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La libération des entreprises au prisme d’une analyse critique

The liberation of businesses through the prism of critical analysis

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Publié le mercredi 13 janvier 2016 par Céline Guilleux

Résumé

L’adoption de formes plus démocratiques d’organisation et de management semble susciter un intérêt croissant de la part des entreprises. L’heure serait à une plus grande liberté accordée aux salariés, à un fonctionnement collectif davantage basé sur la confiance que sur le contrôle, à une plus grande responsabilité du salarié, à une plus large horizontalité organisationnelle et aux mécanismes de gestion démocratique… Ces éléments seraient les garants d’une meilleure productivité, favoriseraient l’innovation et la cohésion sociale. Cependant, il existe peu de travaux scientifiques permettant de confirmer ou d’infirmer l’efficacité de ces nouveaux modèles managériaux.

Annonce

7 et 8 juillet 2016

Argumentaire

L’adoption de formes plus démocratiques d’organisation et de management semble susciter un intérêt croissant de la part des entreprises. L’heure serait à une plus grande liberté accordée aux salariés, à un fonctionnement collectif davantage basé sur la confiance que sur le contrôle, à une plus grande responsabilité du salarié, à une plus large horizontalité organisationnelle et aux mécanismes de gestion démocratique… Ces éléments seraient les garants d’une meilleure productivité, favoriseraient l’innovation et la cohésion sociale. Cependant, il existe peu de travaux scientifiques permettant de confirmer ou d’infirmer l’efficacité de ces nouveaux modèles managériaux. Ce colloque, organisé par leProgramme de Recherches sur les Organisations Post-managériales et la Libération des Entreprises (PEOPLE) du Groupe ESC Clermont, offre une opportunité idéale pour replacer ce phénomène au centre d’une analyse scientifique et critique. Il a pour objectif de questionner la pertinence, mesurer l’impact social, financier, symbolique, anthropologique et politique de ces modèles en vogue. Il semble en effet important aujourd’hui de penser ces transformations managériales en cartographiant les controverses qu’elles soulèvent. Plusieurs tables rondes de dirigeants ou représentants de certaines des entreprises étudiées permettront, notamment aux chercheurs, d’interroger directement les acteurs. En outre, un symposium abrité par le colloque en hommage à Henri Desroche (1914-1994) et à Adriano Olivetti (1901-1960) replacera le phénomène étudié dans une perspective historique

Plusieurs axes thématiques, non exhaustifs, serviront d’orientation aux propositions pour ce colloque.

Axe Historique

Il serait réducteur de considérer le mouvement actuel de la « libération » d’entreprise comme l’expression d’un phénomène récent. Il s’inscrit dans une histoire de longue durée qui puise ses racines dans des courants plus anciens qu’il convient de repérer comme celui du socialisme utopique, de la doctrine sociale de l’église ou encore des travaux liés à la démocratie industrielle (Bloch, 1977 ; Desroche, 1973 ; Lallement, 2009). Dans quelle mesure les « entreprises libérées » tendent-elles aujourd’hui à prolonger, récupérer, ou, au contraire, nier ces figures antérieures ? Quelles différences établir entre entreprise utopique, entreprise libérée, entreprise démocratique? Comment, au cours de l’histoire du management, divers apports théoriques ont-ils  nourri ou interrogé l’apparition de ce type d’organisations ? Sur tous ces points, une partie des communications pourrait alimenter la partie Symposium du colloque citée plus haut.

Axe Résistances

Il a pour objet de s’interroger d’abord sur les résistances (économiques, institutionnelles, anthropologiques, idéologiques,…) que les processus de libération suscitent dans les entreprises dites « traditionnelles » ou en voie de libération. Quelle est la véritable nature de ces résistances externes et internes? Comment ces « mises à l’épreuve » (Boltanski et Thévenot, 1991) ou autres formes d’« engagement-distanciation » (Elias, 1993) pourraient-elles nous renseigner sur les mutations actuelles du capitalisme ? Comment les expliquer, quels sont leurs fondements ? S’agit-il de résistances objectives, qu’elles soient matérielles, immatérielles, psychologiques, ou idéologiques et politiques ? Pouvons-nous aussi identifier, dans ce qui se joue là, des résistances plus globales liées à une « bureaucratisation du monde » (Hibou, 2012) ou à des irréversibilités techno-économiques (Callon, 1991)?

Cet axe pourra également comprendre des contributions visant à éclairer la position prise par les organisations patronales et syndicales face à ce phénomène de libération des entreprises.

