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Les infrastructures sportives entre action publique et territoire

Sporting infrastructures between public action and territory

Session 7 – LIIIe colloque de l’Association de sciences régionales de langue française

Session 7 - 53rd conference of the Association de sciences régionales de langue française

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Publié le lundi 15 février 2016 par Céline Guilleux

Résumé

L'objectif de cette session spéciale, organisée dans le cadre du LIIIe colloque de l'Association de sciences régionales de langue française (ASRDLF), est d'interroger les infrastuctures sportives visant à accueillir de grand évènements sportifs (stades, arénas, piscines) en tant qu'elles permettent de penser les rapports entre territoire et action publique. Cet appel à communication est ouvert à de nombreuses disciplines : sociologie, science politique, économie, géographie, histoire, etc.

Annonce

Argumentaire

Les infrastructures sportives servant de support à des activités sportives professionnelles et/ou à de grands évènements sportifs ont fait l’objet de travaux académiques dans de multiples champs disciplinaires : la sociologie, la science politique, l’urbanisme, l’économie, l’histoire, etc. À la jonction de ces différents champs, cette session spéciale propose d’interroger ces infrastructures sportives en tant qu’elles permettent de penser les rapports entre territoire et action publique. Les projets de construction/rénovation de stades, arénas, piscines ou autres constituent autant d’occasions de lever le voile sur les dimensions sociales, politiques, économiques et urbaines de ces équipements sportifs (Lefebvre, 2003). Souvent présentées comme des solutions attrape-tout, qui permettraient de répondre aux enjeux de planification et de revitalisation urbaine, d’équilibrage des territoires métropolitains, de développement économique, ou encore de marketing territorial, les infrastructures sportives sont aussi valorisées par leurs promoteurs comme des outils identitaires pour la ville, le quartier, au-delà même des simples supporters (Schimmel, 2010).

Le thème des infrastructures sportives se prête particulièrement à la production de regards croisés sur des contextes nationaux variés : européens, nord-américains ou issus du sud. D’un point de vue plus théorique, ce thème permet d’interroger les apports de l’économie politique urbaine ou de la théorie des régimes urbains (Pelissero et al., 1991 ; Schimmel, 2001). Les propositions de communication pourront s’inscrire dans l’un des deux axes suivants :

Axe 1 : Action publique et infrastructures sportives.

Du point de vue de l’analyse de l’action publique, les projets entourant la construction ou la rénovation des infrastructures sportives soulèvent des questions à l’échelle urbaine (quelles alliances portent localement ces projets ? Quels sont leurs adversaires ?), mais également à une échelle plus globale (ce mouvement participe-t-il d’un processus d’uniformisation des politiques urbaines ?).

Cet axe entend d’abord interroger les processus localisés de mise sur agenda et de prise de décision relatifs à ces projets : qui participe à la construction de la « nécessité » d’un nouveau stade ou aréna en tant que problème public ? Comment ce type de projet est-il défini, « cadré », et par qui (Buist & Mason, 2010; Sapotichne, 2012 ; Snow, 2001) ? Cet enjeu est-il politisé ou au contraire présenté, comme c’est souvent le cas quand il s’agit de sport, comme « apolitique » ? Quels sont les éléments contextuels, les « fenêtres d’opportunité » (Kingdon, 1984) qui favorisent l’arrivée dans le débat public de ce type de projet ? Quels sont les acteurs et groupes sociaux qui éventuellement s’y opposent ? Comment comprendre les processus d’arbitrage entre les différents intérêts en présence au moment de la prise de décision ? Pour répondre à ces questions, il semble utile de croiser les apports de l’économie politique urbaine et de l’analyse des mobilisations.

