AccueilLa reconstitution – processus heuristique et/ou objet de médiation ?

La reconstitution – processus heuristique et/ou objet de médiation ?

Reconstitution - heuristic processes and/or an object of mediation?

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Publié le vendredi 25 mars 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Les entreprises de reconstitution ont permis d’appréhender des phénomènes historiques difficilement saisissables par le seul truchement des archives, de restituer et de mettre en situation des gestes, des objets en mouvement, des processus, des événements disparus. L’histoire des techniques s’est particulièrement intéressée à cette démarche sous des formes diverses : maquettes, spectacles, mises en scène, films, que l’apport des outils numériques de la 3D a également enrichis et complétés. Or, ces objets se trouvent au croisement de pratiques assez diverses, tant dans leurs productions que dans leurs usages : alors que la recherche fait de leur élaboration de véritables  processus heuristiques, ils sont aussi produits à des fins de valorisation dans des contextes muséaux ou de médiations plus « grand public ».

Annonce

Ateliers  du Campus Condorcet

Axe : transversal Humanités Numériques

Institutions organisatrices

Centre Alexandre Koyré (CNRS-EHESS-MNHN),

  • SAPRAT (EPHE),
  • ILJ-CEDRIC (Cnam),
  • CTHS (Ecole Nationale des Chartes),
  • CEMS (CNRS-EHESS),
  • IDHES (Université d’Evry-Val d’Essonne & Université de Paris 8),
  • SPHERE (CNRS-Paris7), Direction générale des patrimoines (DGP/DPRPS).

Argumentaire

Les entreprises de reconstitution ont permis d’appréhender des phénomènes historiques difficilement saisissables par le seul truchement des archives, de restituer et de mettre en situation des gestes, des objets en mouvement, des processus, des événements disparus. L’histoire des techniques s’est particulièrement intéressée à cette démarche sous des formes diverses : maquettes, spectacles, mises en scène, films, que l’apport des outils numériques de la 3D a également enrichis et complétés. Or, ces objets se trouvent au croisement de pratiques assez diverses, tant dans leurs productions que dans leurs usages : alors que la recherche fait de leur élaboration de véritables  processus heuristiques, ils sont aussi produits à des fins de valorisation dans des contextes muséaux ou de médiations plus ‘grand public’. Ainsi la constitution de ces artefacts soulève un certain nombre de questionnements. En partant d’un état des lieux des initiatives et des réalisations en cours dans ce domaine, cet atelier a donc pour objet, d’analyser de manière réflexive les usages de ces processus pour la recherche. Un  groupe de réflexion d’une dizaine de chercheurs a été crée proposant de faire de ces séance une « boite à outil », pour échanger et se former, remettre en lumières et en perspective des expériences, pratiques et concepts. On se propose de décliner cinq demi journées thématiques articulant chaque fois la question de la reconstitution 3D virtuelle et la réplication réelle. 

La reconstitution,   in vivo et  numérique

Restituer la diversité des activités, des manières d’être, de travailler et d’habiter, les formes de la transmission et de la réception, la variété des interactions humaines  dans leur dimension sensibles et corporées, demeure un enjeu commun à nombre de sciences humaines et sociales, archéologie, histoire, anthropologie et particulièrement dans le champ des techniques. Retrouver les traces des gestes oubliés, des savoir-faire des métiers, de sites de production disparus (ateliers, manufactures, boutiques…) dans leur organisation et leur environnement, constitue un ensemble de problématiques dont se sont saisis à des degrés divers les historiens, en collaboration souvent avec les acteurs du patrimoine bâti et archivistique. La question intéresse directement notre rapport aux traces du passé, dans la pluralité des formes matérielles qu’elles prennent : supports écrits (archives de la pratique, des corps de métiers, sources institutionnelles, juridiques), objets, fragments, échantillons ou bâtiments. Comment appréhender les dispositifs ingénieux, le fonctionnement de machineries de tout ordre, la variété des processus de fabrication et des savoirs opératoires, la justesse des tours de main souvent incorporés et tacites, et les ajustements souvent infimes de la pratique ?

Ces dernières décennies, de multiples initiatives ont fleuri et tentent, par la reconstitution, de pallier ces manques, permettant de renouveler nos approches intellectuelles en termes d’histoire des procédés. L’intérêt scientifique de l’archéologie expérimentale, par exemple pour comprendre les techniques de production et l’emploi d’outils paléolithiques, avait été démontré il y a longtemps par André Leroi-Gourhan. Cette démarche engage celle d’une nouvelle relation aux archives, initiant des aller-retour permanents entre l’investigation pratique qu’induisent le re-faire, le re-construire, le re-produire, et les sources textuelles, visuelles, archéologiques, qui subsistent. Outre que ces démarches révèlent la valeur documentaire de certaines sources auparavant négligées, elles montrent également les hiatus qui persistent entre les informations descriptives tirées des sources croisées et la réalisation concrète. Ces initiatives qui n’émanent pas nécessairement du  monde académique permettent de rapprocher  des acteurs de différents milieux (y compris amateurs et collectionneurs).

