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Matière à former

Matter in formation

Revue « Socio-anthropologie » n° 36

Socio-anthropologie » journal issue 36

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Publié le mardi 15 mars 2016 par João Fernandes

Résumé

« C’est en forgeant qu’on devient forgeron », dit le proverbe, ou « en laquant qu’on devient laqueur » (Julien, Rosselin, 2002). Et peu aujourd’hui remettront en cause le rôle du faire dans le devenir des êtres humains. Ainsi, Pastré (2006), Sennett (2010) et Ingold (2013), pour ne citer qu’eux, affirment respectivement qu’« on apprend en faisant », que « ce que sait la main, c’est ce que fait la main », ou que Making doit être vu comme un processus de formation. Mais qu’est-ce que faire, dans ce contexte ? Faire quoi, avec qui, et avec quoi ?Avant de devenir forgeron, il aura fallu inscrire le corps dans des rapports particuliers à des matières-matériaux : une confrontation aux matières, un apprentissage de leurs effets dans l’action, une transformation des techniques du corps, leur mise en objets (Julien, Warnier, 1999), l’incorporation des objets, ne faire plus qu’un avec les outils, le feu, l’espace de la forge (Warnier, 2004). Ce numéro souhaite ici interroger ce processus de rencontre afin de comprendre ce que cette confrontation à la matière fait à l’être humain et réciproquement comment la matière en sort sans doute transformée.

Annonce

Argumentaire

« C’est en forgeant qu’on devient forgeron », dit le proverbe, ou « en laquant qu’on devient laqueur » (Julien, Rosselin, 2002). Et peu aujourd’hui remettront en cause le rôle du faire dans le devenir des êtres humains. Ainsi, Pastré (2006), Sennett (2010, p. 213) et Ingold (2013), pour ne citer qu’eux, affirment respectivement qu’« on apprend en faisant », que « ce que sait la main, c’est ce que fait la main », ou que Making doit être vu comme un processus de formation. Mais qu’est-ce que faire, dans ce contexte ? Faire quoi, avec qui, et avec quoi ? Et qu’est-ce qui se forme ?

Avant de devenir forgeron, il aura fallu inscrire le corps dans des rapports particuliers à des matières particulières : une confrontation aux matières, une transformation des techniques du corps, leur mise en objets (Julien, Warnier, 1999), un apprentissage de leurs effets dans l’action, l’incorporation des objets, ne faire plus qu’un avec les outils, le feu, l’espace de la forge (Warnier, 2004). Nous interrogerons ce processus en trois temps afin de comprendre ce que cette confrontation à la matière fait à l’être humain et, réciproquement, ce que cela fait à la matière.

  1. Que se passe-t-il avant que l’archer ne fasse qu’un avec son arc, sa flèche, sa cible (Herrigel, 1970), le cavalier qu’un avec sa monture (Jousse, 1974), le retoucheur qu’un avec son établi (Linhart, 1978) ; avant que les objets agis ne soient « incorporés » (Julien, Rosselin, Warnier), qu’il y ait embodimentcorrespondence (Ingold, 2013), « engagement matériel » (Malafouris, 2013), « ajustement » (Winance, 2007 à la suite de Bessy et Chateauraynaud, 1992), « prise » (Bessy et Chateauraynaud, 1992 ; Rosselin, Lalo, Nourrit, 2015) ? Quels sont les rapports sensibles à la matière ? Comment interagissent sens, émotions, désirs, cognition, au contact des matières ? Comment interviennent d’autres êtres humains, quel que soit leur statut, dans cette rencontre sensible avec les matières ?
  2. Herrigel constate qu’une fois que l’arc, la flèche, la cible ont été incorporés, ce n’est plus lui qui tire, mais plutôt « ça tire ». Mais est-ce que « ça » marche toujours ? Y a-t-il toujours à terme un rapport d’évidence, ou l’échec du couplage est-il possible ? Y a-t-il des situations où la relation d’évidence n’arrive pas à s’imposer ? Des situations où la mise en phase des objets et des sujets est impossible à réaliser ?
  3. « C’est en forgeant qu’on devient forgeron » et non qu’on apprend à forger. Comment cette rencontre illustre-t-elle, dans la réussite comme dans l’échec, le travail réciproque des matières et des êtres humains et pas seulement de leur savoir-faire, qui agissent sur ces matières ? Comment la rencontre avec la matière permet-elle de saisir ce travail de transformation d’un tout bio-psycho-social (Mauss, 1950) étayé par la culture matérielle qu’est l’être humain ?

Ce dossier invite les chercheurs en sciences sociales et en sciences humaines à dialoguer autour de situations privilégiées de rencontre entre des sujets et des objets pour recueillir hésitations, questionnements, troubles, incertitudes, remises en cause, dans le rapport aux matières, avant qu’avec celles-ci ne s’instaure ou ne se réinstaure une relation d’évidence ou que ne soit constaté l’échec du « ne faire qu’un avec ». Ces situations peuvent prendre place dans des contextes très variés de vie quotidienne, de travail, de loisir, de sport, de guerre, de religion, politique et concerner des questions de genre, de profession, d’âge, de handicap ; lorsque les évidences du rapport aux matières sont non acquises ou perturbées : par la transformation du corps, par le changement des objets matériels, par la nécessaire mobilisation d’autres sens, etc.

