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Les indésirables

The undesirables

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Publié le jeudi 24 mars 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Ce numéro spécial de Géographie et Cultures propose d’analyser la production de l’indésirabilité qui dessine en creux des figures implicites des bons usages, du légitime, de l’utile, du propre, du pur, du beau. On proposera d'analyser la notion d'indésirable, la production de l'indésirabilité et les rapports de domination, la régulation de l'indésirabilité et la production de l'espace public, la résistance face à l'indésirabilité.

Annonce

Direction

Ce numéro thématique est dirigé par Jean Estebanez (Université Paris-Est Créteil, Lab’Urba) et Lina Raad (Université Paris-Est, Lab'Urba, Labex Futurs Urbains).

Argumentaire

Ce numéro spécial de Géographie et Cultures propose d’analyser la production de l’indésirabilité qui dessine en creux des figures implicites des bons usages, du légitime, de l’utile, du propre, du pur, du beau.

Comme le souligne T. Cresswell (1983) ou les travaux sur les paniques morales (Hubbard, 2000), c’est en effet la définition de la transgression qui force les normes à être énoncées. Les indésirables sont indissociables des faiseurs d’ordre, des entrepreneurs de morale (Becker, 1963), mais aussi des producteurs et gestionnaires d’espaces publics qui en mobilisent les références (Sibley, 1995). Catégorie émique dans certains milieux professionnels (Bonnet, 2012 ; Froment-Meurice, en cours), elle est ainsi un outil de classement mais aussi d’action publique relevant de rapports de force et donc au final, d’enjeux politiques (Delphy, 2008). La bonne ville, sûre, propre et belle (Gravari-Barbas, 1998) se dit tout autant dans les usages et les usagers qu’il s’agit de repousser que dans ceux qui sont valorisés.

Le terme d'indésirable est un néologisme qui fait son apparition à la fin du 19ème siècle en France, dans un contexte où l'immigration est érigée en problème politique (Blanchard, 2013). Le Larousse en donne la définition suivante : « personne dont la présence n'est pas acceptée dans un groupe, dans un pays ». Dans les travaux de recherche, le terme est essentiellement mobilisé dans le champ des études migratoires (Agier, 2008), l'indésirable désignant alors le réfugié et faisant référence à la mise à l'écart des étrangers. Pour ce numéro, nous considérons les indésirables dans une acception plus large, ne se limitant pas aux populations immigrées. L'indésirable désigne alors ceux et celles qui sont mis à l'écart de certains espaces, par différents dispositifs de régulation et de contrôle (Fleury, Froment-Meurice, 2014). Dans cette perspective, l’indésirabilité est certes une catégorie floue – que les articles pourront à profit questionner –, mais elle a pour mérite de ne pas réifier des groupes qui correspondent aux  indésirables  (« prostituées », « SDF », « Roms »…). Comme le signale M. Froment-Meurice (en cours), les travaux existants sont en effet segmentés en fonction de sous-catégories (Agier, 2008 ; Blanchard, 2009 ; Zeneidi-Henry, 2008), alors même que ces catégorisations sont déconstruites en tant que produit d’une définition exogène par des groupes dominants.

On pourra donc considérer que ces différents groupes ont des points communs, dans leur rapport à l’écart à la norme produite ou à la définition commune par des producteurs et des gestionnaires de l’espace public.

Les propositions d'article pourront notamment se structurer autour des thématiques suivantes :

  • En quoi la notion d’indésirable (et en contrepoint de désirable) se positionne-t-elle par rapport à d’autres termes (marginalité, déviance, exclusion : voir par exemple Fassin, 1996) ? Quelle pertinence et quels apports peut-on porter à son crédit ?  Peut-on la problématiser comme une catégorie transversale ?
  • Production de l’indésirabilité et rapports de domination. Qui sont les acteurs de la production de l’indésirabilité ? Quels outils – depuis le banc anti-sdf jusqu’à l’arrêté anti-mendicité - mobilisent-ils ? Touchant les corps et les affects, mobilisant les goûts, les dégoûts et l’esprit, l’indésirabilité se dessine dans des rapports de domination complexes. Au-delà du rôle de la police, de la justice, des élus ou des urbanistes, on pourra également considérer le rôle des usagers des espaces publics dans la construction de l’indésirabilité.
  • Régulation de l’indésirabilité et production de l’espace public. On pourra analyser la façon dont les usages de l’indésirabilité sont mis au service d’une certaine conception de l’espace public. Comment l’indésirabilité des individus en vient-elle à être attribuée aux lieux ? Et comment ceux-ci qualifient-ils les êtres qui y vivent ? On pourra, par exemple, interroger  le lien entre régulation des indésirables, politiques néolibérales et processus de gentrification. N. Smith (1996) a ainsi mis en avant la figure d'une ville « revanchiste » orientée vers un objectif de gentrification, caractérisée par un renforcement drastique du contrôle social, un essor des politiques sécuritaires (répression policière à l'égard des minorités, criminalisation des sans-abris) et au final une expulsion des indésirables.
  • Résister ou faire avec l’indésirabilité. On pourra enfin s’interroger sur la façon dont ceux qui sont désignés comme indésirables font avec le stigmate et ses conséquences pratiques de mise à distance. Existe-t-il des techniques ou des tactiques d’évitement ?  Des distinctions par rapport à des plus indésirables que soi ?

