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Transition récréative et écologie corporelle

Recreative transition and corporeal ecology

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Publié le lundi 15 février 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque international s'interroge sur les changements culturels engagés dans la transition récréative. Peux-t-on envisager une recomposition sociétale sans s'intéresser aux pratiques corporelles ? Celles-ci sont l'objet d'une mutation non seulement sous l'effet des technologies innovantes (matériaux, GPS, go pro,...) mais par volonté de redéfinir nos rapports à soi, aux autres et aux environnements. L'émergence de jeux écologiques, d'éco-mobilités, d'itinérances aux longs cours ou de médiations artistiques serait l'expression de cette mutation sociale. Le politique, l'économique, l'énergétique ou le juridique ne suffissent pas à penser la transition sociétale.

Annonce

Argumentaire

Le monde n’en finit pas de changer et d’être engagé dans une course perpétuelle à l’innovation et à la création de nouveaux produits, services et aménagements. Les réformes territoriales se succèdent pour repenser l’action publique. Les médias nous annoncent sans cesse des recompositions en cours qui viennent bousculer les équilibres géopolitiques mondiaux. A côté de cette accélération perpétuelle des univers économiques, culturels ou technologiques, d’autres acteurs s’engagent pour limiter les excès de vitesse, ralentir la course au toujours plus et envisager des transitions énergétiques, alimentaires ou politiques pour lutter contre la surchauffe de nos sociétés entropiques. Dans cette ambivalence portée par des uns et les autres, le corps n’échappe pas à ces interrogations et ces mouvements : certains acteurs souhaitent augmenter la performativité des corporéités dans différentes scènes sociales, ludiques, sportives et professionnelles, pendant que d’autres s’engagent dans la voie d’une écologie corporelle douce à la recherche de relations plus respectueuses des éco-bio-systèmes concernés. Si le transhumanisme et la cyborgculture ouvrent des perspectives intéressantes et stimulantes –et controversées– pour amplifier nos rapports au mouvement, à la motricité, à la santé biologique et au sensible, d’autres orientations souhaitent interroger la notion de transition récréative en lien avec l’écologie corporelle en mutation.

La créativité éco-corporelle envisage par exemple la mise en expérience de nos modes d’existence en activant différents processus de rencontre avec nos environnements de pratique récréative. Nombreux sont alors les individus qui proposent des scènes culturelles d’activité qui interrogent le corps dans sa manière de repenser sa relation avec les technologies, les habitats, les mobilités et les collectifs d’action. Cette perspective culturelle ne souhaite pas tendre vers un abandon du corps et de ses dimensions expressives, mais envisage de réactiver notre propension à développer une intelligence corporelle capable de trouver sa place dans ces univers technosphériques. « Osons rester humain » (Azam, 2015) consiste justement à interroger la manière dont les pratiques récréatives participent de ce mouvement et inventent une relecture de nos mondes-vie contemporains. Que ce soit par les pratiques « d’outdoor urbanites » (parkour, hip hop,…) en milieu urbain et du géocaching en milieu naturel, ou lors des engagements vertigineux en wingsuit ou en speedriding, le corps est au centre de ces investisssements, engagements ou mises en scène. Une autre écriture corporelle n’est-elle pas engagée dans les relations aux environnements de vie en opposition avec le monde des « geeks » (passionnés d’informatique) qui « surfent » au sein d’artefacts numériques a-corporels ? Ses engagements mineurs ou majeurs traduisent des amplifications corporelles qui permettent d’explorer d’autres dimensions esthétiques et cinétiques de l’humain. Les bio-nano-technologies peuvent-elles se penser comme étant réduites à l’émergence de l’individu bionique, coupé de son corps et de ses expressions récréatives ? Peuvent-elles être aussi une occasion de réenchanter les milieux de vie technologisés de nos sociétés contemporaines en permettant l’ouverture vers d’autres potentialisés d’expressions récréatives ?

Les immersions dans la nature des profondeurs sont aussi amplifiées par la présence de nouveaux appareils technologiques et communicationnels qui permettent de rester plus longtemps dans la nature, d’augmenter les relations avec les éléments (terre, eau, vent, froid, soleil,…) et de s’immonder fortement dans différentes sphères d’expérience (plongée, parapente,  kayak de mer, expédition polaire,…). Une relation moins violente et agressive à la nature est ainsi possible ouvrant la porte vers des cosmogonies esthétiques d’un nouveau genre. De même, le développement d’hébergements « insolites », écologiques et thématiques réenchante la relation avec le ciel et ses étoiles, les sons de la nature, les lumières et les odeurs des lieux. A côté des urbanisations modernes de privation sensorielle (à l’exemple des stations d’hiver de 3° génération ou des stations littorales de type Dubaï), en quoi et comment d’autres habitats émergent qui réactivent les relations esthétiques à la nature et replacent le corps sensoriel au cœur du dispositif de création ? L’habitabilité récréative comme processus permettant d’habiter un lieu en poète par la mise en expérience du monde vécu favorise t-elle l’émergence de cette écologie corporelle située ?

