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Mobilités et (r)évolutions numériques

Mobilities and digital (r)evolutions

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Publié le vendredi 25 mars 2016 par João Fernandes

Résumé

Au-delà de la portabilité ou mobilité croissante des technologies de l’information et de la communication (TIC), objets connectés et dispositifs numériques de toutes sortes se diffusent dans le quotidien des individus : la multiplication dans les média spécialisés ou non de références à l’e-mobilité, au robomobile, à la ville 2.0, à l’überisation, à la géolocalisation, etc. en témoigne. Intrinsèquement, la récurrence de ces mots clés révèle une association croissante entre les technologies de(s) transports et technologies numériques. Les liens et interdépendances entre mobilités et TIC sont potentiellement multiples et laissent place à de nombreuses interrogations. Ces dernières ne sont pas nouvelles en soi et dépassent largement le cadre des déplacements. Néanmoins, elles ne se limitent plus à des débats entre substitution ou complémentarité et sont éminemment plus complexes.

Annonce

Argumentaire

Au-delà de la portabilité ou mobilité croissante des technologies de l’information et de la communication (TIC), objets connectés et dispositifs numériques de toutes sortes se diffusent dans le quotidien des individus : la multiplication dans les média spécialisés ou non de références à l’e-mobilité, au robomobile, à la ville 2.0, à l’überisation, à la géolocalisation, etc. en témoigne. Intrinsèquement, la récurrence de ces mots clés révèle une association croissante entre les technologies de(s) transports et technologies numériques. Les liens et interdépendances entre mobilités et TIC sont potentiellement multiples et laissent place à de nombreuses interrogations. Ces dernières ne sont pas nouvelles en soi et dépassent largement le cadre des déplacements (Kellerman, 2012; Schwanen et Kwan, 2008; Mokhtarian, 2002). Néanmoins, elles ne se limitent plus à des débats entre substitution ou complémentarité et sont éminemment plus complexes (Rallet et al., 2010).

Un appel en 3 axes

Aussi, pour cerner les liens entre technologies numériques et mobilités spatiales, 3 axes de travail sont proposés :

1- Nos déplacements sont de plus en plus équipés, augmentés par un ensemble d’outils et de dispositifs utilisables en situation de mobilité(s), qui y participent en géolocalisant les individus, en leur permettant d’interagir directement avec leur environnement (notifications spécifiques, QR codes, datamatrix, etc). Si les technologies sont de plus en plus mobiles, elles reposent en grande partie sur un enchevêtrement de réseaux sociotechniques qui sont fixes, immobiles et parfois incompatibles. Jusqu’où les pratiques peuvent-elles être augmentées ? En quoi l’usage de technologies (dans toute la diversité du terme) contribue à changer l’expérience d’un déplacement, l’appropriation des temps qui y sont consacrés, voire leurs trajectoires géographiques et plus globalement l’orchestration du quotidien pour un individu, un ménage, une entreprise, etc. ? A l’inverse, comment la mobilité en tant que valeur omniprésente (Boltanski et Chiapello, 1999) façonne les technologies qui l’équipent ? Si ces technologies sont conçues pour être utilisées en situation de mobilité(s), le sont-elles autant que leurs concepteurs le perçoivent ? Plusieurs travaux sur les usages des TIC par les adolescents ou préadolescents ont montré à quel point la dimension personnelle et individuelle de l’outil est primordiale, plus que sa mobilité supposée. Selon les profils, cette prise en compte de la mobilité n’est pas identique et se traduit par des usages potentiellement différenciés.

In fine, l’objectif de cet axe est de comprendre comment mobilités et TIC s’intègrent, s’équipent respectivement et intimement tant dans les pratiques des individus que dans celles des acteurs des TIC (opérateurs de téléphonie et Internet, acteurs du web du plus gros au plus petit, etc.) et de la mobilité (opérateurs de transports en commun, constructeurs de moyens de déplacement, autorités organisatrices de transports et pouvoirs publics, aménageurs et urbanistes, architectes, etc.).

