AccueilQuand les migrants arrivent en ville : Politiques et pratiques de l’hospitalité et de la citoyenneté

Quand les migrants arrivent en ville : Politiques et pratiques de l’hospitalité et de la citoyenneté

When migrants come to town: policies and practices of hospitality and citizenship

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Publié le mardi 19 janvier 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Largement représentés dans les médias et les discours politiques comme en errance et ne trouvant appui que sur des « antimondes » (Brunet, 1981) (tels les campements, les squats, les centres pour demandeurs d’asile, etc.), les étrangers seraient maintenus hors de la ville, hors des dynamiques sociales qui la produisent, dans un état de flottement, d’instabilité (Agier, 2014). Nous souhaitons remettre en question ces représentations et appréhender l’arrivée et les différentes dimensions de l’habiter et de l’urbanité des migrantes et des migrants. Ces journées ont pour objectif de considérer les spatialités et les temporalités de la réception et de l’installation des migrants dans la ville au prisme de cette ligne de tension de plus en plus vive entre mobilité et immobilité, entre accueil et contrôle ou mise à l’écart.

Annonce

IXe rencontres franco-italiennes de géographie sociale

Argumentaire

Largement représentés dans les médias et les discours politiques comme en errance et ne trouvant appui que sur des « antimondes » (Brunet, 1981) (tels les campements, les squats, les centres pour demandeurs d’asile, etc.), les étrangers seraient maintenus hors de la ville, hors des dynamiques sociales qui la produisent, dans un état de flottement, d’instabilité (Agier, 2014). Nous souhaitons remettre en question ces représentations et appréhender l’arrivée et les différentes dimensions de l’habiter et de l’urbanité des migrantes et des migrants. Car, dans le même temps, des formes de prise en charge plus ou moins institutionnalisées sont déployées. Les villes continuent en effet de concentrer la majorité des étrangers et constituent des pôles d’attraction dans des espaces de circulation qui les dépassent, et ce à différentes échelles de ville (grandes métropoles, villes moyennes voire petites). Les lieux et contextes locaux jouent à l’heure actuelle un rôle important dans le choix des migrants de s’installer dans telle ou telle ville. Ces journées ont pour objectif de considérer les spatialités et les temporalités de la réception et de l’installation des migrants dans la ville au prisme de cette ligne de tension de plus en plus vive entre mobilité et immobilité, entre accueil et contrôle ou mise à l’écart.

Comment l’accueil des migrants se déroule-t-il ? De quelles manières interagissent-ils avec la société urbaine, dans quels lieux, par quels réseaux ? Les modalités, représentations et significations de l’accueil seront travaillées au prisme des tendances contradictoires qui les traversent. L’hospitalité, issue de la rencontre entre nécessités pragmatiques urgentes et enjeux moraux, va de pair avec le maintien d’une situation asymétrique, des codes et des contraintes, une inégalité de statut et de condition entre les « accueillants » et les « accueillis » – ces derniers restant dans l’obligation de respecter les règles édictées par leurs « hôtes » (Gotman, 2001). Qu’est-ce qui concrétise l’accueil, qu’est-ce qui manifeste le maintien de l’asymétrie ? Au-delà des contraintes imposées aux migrants dans le cadre de l’hospitalité, comment leur capacité d’action et leur participation, leur engagement quotidien dans la ville reconfigurent-ils la question de l’urbanité et de la citoyenneté ? Comment des formes d’hospitalité autres que celles de l’Etat – hospitalité communautaire ou migrante par exemple – sont-elles déployées, qui viennent justement mettre en tension l’accueil des migrants par la force publique ? Etrangers dont le droit de cité est malmené dans l’espace d’accueil, à la recherche de légitimité ici et là-bas, les migrants, ces « Autres » devenus les « mêmes » en tant que résidents de l’espace urbain (Balibar, 2001 ; Neveu, 2009) interrogent les hiérarchies et les appartenances locales et nationales, étant eux-mêmes à la recherche d’une reconnaissance sociale et politique ici et là-bas (Sayad, 2006, Mazzella, 2014). Il s’agira là de relever les pratiques urbaines quotidiennes ordinaires des migrants, leurs sociabilités (Authier, 2001 ; Lévy, Lévy-Vroelant, 2001) mais aussi les formes de leur engagement citoyen au niveau local, voire transnational et qui participe, malgré tout, à la construction d’une légitimité sociale à l’échelle locale.

