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Individus hyperconnectés, société accélérée : tensions et transformations

Hyperconnected individuals, the accelerated society: tensions and transformations

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Publié le jeudi 04 février 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Dans un mode où se conjuguent les effets accélérateurs de la mondialisation, du capitalisme et du néolibéralisme, l’individu contemporain se voit confronté à une obligation de dépassement et d’accélération permanente pour pouvoir exister, s’exprimer et survivre. Les transformations incessantes dans les domaines des technologies, des médias et de la communication, générant toujours plus de rapidité et d’instantanéité, ont des effets percutants sur la consommation, sur les cycles de production et d’innovation, de même que sur les institutions démocratiques et les lieux de convergence des changements et mouvements sociaux tels que la ville. Se voulant interdisciplinaire, ce colloque vise à aborder l’origine et surtout les conséquences de cette injonction à l’accélération qui traverse toutes les sphères de la société.

Annonce

Thématique

Depuis une vingtaine d’années et en lien avec l’apparition des nouvelles technologies, le constat d’un temps qui se « compresse » et « s’accélère » est devenu omniprésent et l’accélération elle-même est au coeur du fonctionnement de la société hypermoderne et de ce que vivent les individus qui la composent. Les travaux de Paul Virilio (1995, 1996) consacrés à la vitesse et la pression du rythme avaient alerté sur les conséquences morales, politiques et culturelles de l’accélération du temps mondial. Ceux de Nicole Aubert (2003) ont montré l’avènement et les conséquences, avec l’arrivée des nouvelles technologies, d’un nouveau rapport au temps, fait d’instantanéité, d’immédiateté et d’urgence, qui ponctue désormais le rythme de la société contemporaine, tout autant celui du fonctionnement des entreprises, du travail et du vécu individuel, que celui des institutions démocratiques et de l’action collective.

Les travaux d’Hartmut Rosa (2010, 2012) sur l’accélération dans la modernité tardive montrent que les structures temporelles peuvent être décrites sous l’angle d’une triple accélération : l’accélération technique qui renvoie au rythme croissant de l’innovation dans les domaines des transports, de la communication et de la production, l’accélération du changement social qui concerne les mutations touchant les institutions sociales, notamment la famille et le travail dont la stabilité apparaît de plus en plus menacée, et l’accélération du rythme de vie, touchant à l’expérience existentielle des individus contemporains qui ressentent de plus en plus vivement que le temps leur manque ou leur est compté alors qu’ils doivent « faire plus de choses en moins de temps ». Ces trois formes d’accélération paraissent contradictoires, dans la mesure où l’accélération technique, en permettant d’accomplir certaines tâches plus rapidement, devrait en principe libérer du temps. Or, constate Rosa, force est de constater qu’il n’en est rien : le rythme de vie augmente « en dépit de taux d’accélération technique impressionnants ».

A l’instar de ce qui se passe sur le plan économique dans un mode où se conjuguent les effets accélérateurs de la mondialisation, du capitalisme et du néolibéralisme, l’individu contemporain se voit confronté à une obligation de dépassement et d’accélération permanente pour pouvoir exister, s’exprimer et survivre (Aubert, 2010). Les transformations incessantes dans les domaines des technologies, des médias et de la communication, générant toujours plus de rapidité et d’instantanéité, ont des effets percutants sur la consommation, sur les cycles de production et d’innovation, de même que sur les institutions démocratiques et les lieux de convergence des changements et mouvements sociaux tels que la ville.

Se voulant interdisciplinaire, ce colloque vise à aborder l’origine et surtout les conséquences de cette injonction à l’accélération qui traverse toutes les sphères de la société. Six entrées sont proposées selon les thèmes suivants :

1. Les nouvelles formes et modalités de la consommation et leurs conséquences

Les nouvelles technologies de communication ont modifié le rapport du consommateur au temps et à l'espace. Les entreprises peuvent désormais lui proposer des produits et des services en tout lieu et à tout moment. L'acte d'achat a longtemps supposé un déplacement, et par là-même un temps de réflexion, même si le chemin de la consommation a toujours été parsemé d'offres destinées à  favoriser l'achat d'impulsion. Aujourd'hui un simple clic permet d'acheter, en particulier si les moyens de paiement ont été préalablement enregistrés. Comment cette accélération  du temps d'achat  affecte-t-elle les processus de décision du consommateur ? Quels sont les types d'accélération aujourd'hui à  l’œuvre dans la consommation ? Par ailleurs, le consommateur peut revendre plus facilement les produits achetés grâce à des sites de revente en ligne. Est-ce que ces nouveaux outils ont accéléré la rotation des produits et comment ? Quel impact sur la durée de vie des produits ? Enfin, les moyens de communication sont également de plus en plus instantanés, de Twitter au Real Time Buying, permettant d'envoyer une publicité ciblée quasiment en temps réel. Mais l'internaute peut aussi répondre et commenter quasi instantanément.  Quel est l'impact de cette accélération de la communication sur les mécanismes de persuasion ?

