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Cosmopolitisme musical réalité ou fiction ?

Musical cosmopolitanism - reality or fiction?

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Publié le mardi 15 décembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Avec le développement des nouvelles technologies (Chéneau-Loquay, 2010), l’accroissement de la classe moyenne (Darbon, 2012) et une augmentation des circulations sur le continent (Gary-Tounkara, 2007), l’Afrique connaît une situation cosmopolitique inédite. On parle d'ailleurs souvent des Afriques pour signifier ces changements. Cependant, si aujourd'hui la « réalité est devenue elle-même cosmopolite » (Beck et Duthoo, 2006) sur le continent, elle n'induit pas pour autant une uniformisation des pratiques (Appadurai, 2001) et n’empêche pas la formation de différentes relations au monde qui s’expriment, notamment, par la création artistique.

Annonce

Argumentaire

Avec le développement des nouvelles technologies (Chéneau-Loquay, 2010), l’accroissement de la classe moyenne (Darbon, 2012) et une augmentation des circulations sur le continent (Gary-Tounkara, 2007), l’Afrique connaît une situation cosmopolitique inédite. On parle  d'ailleurs souvent des Afriques pour signifier ces changements. Cependant, si aujourd'hui la "réalité est devenue elle-même cosmopolite" (Beck et Duthoo, 2006) sur le continent, elle n'induit pas pour autant une uniformisation des pratiques (Appadurai, 2001) et n’empêche pas la formation de différentes relations au monde qui s’expriment, notamment, par la création artistique. D’ailleurs, le cosmopolitisme contemporain, tel que défini par le philosophe Yves Charles Zarka, invite aussi l’homme à se saisir de son « droit de résistance » (Zarka, 2012). Dans un contexte général où vivent et évoluent des subjectivités en tension, des inégalités et des rapports de pouvoir, le cosmopolitisme se présente comme "le fait de (…) vivre ici et maintenant (localement) avec le monde en tête, à la fois contexte et projection" (Agier, 2013, p.97).En tant que « sons humainement organisés » (Blacking, 1987), la musique, par exemple, est révélatrice de représentations et de relations de pouvoir, comme autant de revendications qui permettent aux sujets politiques de s’exprimer, de définir leur ‘être au monde’ (Fouquet et Bazenguissa Ganga, 2014).

Ce panel propose de mettre à jour et d’analyser les singularités ou les processus de subjectivation (Laplantine, 2007 ; Gaulier, 2014) chez les chanteurs/musiciens africains et leur(s) public(s) depuis les indépendances et jusqu’à aujourd’hui. Autrement dit, nous souhaitons aborder conjointement les stratégies de négociation et de reconnaissance des musiciens africains dans un espace transnational et la réception de ces musiques auprès d’un public « cosmopolitique ». L'intérêt ici n'est ni de traiter d'un étouffement présumé des musiciens africains dans une situation cosmopolitique globalisée, ni d'expliquer les créations musicales par la simple évocation d'un contexte qui serait cosmopolitique. L'objectif est de chercher à comprendre empiriquement, comment se construit ce cosmopolitisme musical.  Dans un article paru en 2007, Martin Stokes par exemple définissait ce phénomène "par le bas" en montrant la manière dont : " les gens ont adopté dans des endroits et des moments précis la musique des autres, et ce faisant, ont permis aux styles musicaux et aux idées musicales, aux musiciens et aux instruments de musique de circuler (mondialement) de façons particulières. (…) Cela remet les dynamiques humaines d’agencement et de créativité sur le devant de la scène et nous permet de penser la musique comme un processus de fabrique des « mondes »[1].

Autrement dit, comment des cosmopolitismes musicaux se construisent ou se sont construits ? Par quelles dynamiques d'appropriation, quelles influences ? Quels canaux de diffusion (internet, télévision, circulations ou migrations internationales) a permi leurs circulations, dans quels objectifs ? En quoi et comment la création musicale permet de dépasser un rapport global/local et de jouer sur des échelles multiples ? Enfin, en quoi ce cosmopolitisme peut-il être vecteur d’une subjectivation politique ? Quels imaginaires et symboliques émergent ou circulent à travers ces musiques (Gilroy, 2010)?

Deux thèmes sont proposés :

Création et marché. Des stratégies de création et d'appropriation musicale : comment négocier avec les lois des marchés de la musique ?

