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Grammaires et littéracies

Grammars and literacies

Revue Lidil, numéro 56

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Publié le lundi 01 février 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Le numéro 56 de Lidil, sous la bannière des « Grammaires et littéracies », vise à ouvrir de nouvelles perspectives sur l’enseignement-apprentissage de la langue, en situant le rôle et la place de la grammaire dans le cadre général des littéracies et des usages langagiers qui les sous-tendent : apprentissage de la grammaire et didactique des langues ; grammaire dans l’enseignement plurilingue ; place de la grammaire aux différents niveaux du CECRL ; grammaire des nouveaux supports. Il s’agira donc de ne pas considérer seulement le pluriel du concept de littéracie, mais également la pluralité des modèles grammaticaux qui l’accompagnent.

Annonce

Présentation

Le terme de littéracie, dans son sens moderne de capacité à faire usage de l’écrit dans toutes les situations de la vie quotidienne, est apparu à la fin des années 1980. Sa diffusion rapide dans les pays développés, à commencer par l’aire anglo-saxonne et le Québec (Fraenkel & Mbodj, 2010), en a fait très vite un concept-clé, défini précisément en 2000 par l’OCDE comme «l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités.» La définition, dont on perçoit le caractère générique et dynamique (Barré-De Miniac, 2003), a permis une très importante diffraction de la notion, de manière longitudinale dans le processus de formation autant que de manière transversale dans la variété des apprentissages.

Or, nous constatons que cette montée en puissance de la littéracie comme compétence générale s’accompagne d’une certaine redéfinition des compétences grammaticales qui la sous-tendent (Beacco, 2010; Chiss & David, 2012). La littéracie remet à l’ordre du jour les questions de code linguistique, d’usage discursif, d’habileté langagière et même de métalangage, aussi bien dans la formation des adultes, dans l’enseignement scolaire (Rhian, 1996; Neuman & Dickinson, 2001; Marin & Morin, 2015) et à l’université (Pollet, 2012). Il semble donc maintenant à la fois nécessaire et opportun de se demander comment la généralisation de la notion de littéracie transforme les représentations et les pratiques de la grammaire, et comment, en retour, cette redéfinition de la grammaire permet de mieux comprendre la diffraction du concept sous ses formes plurielles de littéracies.

On l’a dit, trois grands domaines d’enseignement-apprentissage sont concernés, à des degrés divers. C’est dans la formation des adultes que le concept de littéracie a été introduit en premier. Il s’y est très tôt imposé comme l’objectif fédérateur des compétences-clés dans l’approche par compétences (Leclercq & Vogler, 2000), à la faveur de l’importance donnée à la compréhension de l’écrit dans la compétence langagière en formation des adultes. À l’autre bout de la chaine, dans la scolarité initiale, la littéracie est au contraire entrée en scène depuis peu, au titre de compétence procédurale en lecture et d’écriture. En témoigne le nouveau Socle commun de connaissances, de compétences et de culture (cf. bibliographie), qui regroupe dans son Domaine 1 les langages pour penser et communiquer et où se trouvent associées différentes formes de littéracie (textuelle, numérique, visuelle, etc.).

La situation est différente à l’université, où la littéracie est à la fois un prérequis disciplinaire, un horizon méthodologique et un objet de recherche. En outre, dans les études supérieures, et ce quelles que soient les disciplines, la place toujours plus importante prise par l’écriture académique modifie profondément le rapport de la grammaire à la didactique de l’écrit, en français comme dans les autres langues. C’est donc principalement au niveau universitaire que ce numéro de Lidil s’intéressera, là où s’observent actuellement les plus importantes mutations des usages et des contenus de la grammaire.