2.Les relations entre d’une part le traitement et les technologies de l’information et d’autre part l’accélération

Les technologies de l’information bouleversent le rapport au temps et aux distances. La diffusion et le traitement de l’information sont accélérés. L’Internet permet d’être connecté en permanence au monde entier ; le Big Data permet de traiter des données en volume et en variété sans commune mesure dans des temps extraordinairement courts ; l’Internet des objets – et sa promesse de convergence du monde physique et du monde informationnel – écarte certaines étapes de traitement et permet en particulier des échanges machine to machine sans intermédiaire humain ; l’intelligence artificielle et l’autonomisation des systèmes promettent des réactions plus rapides, là encore sans intervention humaine. Ces quelques exemples illustrent les capacités techniques qui ont contribué à l’accélération de la société – objet de ce colloque. Cette accélération s’est accompagnée d’une mémoire (numérique) bien plus persistante et bien plus partagée qu’auparavant. Un paradoxe semble ici apparaître : tout va plus vite, sauf l’oubli. Nous souhaitons questionner ces relations des technologies de l’information au temps et à l’espace et leurs effets sur les traitements de l’information, en affinant en quelque sorte la topologie du monde informationnel et de ses relations au monde réel, tels qu’ils sont redéfinis par ces procédés d’accélération. 

3. L’accélération de soi : quels effets sur l’individu ?

 Quels sont les effets, bénéfiques et/ou destructeurs produits par l’accélération générée par les exigences d’une économie régie par la dictature du capitalisme financier et la multiplication des nouvelles technologies dans tous les domaines de l’existence  – au travail, dans l’entreprise, dans la vie personnelle ? Cette accélération constitue-t-elle une libération, un enrichissement personnel du fait de la multiplication des opportunités et des possibilités d’action, d’information, de réalisation qu’elle permet ? Ou égare t-elle les individus en les entraînant dans un tourbillon incessant engendrant superficialité, dispersion, appauvrissement de soi, épuisement ?

Existe-t-il des pathologies de l’accélération ? Qui touchent elles ? Dans quelles sphères ? : celles de la vie personnelle, celles de la vie professionnelle ? Comment se manifestent elles ? Comment peut-on y faire face ? Peut-on en guérir autrement que par une rupture totale avec le milieu « accélérateur de vie » et destructeur de  soi ? Comment se recomposent alors et se rejouent les existences, les rythmes,  la quête d’accomplissement de soi ?

4. Les accélérations relationnelles, les contacts virtuels et la pensée logicielle

La colonisation accélérée des sphères publiques et privées par les écrans numériques encourage un nouveau mode d’interaction. Considérablement différente du face-à-face quant à sa nature et sa temporalité, l’interaction numérique transforme nos relations avec l’autre. Comment l’interaction numérique encode-t-elle nos perceptions, constructions et compréhensions de l’autre et nos dispositions à son égard? De plus, cette colonisation incite à un brouillage des frontières entre le virtuel et le réel, le public et le privé, l’éphémère et le  permanent, l’immédiat et la durée, le présent et l’absent. Quels types de relations sociales se dessinent-ils dans un quotidien qui exige l’intégration des diverses temporalités de nos interactions numériques avec celles du face-à-face? Obligés de plus en plus de gérer le quotidien par l’écran numérique, nous nous adaptons à sa logique. Quelles sont les influences réciproques entre l’interaction numérique et le développement d’une “pensée logicielle”? Quels sont les manifestations, effets, et dangers de cette pensée? Comment lui résister ?

5. Le travail accéléré : ses conséquences sur le plan professionnel

Les mutations technologiques et sociales liées à l’accélération ont entraîné de multiples transformations dans le monde du travail où ce phénomène d’accélération concerne maintenant toutes les dimensions de l’organisation : accélération du renouvellement des produits ou services offerts, de leur obsolescence, des rythmes de transformation de l’organisation par la généralisation du mode projet, de la mobilité des collaborateurs dans certains cas, des transformations de l’environnement concurrentiel, des modifications des réglementations qui encadrent le travail, etc. Il s’agira de voir quelles sont les modalités de l’impact de l’accélération sur les conditions matérielles de travail, les rapports humains, la structure et le fonctionnement des organisations, ainsi que sur l’évolution du management, et de voir aussi les comportements des acteurs et des institutions face à ces transformations.

