Accueil« Le troisième combattant ». L’action humanitaire durant la Guerre civile espagnole et l’exil républicain

« Le troisième combattant ». L’action humanitaire durant la Guerre civile espagnole et l’exil républicain

"The third warrior" - humanitarian aid during the Spanish Civil War and Republican exile

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Publié le jeudi 25 février 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque organisé à l’université de Genève, les 27 et 28 octobre 2016 (Institut éthique histoire humanités – iEH2 et Maison de l'histoire) propose de repenser la Guerre civile espagnole et l’exil qui l’a suivi comme un moment significatif de la cristallisation de l’humanitaire moderne.

Annonce

Argumentaire

En 1947, le médecin suisse Marcel Junod (1904-1961) publie Le Troisième combattant, intitulé dans sa traduction anglaise Warriors Without Weapons (1951). Ce texte expose son expérience de délégué du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) depuis les bombardements au gaz moutarde contre la population éthiopienne lors de l'invasion italienne (1935-1936) jusqu’aux conséquences tragiques du lancement de la bombe atomique à Hiroshima au mois d’août 1945 en passant par la Guerre civile espagnole (1936-1939). Pour Junod, cette notion de troisième combattant évoque les acteurs humanitaires. Ni « caballeros » ni « camaradas », ceux-ci ne sont engagés en faveur d’aucune partie belligérante, mais ils mènent un combat afin de porter secours aux victimes de la guerre et de « montrer la réalité de leur souffrance » quelles que soient leur nationalité ou leurs convictions idéologiques (Junod, 1989: 369). Néanmoins, dans son récit, Junod omet d’évoquer que toute intervention humanitaire - que ce soit le don de nourriture, la protection des personnes menacées et l’offre de soins de santé - signifie également une forme de participation à la guerre, quoiqu’en pense les humanitaires.

En prenant comme point de départ le texte de Junod, ce colloque propose de repenser la Guerre civile espagnole et l’exil qui l’a suivi comme un moment significatif de la cristallisation de l’humanitaire moderne. En commémorant le 80ème anniversaire du déclenchement de la guerre d’Espagne, l'objectif principal de ce colloque est, par conséquent, d'examiner la Guerre civile espagnole à partir d'une figure marginalisée dans l'historiographie de ce conflit, soit celle du « troisième combattant ». Cette proposition s’inscrit dans le prolongement des travaux de Tom Buchanan (1991), Angela Jackson (2002), Linda Palfreeman (2012, 2014 et 2015), Álvar Martínez Vidal (2013), Gabriel Pretus (2013), Sébastien Farré (2014) et Geneviève Dreyfus-Armand (2015). Au-delà de l'histoire façonnée par les organisations humanitaires, l'histoire des actions de secours de ces « troisièmes combattants » doit être replacée dans un tissu social et culturel plus large afin de déconstruire le caractère héroïque de ces interventions et de comprendre leur impact politique au cours de la Guerre civile en Espagne.

Les très nombreuses organisations humanitaires mobilisées pendant le conflit, actives en parallèle auprès des deux parties en conflit ou dédiées uniquement à l’assistance en faveur du camp insurgé ou du camp républicain, traduisent l’importance du mouvement de solidarité durant la Guerre civile espagnole. Son caractère inédit est lié au développement du photojournalisme moderne, mais aussi à la politique officielle de non-intervention des principaux Etats, qui s’efforcent de limiter la participation des sociétés civiles, mobilisées pour la cause espagnole, à des interventions sur le terrain humanitaire.

Le CICR, les quakers britanniques (Friends Service Committee) ou leurs coreligionnaires des États-Unis (American Friends Service Committee), le Save the Children Fund, l'Union internationale de Secours aux Enfants (UISE) et de la Schweizerische Arbeitsgemeinschaft für Kinder Spanien, mieux connu en Espagne sous le nom d’Ayuda Suiza, furent parmi les principales institutions engagées au nom de la neutralité sur le terrain humanitaire durant la Guerre civile espagnole. En parallèle, d'autres organisations internationales menèrent des campagnes de collectes de fonds en faveur de la cause républicaine, tels que le Secours rouge international, la Solidarité internationale antifasciste ou le Comité International de coordination et d’information pour l’aide à l’Espagne républicaine. De même, certaines organisations rassemblèrent des fonds pour alléger les souffrances de l'Espagne nationaliste, à l’exemple de l’Universe Medical Aid Fund britannique ou du groupe belge Action et Civilisation. Il faut évoquer également le rôle essentiel de nombreuses organisations espagnoles telles que la Croix-Rouge espagnole, la Sección Femenina de Pilar Primo de Rivera ou celles proches des syndicats comme le mouvement procommuniste Agrupación de Mujeres Antifascistas ou encore Mujeres Libres, proche des cercles anarchistes.

