AccueilExperts et gouvernance : quelles expertises pour quelle autorité ?

Experts et gouvernance : quelles expertises pour quelle autorité ?

Experts and governance: what expertise for what authority?

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Publié le mardi 15 mars 2016 par João Fernandes

Résumé

Cette journée d’étude a donc pour ambition de travailler sur l’évolution du rôle des experts en politique du XIXe au XXIe siècle afin d’aborder les processus d’institutionnalisation selon une lecture moins linéaire. Nous invitons donc les participants à interroger des chronologies différenciées selon les champs d’expertises ou les domaines politiques. Jusqu’à quel point l’expert devient-il incontournable dans l’activité et la prise de décision politique ? L’expert peut-il être un vecteur de changement face au pouvoir politique ?

Annonce

Journée d’études des doctorants de l’UMR Sirice du 21 mai 2016 

Argumentaire

L’expert est un acteur omniprésent dans l’activité politique à l’échelle nationale et internationale. Porteur d’une compétence qui le rend « spécialiste » mais également reconnu à ce titre par sa formation et la plupart du temps par ses pairs, l’expert occupe une place de choix dans les processus de décision concernant des domaines aussi divers que la santé, le développement, l’industrie ou encore l’environnement, allant même jusqu’à occuper des fonctions jadis tenues par des diplomates ou des hauts fonctionnaires. Par ailleurs, les canaux de communication ont beaucoup évolué et l’expertise touche désormais toutes les professions, avec un public beaucoup plus large.

Le rôle des experts dans nos sociétés contemporaines n’a cessé d’intéresser les sciences sociales depuis bientôt trois décennies. Constatant le rapprochement entre les techno-sciences et le pouvoir dès la seconde moitié du XIXe siècle ainsi que le recours croissant à l’expertise dans tous les domaines – politiques publiques, médias d’opinion, planification –, les sociologues et, plus récemment, les historiens ont cherché à définir l’expert comme un acteur très particulier à la fois spécialiste et médiateur entre savoir et pouvoir.

La journée d’étude des doctorants de l’UMR Sirice, qui se tient chaque année au printemps, proposera le 21 mai 2016 aux jeunes chercheurs qui le souhaitent de travailler sur l’expert et ses rapports au politique à partir de figures bien identifiées et/ou de groupes précis. Les situations d’expertise qui confrontent le connaisseur technique à une demande sociale et/ou politique étant relativement balisées par la littérature scientifique (l’expert juridique, militaire, sanitaire, l’administrateur, les journalistes, etc.), il s’agira donc de présenter des figures précises pour les saisir dans leur réalité historique. Les canaux de communication ayant beaucoup évolué, l’expertise touche toutes les professions, avec un public beaucoup plus large. Il s’agit également d’interroger l’existence de modèles nationaux, la construction d’une gouvernance internationale par l’expertise dans des domaines précis mais également de mettre en perspective les chronologies différenciées de l’institutionnalisation des différents champs de l’expertise.

Cette journée permettra également d’étudier l’apparition et la reconnaissance d’une communauté épistémique d’un genre nouveau, à cheval entre les réseaux de savoir académique et le travail de terrain. En nous inscrivant sur un temps long, nous faisons le pari d’offrir une autre interprétation du rôle de l’expert et de son insertion dans les réseaux internationaux. De simple conseiller ad hoc durant les commissions spéciales, il semble être progressivement devenu un partenaire obligé dans la définition et la mise en place de plans de gouvernance globale. 

Axes thématiques

Les axes thématiques de travail qui seront privilégiés par le comité scientifique sont les suivants : 

- Formation des compétences et domaines d’expertise : l’étude de certaines figures d’experts doit permettre de reconstituer des parcours, de la formation scientifique ou technique à la reconnaissance sociale d’une compétence qui fait émerger l’expert, mais aussi d’interroger la constitution de champs d’expertise nationaux et/ou internationaux, voire de communautés épistémiques. Les experts peuvent également être des hommes et des femmes de terrain, aspect qu’il importe d’aborder afin de comprendre la place de leurs propres expériences dans la formulation de leurs avis. La légitimité de l’expert se construit-elle en écho, en parallèle, à la professionnalisation de la politique ?