Les travaux inspirés par l’économie politique urbaine mettent en avant, en particulier en Amérique du Nord, la construction de coalitions stables entre les milieux d’affaires locaux et le pouvoir urbain (élus, administration locale), coalitions qui soutiennent des projets d’infrastructure sportive au nom de stratégies de développement urbain : ainsi, K.S. Schimmel (2001) a montré comment, dans les années 1980-1990, la construction d’un stade de football américain a tenu une place centrale dans la stratégie de développement de la ville d’Indianapolis, stratégie initiée par un grand groupe pharmaceutique et soutenue par la municipalité. Il s’agissait d’attirer une franchise de la NFL— le championnat professionnel de football américain — et de conforter ainsi l’image d’Indianapolis en tant que « ville sportive » (sport city) susceptible d’être attractive pour des cadres supposés avides de loisirs. Les projets d’équipement sportifs peuvent donc être soutenus, dans un contexte de compétition interurbaine, par des « coalitions de croissance » (Molotch, 1976 ; Delaney & Eckstein, 2003) dont l’objectif est le développement de la visibilité et de l’attractivité d’une ville et de son agglomération. Cependant, ce type d’approche, qui puise ses sources dans les travaux de H. Molotch et ceux de C. Stone (1989) sur les régimes urbains, néglige souvent le fait que ces coalitions doivent composer avec les réticences exprimées par d’autres groupes sociaux. De fait, les projets liés aux infrastructures sportives peuvent aussi être étudiés sous l’angle des mobilisations sociales qu’ils suscitent (Sawicki, 2012). Analyser les interactions entre les coalitions qui portent les projets d’équipement et les mobilisations qui s’y opposent permet de mieux saisir la « trajectoire » (Trom, 1999) de ce type de problème public en tant qu’elle constitue un processus dynamique : en fonction des rapports de force, le projet peut ainsi être « recadré » (en intégrant par exemple une dimension urbanistique) pour répondre à certaines critiques des opposants à l’équipement (Delaney & Eckstein, 2003) tandis que ces derniers peuvent également faire évoluer leurs revendications et leurs registres de justification pour répondre aux critiques émanant de la coalition de croissance, voire des supporters d’équipes professionnelles ou des amateurs de sport. La construction de ces équipements et leur localisation peuvent in fine refléter l’émergence négociée d’un compromis entre les attentes d’intérêts privés et le souci politique d’intégrer les préoccupations et les revendications des riverains (Henry & Paramio-Salcines, 1999). L’élaboration de ce type de compromis peut être facilitée par la mise en place de dispositifs participatifs (Ibid , 1999).

Dans une perspective comparative, l’analyse des projets de construction/rénovation soulève également la question de la standardisation de l’action publique urbaine : l’aréna et/ou le stade moderne (avec notamment ses loges privatives pour les milieux d’affaires) sont-ils devenus un passage obligé pour une ville qui veut rester « attractive » et maintenir son rang dans la hiérarchie urbaine ? Il est effectivement possible d’observer des effets de diffusion (Siemiatycki, 2013) et d’imitation dans ces projets d’infrastructure, leurs promoteurs tendant à mobiliser le même type de justification (la visibilité — la nécessité de faire connaître la marque territoriale —, l’attractivité, les retombées « indirectes »), à adopter des formes communes de mise en œuvre et de financement (diffusion des partenariats public-privé dans le contexte européen, par exemple) et même à choisir des formes architecturales et urbanistiques très proches. Est-ce à dire que la construction de stades et d’arénas ne serait que le dernier avatar standardisé d’une « idéologie des politiques territoriales » (Arnaud et al., 2007), homogène et largement dominante, qui imposerait un impératif de croissance dans le contexte d’une compétition globalisée entre les villes ? Ce type de raisonnement ne risque-t-il pas de masquer des formes de différenciation, plus ou moins subtiles ou discrètes ? Les communications sont donc invitées à interroger, à travers l’étude de ce type de projet, les formes éventuelles de transfert, mais aussi de différenciation territoriale (Douillet et al., 2012). Il s’agit également d’analyser les facteurs (et éventuellement les réseaux) qui poussent à la standardisation et ceux qui génèrent de la différenciation : celle-ci répond-elle à un souci de se démarquer de ses concurrents (c.-à-d. les autres villes), la différenciation pouvant apparaître alors comme le produit de l’idéologie de la compétition interurbaine (Schimmel, 2006) ? Ou au contraire, renvoie-t-elle à un « effet territorial », la différenciation trouvant son origine dans la volonté de s’adapter au contexte local, par exemple à des réseaux ou des groupes mobilisés localement ?

