AccueilQuel apport de la pensée éthique musulmane face aux défis de l’hypermodernité ?

Quel apport de la pensée éthique musulmane face aux défis de l’hypermodernité ?

What contribution can Muslim ethics make to the challenges of hypermodernity?

Revue Les Cahiers de l'Islam

Les Cahiers de l'Islam journal

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Publié le lundi 18 janvier 2016 par Elsa Zotian

Résumé

Nul ne contestera que la préoccupation éthique soit centrale dans la tradition islamique. Domaine situé à la croisée du droit, de la mystique et de la philosophie, l’éthique possède une longue tradition au sein de la pensée islamique. À l’époque classique de l’islam, la « science des vertus » (‘ilm al-akhlâq) ou les traités d’Adab avaient une importance toute particulière. Mais qu’en est-il en ce début de XXIe siècle ? À la suite de Mohamed Arkoun, doit-on penser qu’au sein de cette tradition « La préoccupation éthique […] a sombré avec le renoncement durable aux débats féconds entre les grandes instances de déploiement de la raison critique » ? De nos jours, l'éthique musulmane n’est-elle pas simplement réduite à une morale de l'interdit ?

Annonce

Argumentaire

Nul ne contestera que la préoccupation éthique soit centrale dans la tradition islamique. Domaine situé à la croisée du droit, de la mystique et de la philosophie, l’éthique possède une longue tradition au sein de la pensée islamique. A l’époque classique de l’Islam, la « science des vertus (‘ilm al-akhlâq) ou les traités d’Adab avaient une importance toute particulière. Mais qu’en est-il en ce début de XXIe siècle ? A la suite de Mohamed Arkoun, doit-on penser qu’au sein de cette tradition « La préoccupation éthique […] a sombré avec le renoncement durable aux débats féconds entre les grandes instances de déploiement de la raison critique »[1] ? De nos jours, l'éthique musulmane n’est-elle pas simplement réduite à une morale de l'interdit ?

Or, dans un monde globalisé de plus en plus complexe et individualisé, la modernité, qui avait souhaité s’émanciper de la tradition à l'aide de la raison, semble devoir céder sa place à une hypermodernité posant le refus des méta-recits, et proposant une vision du monde fondée sur l’anthropocentrisme des valeurs allant jusqu’à discuter l’existence même de l’éthique. Toutefois, dans le même temps, il est possible d’observer au sein des métropoles cosmopolites postmodernes une grande hétérogénéité morale entrainant une importante montée du relativisme des valeurs. C’est ainsi que la problématique du vivre ensemble se pose en nouveaux termes, nécessitant à l’évidence de penser une éthique de la fraternité afin d’atteindre l’idéal communautaire hypermoderne. D’autre part, la prise de conscience des dangers de la technoscience alliée aux intérêts économiques a fini par générer inquiétudes et angoisses sur des sujets à portée planétaire comme la notion de dignité humaine, les menaces environnementales, les manipulations génétiques, les dérèglements économiques et financiers ou encore les manipulations de l’information. Autant de sujets pour lesquels le besoin d’éthique semble rester plus que jamais d’actualité.

Il s’agira donc ici, de chercher à savoir si face à la perte des repères éthiques, la pensée islamique possède « les ressources normatives nécessaires pour “ civiliser ” les modes d’organisation de la société globale »[2] afin d’apporter des réponses aux questions sociétales actuelles.

Plus largement, on pourra questionner la capacité de cette pensée islamique, à se constituer en source d’une éthique universelle et se faisant à considérer ses rapports aux autres traditions religieuses et philosophiques ?

Par ailleurs, il sera intéressant de chercher à préciser les fondements de cette éthique musulmane, en cherchant notamment à voir dans quelle mesure la Raison et les finalités de la loi (Maqâṣid ash Shari’a) devraient être utilisées conjointement aux sources scripturaires en vue de (re)fonder cette éthique ou encore, comment « libérer le potentiel de signification éthique du texte »[3]? De même, la question d’une convergence avec les sciences humaines reste ouverte.

On pourra enfin se demander quelle pourrait être la contribution de la mystique musulmane dans la genèse de cette éthique.

