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Rites et identités

Rites and identities

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Publié le lundi 01 février 2016 par Céline Guilleux

Résumé

L’objet du colloque Rites et Identités est de regrouper des chercheurs de toutes les disciplines qui s’intéressent aux rites en relation avec les questions identitaires. Chacun pourra montrer comment il entrevoit les liens entre la construction des identités – devenue le nouvel impératif catégorique de la postmodernité – et leurs mises en scène (performances) dans divers contextes de l’existence. Délibérément interdisciplinaire, ce colloque est ouvert à toutes les perspectives théoriques et méthodologiques. Il vise à mieux saisir les multiples articulations entre les rites et les identités.

Annonce

Argumentaire

L'étude des rites constitue un champ de recherche novateur qui transige avec toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, des sciences religieuses et des théologies, de l’histoire, de la littérature, de la pédagogie et des Gender et Cultural Studies. Soulignons à cet égard la multitude des travaux sur les rites récemment publiés par les spécialistes de ces disciplines. Tous les chercheurs s’accordent sur le fait que les individus et les sociétés se transmettent des rites de génération en génération en les adaptant aux contextes de vie et aux aléas de l’inventivité humaine. Alors que des anthropologues et des ethnologues s’intéressent au fonctionnement d’un système de rites à l’intérieur d’un clan, d’une communauté, d’une société ou d’une ère culturelle qui partage une identité commune, d’autres spécialistes cherchent à comprendre comment se perpétuent les rites de vie et de mort (baptêmes, passages à la vie adulte, mariages, funérailles) dans les sociétés de la diversité. Le croisement des regards sur les rites permet de connaître leur invariants, leurs structures, leurs formes, leurs fonctions et leurs finalités. Des nouvelles conceptions théoriques sont apparues pour identifier les rites, les classer et les associer à des sources symboliques, mais les théories plus anciennes portent encore aujourd’hui une grande valeur heuristique.

Les rites sont des modèles de comportement qui, dans les sociétés de la tradition, subissent peu d’altération étant donné leur attachement à un ordre symbolique (identitaire et mythique) plutôt fixe et bien protégé par des interdits. En revanche, dans nos sociétés postmodernes ou hypermodernes où plusieurs libertés individuelles sont reconnues, les rites demeurent flexibles puisqu’ils peuvent être reproduits avec beaucoup d’inventivité. Un rituel peut donc être « interprété » par un individu ou un groupe d’individus, dans le sens théâtral du terme, avec conviction ou sans conviction, avec distance ou littéralement, avec éclat ou sans éclat. À cet égard, plusieurs spécialistes ont souligné la personnalisation des rites pour mieux répondre à la modernisation des mœurs. L’excellente série américaine Six feet under est exemplaire à cet égard. Les individus peuvent également refuser de se comporter selon tel ou tel rituel et créer des comportements inédits. Mais il s’avère que la créativité rituelle s’appuie toujours sur des sources anciennes sans toutefois les répéter à l’identique. Néanmoins, lorsqu’un individu reproduit un rituel, il adhère alors (éventuellement sans en avoir conscience) à des significations et à des valeurs symboliques qui confirment et affirment l'une ou l’autre de ses identités sociales et individuelles.

Dans les sociétés contemporaines, les rites qui expriment l’appartenance à un genre comportent plus d’interdits, notamment, que ceux qui concernent la fête d’anniversaire de naissance ou le mariage. C’est que les rites qui témoignent de la pérennité des identités masculines et féminines touchent à de profonds enjeux socio-anthropologiques, et probablement une certaine sacralité. À cet égard, un grand nombre de rites d’identités genrées, contrairement à d’autres rites sociaux comme ceux qui président aux passages à la vie adulte, subissent peu d’altération dans leurs formes, et cela malgré l’émancipation des femmes et l’égalité juridique entre les sexes.  

Les méthodes d’investigation des rites sont bien établies dans plusieurs disciplines classiques; mais elles sont encore à l’âge embryonnaire dans d’autres disciplines comme la pédagogie et les études sur les identités de genre. Ce colloque vise donc à rassembler des spécialistes qui s’intéressent aux rites et aux identités provenant de différentes disciplines afin qu’ils puissent partager leurs perspectives théoriques et méthodologiques.

Axe 1 – Théories et approches nouvelles sur les rites et les identités

Le champ des études sur les rites est largement ouvert et plusieurs cadres théoriques et approches méthodologiques s'y rencontrent. Cet axe vise à présenter des nouvelles théories et des nouvelles approches pour analyser et pour comprendre des rites anciens ou nouveaux, traditionnels ou contemporains, en relation avec les identités. Il permet d’approfondir des concepts notamment ceux de performance, de performativité, de théâtralité et de mise en scène qui indiquent que les rites, même les plus festifs, ne sont jamais entièrement improvisés, mais qu’ils répondent à des règles qui ne sont pas sans liens avec les diverses identités sociales et individuelles. Donc, cet axe permet de présenter des travaux et des études théoriques, des considérations épistémologiques et herméneutiques.