Conjointement l’introduction de nouveaux outils numériques, et notamment des restitutions 3D, a ouvert la voie à d’autres formes de reconstitution, permettant de  modéliser et de recréer des sites de productions et machines, offrant de nouveaux moyens à la fois de représenter mais aussi de rendre intelligibles les gestes, les savoirs et procédés passés. Ces entreprises de numérisation, souvent émanant du modèle ingénieural, ne sont pas exempt d’un certains nombre de limites quant à leur conceptualisation – absence du  traitement des sens par exemple (matière, bruit du travail, environnement)-, leur choix interprétatifs et esthétiques, et enfin leur finalité,  d’autant que les attendus du monde de recherche, pour lesquels elles soulèvent un ensemble d’hypothèses fécondes, ne coïncident pas nécessairement avec l’agenda des projets de médiation ou de valorisation.

Les objectifs de l’atelier

Processus heuristique ou objet de médiation grand public, l’artefact soulève donc nombre de questionnements. L’efflorescence de projets rend à la fois possible mais aussi nécessaire de se pencher de manière réflexive sur les modalités de production de ces dispositifs, sur les usages qui en sont faits comme sur les dynamiques de recherche qu’elles ont pu ou non produire. Cet atelier aurait donc pour objet de partir des initiatives et réalisations en cours dans le domaine, de les comparer et de les interroger, y compris des entreprises menées hors de France. Mais loin de se cantonner aux enjeux propres à l’histoire des techniques, on viserait à engager, premièrement, la réflexion sur les usages de ces procédés de dématérialisation/re-matérialisation en écho d’autres disciplines qui ont activement mobilisés ces outils, notamment l’histoire des sciences et du spectacle vivant, et, deuxièmement, à considérer leur élaboration comme le lieu d’un dialogue possible entre les métiers de la recherche - dans la diversité de leur pratique - et les différents acteurs impliqués (institutions culturelles, visées pédagogiques, politiques urbaines, communautés d’amateurs, publics...).

Artefact vivant ou numérique, projet hybride parfois mixant les supports (spectacle, application numérique, gamification, film,..), ces entreprises menées à partir des archives sont des réalisations coûteuses, souvent longues et complexes à mettre en œuvre. Elles nous incitent à interroger l’usage de ces outils pour la recherche et les communautés qu’elles rassemblent pour les produire. Or, par sa capacité à ‘rendre vivant’, la reconstitution offre souvent l’illusion d’une reconstruction, proposant une interprétation scénarisée qui tend parfois à effacer les modalités de sa conception, et ce aux dépens des multiples voies d’explorations qu’elle permet : un moyen non uniquement de ‘résoudre’ mais peut-être d’explorer des hypothèses et de recenser la variété des arrangements possibles.

Ouvrir cet atelier réflexif sur les usages des reconstitutions aurait toute sa pertinence au sein du Campus Condorcet. En premier lieu, parce qu’il permettrait de faire émerger une réflexion transdisciplinaire sur un thème particulier des Humanités numériques en rapprochant des chercheurs de différentes institutions du Campus (CNRS, l’EHESS, le Cnam, l’ENC, l’EPHE, Paris 8) et au-delà (Université d’Evry, direction générale du Patrimoine, Inventaire du patrimoine…). En second lieu, parce qu’il met en perspective cette mémoire de la technique alors que le Campus et les nouveaux lieux de la recherche qu’il accueille s’inscrivent géographiquement dans des sites autrefois modelés par les activités productives de petits ateliers et usines, activités liées à la chimie, à la métallurgie et à la mécanique, et logés dans l’entrelacs d’infrastructures qui ont cédé la place à la recomposition architecturale et urbaine du paysage du Grand Paris.

Partenaires

Cet atelier s’organisera sous la forme de  cinq demi-journées accompagnées d’un carnet de recherche (hypothèse.org), à l’issue desquelles on espère ouvrir des pistes pour des entreprises collectives ultérieures qui pourraient prendre diverses formes (exposition virtuelle, projet de recherche collaboratif...).

Porté par des chercheurs du CNRS (Centre Alexandre Koyré), de l’EHESS, de l’EPHE, du Cnam (ILJ-CEDRIC), du CTHS (Ecole nationale des chartes), de l’Université Paris 8 (IDHES), mais aussi de l’université d’Evry (IDHES, également)  et de la Direction générale des patrimoines (DGP/DPRPS) notamment, il espère impliquer les laboratoires traitant des questions de médiations, de numérisation et 3D du campus, et engager le dialogue entre historiens, sociologues, conservateurs, philosophes, antropologues …

Programme

Séance 1 : Les sens  dans les reconstitutions. Le son : audition, production, reproduction

La reconstitution in vivo permet de recréer par les conditions matérielles de l’expérience, sans  résoudre toutefois le problème de l’historicité des sens impliqués. Dans le cas du virtuel, la reconstitution des sens constitue souvent une pierre d’achoppement. On se concentrera plus particulièrement sur les sons et les moyens techniques de leur restitution.

Date : Vendredi 1er avril 2016, de 14h à 18h

Lieu : Cnam, 2 rue conté, 75003 Paris.