Dans la didactique des langues par exemple, et notamment celle du français langue étrangère (FLE), la grammaire revient au centre des réflexions sur l’enseignement-apprentissage, après une période de flottement à la fin du 20e siècle que rappellent Vigner (2004) et Véronique (2009). Certes, dès 1996, Cuq signalait le risque qu’il y avait à croire que la méthodologie communicative permettait de «se passer totalement de formalisation grammaticale» (Cuq, 1996, p. 105). Il proposait qu’entre la vision traditionnelle de l’étude de la langue et son opposé intuitionniste, il y ait place pour une «définition didactique» (Cuq, 1996, p. 41) de la grammaire. Le développement, au tournant des années 1990 et 2000, de quelques manuels de grammaire axés sur l’activité locutrice réelle ou attendue des apprenants montre d’ailleurs que certains auteurs et éditeurs ont suivi ce mouvement.

On sait en outre que ce sont des forces contradictoires qui ont animé, dans la première décennie du siècle, le dialogue entre compétences grammaticales et perspective actionnelle. Le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), par exemple, tout en installant parmi son éventail de compétences langagières une compétence linguistique reconnue et graduée, n’est pas parvenu à l’articuler pleinement avec une logique de production scripturale contextualisée. Ce qui est nommé «correction grammaticale» dans le Cadre européen (CECRL, p. 90) est plutôt une forme d’autocontrôle, dont l’étalonnage sert de repère à d’autres compétences fonctionnelles en langue.

Aujourd’hui, la place de la grammaire et plus généralement des compétences linguistiques est fortement réévaluée dans les études supérieures, parallèlement au développement rapide de la littéracie universitaire. S’interroger sur les formes de ce retour, sur l’évolution des représentations et des usages, sur la place donnée aux textes constitue un premier ensemble de sujets d’études à prendre en compte. On peut cependant aller plus loin aujourd’hui. Le concept de littéracie a en effet débordé d’un domaine d’apprentissage à un autre: quittant son assise universitaire (Delcambre & Lahanier-Reuter, 2012), la littéracie s’est faite numérique et multimédiatique (Lebrun et coll., 2012) et concerne désormais alternativement ou simultanément les acquisitions en langue maternelle et en langue étrangère. En quelques années, elle s’est transformée et contextualisée: transformée en une succession d’étapes dans le continuum des parcours de formation; contextualisée à travers les usages variés ou nouveaux du langage (Delcambre & Pollet, 2014). Ce sont bien les littéracies qui intéressent maintenant les didacticiens, dans ce qu’elles portent d’interrelations entre pratiques de lecture et d’écriture (Barré-De Miniac et coll., 2004), pratiques d’écrit et pratiques d’oral.

Dans ce contexte, ce numéro de Lidil vise donc à ouvrir de nouvelles perspectives sur l’enseignement-apprentissage de la langue, en situant le rôle et la place de la grammaire dans le cadre général des littéracies et des usages langagiers qui les sous-tendent:

  • Acquisition/Apprentissage de la grammaire et didactique des langues: dans quelle mesure l’enseignement grammatical explicite et les connaissances métalinguistiques peuvent-ils contribuer à l’acquisition de la langue, en particulier du français langue étrangère (Grossmann, 1999)? Quelles formes et quels contenus donner à l’input présenté aux apprenants en classe de langue? Un enseignement implicite de la grammaire, fondé sur l’observation réfléchie des faits de langue et la conceptualisation des règles est-il adapté aux formes d’écriture académique?
  • La grammaire dans l’enseignement-apprentissage plurilingue: quelles activités grammaticales développer pour mettre en relation la langue source des apprenants avec la langue cible? Dans l’éducation plurilingue préconisée par le CECRL, comment l’enseignement de la grammaire peut-il rénover la perspective contrastive et favoriser les apprentissages (Kadi & Barré-De Miniac, 2009), à fortiori lorsqu’ils mettent en jeu plus de deux langues vivantes étrangères? Peut-on concevoir un transfert de compétences qui construirait une littéracie en langue cible à partir de celles existant en langue source? Faut-il tendre vers une littéracie plurilingue?
  • La grammaire aux différents niveaux du CECRL: alors que divers manuels et méthodes sont disponibles aux niveaux A1 à B2 (Galatanu et coll., 2010), on constate une pénurie d’ouvrages de grammaire pour les niveaux C1 et C2. Quelles formes, quels contenus, quelle progression proposer aux apprenants avancés? Dans la cadre des littéracies, comment articuler les domaines grammaticaux (grammaire de phrase, de texte, de discours), l’oscillation entre la forme et le sens, les activités de production et de compréhension?
  • La grammaire des nouveaux supports: quelles sont les compétences induites par les outils numériques ou multimédiatiques de lecture-écriture ou d’enseignement-apprentissage? La grammaire doit-elle prendre une tournure cognitive ou multimodale? Alors que l’enseignement des langues présuppose une littéracie toujours plus visuelle, des compétences sont-elles requises en grammaire de l’image?

