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Handicap, inclusion et accessibilité

Disability, inclusion and accessibility - comparative approaches to the Francophone space

Approches comparatives dans l’espace francophone

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Publié le vendredi 29 janvier 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Ce que nous nommons avec tant d’imprécisions handicap peut être abordé dans une approche culturaliste et défini comme une production sociale et culturelle où le « statut d’handicapé dépend moins de la nature et du degré de la déficience et plus des standards sociétaux de corps "normaux" » (M. J. Armstrong et M. H. Fitzgerald, 1996). Dans cette perspective, il convient de considérer le handicap autour de la combinaison de deux registres, le réel et le symbolique. Le registre du réel renvoie à l’expérience de l’individu marqué par l’altération organique et fonctionnelle et les difficultés rencontrées au quotidien pour réaliser différentes actions et activités.

Annonce

Argumentaire

Ce que nous nommons avec tant d’imprécisions handicap peut être abordé dans une approche culturaliste et définit comme une production sociale et culturelle où le « statut d’handicapé dépend moins de la nature et du degré de la déficience et plus des standards sociétaux de corps ‘normaux’ » (M. J. Armstrong et M. H. Fitzgerald, 1996). Dans cette perspective, il convient de considérer le handicap autour de la combinaison de deux registres, le réel et le symbolique. Le registre du réel renvoie à l’expérience de l’individu marqué par l’altération organique et fonctionnelle et les difficultés rencontrées au quotidien pour réaliser différentes actions et activités. Il se structure autour de la corporalité de la personne et de la dimension fonctionnelle et instrumentale du corps (Le Breton). Il s’agit de « la personne telle qu’elle est et telle qu’elle fait ». Ce registre du réel est complété par celui du symbolique organisé autour de la concentration d’une variété de représentations et souvent de préjugés. Il s’agit alors de la « personne telle qu’on la voit et que l’on se la représente », ce qui élargit la corporéité aux usages sociaux des corps.

A partir de ces deux registres, nous pouvons porter attention aux différentes manières de percevoir mais aussi de traiter le handicap, dans des espaces sociaux et culturels spécifiques, notamment dans l’espace francophone. En ce sens, comme le montre Poizat (2009), « la comparaison des Etats dans la prise en compte des personnes les plus vulnérables ne se résume pas à des considérations techniques mais relève d'une question culturelle profondément enfouie ». Ainsi, si l’espace francophone donne l’illusion d’une convergence et d’une homogénéité linguistique, il apparaît que le rapport au handicap, en tant que pratiques et représentations, au sein des pays d’Afrique Noire (Cameroun, Sénégal, Côte d’Ivoire), dans le bassin méditerranéen (Tunisie, Algérie, Maroc, Liban,... ), au sein du croissant francophone européen (Suisse, France, Luxembourg, Belgique), des Caraïbes (République d’Haïti, Guadeloupe, Martinique) et en Amérique du nord (Québec) se caractérise par des spécificités qu’il convient de mettre en valeur et en perspective. Les questionnements engendrés laissent entrevoir trois axes complémentaires.

Axe 1 : Handicaps et cultures : représentations et typologies

En tant que production sociale et culturelle, le handicap peut être déconstruit afin de repérer les contenus constitutifs de sa définition, structurée autour du corps et de sa dimension biologique et fonctionnelle, mais aussi de l’imaginaire avec des croyances magiques et religieuses voire des attributs divins et maléfiques. Ainsi, normalité, punition, magie, difformité, monstruosité, apparaissent comme des notions mobilisées dans la construction sémantique du handicap. En dessinant les frontières épistémologiques de cette notion, ce sont les publics désignés qui prennent forment, incarnés par des catégories, des familles de handicap, des constructions typologiques. A ce sujet, Fougeyrollas rappelle l’importance de la terminologie utilisée en précisant l’intérêt de choisir le mot approprié pour désigner le réel : « Plus qu’un simple instrument de communication, le langage illustre la façon dont on se représente mentalement une réalité. Il n'est donc pas étonnant que les mots employés pour parler des personnes handicapées aient fait l'objet d’une remise en question, parallèle à l'évolution de leur place dans la société ». Ces propos soulignent aussi la corrélation entre les mots utilisés pour désigner un public et la manière de considérer les personnes désignées par ces mots. En fait, le handicap et son évolution au travers l’usage des appellations telles que déficient, invalide ou encore situation de handicap dans les pays industrialisés, « kokobé » à Haïti, « Eboa » au Cameroun, « vieux balai » au Togo, « mouaak » dans les pays du Magreb, sont des révélateurs traduisant des enjeux symboliques et idéologiques, cristallisés dans des représentations. Ainsi, il importe d’interroger la variété des appellations utilisées et les publics qu’elles désignent dans les différents pays et cultures francophones mais aussi de questionner et d’analyser les représentations sous jacentes qui s’en dégagent : « Quels sont les publics désignés par le handicap ? Quelles en sont les représentations et perceptions par la société ? Quel regard les personnes en situation de handicap portent-elles sur la société ? Comment les personnes vulnérables s’auto-représentent-elles ? Comment sont élaborées les catégories en fonction des déficiences et comment caractériser les évolutions dont elles font l’objet ?