Les rencontres interrogeront donc les formes et les modalités multiples de participation quotidienne des migrants dans la ville dans leurs interactions aux politiques publiques qui leurs sont destinées. Elles interrogeront aussi les changements urbains suscités par l’arrivée de ces nouveaux arrivants.

Ce questionnement général se déclinera en trois axes programmatiques.

1.    Les politiques publiques déployées autour des migrants dans la ville : entre accueil/assistance et contrôle ?

La présence de migrants pauvres dans les villes a été érigée depuis longtemps en enjeu des politiques publiques locales, mais aussi régionales, nationales voire européennes (Tarrius, 1992). Cet enjeu a été réactivé au cours des vingt-cinq dernières années dans nombre de pays européens, notamment du fait de l’arrivée de migrants roms des pays anciennement communistes et des difficultés d’accès au logement que rencontrent des groupes de plus en plus nombreux de migrants, demandeurs d’asile par exemple (Edgar, Doherty, Meert, 2004 ; Legros, Vitale, 2011), l’ensemble se traduisant entre autres par la multiplication des lieux d’habitat précaire et dégradé. Il s’agira, au cours de ces journées, d’interroger ces politiques destinées aux migrants dans la ville. Quelle place y tient l’espace : ces politiques visent-elles avant tout à répondre à des problèmes sociaux ou à réguler l’utilisation de l’espace urbain ? S’inscrivent-elles dans des temporalités de long court, cherchent-elles à traiter le problème dans sa globalité, ou répondent-elles plutôt à l’urgence, par des « bricolages » provisoires ? Les effets de ces dispositifs sur les migrants seront également questionnés : en quoi ces politiques publiques agissent-elles sur la manière dont les migrants prennent part (ou non) la ville ? Peuvent-elles être mobilisées par les migrants comme des ressources complémentaires à celles qu’ils peuvent trouver par ailleurs (dans les communautés, familles et réseaux migratoires notamment) ? Ces dispositifs contiennent-ils à l’inverse une dimension contraignante, qui reconfigurerait la place du choix et du libre-arbitre dans la manière dont les migrants pratiquent et vivent la ville ? Quelles sont les stratégies et/ou tactiques mises en place par les migrants pour contourner ces politiques ? En filigrane se pose la question de la « normalisation » de l’accès des étrangers à la ville, au logement et aux services urbains. Ces politiques y participent-elles, ou à l’inverse fabriquent-elles de l’exceptionnel (Agamben, 2003) ? Entre accueil, assistance et protection, ou contrôle et logique sécuritaire, la portée et la finalité des politiques de régulation de l’accès à la ville seront travaillées pendant ces journées.

2.    Pratiques et représentations de la ville : lieux et réseaux face à l’ordre urbain

Avant même que les autorités publiques ne se saisissent de et ne construisent en objet politique la présence des migrants dans la ville, ceux-ci la vivent. La participation des migrants sera ici interrogée au regard des pratiques et représentations de celle-ci : quels sont les lieux de passage et points d’ancrage des migrants ? Quelles compétences déploient-ils, quelles ressources mobilisent-ils pour se déplacer et s’ancrer dans la ville ? En quoi l’étude de ces trajectoires et de ces lieux donne à voir la manière dont les migrants peuvent prendre part à la ville ? Le déploiement de compétences et la mobilisation de ces ressources sera également considéré du point de vue des temporalités migratoires (arrivée récente, installation de plus longue date, etc.) dont il s’agira d’interroger les effets sur le degré d’implication à l’échelle locale et sur la maîtrise de l’espace, de la ville et de ses ressources. La circulation et la pratique de certains lieux relevant à la fois des décisions des migrants et des incitations voire contraintes auxquelles les pouvoirs publics les soumettent, c’est la dialectique entre accueil et contrôle identifiée précédemment que nous réinterrogerons à travers l’analyse des parcours des migrants dans la ville. Cette dialectique se manifeste à travers la construction et/ou la réactivation de frontières physiques et symboliques révélatrices d’un ordre urbain marqué par des rapports de pouvoir. Il s’agira donc aussi de penser les ruptures et les continuum que les migrants perçoivent, vivent, s’approprient et éventuellement dépassent dans la ville.