Il pourra enfin problématiser la difficulté que l’on peut rencontrer lorsque l’on cherche à formuler une définition stable et précise de l’entreprise libérée, de l’entreprise utopique, de l’entreprise démocratique ou encore humaniste... Au-delà de l’intention performative de certains leaders dits « libérateurs », comment définir un objet dont les contours sont justement débordés, questionnés, rendus relatifs ? Sommes-nous face à une libération de l’entreprise ou de ses acteurs ? Comment qualifier cette forme de liberté ? S’agit-il de libération ou de « libéralisation » ? Y a-t-il « une » ou « des » libérations ? Et, dans ce cas, comment interpréter la diversité des conceptions et des pratiques du processus de libération ?

Il sera enfin intéressant de s’interroger sur la façon dont la libération peut être domestiquée par les entreprises traditionnelles (Coutrot, 1998).

Axe Anthropologie, sociologie et psychologie des acteurs de la libération

La libération d’entreprise semble ne pas relever d’une démarche technocratique. Il s’agirait avant tout d’une expérience humaine collective qui rassemble une communauté autour d’un leader mobilisateur.

Plusieurs questions se posent alors : comment un manager en arrive-t-il à adopter et défendre ce modèle ? S’agit-il d’un processus de conversion ? Y-a-t-il des événements déclencheurs dans l’histoire du sujet qui l’incite à choisir cette orientation ? Y-a-t-il un profil psychologique singulier qui facilite cette adhésion, ou qui encourage les dynamiques d’engagement nécessaires? Quelle est la nature des relations suscitées par le leader avec ses collaborateurs et réciproquement ?

D’un point de vue plus large, en quoi la sociologie des espérances (Desroche, 1973), des utopies (Trouvé, 2006, 2007, 2014 ; Lallement, 2009, 2015 ; Wright, 2010), des croyances (Dewey, 1934 ; James, 1897) permet-elle de mieux comprendre ces nouvelles formes d’engagement (Thévenot, 2006 ; Ion, 2012) ? Quels idéalismes (spirituels, politiques, philosophiques,…) sont mobilisés dans les récits libérateurs ? Comment recenser et analyser ces nouvelles mythologies managériales ? Sur quels fondements anthropologiques s’organisent les communautés de travail engagées dans ce modèle ?

Axe Structure organisationnelle et rapport de pouvoir

L’entreprise est devenue aujourd’hui un lieu politique central (Ferreras, 2012). Aussi cet axe vise-t-il à questionner la nature, la distribution et la répartition du pouvoir dans les entreprises dites libérées. La remise en cause des formes traditionnelles de hiérarchie, d’autorité, et de rapports sociaux du travail qui caractérise ces organisations conduit à s’interroger sur leurs prétentions démocratiques. Dans cette perspective, les entreprises  relevant, à un degré ou un autre, de la démocratie participative, peuvent-elles coexister avec les instances traditionnelles de représentation du personnel ? Comment concilier des modèles éminemment horizontaux avec la figure du leader libérateur ? Se pose également l’épineuse question de la place du management intermédiaire qui voit son rôle et ses fonctions évoluer de manière parfois drastique dans les processus de libération.

Par ailleurs, dans quelle mesure la libération du travail appelle-t-elle une reconfiguration de la propriété du capital de l’entreprise ?

Axe Entreprises libérées et performance économique

A travers cet axe, il serait pertinent d’évaluer les performances socio-économiques des entreprises libérées.

La première interrogation porte sur la rentabilité et la profitabilité de ces nouveaux modèles d’organisation. Il s’agit alors de se demander dans quelle mesure ces modèles organisationnels sont source de performance économique et de corréler cette performance avec leur mode particulier de management et d’organisation.

Aussi, en amont de cette question particulière, il s’agit de savoir si la profitabilité et la rentabilité des entreprises sont des conditions nécessaires à la mise en place de processus de libération des entreprises ou si, à l’inverse, la seconde conditionne les premières. Est-il économiquement et financièrement envisageable pour toutes les organisations et ce, quel que soit leur niveau de performance, de s’engager dans une démarche de libération de leur structure ?

Enfin, ces entreprises n’inviteraient-elles pas à de nouvelles mesures de performance globale, plus représentatives de la richesse créée que les indicateurs traditionnels ne sont en mesure de l’exprimer aujourd’hui ?