Il pourra s’agir de dégager des trajectoires où l’exigence croissante de spécialisation peut venir contredire des logiques de sélection locale, nationale ou internationale. En lien avec cette question des parcours, il faut également penser la construction des réseaux entre individus et groupes d’experts. Le réseau étant ici à la fois une ressource sociale et, peut-être aussi, une condition de la construction de l’expertise, l’insertion dans un tissu relationnel peut être l’un des éléments nécessaire à la reconnaissance de l’expert et de ses compétences.

Enfin, il importe de mettre en perspective la féminisation progressive de ces milieux et de différencier des domaines ou des institutions qui ont été un terrain propice à cette féminisation ou à l’inverse, ceux dans lesquels l’expert, détenteur du savoir et d’une compétence, reste une figure masculine. 

- L’insertion de l’expert en politique : les premiers experts mobilisés en France dans la sphère politique ont été d’abord des juristes, à qui le Code civil de 1804 a conféré une légitimité de droit. Depuis le début du XXe siècle, la place croissante des experts aux côtés des hommes politiques n’a eu de cesse d’interroger les sciences humaines et sociales, posant la question de leur légitimité à intervenir comme un groupe à part dans un système politique donné. Il faut donc aussi faire une histoire du recours à l’expertise, de ses pratiques et des structures qui se mettent en place pour l’organiser et le légitimer. Ce deuxième axe de réflexion vise ainsi à interroger les processus « d’institutionnalisation » des experts dans les structures politiques ou dans les processus décisionnels. Quelle place occupent les figures que nous nous proposons de dégager entre médiateur, conseiller ou technocrate ?

Les historiens peuvent également contribuer, par l’étude de figures précises, à une mise en situation des modèles reconnus par les sciences politiques : l’externalisation précoce dans la pratique anglo-saxonne de l’expertise ou, a contrario, l’internalisation de celle-ci dans l’appareil étatique français. 

- L’autorité des experts : l’idée ici est d’interroger la matérialité de l’activité des experts eu égard à l’utilisation de leurs conclusions par les pouvoirs politiques. Jusqu’où influencent-ils la décision ? Pour quelles raisons leurs avis peuvent-ils être écartés ? Quelles en sont les répercussions ? Nous souhaitons ainsi aborder la notion de porosité entre spécialistes et gouvernants suivant une perspective originale des interactions entre différentes sphères d’influence et de la réception des expertises dans ces sphères. 

Cette journée d’étude a donc pour ambition de travailler sur l’évolution du rôle des experts en politique du XIXe au XXIe siècle afin d’aborder les processus d’institutionnalisation selon une lecture moins linéaire. Nous invitons donc les participants à interroger des chronologies différenciées selon les champs d’expertises ou les domaines politiques. Jusqu’à quel point l’expert devient-il incontournable dans l’activité et la prise de décision politique ? L’expert peut-il être un vecteur de changement face au pouvoir politique ? 

Modalités de soumission

nous invitons les doctorants souhaitant proposer une contribution pour la journée d’étude à envoyer une proposition n’excédant pas 500 mots

avant le 8 avril

à l’adresse suivante : doctorants.sirice@gmail.com 

Comité scientifique

  • Laurence Badel (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne),
  • Éric Bussière (université Paris-Sorbonne),
  • Olivier Forcade (université Paris-Sorbonne),
  • Fabrice Virgili (CNRS)

Lieux

  • Paris, France (75006)

Dates

  • vendredi 08 avril 2016

Mots-clés

  • expertise, gouvernance

Contacts

  • Caroline Bouchier
    courriel : doctorants [dot] sirice [at] gmail [dot] com
  • Yasmina Aziki
    courriel : yasmina [dot] aziki [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Caroline Bouchier
    courriel : doctorants [dot] sirice [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Experts et gouvernance : quelles expertises pour quelle autorité ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 mars 2016, http://calenda.org/359335