2- Dans la continuité directe du point précédent, les TIC et techniques numériques sont considérées comme de nouveaux moyens potentiels de mesures des pratiques et comportements de déplacements. Soit elles numérisent des dispositifs préexistants (Denissen et al., 2010), soit elles se basent sur d’autres sources de données à travers l’ensemble des données personnelles qu’elles récupèrent (Cardon, 2015). Big Data, géolocalisation (volontaire ou non), traces etc. sont autant de moyens potentiels pour mesurer les déplacements et leurs évolutions. Que donnent à voir ces nouveaux outils de mesure ? Quels sont leurs apports spécifiques et leurs limites ? Dans quelles mesures les méthodes digitales (Rogers, 2013) peuvent-elles être utilisées ou restent à concevoir pour cerner les pratiques de mobilité ? Comment d’autres dispositifs méthodologiques (hors entretiens ou grandes enquêtes déplacements) peuvent-ils être mobilisées ? On pense notamment aux réseaux et applications sociales (Facebook, Twitter, Instagram, Foursquare, Tindr, Grindr, etc.) qui donnent d’autres outils ou moyens pour penser, visualiser la mobilité, les façons dont elle est mise (ou non) en scène ou dont les individus se la représentent.

La question de la mesure renvoie aussi à des problématiques plus spécifiques liées à la quantification de soi dont les usages principalement à vocation sportive sont très liés au mouvement (Pharabod et al., 2013). De même, comment rendre compte des pratiques de déplacements qui ont justement lieu sur Internet ou via des outils numériques ? A l’image de l’achat où tout en partie du processus peut être effectué en ligne (selon la matérialité du produit acheté) ou des pratiques de déambulation dans une partie de jeu vidéo, comment témoigner de formes numériques de déplacements ? A l’image de cartographies du web ou de l’analyse des flux de données, une transposabilité des outils d’analyse des mobilités spatiales vers des mondes plus numériques serait-elle à l’œuvre ?

L’objectif sera de mettre en exergue la question des méthodes et de la prise en compte réciproque de la mobilité (ou des mobilités) et du numérique dans les études liées à l’une et/ou à l’autre. Pour aller encore plus loin, ces interrogations méthodologiques renvoient à l’inscription disciplinaire des objets étudiés. Pris en considération par des champs disciplinaires différents et qui ont donc eu des constructions potentiellement distinctes (Proulx, 2015; Gallez et Kaufmann, 2009 entre autres exemples), leurs frontières disciplinaires sont-elles toujours d’actualité ? Comment se déplacent-elles ? En quoi ouvrent-elles l’éventail des méthodes pour mesurer et analyser mobilité(s) et/ou usages des TIC ?

 3- Enfin, toutes les questions qui précèdent portent en filigrane le titre du présent colloque. Ce point a pour ambition de saisir l’ampleur sociale et sociétale des bouleversements.

En quoi les mutations numériques à l’œuvre révolutionnent-elles les mobilités et leurs analyses ? Sommes-nous face à une révolution du fait d’innovations radicales ou plutôt à des évolutions incrémentales (d’où la mise entre parenthèses du r de révolution) ? En continuant, combiner mobilité et numérique contribue-t-il à l’émergence de nouvelles formes de mobilité plus numériques et renforce-t-il l’émergence d’un nouveau paradigme de la mobilité tel que John Urry le décrit (Urry, 2008, 2007; Sheller et Urry, 2006)? Les technologies changent-elles l’imaginaire des mobilités (Barrère et Martuccelli, 2005), remettent-elles en cause ses propriétés, caractéristiques ou artefacts fondamentaux comme la voiture (Kaufmann et al., 2010) ? A l’inverse, en quoi les évolutions (ou révolutions) numériques sont-elles générées par les mobilités ? En termes d’imaginaire numérique ou de « mondes numériques », le tournant réaliste et la massification des usages, pour suivre D.Cardon, auraient particulièrement éloigné Internet de son imaginaire de « cyberespace » pour réinscrire les usages et les espaces dans la géographie des mobilités individuelles, et moins dans des espaces tiers, affranchis de considérations physiques et de contraintes de distance. Pour creuser plus avant cette hypothèse, comment l’imaginaire du numérique se trouve modifié, impacté par les mobilités ?