Axe 2 – Diversité des rites relatifs aux identités

Les études de terrain sur les rites anciens et contemporains montrent qu’ils touchent toutes les dimensions des conduites humaines. Ainsi, des chercheurs ont développé des outils méthodologiques pour mettre en évidence l’un ou l’autre des aspects d’un rite ou d’une série de rites en lien avec des appartenances identitaires. À cet égard, cet axe vise à présenter des nouvelles connaissances empiriques sur les rites sociaux, les rites de mort, les rites des sociétés anciennes, les rites de passage, les rites religieux, les rites scolaires, les rites liturgiques, les rites du quotidien, les rites de civilité, les rites numériques, etc., dans la mesure où il est question de leurs enjeux identitaires.

Axe 3 – Sacralité et interdits

La dimension sacrale semble indispensable dans la construction des identités, soient-elles religieuses ou séculières. Les rites religieux, en manipulant du sacré, réaffirme des appartenances identitaires. Un catholique et un musulman se distinguent par les rites qu’ils pratiquent et leur rapport au sacré. Plusieurs auteurs ont souligné que le sacré fonde les identités, par un sacrifice ou une transgression originaire. Mais il faut aussi entrevoir une sacralité de renouvellement, de purification ou de réenchantement comme l’avait vu Roger Caillois en s’inspirant des travaux de Durkheim sur l’effervescence sociale. Aussi, plusieurs auteurs décrivent la sacralité au cœur du processus de transformation identitaire, par exemple à l’adolescence ou à d’autres moments singuliers de l’existence (suite à une séparation amoureuse ou au décès d’un être cher). Cet axe permet d’approfondir et de mieux cerner plusieurs aspects des rites en lien avec le sacré et les identités. Comment définir le sacré dans les sociétés supposées sécularisées ? Quelle est la place du sacré dans les affirmations identitaires ? Est-ce que certains rites contribuent encore aujourd’hui à produire des expériences du sacré lors desquelles les individus peuvent emprunter une nouvelle identité (fête, travestisme, carnaval, halloween, etc.), transcender leur propre identité, ou s’incarner dans une nouvelle identité ? Quels sont les liens entre les rites de passage à l’adolescence et la quête sacrale d’une nouvelle identité ? Comment distinguer les rites profanes et les rites sacrés ? Les rites sacrés sont-ils toujours des rites religieux ? En fait, cet axe ouvre la porte à une grande variété de présentations qui croisent sacralité, identités et rites. 

Organisation et responsables

Ce colloque est organisé par Denis Jeffrey denis.jeffrey@fse.ulaval.ca, Ângelo Cardita angelo.cardita@ftsr.ulaval.ca et Martine Roberge martine.roberge@hst.ulaval.ca tous trois professeurs à l’Université Laval.

Modalités de soumission

Les propositions de communication doivent parvenir à l’un des trois responsables avant le 15 mars 2016.

Dans les propositions, l’auteur ou les auteurs doivent inscrire :

  • leur nom,
  • la fonction académique,
  • l’institution de rattachement,
  • l’adresse électronique,
  • le titre de la communication,
  • un résumé de 300 mots,
  • l’axe dans lequel s’inscrit la communication.

Langue

Le français est privilégié pour ce colloque. Néanmoins, ceux et celles qui désirent s’exprimer en anglais devront prévoir un résumé élargi et/ou une présentation power-point en français.  

Comité scientifique international

  • Julio Cézar Adam, Facultés EST, S. Leopoldo, RG, Brésil 
  • Andrea Grillo, Athénée Saint-Anselme, Rome
  • Denise Lamontagne, Université de Moncton
  • Pascal Lardellier, Université de Bourgogne
  • David Le Breton, Université de Strasbourg
  • Claude Rivière, Université Paris- Sorbonne
  • Myriam Watthee, Université de Louvain-La-Neuve
  • Christoph Wulf, Université Libre de Berlin
  • Martine Xiberras, Université de Montpellier

Lieux

  • Université Laval, 1030 avenue des sciences humaines
    Québec, Canada (G1V 0A6)

Dates

  • mardi 15 mars 2016

Mots-clés

  • rite, identité, performance, sacré, religion, socio-anthropologie, rituel, rites de passage

Contacts

  • Denis Jeffrey
    courriel : denis [dot] jeffrey [at] fse [dot] ulaval [dot] ca

Source de l'information

  • Martine Roberge
    courriel : martine [dot] roberge [at] hst [dot] ulaval [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Rites et identités », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 01 février 2016, http://calenda.org/354598