L’artialisation des médiations récréatives avec les lieux visités et vécus ouvre aussi des perspectives intéressantes pour réactiver la présence du corps dans les écosystèmes fréquentés. Après le temps de l’art moderne et contemporain, de nouvelles perspectives artistiques émergent comme invitation à repenser le lien et les échanges avec la nature, les habitats, les populations, les technologies et les modes de pensée. Le corps entre dans la scène artistique, devient le médiateur de cet échange et développe une communication infraliminaire avec le monde constitué. A l’exemple de certains sentiers thématisés et de l’usage de technologies numériques multiples, le corps est invité à se mouvoir dans ces scènes théâtralisées et fictionnelles qui redéfinissent les coupures historiques entre l’individu et l’espace touristique. Les expériences sensorielles, émotionnelles et kinesthésiques sont ainsi projetées au cœur du dispositif via diverses médiations symboliques permises par le concepteur de ces espaces récréatifs. En quoi et comment la visite de châteaux ou de musées, la fréquentation de parcs récréatifs ou la participation à différents évènementiels est-elle transformée par l’invitation à placer le corps au centre de l’espace parcouru ?

Sans doute, peut-on aussi interroger le rôle des technologies de réparation et d’amplification qui permettent aux handicapés moteurs et mentaux de retrouver la présence d’un corps fonctionnel ou virtuel leur donnant l’occasion de se réapproprier un corps d’action dans leur monde-vie habituel. Le corps caché et subi peut-il alors retrouver une présence via l’apport de ces prothèses technologiques, des innovations biotechnologiques, des aménagements ludiques et des potentialités permises par les espaces virtuels ? L’organisation en 2016 du Cybathlon à Munich, les prouesses sportives de Pistorius ou l’accessibilité physique à différents lieux récréatifs permise par les nouvelles normes de construction ne réduit plus le corps handicapé à un corps absent et inerte. Une écologie corporelle du handicap induit-elle une transition récréative dans la manière de situer ces publics dans la société contemporaine ? Plus globalement,  c’est la question de  la santé récréative qui est en jeu pour penser et gérer tous les handicaps, fragilités et souffrances qui touchent les identités contemporaines des uns et des autres.

Ces rencontres seront aussi l’occasion d’interroger la créativité écologique comme invitation à redéfinir nos liens avec la nature et nos modes d’habiter. Face à un environnement naturel et un corps en souffrance dans nos modes de vie contemporains, comment différents acteurs s’engagent-ils dans une transition récréative pour donner naissance à des écologies corporelles d’un nouveau genre ? Des éco-concepts culturels émergent en puisant leurs registres d’action dans des cosmogonies ancestrales. Des symboliques récréatives innovantes souhaitent prendre leur distance avec les logiques sportives modernes (compétition, performance, épreuve) et postmodernes (hédonisme, ludisme, vertige) en puisant dans d’autres références culturelles la relation à la naturalité ou à l’urbanité. Les pédagogies à l’environnement, certains mouvements de jeunesse, les prestations écologiques, les stages d’éco-thérapie ou encore des séjours éco-touristiques sont-ils à même d’investir l’écologie relationnelle (Ingold, 2013) pour revitaliser le lien à la nature ? Une autre relation aux environnements se diffuse t-elle en réinterrogeant la place du corps dans la définition de nos identités contemporaines ? Quels sont les processus de transition à l’œuvre ?

La créativité territoriale n’est pas absente de cette transition par l’émergence de laboratoires récréatifs qui s’approprient des lieux urbains ou ruraux pour donner naissance à des mondes communs esthétiques. Que ce soit autour du livre, de la danse, des sports de nature, du patrimoine local ou des transhumances, différents publics s’investissent dans des lieux de vie pour repenser la définition du politique et des espaces publics.  En métissant les univers culturels, des formes récréatives inédites sont fabriquées invitant à repenser les liens entre les habitants, le politique, l’entreprise et le social. Ces tiers-lieux qui émergent ici ou là sont-ils emblématiques du renouveau de la société civile ? Questionnent-ils la manière dont le corps et ses expressions sont impliqués dans le réenchantement du quotidien ? Que ce soit à Roquefort autour des mémoires orales des habitants, à Mur de Barrez dans le développement des sentiers de l’imaginaire ou encore au Villaret dans la fabrique d’un espace artistique écologique, nombreux sont les exemples d’élaboration d’hétérotopies récréatives. Des lieux ordinaires peuvent-ils ainsi devenir extraordinaires comme des lieux touristiques peuvent « s’ordinariser » ? En reconfigurant les frontières entre « habiter » et « visiter », quel rôle peuvent jouer les migrations d’agrément dans cette transition récréative des lieux de vie ?