Chaque contribution pourra, à l’appui de données empiriques, interroger : 1. la façon dont sa discipline d’origine s’empare ou peut s’emparer de cette question et les possibles incursions à ses marges ; 2. les outils conceptuels auxquels recourir ou à développer pour rendre compte de ce qui se passe dans cette rencontre ; 3. les questions d’ordre méthodologique qui se posent alors à la saisie de ces moments de rencontres avec la matière.

Modalités de soumission

Les intentions d’articles (3000 signes, espaces comprises) sont attendues

pour le 1er juin 2016.

Les intentions sont à envoyer par courriel à celine.rosselin@univ-orleans.fr

Sur la base des propositions sélectionnées, les articles complets (entre 25 000 et 35 000 signes, espaces et notes comprises) devront être envoyés au plus tard le 31 octobre 2016, pour une publication du numéro en juin 2017.

Coordination

  • Céline Rosselin-Bareille

Les articles seront publiés sous réserve d’acceptation définitive par le comité de rédaction.

Comité de rédaction

  • Irène Bellier (LAIOS/IIAC/CNRS),
  • Pierre Bouvier (LAIOS/IIAC/CNRS),
  • Florent Gaudez (université Pierre-Mendès-France, Grenoble),
  • Anne Monjaret (LAHIC/IIAC/CNRS),
  • Thierry Pillon (université Paris 1),
  • Sophie Poirot-Delpech (université Paris 1),
  • Valérie Souffron (université Paris 1).

Comité scientifique

  • Marc Abélès (anthropologue, EHESS),
  • Allen Batteau (anthropologue, Wayne State University),
  • Mathilde Bourrier (sociologue, université de Genève),
  • Christiana Constantopoulou (sociologue, université Panteion d’Athènes),
  • Sylvie Craipeau (sociologue, Institut Mines-Télécom, TEM),
  • Arlette Farge (historienne, EHESS),
  • Alain Gras (sociologue, université Paris 1),
  • Frédéric Gros (philosophe, université Paris-Est de Créteil),
  • Xavier Guchet (philosophe, université Paris 1),
  • François Jarrige (historien, université de Bourgogne),
  • Yoshimi Kakimoto (philosophe, université d’Osaka),
  • Céline Lafontaine (sociologue, université de Montréal), J
  • ean-Luc Metzger (sociologue, Orange Labs),
  • Glaucia Olivera da Silva (anthropologue, université Fédérale Fluminense),
  • Bernard Paulré (économiste, université Paris 1),
  • Barbara Pentimalli (sociologue, université La Sapienza de Rome),
  • Susan C. Rogers (anthropologue, New York University),
  • Victor Scardigli (sociologue, CNRS),
  • Joseph Tonda (anthropologue, université Omar Bongo de Libreville),
  • Georges Vigarello (historien, EHESS).

Bibliographie

  • Bessy C., Chateauraynaud F., 1992, « Le “savoir-prendre”. Enquête sur l’estimation des objets », Techniques & Culture, 20, p. 105-134 (rééd. dans Techniques & Culture, 2010, 54-55, vol. 2, p. 689-711).
  • Herrigel E. (1970, rééd. 1998, 2002), Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc, Paris, Dervy.
  • Ingold, T. (2013), Making: Anthropology, Archaeology, Art and Architecture, Londres, Routledge.
  • Jousse M. (1974), Anthropologie du geste, Paris, Gallimard.
  • Julien M.-P., Warnier J.-P. (1999), Approches de la culture matérielle. Corps-à-corps avec l’objet, Paris, L’Harmattan.
  • Julien M.-P., Rosselin C. (2002), « C’est en laquant qu’on devient laqueur. De l’efficacité du geste à l’action sur soi », Techniques & Culture, 40, Efficacité technique, efficacité sociale.
  • Linhart R. (1978), L’établi, Paris, Minuit.
  • Malafouris L. (2013), How Things shape the Mind: A theory of Material Engagement, Cambridge, MIT Press.
  • Mauss M. (1950 [1936]), Sociologie et Anthropologie, Paris, PUF.
  • Pastré P. (2006), « Apprendre à faire », dans E. Bourgeois, G. Chapelle, Apprendre et faire apprendre, Paris, PUF.
  • Rosselin C., Lalo E., Nourrit D. (2015), « Prendre, Apprendre et Comprendre. Mains et matières travaillées chez les scaphandriers », ethnographiques.org,31, La part de la main : http://ethnographiques.org/2015/Rosselin,Lalo,Nourrit
  • Sennett R. (2010), Ce que sait la main. La culture de l’artisanat, Paris, Albin Michel.
  • Warnier J.-P. (1999), Construire la culture matérielle : l’homme qui pensait avec ses doigts, Paris, PUF.
  • Warnier J.-P. (2004), « Métallurgie ancienne, identifications et domestication de la violence au Cameroun », dans J.-F. Bayart, J.-P. Warnier (éd.), Matière à politique. Le pouvoir, les corps et les choses, Paris, CERI/Karthala (Recherches internationales), p. 181-194.
  • Winance M. (2007), « Du malaise au “faire corps” : le processus d’ajustement », Communications, 81, p. 31-45.

Catégories

Dates

  • mercredi 01 juin 2016

Mots-clés

  • matière, résistance, couplage, découplage, transformation, êtres humains

Contacts

  • Céline Rosselin-Bareille
    courriel : celine [dot] rosselin [at] univ-orleans [dot] fr

Source de l'information

  • Céline Rosselin-Bareille
    courriel : celine [dot] rosselin [at] univ-orleans [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Matière à former », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 mars 2016, http://calenda.org/359378