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Politiser, dépolitiser, repolitiser

Politicising, depoliticising and repoliticising

IVe colloque des jeunes chercheur·e·s en études critiques du politique

4th conference of young researchers in critical political studies

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Publié le lundi 15 février 2016 par Elsa Zotian

Résumé

Quel sens donner à l’affirmation selon laquelle « tout est politique » ? D’un côté, à chaque point précis où il y a domination, asymétrie de pouvoir, il y a conflit possible et émancipation possible, donc il y a de la politique. De l’autre, celle-ci n’existerait qu’en puissance, en chaque lieu où l’ordre social serait absolument naturalisé, où son arbitraire et sa contingence seraient intégralement recouverts. Il existe donc deux cas-limites, celui ou en un sens rien n’est politique, et celui de la politisation « totale » : deux polarités qui nous permettent de poser le problème différemment. Car si tout n’est pas toujours considéré comme politique, c’est-à-dire effectivement politisé, tout n’est-il pas, par contre, politisable (l’organisation du travail dans les luttes ouvrières, le privé dans les mouvements féministes, la technique dans les mouvements écologistes, les migrations dans les luttes postcoloniales…) ?

Annonce

Argumentaire

Nous ne vivons pas dans un monde dépolitisé. C’est, en tout cas, le parti pris de cette quatrième édition du Colloque des jeunes chercheurEs en études critiques du politique, ouvert aux jeunes chercheurEs de tous les champs disciplinaires rattachés aux humanités et aux sciences sociales. Une conception aussi englobante et surplombante, qui caractériserait toute notre époque comme celle du retrait du politique, ou toute notre société comme celle de l’individualisme, nous semble être un bien mauvais point de départ à l’analyse lucide et détaillée du présent (au-delà même du fait qu’elle fonctionne, quoi qu’en disent ses théoricienNEs, comme un moyen supplémentaire de renforcer le monopole des professionnelLEs de la politique). Si nous voulons néanmoins conserver, interroger, travailler les catégories de politisation et de dépolitisation, ne serait-il pas préférable de les envisager dans leur tension, d’explorer les lieux et les rapports sociaux précis où ils sont à l’œuvre, de penser la multiplicité des processus locaux de politisation/dépolitisation qui traversent les sociétés ?

Quel sens donner à l’affirmation selon laquelle « tout est politique » ? D’un côté, à chaque point précis où il y a domination, asymétrie de pouvoir, monopolisation des décisions stratégiques par un groupe restreint, par exemple dans la sphère domestique, les rapports de travail, l’aménagement du territoire…, il y a conflit possible et émancipation possible, donc il y a de la politique. De l’autre, celle-ci n’existerait qu’en puissance, en chaque lieu où l’ordre social serait absolument naturalisé, où son arbitraire et sa contingence seraient intégralement recouverts sous le mythe de sa naturalité, de sa rationalité, de sa « neutralité » purement « technique », ou renvoyé à des problèmes individuels et pensé selon des catégories morales : en un sens, rien ne serait ici politique. Reconnaissons que cette configuration n’est qu’un cas limite – bien que pour Bourdieu, elle soit la norme, et la lutte des plus dominéEs l’exception « miraculeuse »  (Bourdieu, 1998). La configuration inverse, celle de la politisation « totale » d’un groupe, d’un enjeu, d’une multiplicité d’enjeux, voire de toute la structure sociale, est également un cas idéal, bien qu’on s’en approche sans doute dans les périodes révolutionnaires où tout rapport social semble devenir contestable.

Cela permet de poser le problème différemment. Car si tout n’est pas toujours considéré comme politique, c’est-à-dire effectivement politisé, tout n’est-il pas, par contre, politisable ? On pourrait citer le rapport salarial et l’organisation du travail dans les luttes ouvrières, le privé dans les mouvements féministes, la nature et la technique dans les mouvements écologistes, les migrations, les frontières et le racisme structurel dans les luttes postcoloniales… Ce qu’il s’agit alors de penser, ce sont les frontières mouvantes du politique et du non politique, les processus qui modifient la répartition des individus et des collectifs politisés, des enjeux et des objets, constitués comme politiques. Mais aussi la manière dont ces « partages du sensible » (Rancière, 1995) s’opèrent selon les époques, les lieux et les groupes, la façon dont l’histoire des luttes les reconfigure en permanence.