Ces journées proposent d’appréhender les incidences de ces pratiques et représentations sur les caractéristiques mêmes de la ville : dans quelles dynamiques urbaines ces trajectoires de migrants s’inscrivent-elles ? En quoi les parcours des migrants dans la ville, dans toute leur diversité, donnent à voir une urbanité à la fois fragilisée (en termes d’appartenance, de ressource, de lien, de service) et en recomposition (renouvellement urbain, équilibre centre-périphérie) ?

Au final, il s’agira ici de se demander en quoi ces pratiques et représentations de l’espace urbain par les migrants traduisent l’asymétrie fondamentale de la relation d’hospitalité, matérialisée dans la ville.

3.    Les migrants, acteurs de la cité, acteurs dans la ville

Dans cet axe seront considérées les formes de liens et d’engagements construits par les migrants dans l’espace public urbain, au regard des temporalités migratoires et de présence sur place, tout comme au regard des conditions d’habitat, qui jouent implicitement sur la visibilité et sur les mobilisations urbaines. Par le logement, le travail, l’école, etc. quelles interactions les migrants et leurs familles instaurent-ils avec les acteurs urbains (collectivités locales, institutions publiques, associations, etc.) ? Selon quelles modalités, selon quels rapports de force, les migrants établissent-ils leur place dans la ville ? Dans cette dialectique ambivalente entre accueil et relégation, comment les migrants parviennent-ils à obtenir des formes de reconnaissance, en tant que résidents? En quoi et comment la relation asymétrique d’hospitalité permet-elle ou non aux migrants d’être acteurs de la ville, de ces villes devenues leur ville ? Il s’agira donc de saisir les parcours, en termes de mobilité sociale et spatiale des migrants, individuellement et/ou collectivement, au prisme de leur participation au débat public, dans les différentes sphères qui régissent la vie urbaine : sociale, culturelle, politique, économique, religieuse. Les lieux convoqués dans ces formes de participation et d’engagement seront aussi questionnés : s’agit-il de lieux centraux, périphériques ? Quel est leur statut (foyers, locaux associatifs, etc.) ? S’inscrivent-ils dans des réseaux, de quelle nature ? Quel est leur ancrage à l’échelle de la ville, voire au-delà ? Par ces formes d’engagement, les réseaux et les lieux qui les sous-tendent, les migrants parviennent-ils finalement à prendre part aux décisions qui les concernent ? Dans la ville, sont-ils des citoyens comme les autres ?

Les contributions proposées dans le cadre de cet appel s’intéresseront donc, dans une perspective contemporaine ou diachronique, à ce que les migrants font de la ville et à ce que la ville fait des migrants. Seront privilégiées les communications fondées sur une approche empirique. Si l’actualité met le continent européen et la France sous le feu des projecteurs, ces journées cherchent à faire dialoguer des travaux menés dans différents contextes et terrains d’étude. Il cherchera également à favoriser les échanges entre disciplines des sciences sociales intéressées tant par la ville que par les migrations.

La manifestation sera accueillie par le LISST-Cieu, laboratoire spécialisé dans la recherche tant sur les espaces et sociétés urbaines que sur les migrations internationales.

Références

Authier Jean-Yves, Bensoussan Bernard, Grafmeyer Yves, 2001, Du domicile à la ville : vivre en quartier ancien, Paris, Anthropos, 214 p.

Agamben Giorgio, 2003, Etat d’exception. Homo sacer, Paris, Editions du Seuil, 151 p.

Balibar Etienne, 2001, « Vers la citoyenneté imparfaite », in Balibar Etienne, Nous, citoyens d’Europe ? Les frontières, l’Etat, le peuple, Paris, La Découverte, pp.206-215.

Brunet Roger, 1981, « Géographie du goulag. L’espace aliéné », L’Espace géographique, vol. 10, n°1981/3, pp. 215-232.

Edgar Bill, Doherty Joe, Meert Henk, 2004, Immigration and Homelessness in Europe, Bristol, University of Bristol, Policy Press, 208 p.