Avec l’intention d'aborder la complexité des interventions humanitaires menées durant la guerre civile espagnole, et pendant l'exil républicain, nous invitons tous les chercheurs intéressés à participer à ce colloque à présenter une proposition originale à partir de l'une des questions suivantes :

  • Les acteurs présents sur le terrain humanitaire. Parmi ces « troisièmes combattants »,  nous pensons notamment à des militantes comme l’italo-américaine Tina Modotti (Secours rouge international) ou des infirmières à l’exemple de la britannique pro-nationaliste Priscilla Scott-Ellis, des directeurs d’établissement de soins comme Elisabeth Eidenbenz à Elne (Croix-Rouge suisse-Secours aux enfants), des chirurgiens comme Norman Bethune (Comité canadien pour l'aide à la démocratie espagnole) ou Joseph Eastman Sheehan (hôpital militaire du général Mola à Saint-Sébastien), ainsi que des délégués comme Rodolfo Olgiati (Ayuda Suiza) ou Frédérique Small (UISE). Nous pouvons appréhender leurs expériences du conflit à travers leurs témoignages écrits - revues, cahiers, rapports administratifs ou cliniques - qui constituent des récits « humanitaires » (Laqueur, 1989) mais aussi par leurs nombreux dessins et photographies. Nous encourageons une analyse de ces deux types de documents - écrits et visuels - mettant l'accent sur le rôle joué par les émotions, telles que la compassion, la pitié ou l'empathie, dans la constitution de l'ethos humanitaire de ces acteurs au cours de la Guerre civile en Espagne.
  • Les pratiques humanitaires qui caractérisent le secours pendant la Guerre civile espagnole et l'exil républicain, comme l’offre de lait pour les enfants dans des cantines, la chirurgie de guerre, ainsi que la distribution d’aliments parmi les réfugiés des camps d'internement au Sud de la France (Rivesaltes, Gurs ou Argelès-sur-Mer). Une attention particulière sera accordée à ces pratiques comprises sous la désignation contemporaine de « médecine humanitaire », issue des expériences et des connaissances développées par diverses disciplines (la chirurgie de guerre, la nutrition ou l’épidémiologie, Brauman, 2009). La Guerre civile espagnole a été non seulement un laboratoire dans lequel de nouvelles technologies ont été mises en œuvre, telles que les unités de transfusion sanguine mobiles (Coni, 2008), mais aussi le terrain de développement de campagnes sanitaires à l’exemple de celles financées par la Fondation Rockefeller dont l’objet était d’assurer une assistance médicale aux troupes franquistes en provenance du Maroc (maladies vénériennes et paludisme, Barona et Perdiguero-Gil, 2008).
  • Les espaces dans lesquels les opérations humanitaires se sont déroulées. Ceux-ci ont été dessinés par les frontières changeantes entre le territoire républicain et celui de l’Espagne nationaliste durant le cours de la guerre ; ils ont été également façonnés par les routes suivies par les réfugiés à l'intérieur du pays ainsi qu’à l'extérieur, au Roussillon français, au Mexique ou en URSS. Les villages bombardés, les tranchées, les camps de prisonniers ou de réfugiés, les ambulances, les hôpitaux, les cantines et les colonies pour enfants constituent des « espaces humanitaires » qui nous permettent de réfléchir à la notion de neutralité en l'intégrant dans la matérialité des interventions humanitaires sur le terrain, mais aussi dans le contexte social et politique de l’Espagne ainsi que dans l'histoire de la politique menée par les grandes puissances mondiales au cours de la guerre civile.

Modalités de soumission

Les personnes intéressées à présenter une communication lors de ce colloque sont invitées à envoyer,

avant le 15 mai 2016,

une proposition de 300 mots et une brève biographie à l’adresse suivante : colloque-guerracivil@unige.ch. Les propositions peuvent être transmises en français, en anglais ou en espagnol.

Organisations 

  • Sébastien Farré (Maison de l’histoire, Université de Genève),
  • Dolores Martin Moruno (Institut Ethique Histoire Humanités, Université de Genève) 

Comité scientifique

  • Jon Arrizabalaga (Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Barcelone)
  • Vincent Barras (Institut d’histoire de la Médecine et de la Santé publique, Lausanne)
  • Tom Buchanan (Faculté d’histoire, Oxford University).
  • Geneviève Dreyfus-Armand (Centre d’études et de recherches sur les migrations ibérique, Paris).
  • Irène Hermann (Département d’histoire générale, Université de Genève)
  • Jean-François Fayet (Département des Sciences historiques, Université de Fribourg)
  • Álvar Martínez Vidal (Département d’histoire de la Science et de la Documentation, Université de Valencia).
  • Francesca Piana (Fonds national de la recherche scientifique et Birbeck College)
  • Javier Ordóñez (Département de logique et de philosophie des sciences, Université autonome de Madrid)
  • Davide Rodogno (Département d’histoire internationale, International Graduate Institute, Genève)
  • Bertrand Taithe (Humanitarian and Conflict Response Institute, Université de Manchester). 

Lieux

  • Genève, Confédération Suisse

Dates

  • dimanche 15 mai 2016

Mots-clés

  • Guerre d'Espagne, humanitaire, exil, républicain

Contacts

  • Sébastien Farré
    courriel : colloque-guerracivil [at] unige [dot] ch
  • Dolores Martin Moruno
    courriel : colloque-guerracivil [at] unige [dot] ch

Source de l'information

  • Sébastien Farré
    courriel : colloque-guerracivil [at] unige [dot] ch

Pour citer cette annonce

« « Le troisième combattant ». L’action humanitaire durant la Guerre civile espagnole et l’exil républicain », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 25 février 2016, http://calenda.org/356997