Programme

Jeudi 25 février

8h30 Accueil

9h15 Introduction par Rose-Myrlie Joseph

9H30/12H30

Dépolitisation des enjeux sociaux

Modération : Estelle Miramond

  • Cécile Talbot (Master CERAPS, Lille 2) : La dépolitisation de l'enjeu d'égalité lors de sa mise en oeuvre au niveau local : exemple du plan d'égalité femmes-hommes du Conseil Régional Nord-Pas de Calais entre 2010et 2015
  • Sbeih Sbeih (Printemps, UVSQ) : La professionnalisation des ONG et la construction du « monde du développement » en Palestine
  • Victor Fontaine (CEVIPOF, IEP Paris) : Périls de la politisation pénale
  • Hadrien Clouet (CSO, CNRS) : Politiser et dépolitiser le guichet

12h30 - 14h Déjeuner

14h/18h

Mobilisations et action collective

Modération : Brice Nocenti

  • Alain Patrick Fouda (Sciences du langage, Yaoundé 1) : De la tentative de dépolitisation/repolitisation de la mémoire du Cameroun : analyse sémiotique du phénomène des nationalistes de la rue
  • Adrien Mazières-Vaysse (CRESSPA, CNRS) : La « précarité », les « précaires » et le « Prekariat » : analyse d'une entreprise de repolitisation des rapports sociaux de classes en Allemagne dans les années 2000
  • Thibault Legrand (Namur) : Politisation et mobilisation, entre pouvoir et puissance
  • Cécile Tindon (GESTE) : Les mobilisations pour l'eau potable : engagement militant, participation et lutte pour la reconnaissance d'un objet politique
  • Julie Tessuto (CES, Saint-Louis) : PicNic The Streets et la difficile politisation du problème public du piétonnier à Bruxelles

Vendredi 26 février

9h Accueil

9H30/12H30

La santé comme espace de lutte

Modération : Audrey Marcillat

  • Alice Lancelle (STL, Lille 3) : Les luttes des aides soignant·e·s en EHPAD
  • Lucile Quéré (CEG, UNIL) : Luttes autour du consentement : la politisation du cabinet gynécologique
  • Mylène Rouzaud-Cornabas (CESP, INSERM) : « Le privé est politique ». Genèse et évolution d'une politisation différenciée de la contraception et de l'avortement
  • Stéphanie Pache (ISS, UNIL) : « Le personnel est politique » : histoire d'une politisation féministe de la psychologie

12h30 - 14h Déjeuner

14H/17H30

Formes « limites » de politisation

  • Modération : Pauline Picot
  • Élodie Druez (CEE, EHESS) : Dépolitisation de l'expérience raciste, politisation de la condition minoritaire : le cas des diplômés d'origine africaine en France
  • Jérémie Moualek (CPN, Evry) : Des votes pas si « nuls » : « détournement du vote » et mobilisations collective
  • Angelo Montoni Rios (CEMS, EHESS) : Les jeunes cagoulés : politisation à travers l'image dans le Chili post-dictatoriu
  • Jacques Moriau (METICES, ULB) : Rendre l'impuissance politique. L'immolation comme acte de politisation