Usages numériques et mobilités s’hybrideraient de plus en plus, les premiers devenant sans cesse plus mobiles, les seconds se numérisant (partiellement ou totalement). Cette hybridation renvoie également à la diffusion d’un idéal ubiquitaire. Mais elle interroge surtout le renouvellement et la portée sociale, voire sociétale (Licoppe, 2009) des mobilités et des technologies numériques. Comment cette hybridation s’inscrit ou contribue  à la définition du rapport au temps, à l’espace, à l’autre et à soi dans nos sociétés ? Comment questionne-t-elle l’inégale distribution des capacités à être mobile ou à s’emparer des technologies de l’information et de la communication (la fracture numérique). Dans quelles mesures technologies numériques et mobilités renforcent, accélèrent, amenuisent, mettent en exergue des inégalités autant sociales (Granjon, 2011; Kaufmann, 2008; Boltanski et Chiapello, 1999) que spatiales (Beauchamps, 2012; Vidal, 2011) ?

Ces trois axes ne sauraient prétendre cerner l’ensemble des discussions potentielles sur le sujet. Toute proposition s’inscrivant en dehors de ces 3 axes sera prise en compte et bienvenue.

Comme la tradition le veut au sein du groupe MSFS et comme la thématique du colloque le supposent, ce colloque s’adresse aux chercheurs en sciences humaines et sociales des domaines de la mobilité, des transports, des technologies de l’information et de la communication. Il s’adresse notamment aux doctorants et jeunes chercheurs, dont les travaux visent à éclairer ou font échos aux thématiques du présent appel à communication. Nous appelons de nos vœux une diversité d’approches et de méthodes, d’éclairages empiriques et de réflexions théoriques, d’horizons ou/et de perspectives géographiques.

Modalités de soumission

Les propositions de communication sont à soumettre

avant le 18 mai 2016 

sur le site web du colloque: msfs2016.sciencesconf.org

Les propositions sont attendues sous forme de résumés, jusque 3.000 signes ou caractères (espaces inclus). Devront également figurer un titre, 3 à 5 mots clés, le nom, prénom de l’(ou des) auteur(s) ainsi que son (leur) statut, affiliation et adresse mail.

Calendrier

18 mai 2016 : Date limite d’envoi des propositions de communications. Juin 2016 : Réponses aux auteurs. 15 octobre 2016 : Date limite d’envoi des textes longs des communications. Du 7 au 9 novembre : Colloque

Comité d’organisation

  • Anne Aguiléra (IFSTTAR, AME, LVMT)
  • Leslie Belton Chevallier (IFSTTAR, AME, DEST)
  •  Reinhard Gressel (IFSTTAR, AME, SPLOTT)
  • Anne Jarrigeon (Université Paris-Est Marne-la-Vallée, LVMT)
  • Benjamin Motte-Baumvol (Université de Bourgogne, ThéMA)
  • Mariane Thébert (IFSTTAR, AME, LVMT)

Avec le soutien des coordinateurs du GT :

  • Sébastien Lord (Université de Montréal, Institut d’Urbanisme)
  • Christophe Mincke (Université Saint-Louis – Bruxelles)
  • Stéphanie Vincent-Geslin (Université de Lausanne, Institut de Géographie et Durabilité)

Comité scientifique

Sonia Adelé (IFSTTAR, COSYS, GRETTIA) Anne Aguiléra (IFSTTAR, AME, LVMT) Jimmy Armoogum (IFSTTAR, AME, DEST) Leslie Belton Chevallier (IFSTTAR, AME, DEST) Frédéric de Coninck (Labex Futurs Urbains) Eric Dagiral (Université Paris 5 Descartes, CERLIS) Reinhard Gressel (IFSTTAR, AME, SPLOTT) Anne Jarrigeon (Université Paris-Est Marne-la-Vallée, LVMT) Vincent Kaufmann (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, LaSUR) Christian Licoppe (Télécom ParisTech) Sébastien Lord (Université de Montréal, Institut d’Urbanisme) Christophe Mincke (Université Saint-Louis – Bruxelles) Benjamin Motte-Baumvol (Université de Bourgogne, ThéMA) Nathalie Ortar (Ecole Nationale des Travaux Publics d’Etat, LAET) Bénédicte Rey (Université de Belfort-Montbéliart, RECITS) Patricia Sajous (Université du Havre, IDEES) Zbigniew Smoreda (Orange Labs, SENSE) Mariane Thébert (IFSTTAR, AME, LVMT) Philippe Vidal (Université du Havre, IDEES) Stéphanie Vincent-Geslin (Université de Lausanne, Institut de Géographie et Durabilité)