On l’aura compris, ce numéro de Lidil propose de ne pas considérer seulement le pluriel du concept de littéracie, mais également la pluralité des modèles grammaticaux qui l’accompagnent. Les littéracies, et notamment les plus actuelles, obligent à repenser la problématique de la grammaire. En retour, il est permis de faire l’hypothèse que la variété des grammaires disponibles permet de comprendre et d’analyser la littéracie en tant que nouvel enjeu pédagogique, didactique et social.

Bibliographie indicative

(Seuls quelques ouvrages collectifs, numéros spéciaux de revues et monographies ont été répertoriés ici, sans prétendre à l’exhaustivité.)

Barré-De Miniac, Christine (dir.). 2003. La littéracie: vers de nouvelles pistes didactiques. Lidil 27.

Barré-De Miniac, Christine, Brissaud, Catherine & Rispail, Marielle (dir.). 2004. La littéracie. Conceptions théoriques et pratiques d’enseignement de la lecture-écriture. Paris: L’Harmattan.

Beacco, Jean-Claude. 2010. La didactique de la grammaire dans l’enseignement du français et des langues. Paris: Didier.

Blaser, Christiane & Pollet, Marie-Christine (dir.). 2010. L’appropriation des écrits universitaires. Diptyque 18.

Chiss, Jean-Louis & David, Jacques. 2012. Didactique du français et étude de la langue. Paris: Armand-Colin.

Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL). 2001. Strasbourg: Conseil de l’Europe / Paris: Éditions Didier. Disponible en ligne sur «http://www.coe.int/t/dg4/linguistic/cadre1_fr.asp»

Cuq, Jean-Pierre. 1996.Une introduction à la didactique de la grammaire en français langue étrangère, Paris: Didier/Hatier.

Cuq, Jean-Pierre. 2003. Dictionnaire de didactique du français langue étrangère et seconde. Paris: Clé International.

Dabène, Michel (dir.). 1998. Pratiques de l’écrit et modes d’accès au savoir dans l’enseignement supérieur. Lidil 17.

Delcambre, Isabelle & Jovenet, Anne-Marie (dir.). 2002. Lire-écrire dans le supérieur. Spirale 29.

Delcambre, Isabelle & Lahanier-Reuter, Dominique (dir.). 2012. Littéracies universitaires: nouvelles perspectives. Pratiques 153-154.

Delcambre, Isabelle et Pollet, Marie-Christine (dir.). 2014. Littéracies en contexte d’enseignement et d’apprentissages. Spirale 53.

Fraenkel, Béatrice & Mbodj, Aïssatou (dir.). 2010. New Literacy Studies, un courant majeur sur l’écrit. Langage et Société 133.

Galatanu, Olga, Pierrard, Michel, Van Raemdonck, Dan, Damar, Marie-Ève, Kemps, Nancy & Schoonheere, Ellen (dir.). 2010. Enseigner les structures langagières en FLE. Bruxelles: Peter Lang.

Grossmann, Francis (dir.). 1999. Pratiques langagières et didactiques de l’écrit. Hommage à Michel Dabène. Grenoble: Lidilem / Université Stendhal.

Kadi, Latifa & Barré-De Miniac, Christine (dir.). 2009. La littéracie en contexte plurilingue. Synergies Algérie 6.

Office de Coopération et de Développement Économique. 2000. La littératie à l’ère de l’information. Rapport final de l’enquête internationale sur la littératie des adultes. Paris: OCDE.

Laborde-Milaa, Isabelle, Boch, Françoise & Reuter, Yves (dir.). 2004. Les écrits universitaires. Pratiques 121-122.

