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Musicologies / ethnomusicologies : évolutions et problèmes

Musicology/Ethnomusicology: evolutions and problems

NEMO-Online numéro 5

Fifth issue of NEMO

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Publié le vendredi 15 janvier 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Depuis ses origines en tant que Vergleichende Musikwissenschaft, l’ethnomusicologie peine à se définir par rapport à la musicologie classique occidentale ; cette dernière, porteuse sémantiquement d’un caractère plus généraliste, est cependant réduite à l’étude de musiques qui concernent en premier lieu une partie limitée du monde qui est l’Occident, et des musiques caractérisées au départ comme « savantes » même si le domaine des musiques populaires est devenu, depuis l’avènement du jazz, du pop, du rock puis des musiques électro-acoustiques, un objet d’étude assez important pour l’entreprise musicologique. Tout cela dans un contexte de spécialisation de plus en plus grande, tout comme de différentes propositions d’unification des sous-disciplines de la musicologie générale.

Annonce

Les centres et groupes de recherches CERMAA, ICONEA et IReMus ont le plaisir d’annoncer le thème de NEMO-Online N°5 : « Musicologies / Ethnomusicologies : évolutions et problèmes ».

Argumentaire

Depuis ses origines en tant que Vergleichende Musikwissenschaft, l’ethnomusicologie peine à se définir par rapport à la musicologie classique occidentale ; cette dernière, porteuse sémantiquement d’un caractère plus généraliste, est cependant réduite à l’étude de musiques qui concernent en premier lieu une partie limitée du monde qui est l’Occident, et des musiques caractérisées au départ comme « savantes » même si le domaine des musiques populaires est devenu, depuis l’avènement du jazz, du pop, du rock puis des musiques électro-acoustiques, un objet d’étude assez important pour l’entreprise musicologique. Tout cela dans un contexte de spécialisation de plus en plus grande, tout comme de différentes propositions d’unification des sous-disciplines de la musicologie générale.

L’histoire de la musique et de ses instruments, la société produisant une ou des musiques spécifiques et déterminées, les moyens de production musicale, la classification des formes musicales, les méthodes d’enseignement, l’étude des manuscrits, l’analyse musicale et ses multiples approches… qui sont inévitablement des moyens et des champs disciplinaires appartenant à la musicologie déclarée comme « traditionnelle » par les adeptes de la New Musicology, sont également investigués par les ethnomusicologues, dont les stratégies d’auto-caractérisation sémantique ou institutionnelles oscillent entre les acceptions « anthropologues de la musique » (étude de l’altérité musicale) et « ethnologues des musiques » (avec ou non limitation à l’oralité), avec de ci de là une survivance du sens hautement problématique de « musicologie des ethnies » (étude/sciences de la musique des communautés culturelles extra-occidentales). On peut d’ailleurs proposer l’idée que son drôle de nom rend l’ethnomusicologie une science éminemment auto-réflexive, contrairement à la science occidentale qui se présente comme « de la musique ».

Y a-t-il une musicologie spécifique à des musiques non-occidentales que l’on pourrait qualifier « d’Art » ? La multiplicité des formes que peuvent prendre ces musiques dans une même société, leur coexistence avec des musiques diverses qui seraient alors dites « populaires » et dont le système structurant est comparable et, surtout, l’origine orale de leur transmission l’excluent-elles du domaine de la musicologie « dure », celle qui est supposée être inimaginable sans analyse sur partition ? Et cette dernière ne devient-elle pas obsolète dans un monde où l’enregistrement audio prédomine depuis plus d’un siècle, tout comme depuis plusieurs décennies la composition à partir de banques illimitées d’échantillons sonores préenregistrés et taylorisables à l’infini ?

Les frontières deviennent brouillées au sein même de la musicologie et de l’ethnomusicologie qui, et par la force des concepts et des faits, révèlent entre elles un aspect convergent et à la fois divergent ; qu’en est-il de la perception de ces disciplines, éminemment occidentales de par leurs origines, quand elles sont reprises à leur compte par les musicologues non-occidentaux souvent formés dans les universités occidentales ? En quoi est-ce que la tripartition sémiologique, ou encore la définition du « mode » par TrầnVăn Khê peuvent bien caractériser une musique dite « classique » chinoise, arabe ou azérie ? Est-ce que l’existence de partitions musicales suffit à intégrer l’une et à rejeter les autres du domaine de l’étude de la sémiotique musicale ? Et les musiques qui, à l’exemple du modèle occidental, utilisent de nos jours la composition sur partition sortent-elles de ce fait du cadre de l’oralité, et deviennent-elles un objet légitime d’étude de la musicologie dure ? Et enfin, la vocation de l’ethnomusicologie est-elle de se dissoudre tout en absorbant la musicologie de l’Occident ?