En somme, il s’agira donc de s’interroger sur le possible apport d’une pensée éthique musulmane restant à préciser, face aux défis majeurs auxquels est confrontée l'humanité à l’aube de cette ère hypermoderne ?

[1] ARKOUN Mohammed, La question éthique et juridique dans la pensée islamique, Paris, J. Vrin , 2010.  

[2] A propos du christianisme dans David Tracy, « Theology, Critical Social Theory, and the Public Realm », in Don Browning and Francis Schüssler Fiorenza, Habermas, Modernity and Public Theology, New York, Crossroad, 1992 p.36. Cité dans : Démocratie et religion dans la pensée de Jürgen Habermas par Philippe Portier, Directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris-Sorbonne).  

[3] Selon une expression reprise de Selami Varlik, maître de conférences en philosophie à l'Université 29 Mayis à Istanbul, et prononcée lors de l’intervention « Le Coran et l’éthique du décentrement » prononcée dans le cadre de la rencontre sur le thème "Entre liberté et morale : quelle parole des croyants aujourd’hui ?" organisée en partenariat par le GAIC et l’Institut Catholique de Paris.  

Bibliographie sélective

  • ARKOUN Mohammed,
    • L'éthique musulmane d'après Māwardī̄, Paris : P. Geuthner , 1964.
    • La question éthique et juridique dans la pensée islamique, Paris, J. Vrin , 2010.
  • DE COURCELLES Dominique, « Le rôle éthique de l’islam dans un monde globalisé. Nouvelles formes financières et espaces de médiation », Finance islamique : regard(s) sur une finance alternative, Alger, Mazars Hadj Ali, 2011, p. 31-42.
  • DRAZ Muhammad, La Morale du Coran, Rabat, Presses universitaires de France, 1951 ; rééd. Ministère des Habous et des Affaires islamiques du Maroc, 1983.
  • FAKHRY Majid, Ethical theories in Islam, Leiden, E.J. Brill, 1991.
  • GEOFFROY Eric (coord.), Revue Horizons Maghrébin n°65 - Soufisme et spiritualités en contexte de postmodernité, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2012.
  • (AL) GHAZHĀLĪ Abou Ḥamid, La Revivification des sciences religieuses ( Ihyā’ ulūm al-Dīn ), trad. Antoine Moussali, Alger, Entreprise nationale du livre, 1985.
  • GOBILLOT Geneviève, « Éthique et spiritualité en islam à travers la pensée d'al-Hakîm al-Tirmidhî. Le Sage de Tirmidh, mystique khurâsânien (m. 318/930) », Revue d'éthique et de théologie morale 3/2007 (n°245), pp. 33-59.
  • HABERMAS Jürgen,
    • Le discours philosophique de la modernité, (trad. française), Paris, Gallimard, 1988.
    • L'avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ? Trad. de l'allemand par Christian Bouchindhomme, Paris, Gallimard, 2002.
  • HOUOT Sandra
    • De la religion à l'éthique. Esquisse d'une médiation contemporaine. In: Revue du monde musulman et de la Méditerranée, N°85-86, 1999. pp. 31-46.
    • « Éthique du corps et enjeux contemporains du sacré dans la réflexion du cheikh Sa‘îd Ramaḍân al-Bûṭî ». In : Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, N°113-114, novembre 2006. pp. 327-342
  • ISAMBERT François-André, De la religion à l'éthique, Paris, Cerf, 1992.
  • LEITES Adrien,
    • En quête de l'éthique musulmane I. La notion d'égalité en islam. In: Arabica, BRILL, T. 50, Fasc. 2 (Apr., 2003), pp. 177-198
    • En quête de l'éthique musulmane II. Les deux principes de différenciation. In: Arabica, BRILL, T. 50, Fasc. 3 (Jul., 2003), pp. 322-349
  • LYOTARD, Jean-François, La condition postmoderne, Paris, Editions de Minuit, 1979.
  • (AL)-MĀWARDĪ, De l'éthique du Prince et du gouvernement de l'État, traduit de l'arabe par Makram Abbes, précédé d'un "Essai sur les arts de gouverner en Islam", Paris, Les Belles Lettres, coll. « Sagesses médiévales », 2015.
  • MISKAWAYH (320/21-420), Traité d'éthique Taḏhīb al-' ahlāq wa taṭhīr al-aʿrāq; traduction française avec introduction et notes par Mohammed Arkoun, Paris, J. Vrin, 2010.
  • NASR, Seyyed Hossein, L'islam traditionnel face au monde moderne, trad. de l'anglais par Gisèle Kondracki avec la collaboration de Christian Pourquier, Lausanne, l'Âge d'homme, 1993.
  • OZDEMIR Ibrahim, Islam and Ecology, Toward an Understanding of Environmental Ethics from a Qur’anic Perspective, Ed Richard C. Foltz, Frederick M. Denny and Azizan Baharuddin, Harvard University Press, 2003.
  • RAMADAN Tariq, Introduction à l'éthique islamique - Les sources juridiques, philosophiques, mystiques et les questions contemporaines, Paris, Presse du Châtelet, 2015.
  • TOSHIHIKO Izutsu, The Structure of Ethical Terms in the Quran, Chicago, ABC International Group, 2000.
  • VADET Jean-Claude, Les idées morales dans l'islam, Paris, PUF, 1995.
  • WEBER Max, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris, coll. Champs, éd. Flammarion, 1999.

