AccueilAux confins de l'enquête : entre excès et évidement, l'art créateur d'instabilité

Aux confins de l'enquête : entre excès et évidement, l'art créateur d'instabilité

On the verges of enquiry: between excess and the creative art of instability

Séminaire du laboratoire Arts, littératures, échanges, frontières (ALEF), cycle 2

Arts, littératures, échanges, frontières (ALEF) seminar cycle 2

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Publié le lundi 08 février 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Le cycle précédent du séminaire du laboratoire Arts, Littératures, Échanges, Frontières (ALEF) sur l'enquête, alors même que l'enquête était abordée comme modèle qui fonctionne, a mis en avant le fait que, bien souvent, ce qui intéresse l'art dans ce processus est son impossibilité à atteindre une résolution, ou bien ce qu'il laisse derrière lui, voire ses dérives. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons, dans cette deuxième session, interroger plus spécifiquement ce que font les artistes, les créateurs, les auteurs de ce qui déborde l'enquête, comprendre ce que l'art fait de ces opérations échouées – voire questionner la possibilité de l'art de faire échouer les enquêtes.

Annonce

Présentation

Le cycle précédent du séminaire ALEF sur l'enquête, alors même que l'enquête était abordée comme modèle qui fonctionne, a mis en avant le fait que, bien souvent, ce qui intéresse l'art dans ce processus est son impossibilité à atteindre une résolution, ou bien ce qu'il laisse derrière lui, voire ses dérives. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons, dans cette deuxième session, interroger plus spécifiquement ce que font les artistes, les créateurs, les auteurs de ce qui déborde l'enquête, comprendre ce que l'art fait de ces opérations échouées – voire questionner la possibilité de l'art de faire échouer les enquêtes. 

En effet, à la suite des travaux de Boltanski (Énigmes et complots : Une enquête à propos d'enquêtes, Paris, Gallimard, NRF essais, 2012), le présupposé de ce séminaire est de prendre l’enquête comme outil à même de rétablir une chaîne de causalité rationnelle qui permette de comprendre et de résorber les instabilités du monde. En somme, l’enquête appose un discours sur le réel, qui, comme le soutient Arlette Farge, « a beau sembler être là, visible et préhensible, [...] ne dit en fait rien d’autre que lui-même » (Le Goût de l'archive, Paris, Éditions du Seuil, 1989, p. 19). C'est une des raisons permettant de comprendre l'importance accordée par l'État, notamment à la fin du XIXe siècle, aux formes de l'enquête par lesquelles il se donne pour tâche de garantir une stabilité, gage de l'unité sociale. 

Or les pratiques artistiques menant ou issues d'enquêtes s'insinuent souvent dans les failles des investigations officielles ou en adoptent la forme pour la détourner, notamment en la conduisant vers des apories. De ce fait, les arts semblent s'emparer de l'enquête à rebours, comme un moyen pour questionner les discours d'État ou modéliser des mondes concurrents (Nelson Goodman, Manières de faire des mondes, Nîmes, J. Chambon, 1992). L'enquête en art peut-elle être comprise comme un moyen de mettre à l'épreuve les représentations communes ? Que fait l'art de ce qui reste des enquêtes et de ce qui résiste à l'enquête ? 

L'objet de ce nouveau cycle du séminaire ALEF est donc de proposer des réflexions à ces interrogations sur les limites de l’enquête, en se concentrant sur des séances thématiques : l’échec, l’évidement, le sensible, la violence, l’inquiétude, les déchets. 

Ce cycle de séminaire est organisé par le groupe de recherche ALEF (Arts, Littératures, Échanges, Frontières). Laboratoire interdisciplinaire de doctorants et de jeunes chercheurs né en 2011, ALEF  est soutenu par l’équipe du CELLAM (Centre d’Etudes des Langues et Littératures Anciennes et Modernes) d’APP (Arts : Pratiques et Poétiques) et d’HCA (Histoire et Critiques des Arts) ainsi que par l’école doctorale ALL (Arts, Lettres, Langues). L’objectif de ce laboratoire est de mener une recherche interdisciplinaire, exigeant la confrontation de méthodologies et de bases bibliographiques différentes. À partir d’une notion transdisciplinaire commune, il s’agit d’observer des glissements méthodologiques et théoriques entre les différentes disciplines qui composent ALEF pour dépasser les divergences disciplinaires afin d’envisager la notion dans une perspective transversale.

Programme

Février 2016 > Novembre 2016

Un jeudi par mois, 15h-17h

Espace recherche ALC, Rennes 2

Séance 1 –  Jeudi 11 février 2016 : Échec de l’enquête

Séance coordonnée par Barbara Servant et Gaëlle Debeaux

Représenter l’échec de l’enquête est-il à comprendre comme le refus ou l'impossibilité d'une reconstitution rationnelle du réel ? Peut-il paradoxalement acquérir une dimension positive ? L'art peut-il alors se présenter comme le lieu d'élaboration d'un discours du soupçon, voire d'une mise à l'épreuve de notre compréhension du monde ? 

  • Alice Jacquelin (Littérature comparée – Poitiers) : L'enquête empêchée : le tragique dans le « country noir » contemporain.
  • Brice Evain (Histoire – Rennes 2) : Économie de l’inachèvement dans le roman policier d’énigme.