Axe 2 : Pratiques et traitement social du handicap

La question des représentations se prolonge par celles des attitudes individuelles et collectives ainsi que des réponses institutionnelles et sociétales apportées pour répondre aux situations des personnes handicapées. Celles-ci convoquent des positions ambivalentes et binaires oscillant entre la peur, le rejet, l’exclusion, la stigmatisation mais aussi la compassion et la charité, parfois la vénération. Dans tous les cas de figure, une multitude de réponses se côtoient, déterminées par les représentations du handicap, la situation socio-politique, l’histoire, le développement économique et structurel du pays. Quelles sont les mesures et dispositifs mis en place en faveur des personnes handicapées et par quels acteurs sont-elles portées ? Dans certains contextes, une forte mobilisation associative provenant souvent des familles et des personnes elles-mêmes (associations auto support, ….) donne lieu à la création d’établissements et de services spécialisés (associations gestionnaires). Dans ce cas, la personne vit dans une institution, confiée à des aidants professionnels, des intervenants sociaux, qualifiés et formés qui assurent le relais des familles. Dans d’autres contextes, ce sont des acteurs comme les organisations non gouvernementales (ONG) qui prennent une place importante et soutiennent divers projets en lien avec le handicap pour favoriser l’insertion scolaire et professionnelle par exemple. Parfois, la prise en charge quotidienne du handicap reste une affaire privée, celle de la famille, qui s’organise pour répondre aux besoins d’un proche handicapé : parents, frères et sœurs, oncle et tantes sont alors mobilisés autour de la personne handicapée. Au Maghreb, des études s’intéressent à l’annonce du handicap et ses impacts sur la famille (Ben Thabet et al., 2013), les inégalités que subissent les personnes en situation de handicap à divers titres (Trani, et al. 2015) et pointent la stigmatisation des familles (Kadri et al, 2004).

 Le rôle et les actions de l’Etat méritent également d‘être questionnés et notamment son rapport avec les acteurs impliqués et concernés par le handicap (familles, associations, organisations non gouvernementales, réseaux à base communautaire). De même, l’Etat peut favoriser la mise en place de politiques d’accessibilité et de prises en charge du handicap et élaborer un cadre législatif et règlementaire en ce sens. Ainsi, les publics cibles visés, la prise en compte du handicap dans les textes législatifs, le soutien à des dispositifs ou la création de mesures compensatrices et intégratives sont des éléments à analyser et discuter. Il s’agit d’évoquer la cohésion sociale et le vivre-ensemble à travers la participation sociale des personnes en situation de handicap. L’objectif du « vivre ensemble » suppose-t-il la nécessaire mixité (sociale, genre, etc.) ? Quelle est l’importance de l’accompagnement des pratiques et des publics : bénévoles, professionnels, avec quelle formation et quel niveau de compétence ? Au final, à partir de réflexions sur la vulnérabilité et la reconnaissance sociale (Maillard), il s’agit d’envisager le handicap comme analyseur du social.

