de découvrir gratuitement le monde.

Axe 2. S’adapter, ne pas renoncer, anticiper : l’après-guerre dans toutes les têtes

Penser le tourisme pendant la période 1914-1918 ne doit pas se faire uniquement autour du touriste. Il convient également de s’intéresser à la dimension économique de cette pratique, devenue vitale pour certaines villes. La guerre oblige les professionnels du tourisme à s’adapter au contexte délicat des pénuries, des restrictions, afin de gérer et d’anticiper au mieux les modifications des flux touristiques. Pour les promoteurs du tourisme, anticiper l’après-guerre, c’est aussi ne pas se laisser surprendre par la paix.

  • S’adapter aux mutations liées aux complications nées de la guerre : le professionnel est autant confronté aux réquisitions qu’à de nouvelles clientèles de circonstance, comme la présence exceptionnelle de réfugiés, de conscrits, de permissionnaires de soldats étrangers (Américains par exemple), de blessés… Comment le professionnel tire-t-il profit de cette présence pour s’assurer un revenu essentiel à la survie de son activité ?
  • Continuer à investir dans le développement du tourisme : les professionnels ne manquent pas de maintenir un certain nombre d’activités telles des publications locales ou nationales (guides touristiques, revues…), ou encore organisent des visites et des promenades touristiques.
  • Comment relancer rapidement l’économie touristique ? Cette question se pose tout au long du conflit par les professionnels qui décident d’anticiper le retour de la paix. Cela passe par le vote de subventions exceptionnelles, par le lobbying des promoteurs du tourisme ou encore par le développement de projets locaux. Une telle activité semble alors montrer le rôle que tiendrait le tourisme dans la relance économique du pays. Qu’en est-il réellement ?

Axe 3. La Grande Guerre, nouveau moteur de l’industrie touristique ?

Un projet tel que celui que nous envisageons ici ne peut pas négliger l’après-guerre. En effet, très vite, la Grande Guerre, parce qu’elle suscite un intérêt de premier ordre, devient un objet touristique.

  • Le tourisme du deuil est-il un tourisme comme un autre ? Et pour cause, très rapidement, des voyages organisés sont vendus par des tours opérateurs. Mais aussi, quels sont les enjeux politiques et mémoriels de la patrimonialisation des champs de bataille notamment pour justifier les rivalités géopolitiques de l’entre-deux-guerres (différents traitements selon le pays concerné) ?
  • Mobilités, découvertes : la Grande Guerre est-elle un facteur de futurs voyages touristiques ? La Première Guerre mondiale entraîne le déplacement de millions d’Européens, on peut donc légitiment se demander à quel point la guerre engendre une banalisation de la mobilité et par la même occasion, prépare le terrain pour le tourisme d’après-guerre. Les réfugiés et les combattants découvrent un « nouveau monde » avec lequel ils créent une attache au point d’y revenir en villégiature. Dans quelles mesures les clichés véhiculés par la photographie individuelle ou les cartes postales pourraient stimuler l’intérêt des destinataires ?
  • La Grande Guerre constitue-t-elle un atout touristique et économique ? Un siècle après le déclenchement des hostilités, les territoires profitent-ils forcément de l’héritage de la guerre ? En conclusion et ouverture, il y a là toute une réflexion sur le champ de bataille, le monument aux morts, le musée en lien avec la Première Guerre mondiale.

Une version plus complète de cet appel à contribution est disponible dans un article programmatique en accès libre :

http://enenvor.fr/eeo_revue/numero_6/tourisme_et_premiere_guerre_mondiale_pratique_prospective_et_memoire_1914_2014.html

Modalités de soumission

Pour traiter ce sujet, un appel à contribution pour un ouvrage collectif est donc lancé. L’ambition est de réunir un volume significatif de réflexions sur les points exposés ci-dessus. Les modalités pratiques sont indiquées ci-dessous. L’ouvrage sera à paraître en 2017.

Même si la pratique n’est pas habituelle et peut-être, à l’usage, utopique, nous souhaitons proposer la possibilité de mettre en contact, quand cela sera pertinent, les différents auteurs travaillant sur des thématiques similaires (mais pas sur la même zone géographique par exemple), ce au moment de l’examen des propositions. Ce rapprochement permettra des dynamiques et un dialogue stimulants.

Les propositions de contribution, n’excédant pas une page et comportant une présentation des sources utilisées et de la problématique explorée, seront rédigées en français, en espagnol, ou en anglais et devront être adressées

avant le 15 mars 2016.

Après examen des propositions par le comité scientifique, les auteurs retenus feront parvenir le texte de leur article (n’excédant pas 35.000 signes / 4.500 mots) pour le 1er septembre 2016 au plus tard.

Une attention toute particulière sera accordée aux éléments iconographiques permettant d’étayer le propos. Pour des raisons de coût de publication, les illustrations doivent être libres de droits.

Les propositions sont à adresser à

tourismegrandeguerre@gmail.com

Directeurs de projet:

  • Johan Vincent, docteur en histoire contemporaine, chercheur associé CNRS UMR 6258 - CERHIO.
  • Yves-Marie Evanno, chargé de l'action culturelle aux Archives départementales du Morbihan, chargé de cours à l’Université Catholique de l’Ouest, membre du comité de lecture d’En Envor, revue d’histoire contemporaine en Bretagne.

Comité scientifique :

  • Davide Bagnaresi (Scuola di Economia, Management e Statistica, Rimini)
  • Emmanuelle Cronier (Université de Picardie Jules-Verne)
  • Patrick Harismendy (Université Rennes 2)
  • Erwan Le Gall (UCO-BS / CERHIO)
  • Laurent Tissot (Université de Neuchâtel)

Walton, John, « Leisure towns in wartime : the impact of the First World War in Blackpool and San Sebastián », Journal of contemporary history, vol. 31-4, 1996, p. 603 : « […] it seems surprising that so little attention has been paid to the impact of war on such towns [the leisure towns] ».

Veblen, Thorstein, Théorie de la classe de loisir, Paris, Gallimard, 1970 (réed. 1899).

Harismendy, Patrick, « Les entrepreneurs culturels du dépaysement (1900-1930) : acteurs oubliés ou capitalistes inachevés ? », Mémoires de la société d’émulation des Côtes d’Armor, 2011, p. 389-405.

4 Evanno, Yves-Marie, et Vincent, Johan, « Tourisme et Première Guerre mondiale. Pratique, prospective et mémoire (1914-2014) », En Envor, revue d’histoire contemporaine en Bretagne, n°6, été 2015, en ligne.

Dates

  • mardi 15 mars 2016

Mots-clés

  • tourisme, première guerre mondiale, Grande Guerre, industrie tourisme

Contacts

  • Johan Vincent
    courriel : tourismegrandeguerre [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Johan Vincent
    courriel : tourismegrandeguerre [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Tourisme et première guerre mondiale », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 décembre 2015, http://calenda.org/350669