Toutes ces entrées proposées participent à un renouveau des écologies corporelles et interpellent les mouvements culturels, écologiques, économiques ou politiques de nos sociétés contemporaines dans leurs manières d’interroger les pratiques récréatives, qu’elles soient urbaines ou rurales. Dans quelle mesure et sous quelles formes ce processus participe t-il à une transition sociétale, actrice du dépassement des crises (sociale, économique, écologique, climatique et énergétique)  auxquelles font face les sociétés contemporaines ? Nous invitons les chercheurs mais aussi les praticiens (consultants, agents de développement, créateurs de parcs,…) à venir échanger autour de ces dynamiques créatives en émergence sur le campus rural du Pradel (Ardèche) les 1, 2 et 3 juin 2016, en bénéficiant de tous les avantages de ce lieu pour organiser des manifestations scientifiques de qualité.

2. Les ateliers scientifiques proposés

A partir d’approches globales, sectorielles et/ou locales, et dans une grande diversité de configurations, les communications attendues dans les 9 ateliers suivants sont invitées à montrer autour de quelles pratiques, expérimentations et expériences se structurent les facteurs et acteurs de la transition dans le champ récréatif.

Les mots-clés proposés pour chaque atelier le sont à titre indicatif et sans exclusivité.

Atelier 1 : Ecologie corporelle versus technologie ?

Mots-clés : technologie, transhumanisme, écocentrisme, cybordsport, écosport, hybridité, simplicité, biotechnologie, éco-technologie, matériaux synthétiques, éco-habitats

Atelier 2 : Les expériences récréatives immersives amplifiées 

Mots-clés : osmose, cosmose, immersion, milieu, naturalité, urbanité, itinérances, vertige, extrême, spiritualité

Atelier 3 : Les médiations artistiques des espaces récréatifs et les médiations récréatives des espaces culturels

Mots-clés : artialisation, land-art, participation,  esthétique, narration, fiction, mise en scène, médiation numérique, jeux, interprétation, parcours, trajection, art-thérapie, créativité

Atelier  4 : Handicap moteur et mental incarné et santé récréative

Mots-clés : prothèse, activité physique adaptée, appareillage, aménagement, amplification sensorielle, corps-santé, thérapie récréative, capabilité, milieu de vie

Atelier 5 : La créativité écologique, culturelle et économique des prestataires récréatifs

Mots-clés : agir créatif, entreprenariat social, coopération, économie circulaire, expériences transmodernes, transversalité, éco-concept, alternatifs, créatifs culturels

Atelier 6 : Les laboratoires récréatifs émergents

Mots-clés : tiers lieux, formes culturelles, habitabilité, espace public, dissidences récréatives, marges, interstices, sites touristiques, « spots », migrations d’agrément

Atelier 7 : Changer d’approche, changer d’écologie corporelle

Mots-clés : écomobilité, écotourisme, réchauffement climatique, écomotricité, pratiques décarbonées, métissage culturel, habitabilité récréative

Atelier 8 : Excès corporel et transition récréative, quelle légitimité ?
Mots-clés : binge-drinking, drogue, sexualité, extase, genre, extrême, free pratique, culture fun, fête, ordalie, libertinage,  transgression, art contemporain

Atelier 9 : Corps & Design

Mots-clés : créativité, usages, design thinking, bodystorming, marketing sensoriel, matières naturelles, développement personnel, spiritualité,  spectacle vivant, tourisme créatif

Atelier 10 : Epistémologie de la transition récréative

Mots-clés : transmodernité, écologie corporelle, transition, récréation, culture, nature, habiter, cosmogonie, hétérotopie, technologie, après-tourisme, écologie, ESS, genre

Propositions de communications

Les contributions prendront la forme de communications de 20 minutes regroupées en ateliers thématiques. Les propositions doivent être adressées à l’adresse suivante :  j.corneloup@libertysurf.fr
Les propositions anonymes seront envoyées en fichier Word et comprendront un titre et un résumé ne dépassant pas 4000 signes, bibliographie comprise. Elles seront attachées à un courriel spécifiant clairement les noms, prénoms, affiliations scientifiques et institutionnelles du ou des auteurs ainsi que le titre de la communication.