Axe 2 : L’économie des infrastructures sportives.

S’intéresser à l’économie des infrastructures sportives implique d’interroger, d’un point de vue interne, les conditions de financement et de gestion de l’infrastructure elle-même, mais aussi, d’un point de vue externe, son impact économique global sur le territoire dans lequel il s’inscrit. 

La participation d’entreprises privées au financement et à la gestion de ces équipements suscite une première série d’interrogations. Le développement, récent en Europe, plus ancien en Amérique du Nord, de Partenariats Publics-Privés (PPP) autour des équipements sportifs ou encore la pratique du « naming », soit le fait de mettre en commandite le nom d’une infrastructure pour une durée déterminée, manifeste la place croissante des intérêts privés dans la mise en œuvre de l’action publique. Il s’agira, dans le cadre de cet axe, d’interroger ces dispositifs (et les interactions entre « public » et « privé » qu’ils habilitent et encadrent) ainsi que les registres de justification mobilisés pour légitimer leur mise en place.

Le recours au PPP est en effet fréquemment justifié au nom de la recherche d’économies (du moins à court terme) pour les deniers publics, mais aussi au nom de la volonté de mobiliser les compétences et l’expertise (notamment gestionnaires) du privé (Zaato et Hudon, 2015). Le recours au « naming » traduit quant à lui un processus de marchandisation des équipements publics, dont la valeur symbolique est désormais monétisée. Dans les deux cas, est mobilisée à l’appui de ces dispositifs une grammaire « néo-libérale » (Mazouz, 2009) que l’on retrouve dans le Nouveau Management Public et qui tend à faire du rapprochement avec le secteur privé la clé de la modernisation de l’action publique (qu’il s’agisse de favoriser les alliances entre secteur privé et public ou de faire du privé un modèle à suivre pour le public). Ce discours mérite un examen critique. En effet, les dispositifs de PPP tendent à minimiser pour le partenaire privé les coûts et les risques à long terme de ce type de solution. Ainsi, suite à la faillite du club de football du Mans en 2013, les collectivités mancelles se sont retrouvées dans l’obligation (contractuelle) de verser elles-mêmes le loyer qu’aurait dû verser le club au concessionnaire privé de la « MMA Arena » (construite en 2011 dans le cadre d’un PPP), désormais sans club résident. Loin de permettre des économies, le PPP a ici engendré un surcoût (d’environ 40 millions d’euros) pour les collectivités. En outre, le recours à la notion horizontale de « partenariat » tend à masquer la réalité des rapports de force et des dissymétries de ressource qui structurent les négociations. Ainsi, la question de la place des équipes résidentes des arénas ou stades au sein de ses partenariats se pose de façon radicalement différente en Amérique du Nord et en Europe. En effet, le lien au territoire des « franchises » nord-américaines est relativement distendu et il n’est pas rare de voir des équipes de la NBA, de la NHL-LNH, de la NFLou de la MLBchanger de ville d’accueil. Cette mobilité constitue une ressource considérable pour les propriétaires des franchises quand il s’agit de réclamer la modernisation de l’aréna ou du stade dans lequel elles évoluent ou la construction d’une nouvelle enceinte (Cagan & DeMause, 1998; Delaney & Eckstein, 2003). Les propriétaires de franchise peuvent donc jouer de la concurrence entre les villes pour maximiser la participation financière des pouvoirs publics pour des équipements dont ils jouiront. En revanche, les « clubs » de sport professionnel européens, beaucoup plus ancrés territorialement, ne disposent pas de cette capacité à jouer sur une éventuelle délocalisation pour peser sur les négociations (ce qui ne veut pas dire bien entendu qu’ils soient dénués de ressources). Enfin, l’attention accordée au financement privé ne doit pas placer dans l’ombre les stratégies mises en œuvre par les coalitions qui portent ces projets pour obtenir (surtout dans le contexte européen) des aides de la part d’autres échelles d’action publique (régionale et nationale notamment), la mise en œuvre de ces infrastructures sportives passant alors également par la construction de relations inter-institutionnelles multi-niveaux. 