Conditions de soumission

Les textes proposés sont des originaux et correspondent aux thématiques liées au fait musulman couvertes par la revue. T

outes les disciplines de sciences humaines sont acceptées ; la revue étant ouverte à tous les courants de pensée, en dehors de ceux qui prônent des valeurs extrémistes.

Les propositions d’articles (résumé de 2000 signes, plan d’article et court CV de l’auteur – titre, organisme et publication dans le domaine couvert par l’article –) sont à envoyer au comité de rédaction de la revue à l’adresse email : lescahiersdelislam (at) gmail (dot) com

avant le 30 mai 2016.

Les propositions d'article seront alors évaluées par le comité de rédaction.

Le secrétariat de rédaction informera les auteurs vers le 15 juin 2016.

Après avis du Comité de rédaction renvoyé, les auteurs des propositions acceptées auront jusqu’au 15 novembre 2016 pour envoyer leur texte (se reporter aux recommandations en fin du document ci-joint).

L’article doit être rédigé en français dans la mesure du possible et ne pas dépasser 50 000 signes (notes, illustrations, bibliographie et espaces compris).

Il doit être accompagné de deux résumés : le premier en français, le second en anglais (2 000 signes chacun) et de 5 mots clés en français et en anglais. Les résumés, les mots clés peuvent être fournis dans d’autres langues que le français et l’anglais. En particulier en Arabe.

Pour un compte rendu d’ouvrage, le nombre de signes ne devra pas excéder 12 500 signes. Dans le cas ou les auteurs proposeraient des images (photographies, illustrations) pour valoriser leur texte, celles-ci devraient être au format jpg ou pdf haute définition (300 dpi), format paysage et en noir et blanc.

Celui-ci sera soumis aux comités de rédaction et de lecture de la revue.

L’article prendra place dans le second numéro de la Revue académique Les cahiers de l’Islam, prévu pour paraître à la fin du premier semestre 2017.

Le comité de rédaction profite de cet appel à contribution pour rappeler que la revue comporte également une rubrique « Recension » et « Hors-thème ».

Calendrier

Dans la mesure du possible les dates précisées ci-dessous devront être respectées.

  • Date de soumission des propositions : 30 avril 2016.
  • Communication de l’acceptation des propositions d’articles : 15 juin 2016.
  • Date de remise des articles pour expertise : 15 novembre 2016.
  • Date de retour des expertises : Fin février 2017.
  • Date de remise des articles dans leur état définitif : 30 avril 2017
  • Remise du manuscrit à l’impression : 01 juin 2017
  • Date de publication : Début juillet 2017

Comité de rédaction

Le comité de rédaction de la revue est composé :