6. Les devenirs de la démocratie et de l’action publique dans ce contexte de mutation temporelle

La modernité est fondée sur un projet politique, une vaste rationalisation du monde dont la portée est liée aux mécanismes de globalisation et aux technologies qui modifient les rapports entre le temps et l’espace, mais aussi la réflexivité des acteurs et l’accroissement de leur capacité d’autodétermination. Dans sa critique sociale du temps, Rosa souligne que l’accélération sociale impulsant la modernité a grandement contribué au développement de nos démocraties, alors que cette accélération la met aujourd’hui en péril par la désynchronisation du politique, des institutions et différentes sphères du système social. Le pluralisme et la volatilité, voire l’incertitude rendent plus précaires la formation des intérêts, de même que la durée de la pertinence des décisions collectives alors que les problèmes en attente de considération et les options à considérer en peu de temps se démultiplient et se complexifient. La vitesse semble au cœur même des luttes idéologiques alors que les processus démocratiques exigent du temps aux individus et aux groupes qui s’y engagent, aux décideurs et législateurs, pour la prise en compte des divers points de vue et leur délibération, pour la production d’analyses fondées et la dissémination de l’information, pour faire de la prospective et se donner un sens de la direction à prendre en commun. Des lieux de renforcement du social sont aussi présents et plusieurs sont marqués par leur résistance à l’accélération. Lieu privilégié d’émergence ou de convergence des mouvements sociaux et démocratiques, la ville est un territoire à la fois sensible et significatif de ces tensions et transformations liées à l’accélération de la vie sociale. Quels sont les enjeux actuels pour la démocratie en lien avec l’accélération ? Du macro au local, nous invitons des analyses qui problématisent soit : des éléments liés aux contextes (capitalisme, néolibéralisme, mondialisation), le rôle et les effets sur les institutions (gouvernance, politique, État, action publique) ou les phénomènes présents dans les villes en termes de tensions ou de transformations de nos démocraties.

Modalités de soumission

  • Calendrier : 20 fevrier 2016 : date limite pour la soumission des propositions en deux exemplaires (deux pages maximum).

Un exemplaire sera adressé au CIRISHYP (cirishyp@escpeurope.eu)

un autre sera adressé au responsable thematique de la session au sein de laquelle vous souhaiteriez presenter une communication (voir les differentes sessions proposées ci-après)

  • 1er mars 2016 : réponse du comité organisateur
  • 8, 9 et 10 juin 2016 : déroulement du colloque à ESCP Europe, Paris

Un ouvrage collectif à partir d’une sélection de textes est prévu pour 2017

Comité scientifique

  • Nicole Aubert, Professeur émérite ESCP Europe, membre du Laboratoire de Changement Social et Politique, Université Paris 7 (LCSP), Directeur scientifique du CIRISHYP, Paris.
  • Elisabeth Tissier-Desbordes, Professeur ESCP Europe, co-Directeur scientifique du CIRISHYP, Paris.
  • Jean-Philippe Bouilloud, Professeur ESCP Europe, membre du Laboratoire de Changement Social et Politique, Université Paris 7 (LCSP), Paris.
  • Claudine Haroche, Directeur de Recherches CNRS (Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain, Centre Edgar Morin), Paris.
  • Isabelle Fortier, Professeur ENAP (Ecole Nationale d’Administration Publique), Montréal, Canada.
  • Simon Gottschalk, Professeur Université du Nevada, Las Vegas, USA.
  • Francis Jaureguiberry,  Professeur Université de Pau, Directeur du Laboratoire SET (CNRS), Pau.
  • Yannick Meiller, Professeur ESCP Europe, Paris, membre du RFID European Lab, Paris.
  • Monique Dagnaud , Directeur de Recherches CNRS (Centre d’Etudes des Mouvements Sociaux, Institut Marcel Mauss), Paris.
  • Vincent de Gaulejac, Professeur émérite, Université Paris 7, Laboratoire de Changement Social et Politique (LCSP), Paris.

Comité organisateur

  • Nicole Aubert, Professeur émérite ESCP Europe, membre du Laboratoire de Changement Social et Politique, Université Paris 7 (LCSP), Directeur scientifique du CIRISHYP, Paris.
  • Elisabeth Tissier-Desbordes, Professeur ESCP Europe, Paris, co-Directeur scientifique du CIRISHYP, Paris.
  • Jean-Philippe Bouilloud, Professeur ESCP Europe, membre du Laboratoire de Changement Social et Politique  Université Paris 7 (LCSP), Paris.
  • Isabelle Fortier, Professeur ENAP Montréal, Canada.
  • Simon Gottschalk, Professeur Université du Nevada, Las Vegas, USA.
  • Yannick Meiller, Professeur ESCP Europe, membre du RFID European Lab, Paris.

Lieux

  • ESCP Europe, campus de Paris, 79 avenue de la République
    Paris, France (75011)

Dates

  • samedi 20 février 2016

Mots-clés

  • accélération, changement social, individu, hyperconnexion, consommation, technologie de la communication, travail, relation virtuelle, démocratie

Contacts

  • Isabelle Fortier
    courriel : isabelle_fortier [at] enap [dot] ca
  • Elisabeth Tissier-Desbordes
    courriel : tissier-desbordes [at] escpeurope [dot] eu

Source de l'information

  • Isabelle Fortier
    courriel : isabelle_fortier [at] enap [dot] ca

Pour citer cette annonce

« @ la recherche du temps… », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 04 février 2016, http://calenda.org/355044