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Déprovincialiser l’histoire, réorienter la philosophie

Deprovincialising history, reorientating philosophy

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Publié le lundi 08 février 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Depuis plusieurs décennies, la notion même de philosophie de l’histoire a donné lieu à des critiques radicales élaborées tant dans les centres du système-monde que dans le Sud global. Définies comme « détachements théoriques d'idéologies pratiques […] dont la fonction essentielle consiste à reproduire les rapports de production des sociétés de classe » (Althusser, Éléments d'auto-critique) ou comme vecteurs d'une idéologie historiciste et eurocentrique gommant les différences historiques entre l’Occident et le reste du monde (Chakrabarty, Provincialiser l'Europe), les philosophies de l'histoire semblent avoir perdu toute légitimité.

Annonce

Direction scientifique

Séminaire de recherche sous la direction de Paul Guillibert (Université Paris Ouest, Sophiapol) et Matthieu Renault (Université Paris 8, LLCP)

Argumentaire

Depuis plusieurs décennies, la notion même de philosophie de l’histoire a donné lieu à des critiques radicales élaborées tant dans les centres du système-monde que dans le Sud global. Définies comme « détachements théoriques d'idéologies pratiques […] dont la fonction essentielle consiste à reproduire les rapports de production des sociétés de classe » (Althusser, Éléments d'auto-critique) ou comme vecteurs d'une idéologie historiciste et eurocentrique gommant les différences historiques entre l’Occident et le reste du monde (Chakrabarty, Provincialiser l'Europe), les philosophies de l'histoire semblent avoir perdu toute légitimité.

La formulation d’une histoire globale rompant avec l’universalisme (abstrait) de l’ « histoire du monde » (world historyWeltgeschichte), le déploiement d’une critique postcoloniale insistant sur l’irréductible hétérogénéité des histoires et contestant le « grand récit européen de la modernité », ou encore l’élaboration d’une histoire environnementale dépassant le « grand partage » de l’histoire humaine et de l’histoire naturelle, sont autant d’exemples récents qui prolongent le geste de déconstruction des philosophies de l’histoire et de l’unité du temps historique. Soucieuses de penser des temporalités fragmentées échappant au temps homogène et vide des chronologies ordinaires, ces « nouvelles » historiographies ont conduit à l’élaboration de pratiques inédites de l’histoire dont l’épistémologie reste encore à faire. C’est à cette tâche qu’entend contribuer en premier lieu ce séminaire.

Mais il s’agira également d’aller plus loin en formulant l’hypothèse que, loin de signer l’inéluctable fin des philosophies de l’histoire, ces historiographies sont en mesure de participer à leur refonte dans une perspective non-téléologique et non-eurocentrique. Elles ne le pourront néanmoins qu’à condition d’entrer en dialogue, et peut-être en conflit, avec des courants critiques qui, avant elles, se sont attachés à formuler des théories hétérodoxes de l’histoire, au premier rang desquels la tradition de pensée non-historiciste du temps historique forgée au sein du « marxisme critique » (Walter Benjamin, Ernst Bloch, Theodor Adorno, etc.) et l’historiographie anti-impérialiste et anti-raciste qui s’est efforcée non seulement de (ré)écrire l’histoire occultée des marges coloniales-raciales mais aussi de repenser l’histoire du monde depuis ces mêmes marges (W.E.B. Du Bois, C.L.R. James, Eric Williams, etc.). Ce qui est en jeu dans ce dialogue, c’est en définitive la possibilité d’une philosophie de l’histoire qui soit, enfin, à la mesure du monde.

Programme

Les séances auront lieu à l'Université Paris 8, 2 Rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis (métro : ligne 13, station Saint-Denis Université), bâtiment A, salle 0182.

L'entrée est libre, sans préinscription.

Jeudi 11 février

12h/15h

  • Christian Grataloup (Université Paris Diderot, Géographie-Cités) : Pourquoi l'histoire globale est-elle une géographie ?

Jeudi 25 février

12h/15h

  • Emmanuel Renault (Université Paris Ouest, Sophiapol) : Philosophies de l'histoire et rapport au présent : la position de Hegel
  • Harry Harootunian (New York University): Philosophy of History’s Return: Kojin Karatani’s “The Structure of World History”

Jeudi 10 mars

12h/15h

  • Yves Cohen (EHESS, CRH): Considérations quasiment philosophiques d'un historien sur la portée possible de l'histoire des circulations (20e siècle)
  • Thaïs Gendry (EHESS) : Le procès et l’ordre, réflexion sur la colonisation française en Afrique de l’Ouest

Jeudi 24 mars

12h/15h

  • Kristin Ross (New York University) : Le Vécu et le conçu. Autour de L’Imaginaire de la Commune 
  • Michael Lowy (CNRS, CEIFR): Walter Benjamin dans une perspective latino-américaine

Jeudi 7 avril

12h/15h

  • Orazio Irrera (Universidade de Évora, Université Paris 1) : Écrire l’histoire des « peuples sans histoire ». Archives coloniales et violence épistémique 
  • Sarah Fila-Bakabadio (Université de Cergy-Pontoise, EHESS) : Africa on my mind. Histoire sociale de l’afrocentrisme aux Etats-Unis

Lieux

  • Université Paris 8, Bâtiment A, salle 0182 - 2 Rue de la Liberté
    Saint-Denis, France (93526)

Dates

  • jeudi 11 février 2016
  • jeudi 25 février 2016
  • jeudi 10 mars 2016
  • jeudi 24 mars 2016
  • jeudi 07 avril 2016

Mots-clés

  • histoire globale, marxisme, extra-européen

Contacts

  • Matthieu Renault
    courriel : matthieu [dot] renault [at] gmail [dot] com
  • Paul Guillibert
    courriel : paulguillibert [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Matthieu Renault
    courriel : matthieu [dot] renault [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Déprovincialiser l’histoire, réorienter la philosophie », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 08 février 2016, http://calenda.org/355274