Calendrier

  • Date limite de soumission des propositions : 31 mars 2016

  • Réponse du comité scientifique : 15 avril 2016
  • Inscriptions au colloque : début mai
  • Lieu de la manifestation : 1, 2 et 3 juin 2016, Campus rural du Pradel, centre de recherche LE CERMOSEM

Publications post-colloque 

  • Revue Nature & recréation
  • Revue du développement territorial
  • Revue Corps
  • Ouvrage collectif collection Sportsnature.org
  • Ouvrage collectif Presse universitaire d’Auvergne

Comité scientifique

  • Bernard ANDRIEU (P. U. ,  Laboratoire Technique et enjeux du corps, Paris, France)
  • Jean Marc BESSE (Directeur de recherche, UMR Géographie-cités, CNRS, Paris, France)
  • Philippe BOURDEAU (P. U., UMR PACTE, Grenoble, France)
  • Gilles BOËTSCH (Directeur de recherche, CNRS, Marseille France)
  • Dominique BOURG (P. U.,  Géopolis, Lausanne, Suisse)
  • Eric DACHEUX (P. U., Laboratoire communication et solidarité, Clermont-Ferrand, France)
  • Eric DE LESELEUC (P. U., INS HEA , laboratoire Grhapes, Suresnes, France)
  • Pascal DURET (P.U.,  DIMPS, La Réunion,  France)
  • Sylvie FORTIN  (P. U., UQAM, Montréal, Canada)
  • Christophe GIBOUT (P. U.,  laboratoire TVES, Dunkerque, France)
  • Bernard KALAORA (P. U., laboratoire EHESS/LAIOS, Amiens, France)
  • David LE BRETON (P. U., Laboratoire Dynamiques Européennes, Strasbourg, France)
  • Pascale MARCOTTE (Professeure, Département de Géographie, Québec, Canada)
  • Marina MAESTRUTTI  (MCF, Sociologie, laboratoire Cetcopra, Paris 1,France)
  • Mike  MCNAMEE (Professor, College of Engineering, Pays de Galle)
  • Guy DI MEO (P. U., Laboratoire ADES, Bordeaux 3, France)
  • Petrucia  DA NOBREGA (Professeur, DEPARTAMENTO DE EDUCAÇÃO FÍSICA, Brésil)
  • Rosa María RODRIGUEZ MAGDA (Professeure, Valencia, Espagne)
  • Emily RIAL (Professeure, Cornell University Ithaca, New York, USA)
  • Olivier SIROST (P. U., laboratoire CETAPS, Rouen, France)
  • Magali TALENDIER (MCF, IGA, UMR PACTE, CNRS, France)

Comité d’organisation

  • Sandrine BAUBELET, doctorante, UMR Pacte, Grenoble
  • Olivier BESSY, P. U., UMR SET, Pau
  • Philippe BOURDEAU, P. U., UMR PACTE, Grenoble
  • Jean CORNELOUP, M. C. F. – H. D. R., Université de Clermont-Ferrand
  • Lionel CHAVAROCHE , doctorant, Laboratoire Technique et enjeux du corps, Paris
  • Katia FERSING, UMR 208 IRD-MNHN
  • Anne GOMBAULT, KEDGE Business School, Groupe de recherche Industries Créatives
  • Eric DE LESELEUC, P. U., INS HEA
  • Ludovic FALAIX, M.C.F., Laboratoire ACTé, Clermont-Ferrand
  • Chiara KISCHNER, doctorante, UMR PACTE, Grenoble
  • Florian LEBRETON, M.C.F, UMR ADESS,  Rennes,
  • Alexandre LEGENDRE, doctorant, Laboratoire Technique et enjeux du corps, Paris
  • Pascal MAO, M.C.F., UMR PACTE, Grenoble

Lieux

  • Le CERMOSEM - Le Pradel
    Mirabel, France (07170)

Dates

  • jeudi 31 mars 2016

Mots-clés

  • culture, transition, récréation, corps, art, métissage, transhumanisme, écologie, transmodernité

Contacts

  • Jean Corneloup
    courriel : j [dot] corneloup [at] libertysurf [dot] fr

Source de l'information

  • Jean Corneloup
    courriel : j [dot] corneloup [at] libertysurf [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Transition récréative et écologie corporelle », Colloque, Calenda, Publié le lundi 15 février 2016, http://calenda.org/355731