Il s'agira de questionner les marchés, locaux ou internationaux, de la musique entendus de manière élargie, c'est-à-dire les échanges marchands liés à la musique. En quoi les multiples stratégies marketing (très différentes selon le marché et les époques) changent en fonction du contexte local ou international ? Quels sont les processus créatifs en tension entre production d'une localité et cosmopolitisme revendiqué? Si le marché international de la world music (Mallet, 2002) est aujourd’hui largement étudié, qu’en est-il des marchés locaux ou transnationaux (sur le continent) ? Est-ce qu’un musicien ayant une reconnaissance nationale et internationale propose la même musique dans ces deux contextes ? Quels « mondes de l’art » (Becker, 2006) sont mobilisés par les artistes internationaux ou avec une reconnaissance locale, pour suivre ces différents marchés et à quelles logiques de création ou d’appropriation répondent-ils ? A quelles co-constructions (ou parfois compromis) artistiques aboutissent ces relations marchandes? Enfin, le cosmopolitisme, pris dans ces logiques de marchés induisant une relation au local, pose ainsi la question de “l'authenticité“ ou de la revendication identitaire voulue par les compositeurs.

Circulation et réception de la musique. Publics locaux et en diaspora : quelle réception, par quels publics, dans quels contextes la musique se diffuse et s'apprécie ?  

Sur le continent africain, le cosmopolitisme ne s’entend pas que dans des rapports Nord/Sud (Djebbari, à paraître). Ce deuxième thème cherche à cerner les différentes formes de cosmopolitismes africains depuis les années 1960. Au niveau musical, comment se construisent les identités musicales entre pays africains (emprunt, appropriations, reprises, etc.) ? Ou encore, comment les circulations des musiciens sur le continent influencent-elles la création ? Que nous dit l'analyse de ces artistes sur les nouveaux "branchements" (Amselle, 2001) des Africains (Kohlhagen, 2005; Kadi, 2014)? Ce panel souhaite aussi ouvrir la réflexion aux migrations intra-africaines de musiciens, intégrés ou non dans les réseaux d'industries musicales africaines. Quels imaginaires esthétiques et politiques globaux émergent de ces musiques ? Comment se comportent les communautés africaines en diaspora (qui produisent aussi de la musique et/ou ont accès, via internet, à toutes les productions locales) ? Peut-on parler de réappropriation de répertoires musicaux jugés comme cosmopolites par le passé, comme la chanson maghrébine de l’exil (Mokhtari, 2001 ; Mogniss, 2008 ; Yahi, 2008) par exemple ? Les communautés africaines en diaspora (sur ou en dehors du continent) créent-elles des circulations de musiques particulières en fonction de stratégies identitaires précises (Glick Schiller et Meinhof, 2011) ?