Axe 3 : Handicap et participation sociale

Depuis la Convention des Nations Unies de 2006 relative aux droits des personnes handicapées (ratifiée par la majorité des pays francophones), la participation sociale est affirmée et reconnue à la fois comme un droit et une finalité à atteindre. Articulé avec les politiques nationales du handicap de chaque pays, il existe un large éventail de mesures permettant de tendre vers la participation sociale des personnes en situation de handicap. Jusqu’où peut aller la participation sociale : qu’en est-il de la scolarisation des élèves ? de la formation des jeunes ? de l’accès et/ou du maintien dans l’emploi ? La question de l’accès aux loisirs, aux activités culturelles et sportives mérite également d’être posée et analysée. Comment la participation sociale s’articule-t-elle avec la notion de qualité de vie ? En même temps, il convient de porter attention aux multitudes de stratégies intégratives et conduites de résilience des personnes en situations de handicap qui soulignent des dynamiques et processus propres aux personnes en situations de handicap dans le cadre de la participation sociale. Quels sont les liens et les effets des différentes logiques (communautaires, individualistes, institutionnelles, ….) sur la participation sociale ?

Communications attendues 

Ce colloque a vocation à rassembler diverses catégories d’acteurs pour confronter et faire évoluer l’état des connaissances sur le handicap dans l’espace francophone. L’appel à communications s’adresse à la fois à des praticiens et des chercheurs. Dans une volonté de croiser les regards, les propositions de communication peuvent provenir de différentes disciplines : sociologie, histoire, anthropologie, sciences de l’éducation, économie, sciences politiques... Les chercheurs sont invités à présenter des travaux de recherche empiriques, méthodologiques, pratiques ou conceptuels qui portent sur des thématiques associées aux axes proposés. Une attention particulière sera portée à l’égard des propositions émanant de praticiens (associations, ONG …). Ces derniers sont invités à présenter leurs pratiques, les publics reçus, les ressources, les contraintes … mais également toutes expérimentations révélant des bonnes pratiques.

Propositions de communications

Les personnes désirant présenter une communication sont priées d’envoyer un résumé n’excédant pas 5000 signes (titre, problématique, méthodologie, terrain, approche théorique, résultats attendus, cinq mots-clés et axe choisi). Les éléments suivants doivent également figurer dans la réponse envoyée : nom et prénom du ou des auteurs, la fonction et le rattachement institutionnel ainsi que les coordonnées complètes (courriel, téléphone, adresse postale)

Les propositions sont rédigées en français au format word (.doc) ou rtf.

Les propositions doivent être adressées à l’adresse suivante : elodie.bouchet@inshea.fr avec copie à : frederic.reichhart@inshea.fr

Date limite d’envoi : 12 février 2016

Calendrier et lieu

  • 15 mars 2016 : annonce des propositions retenues

  • Avril: diffusion du programme provisoire du colloque
  • Avril: date limite de confirmation de participation des intervenants au colloque
  • Mai-Juin 2016 : diffusion programme finale et inscriptions
  • 24, 25 et 25 octobre 2016: déroulement du colloque international à l’INS HEA, Suresnes, France.

Coordination scientifique

  • LOMO Aggée, Université de Strasbourg, France. 
  • RACHEDI Zineb, INS HEA, France
  • REICHHART Frédéric, INS HEA, France

Comité scientifique

  • DE LESELEUC Eric, INS HEA, France
  • FOUGEYROLLAS Patrick, Canada
  • LOMO Aggée, Université de Strasbourg, France. 
  • LOUIS Ilionor, Université d’Etat d’Haïti, République d’Haïti       
  • LOUM DAME Fatou, Université Cheikh Anta Diop, INSEPS, Dakar
  • MERCIER Michel, FUND, Belgique
  • MITRA Sophie, Fordham University, Etats-Unis
  • PIERRE Alfred, Université d’Etat d’Haïti, République d’Haïti     
  • RACHEDI Zineb, INS HEA, France
  • REICHHART Frédéric, INS HEA, France
  • TONDA, Université Omar Bongo, Libreville
  • TRANI Jean-Francois, Washington University in St Louis, Etats-Unis

 Comité d’organisation

  • BOUCHET Elodie
  • MUZUMDAR Girish
  • NORTURE Martine
  • POPESCU Cristina
  • RACHEDI Zineb
  • REICHHART Frédéric
  • SAUMON Nel
  • ZDRAVKOVA Yana

Lieux

  • Amphithéâtre - 58 avenue des landes
    Suresnes, France (92)

Dates

  • vendredi 12 février 2016

Mots-clés

  • handicap, inclusion, education, francophonie, accessibilité

Contacts

  • Élodie Bouchet
    courriel : elodie [dot] bouchet [at] inshea [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Élodie Bouchet
    courriel : elodie [dot] bouchet [at] inshea [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Handicap, inclusion et accessibilité », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 29 janvier 2016, http://calenda.org/354388