Interroger, non plus l’économie de ces structures, mais leur impact économique sur l’environnement territorial est d’autant plus important que cet aspect est au cœur de la justification de la construction de ces équipements. Si le registre économique n’est pas le seul mobilisé (celui de l’émotion populaire et plus largement de l’impact « social » est également présent) il apparaît néanmoins central : ces investissements sont souvent d’abord justifiés par leurs effets ou retombées économiques, retombées qui ne se limitent pas à la rentabilité de l’équipement stricto sensu, mais engagent sa capacité à dynamiser des tissus économiques urbains et régionaux. Là encore, il semble nécessaire d’analyser ce discours avec une certaine distance critique (Baade & Dye, 1990; Baade, 1996). L’impact économique des infrastructures sportives sur leur environnement urbain apparaît d’abord très difficile à mesurer et évaluer. En outre, le discours sur les retombées économiques de ces équipements fait l’objet, dans la littérature, d’une critique intense (Coates & Humphreys, 2008) qui soit met en doute la réalité ou l’importance de ces retombées, soit met en avant leur inéquitable distribution entre groupes sociaux. En effet, les stades et les arénas des grandes villes nord-américaines sont souvent analysés comme des équipements qui servent en premier lieu les intérêts de l’upper class des milieux d’affaires en visant la clientèle des cadres et des classes moyennes supérieures (qu’il s’agit d’attirer dans l’espace urbain) au détriment des intérêts des milieux populaires, parfois victimes d’expropriations au moment de la construction de ces équipements et, de toute façon, souvent exclus de ces spectacles sportifs par les prix très élevés pratiqués dans la plupart des ligues majeures américaines (Coates, 2007; Schimmel, 2010). Face à cette critique, le constat de la multiplication des projets soulève un intéressant paradoxe.

Enfin, cette critique, informée par l‘économie politique urbaine, ne va pas sans se diffuser, dans un mouvement de double herméneutique (Giddens, 1987), dans la réalité sociale alimentant une critique sociale de ces équipements sportifs : ce discours critique n’est pas, du coup, sans impact sur les discours « pro-aréna » ou « pro-stade », suscitant progressivement une diversification des cadrages employés pour justifier ces projets (Buist & Mason, 2010; Eckstein & Delaney, 2002), diversité que cette session permettra également d’interroger.

Proposition de communication

  • Date limite pour l’envoi des propositions de communication : 5 mars 2016 

  • Avis du comité scientifique : mi-avril 2016 
  • Envoi du texte complet : 17 juin 2016 

Modalités d’envoi 

Les envois des propositions de communication s’effectueront directement en ligne par les participants (sur le site du colloque à http://www.asrdlf2016.com). Lors de la soumission de proposition de communication, les participants devront spécifier que leur texte s’inscrit dans le cadre de cette session

Les propositions de communication doivent comprendre les éléments suivants : 

  1. Les coordonnées précises du ou des auteurs; 
  2. Le titre de la communication; 
  3. La référence à une ou deux thématiques ou sessions visée(s); 
  4. L’objectif de la communication, l’originalité du sujet, la méthode, les résultats obtenus clairement exposés et justifiés (un résumé d’environ 800 mots); 
  5. Cinq mots-clefs; 
  6. Une bibliographie précise et spécifique (15 références pertinentes au maximum). 

Comité d'organisation

Les propositions de communication seront examinées  par les personnes suivantes :

  • André Bernier, doctorant en administration publique, Université d’Ottawa
  • Anne Mévellec, professeure en science politique,  Université d’Ottawa
  • Sébastien Ségas, maître de conférences en science politique,  Université Rennes 2, CRAPE

Contact 

André Bernier 

Courriel : abern082@uottawa.ca 

Lieux

  • Gatineau, Canada

Dates

  • samedi 05 mars 2016

Mots-clés

  • infrastructure sportive, action publique, territoire

Contacts

  • André Bernier
    courriel : abern082 [at] uottawa [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Sébastien Ségas
    courriel : sebastien [dot] segas [at] univ-rennes2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les infrastructures sportives entre action publique et territoire », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 15 février 2016, http://calenda.org/355419