17h45 Conclusion

Bibliographie

  • ARENDT H., 1961, Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy.
  • ATLANI-DUAULT L., 2011, « Introduction. Les figures de l’aide internationale », Ethnologie française, 3/2011 (Vol. 41), pp. 389-392.
  • BACCHETTA, P., 2010,« Réflexions sur les alliances féministes transnationales », in Falquet et al. (dir.), 2010, Le sexe de la mondialisation Genre, classe, race et nouvelle division du travail, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), pp  259-274.
  • BLANCHARD E. ; CLOCHARD O. ; RODIER C., 2008, « Compter les morts », Plein droit, n° 77, juin 2008.
  • BOURDIEU P., 1998, « Le mouvement des chômeurs, un miracle social » dans Contre-feux. Propos pour servir à la résistance contre l’invasion néo-libérale, Paris, Raisons d’agir.
  • BREDELOUP S., 2008, « L’aventurier, une figure de la migration africaine », Cahiers internationaux de sociologie, 2008/2 (n° 125), pp. 281-306.
  • BRESSON M. (dir.), 2006, Psychologisation de l’intervention sociale : Mythes et réalités, Paris, L’Harmattan.
  • BUTLER J., 2010, « Simplement culturel ? », in BIDET-MORDREL A (dir.), 2010, Les rapports sociaux de sexe, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Actuel Marx Confrontation », pp.168-183.
  • CALVÈS A-M., 2009, « « Empowerment » : généalogie d’un concept clé du discours contemporain sur le développement », Revue Tiers Monde 4/2009 (n° 200), pp. 735-749.
  • CASTEL R., 1995, Les métamorphoses de la question socialeUne chronique du salariat, Paris, Gallimard.
  • CASTORIADIS C., 1999, L’institution imaginaire de la société, Paris, Seuil.
  • CINGOLANI P., 2003, La république, les sociologues et la question politique, Paris, La Dispute.
  • CISSE M., QUIMINAL C., 2000, « La lutte des « Sans-papières » », Les cahiers du CEDREF [En ligne], 8-9.
  • DAMAMME D. ; GOBILLE B. ; MATONTI F. ; PUDAL B. (eds.), 2008, Mai-juin 68, Paris, Editions de l’Atelier.
  • DE RUDDER V., 1997, « Quelques problèmes épistémologiques liés aux définitions des populations immigrantes et de leur descendance », in AUBERT F. ; TRIPIER M. ; VOURC’H F., 1997, Jeunes issus de l’immigration, de l’école à l’emploi, Paris, L’Harmattan.
  • DESCARRIES F., 2013, « « Féministes, gare à la dépolitisation ! », Relations, n°761, fév. 2013, pp. 17 -20.
  • FALQUET J., 2008, De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation, Paris, la Dispute.
  • FOUCAULT M., 1993, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Broché.
  • FRIGOLI G., 2008, "Extension du domaine de la justice locale. L’asile, entre politique d’immigration et politique sociale ", REVUE Asylon(s), N°5 Palestiniens en / hors camps, septembre 2008.
  • FILLIEULE O. ; ROUX P. (eds.), 2009, Le sexe du militantisme, Paris, Les Presses de Sciences Po.
  • GARRAU M. ; LE GOFF A. (dir.), 2012, Politiser le care. Perspectives sociologiques et philosophiques,Paris, Broché.
  • GAULEJAC (de) V. ; TABOADA-LÉNOETTI I., 1994, La lutte des places, Paris, Desclée de Brouwer.
  • GOURDEAU C., 2015,  L’intégration des étrangers sous injonction. Genèse et mise en œuvre du contrat d’accueil et d’intégration, thèse de doctorat en anthropologie/sociologie, Paris : Université Paris Diderot.
  • HAMIDI C., 2010, La société civile dans les cités. Engagement associatif et politisation dans des associations de quartier, Économica, séries: « Études Sociologiques.
  • INSTITUT DE DÉMOBILISATION, 2012, Thèses sur le concept de grève, s.l., Nouvelles éditions Lignes.
  • ION J., 1998, Le travail social au singulier, Paris, Dunod.
  • KERGOAT D., 2001, « Le syllogisme de la constitution du sujet sexué féminin. Le cas des ouvrières spécialisées », Travailler, 2001, vol. 6, no 2, pp. 105-114.
  • KERGOAT D., 2009, « Individu, groupe, collectif : quelques éléments de réflexion » dans Philippe CARDON, Danièle KERGOAT et Roland PFEFFERKORN (eds.), 2009, Chemins de l’émancipation et rapports sociaux de sexe, Paris, La Dispute.
  • LAUTIER B., 2013, « Gouvernement moral des pauvres et dépolitisation des politiques publiques en Amérique Latine. », Revue Tiers Monde 2/2013(n°214), pp. 169-186. 
  • LEFORT C., 1994, « Droits de l’homme et politique (1979) » in L’invention démocratique. Les limites de la domination totalitaire, Paris, Fayard.
  • MARTINIELLO M. ; SIMON P., 2005, « Les enjeux de la catégorisation », Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 21 - n°2 | 2005.
  • MATHIEU L., 2012, « Appuis normatifs et compétences pour l’émancipation : l’exemple des revendications des prostituées », Actuel Marx, 2012, vol. 51, no 1, pp. 165-179.
  • MCADAM D., TARROW S. G.; TILLY C., 2001, Dynamics of contention, s.l., Cambridge University Press.
  • NOIRIEL G., 1988, Le Creuset français; histoire de l’immigration (19ème-20ème siècles), Paris, Seuil, collection "L’Univers Historique" (2ème édition 1990).
  • RANCIÈRE J., 1995, La mésentente. Politique et philosophie, Paris, Galilée.
  • RANCIÈRE J., 1998, Aux bords du politique, Paris, Gallimard, La Fabrique.
  • SAYAD A., 1999, La double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, Paris, Le Seuil, collection "Liber".
  • SLAMA S., 2008, « Éloignement : la loi du nombre », Plein droit, n° 77, juin 2008.
  • TIMERA M., 2009, « Aventuriers ou orphelins de la migration internationale ? Nouveaux et anciens migrants subsahariens au Maroc. » Politique Africaine, N° 115, Octobre 2009, pp. 175-195.
  • TOPÇU, S., 2013, La France Nucléaire, Paris, Seuil.
  • WEBER M., 1995, Économie et société, tome 1 : Les catégories de la sociologie, Paris, Pocket.