Par-delà les dénominations, la terminologie même des disciplines étudiant la musique est extrêmement ambiguë et contribue à enraciner une confusion consubstantielle avec les origines de ces disciplines…

Quelques idées de développements :

  • Les 4 « caractères du mode » de TrầnVăn Khê servent-ils à définir les musiques modales ?
  • Quid de la relation d’altérité des musicologues (ou ethnomusicologues) non-occidentaux qui étudient leur propre musique, ou la musique des autres (y compris occidentale) ?
  • Tenir compte des légendes sur la musique ne contredit-il pas totalement une approche scientifique de la musique (à l’exemple de l’origine du ʿūd supposé provenir du corps désarticulé du fils décédé jeune de Lamek, suspendu pour sécher / être conservé sur un arbre) ?
  • Comment s’intègre l’archéomusicologie dans l’édifice musicologique ?
  • En quoi le rituel musical étudié dans les sociétés non occidentales se différencie-t-il, dans sa nature, des rituels musicaux des musiques occidentales ?
  • Ethnomusicologie « synchronique » et (archéo-) musicologie « diachronique » ?
  • Quel est le rôle de la musicologie comparative dans la musicologie actuelle ?
  • La musicologie systématique relève-t-elle du domaine de la musicologie (tout court) ou de l’ethnomusicologie ?
  • Existe-t-il des disciplines musicologiques (des « sciences de la musique ») distinctes de la musicologie et de l’ethnomusicologie occidentales, et en quoi sont-elles différentes ?
  • Quelle terminologie pour quelle musicologie ?
  • La quête des universaux en musique peut-elle continuer alors que les outils d’analyse musicale demeurent inadéquats pour une majeure partie des musiques du monde ?
  • En négligeant les aspects historiques de l’évolution d’une culture, une certaine ethnomusicologie ne dénie-t-elle pas tout simplement toute légitimité à ces cultures, les cantonnant en cela au rôle de curiosités ?

Nous souhaitons à NEMO que ce numéro serve, autant que possible, à un début de débat entre les différentes composantes de la musicologie dans le monde sur l’utilité de la discipline, et peut-être sur les problèmes suscités par ses caractéristiques fortement (et contradictoirement) a-scientifiques et la manière de les surmonter (qui sera le thème d’un numéro prochain de NEMO).

Modalités de soumission

Langues et normes : voir ici.

Envoi des propositions d’articles à Richard Dumbrill et à Amine Beyhom avant : fin juin 2016.

Date limite d’envoi des articles : fin août 2016.

La rédaction acceptera également d’examiner des dossiers spéciaux ou des articles hors-thème, du moment qu’ils concernent la thématique générale de la revue.

Les volumes précédents sont disponibles ici.

Comité scientifique

  • Cem Behar (İstanbul Sehir Üniversitesi – Turkey)
  • Amine Beyhom (CERMAA research group – FOREDOFICO ; Lebanon)
  • Frédéric Billiet (IReMus research institute – Université Paris-Sorbonne ; France)
  • Philippe Brunet (Université de Rouen ; France)
  • Jérôme Cler (IReMus research institute – Université Paris-Sorbonne ; France)
  • Laurent Cugny (IReMus research institute – Université Paris-Sorbonne ; France)
  • Richard Dumbrill (ICONEA, Institute of Musical Research, School of Advanced Study, University of London ; Great-Britain)
  • Jean During (CNRS ; France)
  • Ricardo Eichmann (ISGMA, International Study Group on Music Archeology ; Berlin – Germany)
  • Bruno de Florence (ICONEA, Institute of Musical Research, School of Advanced Study, University of London ; Great-Britain)
  • Ralf Martin Jäger, (CMO – Institut für Musikwissenschaft und Musikpaedagogik of the Westfälische Wilhelms-Universität – Münster ; Germany)
  • Scott Marcus (University of California – Santa Barbara ; USA) ; UCSB’s Center for Middle East Studies
  • Paul Mattar (CERMAA research group, IESAV – St-Joseph University ; Lebanon)
  • Nicolas Meeùs (IReMus research institute – Université Paris-Sorbonne ; France)
  • François Picard (IReMus research institute – Université Paris-Sorbonne ; France)
  • Mourad Sakli (Higher Institute of Music in Tunis ; Tunisia)
  • Lassâad Zouari (Higher Institute of Music in Sfax ; Tunisia)

Comité de rédaction

  • Richard Dumbrill
  • Rosy Azar Beyhom
  • Amine Beyhom

Rédacteur en chef

  • Amine Beyhom

Dates

  • jeudi 30 juin 2016

Mots-clés

  • musicology, ethnomusicology, evolution, problem, popular music, transmission, system, recording, archaeomusicology

Contacts

  • Amine Beyhom
    courriel : abeyhom [at] nemo-online [dot] org

Source de l'information

  • Amine Beyhom
    courriel : abeyhom [at] nemo-online [dot] org

Pour citer cette annonce

« Musicologies / ethnomusicologies : évolutions et problèmes », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 15 janvier 2016, http://calenda.org/352789