Si nous attendons des propositions s’attachant à déconstruire l’indésirabilité et les sous-groupes qui les composent, on pourra cependant partir d’études spécifiques à un de ces sous publics (SDF, Roms, prostitué.e.s, migrants…), pensés de manière large. Il est par exemple possible de réfléchir à la manière dont les animaux accompagnent, redoublent ou modulent l’indésirabilité des groupes ou des pratiques jugées telles (Blanchard, 2009 ; Escobar, 2014). Il sera également envisageable de s’intéresser à certains objets – des déchets, des produits obsolètes, frelatés, des contrefaçons – dont l’indésirabilité et la gestion contribuent au circuit économique, parfois informel, tout en en produisant et en qualifiant des lieux, des processus et des travailleurs. 

Modalités de soumission et d'évaluation

Les articles (50 000 signes illustrations comprises maximum) sont à soumettre

au plus tard le 30 juin 2016

à la rédaction de la revue Géographie et cultures (gc@openedition.org).

Les instructions aux auteurs sont disponibles en ligne : http://gc.revues.org/605

Les articles seront évalués anonymement par deux (voire trois) évaluateurs.

Références bibliographiques

AGIER Michel, 2008, Gérer les indésirables : des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire, Paris, Flammarion, 349 p.

BECKER Howard, 1963 (éd. 1985), Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance, Paris, Editions A.-M. Métailié, 247 p.

BLANCHARD Christophe, 2009 « Des routards prisonniers dans la ville. Les jeunes errants avec chiens », Sociétés et jeunesses en difficulté, n°7, pp. 2-17

BLANCHARD Emmanuel, 2013, « Les "indésirables". Passé et présent d'une catégorie d'action publique », GISTI Figures de l'étranger. Quelles représentations pour quelles politiques ?, pp. 16-26, < hal-00826717 >

BONNET François, 2012, « Contrôler des populations par l'espace ? Prévention situationnelle et vidéosurveillance dans les gares et les centres commerciaux », Politix, n°97, pp. 25-46

CRESSWELL Tim, 1983 (éd. 1996), In place / out of place. Geography, ideology and transgression, Minneapolis, University of Minnesota Press, 200 p.

DELPHY Christine, 2008, Classer, dominer. Qui sont les « autres » ?, Paris, La Fabrique éditions, 227 p.

ESCOBAR Maria Paula, 2014, « The Power of (dis)placement : pigeons and urban regeneration in Trafalgar Square », Cultural Geographies, vol. 21, n° 3, p. 363-387

FASSIN Didier, 1996, « Exclusion, underclass, marginalidad. Figures contemporaines de la pauvreté urbaine en France, aux Etats-Unis et en Amérique Latine », Revue Française de Sociologie, vol. 37, n°1, pp. 37-75

FLEURY Antoine, FROMENT-MEURICE Muriel, 2014, « Embellir et dissuader : les politiques d'espaces publics à Paris », in DA CUNHA Antonio, GUINAND Sandra,  Qualité urbaine, justice spatiale et projet. Ménager la ville, Presses polytechniques et universitaires romandes, coll. Espace en société, pp.67-79. <halshs-01018868>

FROMENT-MEURICE Muriel, en cours, La gestion des usages indésirables dans les espaces publics parisiens, thèse de géographie, sous la direction de J. Monnet et J.-F. Staszak, Université Paris-Est

GRAVARI-BARBAS Maria, 1998, « Belle, propre, festive et sécurisante : l'esthétique de la ville touristique », Norois, n°178, pp. 175-193

HUBBARD Philip, 2000, “Desire/disgust: mapping the moral contours of heterosexuality”, Progress in Human Geography, 24, 2, pp. 191-217

SIBLEY David, 1995, Geographies of exclusion: society and difference in the West, London/New-York, Routledge, 206 p.

SMITH Neil, 1996, The new urban frontier: gentrification and the revanchist city, London/New-York, Routledge, 262 p.

ZENEIDI-HENRY Djemila, 2005, Les SDF et la ville : géographie du savoir-survivre, Bréal, 288 p.

Dates

  • jeudi 30 juin 2016

Mots-clés

  • indésirable, espace public, classement, action publique, rapport, domination

Contacts

  • Jean Estebanez
    courriel : Jean [dot] Estebanez [at] u-pec [dot] fr
  • Lina Raad
    courriel : lina [dot] raad [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Jean Estebanez
    courriel : Jean [dot] Estebanez [at] u-pec [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les indésirables », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 24 mars 2016, http://calenda.org/360244