Comité d’organisation

  • Armand Aupiais-L’homme, doctorant en anthropologie, URMIS, Université Paris 7 - Diderot.
  • Andrea Marcela Barrera Téllez, doctorante en sociologie, LCSP/CEDREF, Université Paris 7 - Diderot.
  • Charlène Charles, doctorante en sociologie, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Kévin Eybert, doctorant en sociologie, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Rose-Myrlie Joseph, docteure en sociologie et études genre, LCSP/CEDREF, Université Paris 7.
  • Audrey Marcillat, doctorante en sociologie, IRIS (EHESS) - CEDREF
  • Estelle Miramond, doctorante en sociologie et genre, LCSP/CEDREF (Université Paris 7 - Diderot) - CASE.
  • Brice Nocenti, doctorant en philosophie, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Lucas Andrès Restrepo Orrego, doctorant en philosophie, LCSP, Université Paris 7 - Diderot
  • Mohammad Vaferi, doctorant en philosophie, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Rémi Zanni, doctorant en philosophie, LCSP, Université Paris 7 – Diderot.

Cette édition est organisée conjointement par :

  • Le LCSP - Laboratoire du Changement Social et Politique, Université Paris 7- Diderot
  • L'URMIS - Unité de Recherche Migrations et Société, Université Paris 7- Diderot/ Université Nice Sophia Antipolis / IRD et CNRS.
  • L’Iris - Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux, EHESS/CNRS/Université Paris 13/Inserm

Comité scientifique

  • Marc Bessin, sociologue, IRIS, École des Hautes Études en Sciences Sociales.
  • Patrick Cingolani, sociologue, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Marie Cuillerai, philosophe, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Christophe David, philosophe, EA 1279 Histoire et critique des arts, Université Rennes 2.
  • Jules Falquet, sociologue, CEDREF/LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Fabrice Flipo, philosophe, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Claudia Girola, socio-anthropologue, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Isabelle Guérin, socio-économiste, CESSMA, Institut de Recherche pour le Développement.
  • Odile Hoffmann, géographe, URMIS, Université Nice Sophia Antipolis.
  • Bernard Hours, anthropologue, CESSMA, Institut de Recherche pour le Développement.
  • Nicolas Jaoul, anthropologue, IRIS, École des Hautes Études en Sciences Sociales.
  • Martine Leibovici, philosophe, LCSP / Institut des humanités, Université Paris 7 - Diderot.
  • Chowra Makaremi, anthropologue, IRIS, École des Hautes Études en Sciences Sociales.
  • Lilian Mathieu, sociologue, Lyon 2 triangle, Université Lyon 2.
  • Numa Murard, sociologue, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Aude Rabaud, socio-anthropologue, URMIS, Université Paris 7 - Diderot.
  • Nadège Ragaru, politologue et historienne, CERI, Sciences Po Paris.
  • Etienne Tassin, philosophe, LCSP, Université Paris 7 - Diderot.
  • Mahamet Timera, sociologue, URMIS, Université Paris 7 - Diderot.

Lieux

  • Bâtiment Sophie Germain, Amphithéâtre Turing - Université Paris Diderot 8, place Aurélie Nemours
    Paris, France (75013)

Dates

  • jeudi 25 février 2016
  • vendredi 26 février 2016

Mots-clés

  • politisation, dépolitisation, mouvements sociaux, politiques publiques, santé

URLS de référence

Source de l'information

  • Brice Nocenti
    courriel : brice [dot] nocenti [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Politiser, dépolitiser, repolitiser », Colloque, Calenda, Publié le lundi 15 février 2016, http://calenda.org/356520