Bibliographie

  • AGIER, Michel, La condition cosmopolite : l'anthropologie à l'épreuve du piège identitaire, Paris, La Découverte, 2013, p. 97
  • AMSELLE, Jean-Loup, Branchements. Anthropologie de l'universalité des cultures, Paris, Flammarion, 2001.
  • APPADURAI, Arjun, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris, Payot, 2001.
  • BECK, Ulrich, DUTHOO, Aurélie, Qu’est-ce que le cosmopolitisme, Alto Aubier, 2006
  • BLACKING, John (1987), A Commonsense View of oll Music, Cambridge, Cambridge University Press.
  • BECKER, Howard, Les mondes de l’art, Paris, Champs Flammarion, 2006
  • CHÉNEAU-LOQUAY, Annie, « L'Afrique au seuil de la révolution des télécommunications. Les grandes tendances de la diffusion des TIC », Afrique contemporaine 2010/2 (n° 234), p. 93-112. DOI 10.3917/afco.234.0093
  • DARBON, Dominique « Classe(s) moyenne(s) : une revue de la littérature. Un concept utile pour suivre les dynamiques de l'Afrique », Afrique contemporaine 2012/4 (n° 244), p. 33-51.
DOI 10.3917/afco.244.0033
  • DJEBBARI, Ellina, "« Las Maravillas de Mali » à Cuba et la Orquesta Aragón en Afrique de l’Ouest : Jeux politiques et circulations musicales entre Cuba et les pays ouest-africains dans le contexte de la Guerre Froide", Afrique Contemporaine n°255, à paraître.
  • FOUQUET, Thomas., BAZENGUISSA GANGA Rémy (dir.), "Blackness", Politique Africaine, n°136, Décembre 2014
  • GAULIER Armelle, Zebda, Tactikollectif, Origines Contrôlées, la musique au service de l’action sociale et politique à Toulouse, thèse pour le doctorat en science politique, soutenue le 20/05/2014
  • GARY-TOUNKARA, Daouda, 2007 « Migrants du travail et/ou migrants de la “faim”. Les migrations en provenance du Sahel vues de Côte d'Ivoire (1968-1984) », in E. Boesen et L. Marfaing (dir.), Les nouveaux urbains dans l'espace Sahara-Sahel. Un cosmopolitisme par le bas , Paris, Karthala, Berlin, Zmo, p. 135-155.
  • GILROY, Paul, L'Atlantique noir : modernité et double conscience, Paris, Ed. Amsterdam, 2010.
  • GLICK SCHILLER, Nina and MEINHOF, Ulrike H., « Singing a new Song? Transnational migration, methodological nationalism and cosmopolitan perspectives. », in special issue: Music and Migration, Music and Arts in Action, 3, (3), 2011, p.21-39.
  • KADI, Germain-Arsène, « La dynamique du zouglou de Côte d’Ivoire en Afrique francophone », Diogène, n° 246-247, 2014/2, pp. 204-221.
  • KOHLHAGEN, Dominik, « Frime, escroquerie et cosmopolitisme » Le succès du « coupé-décalé » en Afrique et ailleurs", Politique africaine,  N° 100, 2005/4,  pp. 92-105. 
  • LAPLANTINE, François, Le sujet, essai d’anthropologie politique, Paris, éditions Téraèdre, coll. « L'anthropologie au coin de la rue », 2007
  • MALLET, Julien, « "World Music" : une question d’ethnomusicologie? », Cahiers d’études africaines, n° 168, Paris, 2002, p.831-852.
  • MOGNISS, Abdallah, « Paroles et chansons de l’immigration (maghrébine). », Vacarme 3, n°44, 2008, p.52-55.
  • MOKHTARI, Rachid, La chanson de l’exil : les voix natales (1939 – 1969),Casbah Edition, Alger, 2001.
  • STOKES, Martin, « On musical cosmopolitanism », The macalester International Roundtable, 2007, Paper 3.
  • YAHI, Naïma, « L’exil blesse mon cœur : Pour une histoire culturelle de l’immigration algérienne en France de 1962 à 1987 », thèse pour le doctorat en histoire, Université Paris VIII Saint Denis, soutenue le 20/09/2008.
  • ZARKA, Yves Charles, « Exposition de l'idée cosmopolitique. La responsabilité pour l'humanité », Archives de Philosophie 2012/3 (Tome 75), p. 375-393.

Références

[1] Stokes M., "On musical cosmopolitanism", The macalester International Roundtable, 2007, Paper 3, p.6 : “How people in specific places and at specific times have embraced the music of others, and how in doing so, they have enabled music styles and musical ideas, musicien and musical instruments to circulate (globally) in particular ways. (...) It restores human agencies and creativities to the scene of analysis, and allows us to think of music as a process in making of « worlds »."

Modalités de soumission

Ces rencontres auront lieu à Paris, les 5, 6, 7 juillet 2016.

Le texte de 2500 signes maximum sera soumis au responsable de l’atelier qui sélectionnera ou non votre proposition. Le conseil scientifique validera cet atelier une fois qu’il sera complet et donnera une seconde chance à certaines propositions individuelles non retenues.

Les propositions doivent être enregistrées au plus tard le 31 décembre 2015

sur le site internet http://reaf2016.sciencesconf.org/

Le 28 janvier 2016, les coordinateurs sélectionneront les 5 participants à leur atelier à partir des dépôts en ligne. Ils entreront leurs coordonnées, titres et résumés sur le site http://reaf2016.sciencesconf.org

Le 4 février 2016, le Conseil Scientifique examinera et validera les projets d’ateliers et les résumés sélectionnés par les coordinateurs. Certaines des propositions de contributions individuelles non retenues par les coordinateurs d’ateliers seront sélectionnées pour des tables rondes initiées par le Conseil Scientifique.

La mise en ligne de la liste et de la composition finale des ateliers aura lieu à la mi-février 2016.

Coordinatrices

REAF 2016 – Anna Cuomo, doctorante, EHESS/IMAF et Armelle Gaulier, chercheure associée, LAM (UMR 5115), université de Bordeaux.

Dates

  • jeudi 31 décembre 2015

Mots-clés

  • musique, cosmopolitisme, identité

Source de l'information

  • Armelle Gaulier
    courriel : armellegaulier [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Cosmopolitisme musical réalité ou fiction ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 décembre 2015, http://calenda.org/350721