Axe Entreprises libérées et place du travail

La souffrance au travail, l’intensification du travail, le stress, la perte du sens… sont dénoncés dans de nombreuses publications qui évoquent la crise du travail contemporain. Paradoxalement, ces mêmes travaux soulignent une très forte attente à l’égard du travail qui doit non seulement fournir un revenu, mais aussi un statut, de la reconnaissance et un épanouissement personnel (Méda, 2010).

Les analyses du travail montrent qu’il existe des écarts notables entre le travail réel et le travail prescrit. La financiarisation des entreprises a contribué, semble-t-il, à évacuer le travail vivant, le travail réel (Clot, 2010), pour surévaluer la dimension organisée (Dujarier, 2015) : reporting tous azimuts, gestion par objectifs, hyper abstraction de l’organisation au détriment du travail réel (Dupuy, 2011). Face à ce diagnostic, les entreprises libérées se présentent comme des alternatives radicales, en instaurant, au centre de leur système, le travail, non seulement comme facteur d’épanouissement, mais comme source première du bonheur.

Comment les entreprises libérées se sont-elles emparées de cette question du travail ? L’ont-elles résolue ? Sont-elles parvenues vraiment à libérer le travail, et en quel sens ? Ou sont-elles aussi concernées par cette complexité et ambivalence autour de la question du travail ? Le travail y est-il « dénaturé » ou a-t-il retrouvé ses trois dimensions : objective, subjective et collective (Gomez, 2013) ? Doit-on parler encore de travail dans ce cas ?  Ou de mission ou plutôt d’engagement ?

Enfin ces entreprises se pensent-elles comme une communauté plutôt que comme un système organisé ?

Modalités de soumission

Suite aux sollicitations de report de date limite pour l'envoi des intentions de communications pour le colloque "La libération des entreprises sous le prisme d'une analyse critique" organisé par le Groupe ESC Clermont les 7 et 8 juillet 2015 (Clermont Ferrand), en collaboration avec le Centre de Recherche Clermontois en Gestion et Management (CRCGM) et les éditeurs des revues Society & Business Review (SBR) et Revue Internationale de Psychosociologie et de Gestion des Comportements Organisationnels (RIPCO), le comité scientifique a décidé d'accorder un délai supplémentaire. La nouvelle date limite est fixée 

au 3 Avril 2016.

Les propositions de communication seront à envoyer à : liberationentreprise@gmail.com sous la forme d’un résumé étendu (extended abstract) de 2 pages Word

Les propositions de communication seront examinées par des pairs et, celles retenues, seront retournées aux auteurs par le comité scientifique avant le 31 Mars 2016.

Le texte définitif des communications devra parvenir aux organisateurs, dans sa version longue et complète, impérativement avant le 31 Mai 2016.

En collaboration avec les éditeurs de la Society & Business Review et de la Revue Internationale de Psychosociologie et de Gestion des Comportements Organisationnels (RIPCO), (Classées FNEGE, HCERES et ABS), les meilleures communications seront soumises aux revues pour publication.

Bibliographie indicative

Bloch E. (1918, trad. franç. 1977), L’esprit de l’utopie, Paris, Gallimard.

Bloch E. (1959, trad. franç. 1976), Le principe espérance, 3 vol. Paris, Gallimard.

Boltanski L., Thévenot L. (1991), De la justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, coll. « NRF essais ».

Callon M. (1991) « Réseaux technico-économiques et irréversibilités », in R. Boyer, B. Chavance and O. Godard (eds), Figures de l'irréversibilité en économie. pp. 195- 230, Paris, éd. de l’EHESS.

Clot, Y. (2010). Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psycho-sociaux, Paris La Découverte.

Coutrot Th. (1998), L’entreprise néo-libérale, nouvelle utopie capitaliste, Paris, La Découverte.

Desroche H. (1973), Sociologie de l’espérance, Paris, Calmann-Lévy.

Dewey J. (1934, éd. franç. 2011), Une foi commune, Paris, La Découverte, « Les empêcheurs de penser en rond ».

Dujarier, M.A. (2015). Le management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres du travail,  Paris, La Découverte. 

Dupuy F. (2011). Lost in Management. La vie quotidienne des entreprises au XXIème siècle, Paris,  Seuil.

 Elias N. (1993, 1ère éd.1983).), Engagement et distanciation, Paris, Fayard

Ferreras I. (2012), Gouverner le capitalisme?, Paris, PUF, 300 p.

Gomez, P. Y. (2013), Le travail invisible. Enquête sur une disparition, Paris, François Bourin Éditeur.

Hibou B. (2012), La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, Paris, La Découverte.