  • d’un Directeur de Publication : Beddy Ebnou, directeur de l’Institute for Epistemological Studies Europe (IESE)
  • d’un secrétariat de rédaction composé des membres du conseil d’administration de l’association loi de 1901 « Les Cahiers de l’Islam », à savoir de MM. Amine Djebbar, Pascal Lemmel, Youssouf T. Sangaré.
  • d’un secrétariat administratif composé de Me Naima Daoudi.
  • Ali Zahra. Docteure à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS de Paris), Post doctorante à l'Université de Chester (UK).
  • Butterworth Charles. Professeur émérite de l’université de Maryland en philosophique politique.
  • Chapellière Isabelle. Professeure agrégée, docteure en sciences économiques, chercheuse associée CHERPA Sciences Po Aix.
  • Geoffroy Eric. Islamologue arabisant à l’Université de Strasbourg, enseignant à l’Université Ouverte de Catalogne (Barcelone) et à l’Université Catholique de Louvain (Belgique).
  • Leites Adrien. Maître de conférences à la Sorbonne en Langue arabe, civilisation et pensée islamiques.
  • Liogier Raphael. Professeur des universités et directeur de l'Observatoire du religieux.
  • Lory Pierre. Directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études (EPHE), Section des Sciences religieuses, chaire de Mystique musulmane.
  • Merzoug Omar.  Professeur de Civilisation Islamique à l'Institut al-Ghazali et journaliste.
  • Van ess Josef. Professeur émérite de l’Université de Tubingue, orientaliste.

Comité de lecture

  • Azaeiz Mehdi. Docteur en islamologie, Postdoc LabexResmed, chercheur associé  CNRS/IREMAM.
  • Baylocq Cédric. Professeur assistant d'anthropologie au département des Sciences Politiques, Juridiques et Sociales de l'Université Mundiapolis, Casablanca, et chercheur associé au Centre Jacques Berque (CNRS USR 3136).
  • Dakhli Leyla. Agrégée et docteure en histoire, chercheure au CNRS (Institut de recherche et d'études sur le monde arabe et musulman, IREMAM).
  • D. Marcotte Roxanne. Docteure (U McGill) en études islamiques, professeure agrégée au département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
  • Dot-Pouillard Nicolas. Docteur en sciences politiques diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Chercheur à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) à Beyrouth.
  • El Asri Farid. Docteur en anthropologie (UCL), enseignant-chercheur à Sciences Po Rabat (UIR), chercheur-associé au Centre Jacques Berque pour les Etudes en Sciences Humaines et Sociales au Maroc (USR - CNRS 3136) et membre du comité de direction du Centre Interdisciplinaire d'Etudes de l'Islam dans le Monde contemporain (CISMOC, UCL).
  • Khelef Fatma. Docteur en langue et littérature arabes, enseignante à l’Université Toulouse II.
  • Hilali Asma. Docteure de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE), chercheure à l’Institute of Ismaili Studies.
  • Mohyddin Yahia. Docteur de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE), professeur à la Dâr al-Hadîth al-Hasaniyya de Rabat, enseignant à l'Université ouverte de Catalogne (UOC) et chercheur associé au CNRS (Laboratoire d'étude des monothéismes, UER 8584).
  • Privot Michaël. Docteur en langues et lettres de l’Université de Liège, licence en histoire et philologie orientales (islamologie), spécialisation en histoire comparée des religions ainsi qu’en langue arabe (Damas).
  • Saint-prot Charles. Docteur en science politique, habilité à diriger des recherches, responsable du cercle d’études islamiques et arabes du centre Maurice Hauriou de la Faculté de droit Paris Descartes et directeur de l'Observatoire d’études géopolitiques (OEG).
  • Sambe Bakary. Enseignant-chercheur au Centre d'Etude des Religions (CER), Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal).
  • Sebti Meryem. Chargée de recherche au CNRS.
  • Yassine Rachid ID. Docteur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), enseignant-chercheur au Centre d'étude des religions à l’université Gaston Berger (UGB) et enseignant au département de sociologie de l'université Perpignan Via Domitia (UPVD). Chercheur associé au Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (CADIS) et à l'Institut catalan de recherches en sciences sociales (ICRESS). Coordonnateur de l'Observatoire des mondes de la Méditerranée et du Moyen-Orient.

Dates

  • lundi 30 mai 2016

Mots-clés

  • islam, éthique musulmane, modernité, hypermodernité, Adab, Coran, philosophie islamique, spiritualité musulmane, Prophète

URLS de référence

Source de l'information

  • Pascal Lemmel
    courriel : lescahiersdelislam [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Quel apport de la pensée éthique musulmane face aux défis de l’hypermodernité ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 18 janvier 2016, http://calenda.org/352903