Pour plus d’informations

Adresse web du site : msfs2016.sciencesconf.org Pour le groupe MSFS et les précédents colloques : http://ms-fs.org

Quelques références (non exhaustives)

  • Barrère A and Martuccelli D (2005) La modernité et l’imaginaire de la mobilité : l’inflexion contemporaine. Cahiers Internationaux de Sociologie 2005/1(118): 55–79.
  • Beauchamps M (2012) Espace urbain et stratification sociale. Une lecture spatiale des inégalités sociales à l’heure d’Internet. RESET Recherches en Sciences Sociales sur Internet 1(1). Available from: http://www.journal-reset.org/index.php/RESET/article/view/7
  • Boltanski L and Chiapello È (1999) Le nouvel esprit du capitalisme. Paris: Gallimard.
  • Cardon D (2015) A quoi rêvent les algorithmes: Nos vies à l’heure des big data. Seuil.
  • Denissen JJA, Neumann L and van Zalk M (2010) How the internet is changing the implementation of traditional research methods, people’s daily lives, and the way in which developmental scientists conduct research. International Journal of Behavioral Development 34(6): 564–575.
  • Gallez C and Kaufmann V (2009) Aux racines de la mobilité en sciences sociales. In: Guigueno V and Flonneau M (eds), De l’histoire des transports à l’histoire de la mobilité?, Rennes: Presses Universitaires de Rennes, pp. 41–55.
  • Granjon F (2011) Fracture numérique. Communications 88(1): 67–74.
  • Kaufmann V (2008) Les paradoxes de la mobilité: bouger, s’enraciner. Lausanne: Presses Polytechniques et Universitaires Romandes.
  • Kaufmann V, Tabaka K, Jean-Marie G, et al. (2010) Et si les français n’avaient plus seulement une voiture dans la tête? Editions du CERTU.
  • Kellerman PA (2012) Daily Spatial Mobilities: Physical and Virtual. Ashgate Publishing, Ltd.
  • Licoppe C (2009) L’évolution des cultures numériques: De la mutation du lien social à l’organisation du travail. FYP editions.
  • Mokhtarian PL (2002) Telecommunications and Travel: The Case for Complementarity. Journal of Industrial Ecology 6(2): 43–57.
  • Pharabod A-S, Nikolski V and Granjon F (2013) La mise en chiffres de soi. Réseaux (177): 97–129.
  • Proulx S (2015) La sociologie des usages, et après ? Revue française des sciences de l’information et de la communication (6). Available from: http://rfsic.revues.org/1230?lang=en
  • Rallet A, Aguiléra A and Guillot C (2010) Diffusion des TIC et mobilité : permanence et renouvellement des problématiques de recherche. Flux (78): 7–16.
  • Rogers R (2013) Digital Methods. MIT Press.
  • Schwanen T and Kwan M-P (2008) The Internet, mobile phone and space-time constraints. Geoforum 39(3): 1362–1377.
  • Sheller M and Urry J (2006) The new mobilities paradigm. Environment and Planning A 38(2): 207–226.
  • Urry J (2007) Mobilities. Cambridge: Polity Press.
  • Urry J (2008) Moving on the Mobility Turn. In: Canzler W, Kaufmann V, and Kesselring S (eds), Tracing Mobilities: Towards a Cosmopolitan Perspective, Farnahm et Burlington: Ashgate Publishing, pp. 13–24.
  • Vidal P (2011) Territorialisation de la « convention internet » dans les espaces ruraux. Netcom. Réseaux, communication et territoires (25-3/4): 137–164.

Lieux

  • Amphithéâtre Bienvenüe, IFSTTAR - 14-20 Boulevard Newton
    Champs-sur-Marne, France (77)

Dates

  • mercredi 18 mai 2016

Contacts

  • Leslie Belton Chevallier
    courriel : leslie [dot] belton-chevallier [at] ifsttar [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Leslie Belton Chevallier
    courriel : leslie [dot] belton-chevallier [at] ifsttar [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Mobilités et (r)évolutions numériques », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 25 mars 2016, http://calenda.org/360762