Gotman Anne, 2001, Le sens de l'hospitalité. Essai sur les fondements sociaux de l'accueil de l'autre, Paris, Presses Universitaires de France, 507 p.

Legros Olivier, Vitale Tomaso, 2011, « Les migrants roms dans les villes françaises et italiennes : mobilités, régulations et marginalités », Géocarrefour, vol.86, n°1, pp.3-14.

Lévy Jean-Pierre, Lévy-Vroelant Claire, 2001, « Habiter son logement : présences et usages », in Authier Jean-Yves (dir.), Du domicile à la ville : vivre en quartier ancien, Paris, Anthropos, pp. 51-71.

Mazzella Sylvie, 2014, Sociologie des migrations, Paris, PUF.

Neveu Catherine., 2009, « Quelles questions pose ‘l’Autre’ – devenu ‘le même’ – à la majorité ? Interrogations sur la citoyenneté », in Akoka Karen, Gonin Patrick, Hamelin David, Migrants d’ici et d’ailleurs, du transnational au local, Actes des rencontres du 29 novembre 2006 à l’Espace Mendès France, Poitiers, Editions de l’actualité scientifique Poitou- Charentes, pp. 139-146.

Sayad Abdelmalek, 2006, L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, 1. L’illusion du provisoire, Paris, Raisons d’agir.

Tarrius Alain, 1992, Les fourmis d'Europe: migrants riches, migrants pauvres et nouvelles villes internationales, Paris, l'Harmattan, 210 p.

Modalités de soumission

Les propositions de contribution comporteront les éléments suivants :

  • le titre de la communication ;
  • le nom et prénom du ou des auteurs, leur institution ou association de rattachement (s’il y a lieu), leurs coordonnées complètes (adresse mail, adresse postale, numéro de téléphone) ;
  • le résumé de la communication (3.000 signes maximum), qui identifiera clairement a) l’argument central de la proposition, b) la méthodologie employée pour la recherche, et c) les principaux résultats présentés.

Les propositions devront nous parvenir sous format .rtf à l’adresse : geosoctoul2016@gmail.com

avant le 8 février 2016.

Pour toute information, écrire à : stephanie.lima@univ-jfc.fr

Calendrier et informations pratiques

  • 8 février 2016 : date limite d’envoi/réception des propositions de communication
  • mi-mars 2016 : sélection des communications
  • début avril 2016 : diffusion du programme
  • 26-27 mai 2016 : colloque à Toulouse et Albi

Comité scientifique

  • Fabio Amato, Professeur de géographie, Université de Naples - Dipartimento di Scienze Umane e Sociali
  • Céline Bergeon, Maître de conférences en géographie, Université de Poitiers - Migrinter
  • Isabelle Dumont, Professeur de géographie, Université de Rome - Dipartimento di Studi Umanistici
  • Lucine Endelstein, Chargée de recherches CNRS, Université de Toulouse - Lisst Cieu
  • Jean-Marc Fournier, Professeur de géographie, Université de Caen – ESO
  • Stéphanie Lima, Maître de conférences en géographie, Université de Toulouse - Lisst Cieu
  • Bénédicte Michalon, Chargée de recherches CNRS, Université de Bordeaux – ADESS/Passages
  • Olivier Pliez, Directeur de recherche CNRS, Université de Toulouse - Lisst Cieu
  • Camille Schmoll, Maître de conférences en géographie, Université Paris 7 - Géographie Cités
  • Antonio Stopani, Chercheur en géographie, Université de Turin - Dipartimento Interateneo di Scienze, Progetto e Politiche del Territorio

Institutions organisatrices

  • LISST-Cieu, Université de Toulouse
  • Centre Universitaire Champollion - axe PPES, Albi
  • ESO Caen

Lieux

  • LISST-Cieu, Toulouse, Centre universitaire Champollion-Axe PPES
    Albi, France (81)

Dates

  • lundi 08 février 2016

Mots-clés

  • migrant, ville, hospitalité, citoyenneté

Contacts

  • Stéphanie Lima
    courriel : geosoctoul2016 [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Stéphanie Lima
    courriel : geosoctoul2016 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Quand les migrants arrivent en ville : Politiques et pratiques de l’hospitalité et de la citoyenneté », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 19 janvier 2016, http://calenda.org/353089