Salle 37.2.43 (salle des thèses Boris Vian)

Séance 2 : Reconstituer gestes et savoir faire

Comment aller au plus près des savoirs opératoires, du geste technique et des savoirs de la main sis dans l’atelier ? Peu abordé dans les projet actuels de reconstitution numérique, auxquels ils posent un grand nombre de problèmes liés aux hiatus produit par les sources, cette problématique permet de s’intéresser à l’histoire de la production matérielle et du travail sur le temps long ; elle sera l’occasion de croiser  de nouvelles approches croisant  également l’expérience des archéologues, restaurateurs, chimistes. 

  • Simona Valeriani (V&A), Thinking and Experiencing Techne: exploring 16th c. workshop practices through re-enactment
  • Claire Betelu (EA HiCSA /Paris I), Examen comparé de deux  reconstitutions: pigment (garance) et pantographe, réflexion sur les visées et la portée de la  reconstitution. 
  • Vincent Cattersel (Université d’Anvers, conservation studies), ‘Of Varnishes and Lacquers’

Date : Jeudi 12 mai 2016, de 9h30 à 13h

Lieu : Centre Alexandre Koyré, 27 rue Damesme, 75013 Paris

Salle de séminaire, 5e étage.

Séance 3 : La maquette, so what ?

La fabrication de modèles a été un medium largement utilisé depuis  la renaissance, notamment en architecture, et pouvant donner lieu à diverse mises en scène d'objets. La maquette a également permis de mettre en œuvre, à échelle réduite, une synthétisation des processus techniques de diverses machines. Ici on s’interrogera tant sur  les modèles anciens que sur les formes virtuelles qui ont connu une vogue privilégiée liée à la patrimonialisation des techniques, et notamment la relation entretenue entre la recherche d’une cohérence extérieure de la maquette 3D en regard des procédés techniques internes.

Date : Mardi 7 juin 2016, de 9h30 à 13h

Lieu : SPHERE Paris Diderot Paris7 (à confirmer)

Séances 5 & 6 : La réception au prisme de la reconstitution d’expériences

Les réplications d’expériences scientifiques se sont plus focalisées sur  les objets et les techniques instrumentales que sur les objets en interaction, la dimension de l’audience mérite d’être interrogée. La question des publics et des processus de réception émerge comme une nouvelle dimension que la reconstitution peut rendre accessible. Cette problématique est à mettre en relation avec  des entreprises menées dans l’histoire des techniques du pré-cinéma et le travail de restitution menées par les arts vivants, théâtre et danse notamment, et elle s’articule aussi  avec  des questions relevant de la muséographie (visite virtuelle, supports de médiation patrimoniale).

(Date et lieu à venir)

Cet atelier permettra d’ouvrir le socle d’une réflexion pluridisciplinaire sur le rôle que ces technologies peuvent avoir dans la mémoire des  activités et des lieux, mettant en perspective le site du Campus Condorcet et son insertion dans un espace parisien et péri-parisien en recomposition.

Porté par des chercheurs du CNRS (Centre Alexandre Koyré), de l’EHESS, de l’EPHE, du Cnam (ILJ-CEDRIC), du CTHS (Ecole nationale des chartes), de l’Université Paris 8 (IDHES), mais aussi de l’université d’Evry (IDHES, également)  et de la Direction générale des patrimoines (DGP/DPRPS) notamment, il vise à favoriser  le dialogue entre historiens, sociologues, conservateurs, philosophes, antropologues

Le groupe de réflexion

Le groupe de réflexion, ouvert à tous les chercheurs et professionnels interessés, réunit notamment

  • Frédérique Aït-Touati,
  • Jean-François Belhoste,
  • Charlotte Bigg,
  • Pascal Brioist,
  • Pierre Cubaud,
  • Christiane Demeulenaere-Douyère,
  • Liliane Hilaire-Pérez,
  • Anne Houssay,
  • Alain Michel,
  • Audrey Millet,
  • Sébastien Pautet,
  • Claude Rosental,
  • Paul Smith,
  • Marie Thébaud-Sorger,
  • Melissa Van Drie,
  • Koen Vermeir.

Coordination et contact

  • Marie Thébaud-Sorger, Centre Alexandre Koyré (CNRS-EHESS-MNHN) marie.thebaud-Sorger@cnrs.fr

Lieux

  • Cnam, Salle 37.2.43 | Centre Alexandre Koyré, Salle de séminaire, 5e étage - 2 rue conté | 27 rue Damesme
    Paris, France (75003 | 75013)

Dates

  • vendredi 01 avril 2016
  • jeudi 12 mai 2016
  • mardi 07 juin 2016

Mots-clés

  • reconstitution, media, performance, technique, sens, experience, mediation, méthodologie

Contacts

  • Marie Thebaud-Sorger
    courriel : marie [dot] thebaud-sorger [at] cnrs [dot] fr

Source de l'information

  • Marie Thebaud-Sorger
    courriel : marie [dot] thebaud-sorger [at] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La reconstitution – processus heuristique et/ou objet de médiation ? », Séminaire, Calenda, Publié le vendredi 25 mars 2016, http://calenda.org/361718