 Ion J. (2012), S’engager dans une société d’individus, Paris, A. Colin, coll. « Individu et société».

 James, W. (1897, éd. franç. : 2011), La Volonté de croire, Paris, La Découverte, coll. « Les empêcheurs de penser en rond »..

 Lallement M. (2009), Le travail de l’utopie. Godin et le Familistère de Guise, Paris, Les Belles lettres.

 Lallement M. (2015), L’âge du faire L'Âge du faire. Hacking, travail, anarchie, Paris, Seuil, coll. « La Couleur des idées ». 

Méda D. (2010). Le travail, une valeur en voie de disparition. Flammarion, coll.  Champs Essais. 

Thévenot L. (2006), L'Action au pluriel. Sociologie des régimes d'engagement, Paris, Éditions La Découverte.

Trouvé Ph. (2006), « Du projet dans les utopies et de l’utopie dans les projets : quelques leçons tirées des utopies d’entreprise », in P. Lièvre, M. Lecoutre, M. Kaba Traoré (dir.), Management de projets. Les règles de l’activité à projet, Paris, Hermès Science, Lavoisier, coll. “Finance-gestion-management”, pp. 136-156.

 Trouvé Ph. (2007), « Les utopies sociales de la dirigeance » in Bournois F., Duval-Hamel J., Roussillon S., Scaringella J.-L. (coord.), Comités exécutifs. Voyage au coeur de la dirigeance, Eyrolles/Editions d’organisation, pp. 474-482.

 Trouvé Ph. (2014), « Observer les entreprises utopiques. Un exercice d’assouplissement mental ? », RELIEF – Echanges du Céreq, n° 45, avril, pp. 67-87. 

Wright E. (2010), Envisioning real utopias. London New York: Verso.

Comité scientifique

  • Yoann Bazin, Enseignant Chercheur (Istec)
  • Daniel Bonnet, Président (IPM)
  • Marc Bonnet, PR (Université Lyon 3, Iseor)
  • Georges Botet Pradeilles, Président honoraire IPM
  • Malik Bozzo Rey, Enseignant Chercheur (Université Catholique de Lille)
  • Thibaud Brière, Philosophe
  • Mireille Bruyère, Enseignant Chercheur (CERTOP, CNRS, Toulouse 2)
  • Jean Claude Casalegno, Enseignant Chercheur (Groupe Esc Clermont)
  • Marie Da Fonseca, MC (Université de Savoie)
  • Alain D’Iribarne, Directeur de recherches (CNRS)
  • Khalid Djerirri, Médecin du travail (CHU Clermont Ferrand)
  • Michel Lallement, PR,  titulaire de la chaire d’Analyse sociologique du travail, de l’emploi et des organisations (CNAM)
  • Diego Landivar, Enseignant Chercheur (Groupe Esc Clermont et Origens Media Lab)
  • Marc Lecoutre, Enseignant Chercheur (Groupe Esc Clermont et CRCGM)
  • Danièle Linhart, Directrice de recherches émérite (CNRS, CRESPPA)
  • Sophie Marmorat, Enseignant Chercheur (Groupe Esc Clermont)
  • Renaud Muller, Enseignant Chercheur (Université Haute Alsace)
  • Brigitte Nivet, Enseignant Chercheur (Groupe Esc Clermont et CRCGM)
  • Eric Pezet, PR (Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Co directeur de Paris Research in Norms Management and Law (Primal))
  • Baptiste Rappin,  MC(Université de Lorraine, IAE de Metz)
  • Georges Trepo, Professeur honoraire (HEC)
  • Philippe Trouvé, Directeur Scientifique (CEREQ)

Lieux

  • Groupe ESC Clermont, - 4 Boulevard Trudaine
    Clermont-Ferrand, France (63)

Dates

  • dimanche 03 avril 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • entreprise libérée, utopie, démocratie industrielle, organisation post-managériale

Contacts

  • Diego Landivar
    courriel : diego [dot] landivar [at] esc-clermont [dot] fr
  • Brigitte Nivet
    courriel : brigitte [dot] nivet [at] esc-clermont [dot] fr
  • Sophie Marmorat
    courriel : sophie [dot] marmorat [at] esc-clermont [dot] fr
  • Jean-Claude Casalegno
    courriel : jean-claude [dot] casalegno [at] esc-clermont [dot] fr

Source de l'information

  • Diego Landivar
    courriel : diego [dot] landivar [at] esc-clermont [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La libération des entreprises au prisme d’une analyse critique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 13 janvier 2016, http://calenda.org/352655