Lebrun, Monique, Lacelle, Nathalie & Boutin, Jean-François (dir.). 2012. La littératie médiatique multimodale. De nouvelles approches en lecture-écriture à l’école et hors de l’école, Québec : PUQ.

Leclercq, Véronique & Vogler, Jean (dir.). 2000. Maitrise de l’écrit : quels enjeux et quelles réponses aujourd’hui ? Paris: L’Harmattan.

Maillard, Michel. 1993. Vers une rénovation de la grammaire et de sa terminologie. Lidil 8.

Mangiante, Jean-Marc & Parpette, Chantal (dir.). 2010. Faire des études supérieures en langue française, Le Français dans le monde. Recherches et applications 47.

Marin, Brigitte & Morin, Marie-France (dir.). 2015. Les litéracies scolaires. Le Français aujourd’hui 190.

Neuman, Susan B. & Dickinson, David K. (dir.). 2001. Handbook of Early Literacy Research, New York, London: Guiford Press.

Pollet, Marie-Christine & Boch, Françoise (dir.). 2002. L’écrit dans l’enseignement supérieur. Enjeux 53-54.

Pollet, Marie-Christine (dir). 2012. De la maitrise du français aux littéracies dans l’enseignement supérieur. Diptyque 24.

Pollet, Marie-Christine. 2001. Pour une didactique des discours universitaires. Bruxelles: De Boeck.

Rhian, Jones. 1996. Emerging Patterns of Literacy. A Multidisciplinary Perspective. London / New York: Routledge.

Socle commun de connaissances, de compétences et de culture. 2015. Paris: Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Disponible en ligne sur «http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=87834»

Véronique, Daniel (dir.). 2009. L’acquisition de la grammaire du français, langue étrangère. Paris: Didier.

Vigner, Gérard. 2004. La grammaire en FLE. Paris: Hachette.

Calendrier

  • 15 janvier 2016: Lancement de l’appel à contributions
  • 30 avril 2016: Date limite pour l’envoi d’une proposition de contribution (résumé)

  • 1er juin 2016: Message d’acceptation ou de refus aux auteurs
  • 31 décembre 2016: Date limite de réception des articles complets
  • Janvier-Juillet 2017: Expertise et révision des articles, corrections par les auteurs
  • Septembre-Novembre 2017: Relecture du manuscrit et confection du numéro
  • Décembre 2017: Parution du numéro.

Modalités de soumission

Propositions

  • Le volume des résumés ne pourra pas dépasser 3 pages.
  • Les résumés présenteront le corpus de travail s’il y a lieu et feront apparaitre les résultats obtenus ou attendus.

Articles

  • Le volume des articles complets devra s’établir entre 30 000 signes minimum et 40 000 signes maximum (notes et espaces compris).
  • Les articles pourront être rédigés en français ou en anglais.
  • Une feuille de style de référence sera communiquée aux auteurs des propositions retenues.

Adresses pour l’envoi des propositions (30 avril 2016 au plus tard)

  • Jean-Paul Meyer <jpmeyer@unistra.fr>
  • Jean-Christophe Pellat <pellat@unistra.fr>

Coordination

Les deux coordinateurs du numéro sont:

  • Jean-Paul Meyer, MCF, Université de Strasbourg, Laboratoire LiLPa
  • Jean-Christophe Pellat, PRE, Université de Strasbourg, Laboratoire LiLPa

Le comité scientifique du numéro est constitué ad hoc, à partir des membres du comité de lecture de la revue Lidil et de quelques lecteurs externes choisis en fonction de la thématique de la livraison. 

Catégories

Dates

  • samedi 30 avril 2016

Mots-clés

  • langue, grammaire, littéracie, didactique, enseignement, apprentissage

Contacts

  • Jean-Paul Meyer
    courriel : jpmeyer [at] unistra [dot] fr

Source de l'information

  • Jean-Paul Meyer
    courriel : jpmeyer [at] unistra [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Grammaires et littéracies », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 01 février 2016, http://calenda.org/354452