Séance 2 – Vendredi 18 mars 2016 : Enquête et évidement

Séance coordonnée par Alexandre Dupont et Lola Lorant

En quoi les enquêtes artistiques peuvent-elles conduire à la mise en évidence d'apories ? Peut-on penser des enquêtes sans objet ? Vidée de son sens, garde-t-elle une forme ? Peut-on penser une enquête qui refuserait toute finalité pour se nourrir de sa propre dynamique ?

  • Anaïs Oléron (Littérature française – Reims) : Trop plein d'évidences et béance du sens : l'enquête en terrain miné du lecteur robbe-grillétien (Les Gommes, Le Voyeur et La Reprise d'Alain Robbe-Grillet).
  • Quentin Montagne (Arts plastiques – Rennes 2) : La sirène au coeur de l'enquête : cryptozoologie, docu-fiction et théorie du complot.
  • Louise Couturier (Études cinématographiques – Paris X-Nanterre) : Louise-Michel ou le retournement de l’Affaire JFK.

Séance 3 – Lundi 25 avril 2016 : L’enquête comme expérience sensible

Séance coordonnée par Kévin Gohon et Mathilde Dumontet

En quoi l’enquête implique-t-elle une forme de corporalité ? Le corps enquêté ou enquêteur peut-il faire œuvre d'art ? Peut-on enquêter la mémoire du corps ? L'enquête peut-elle être envisagée comme moyen d'accès au monde sensible, et de quelle façon ? Toute enquête est-elle forcément narrative ?

  • Martin Givors (Arts du spectacle – Grenoble Alpes) : Travailler à la remémoration des états de corps des danseurs : l'enquête performative et ethnographique.
  • Lou Cantor (Danseuse) : Enquête et (ré)écriture chorégraphiques comme interrogations sur le corps du danseur.

Séance 4 – Jeudi 19 mai 2016 : Violence(s) de l’enquête

Séance coordonnée par Gaëlle Debeaux et Hélène Heyraud

L’enquête est-elle nécessairement liée à la violence, et si oui, quelles sont les différentes formes de violence liées à l’enquête ? En quoi l'enquête, comme discours d'autorité ou discours autoritaire, suppose-t-elle une violence symbolique ou idéologique ? Comment questionner artistiquement l'autorité de l'enquête ?

  • Victoria Lagrange (Littérature comparée – Poitiers) : Violence et enquête policière dans la réécriture des contes de Grimm.
  • Jil Daniel (Arts plastiques - Rennes 2) : 68 d’hier et 68 d’aujourd’hui, ou comment gérer la récupération politique d’une insurrection, cas spécifique de la pratique graphique.

Séance 5 – Jeudi 20 octobre 2016 : Enquête et inquiétude du monde

Séance coordonnée par Yannick Kernec’h et Sophie Lorgeré

Quelles formes peut prendre la mise en inquiétude du monde ? De quelle façon l’enquête peut-elle conduire à la paranoïa, et en quoi cette enquête inquiétée et inquiétante donne-t-elle lieu à des réappropriations artistiques ? En quoi peut-on considérer l'enquête comme une façon d'inquiéter le monde ?

  • Clara Hédouin (Études théâtrales – Rennes 2) : Benjamin Walter de Frederich Sonntag : l’enquête inquiète – épopée post-moderne.
  • Geneviève Dragon (Littérature comparée – Rennes 2) : Le shérif Bell dans No Country for old men, vox clamans in deserto - un tocsin au milieu du néant.

Séance 6 – Jeudi 24 novembre 2016 : Les déchets de l’enquête

Séance coordonnée par Hélène Heyraud et Mathilde Dumontet

Que reste-t-il d’une enquête qui ne soit pas transformé en preuve ? Que nous disent sur l’enquête et sa vision du monde ces traces, restes, vestiges, résidus, mis de côté ? Proche du rebut, comment le déchet interroge-t-il les notions d’exclusion, de marge, de perte, d’oubli, de silence et de béance propres à toute enquête ?

  • Marie Druais (Histoire de l’art – Rennes 2) : Gestes et culture populaire autour de la mort en Bretagne aux XVIe et XVIIe siècles : la difficile relation aux sources.
  • Marion Denizot (Études théâtrales – Rennes 2) : L’historien et ses rebuts : une histoire de contraintes.

Comité scientifique

  • Mathilde Dumontet,
  • Alexandre Dupont,
  • Gaëlle Debeaux,
  • Hélène Heyraud,
  • Kévin Gohon,
  • Quentin Montagne,
  • Barbara Servant,
  • Sophie Lorgeré,
  • Yannick Kernec’h,
  • Marie Druais,
  • Rapahële Jeune,
  • Lola Lorant.

Responsable du séminaire 

Gaëlle Debeaux

Informations : http://laboalef.hypotheses.org/

Contact : labo.alef@gmail.com

Lieux

  • Espace recherche ALC, Rennes 2, Place du recteur Henri Le Moal
    Rennes, France (35)

Dates

  • jeudi 11 février 2016
  • vendredi 18 mars 2016
  • lundi 25 avril 2016
  • jeudi 19 mai 2016
  • jeudi 20 octobre 2016
  • jeudi 24 novembre 2016

Mots-clés

  • enquête, art, déchet, échec, inquiétude, violence

URLS de référence

Source de l'information

  • gaelle debeaux
    courriel : gaelledebeaux [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Aux confins de l'enquête : entre excès et évidement, l'art créateur d'instabilité », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 08 février 2016, http://calenda.org/355894