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Le chercheur peut-il apprendre dans sa recherche ?

What can researchers learn from their research?

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Publié le vendredi 08 avril 2016 par Elsa Zotian

Résumé

La recherche d’objectivité conduit le plus souvent à inscrire le chercheur en dehors de sa recherche et à séparer l’objet d’étude de son contexte. Mais lorsque l’étude porte sur des phénomènes sociaux ou organisationnels, une telle absence de relation avec les participants, une telle coupure avec leur condition et leur situation présente, n’est-elle pas en un sens irresponsable ? Ne démontre-t-elle pas avant tout une absence de réflexivité ? Ne limite-t-elle pas les possibilités de comprendre et de découvrir des aspects inaccessibles depuis une distance, de même que les possibilités d’un réel engagement ? Une telle coupure ne limite-t-elle pas les possibilités d’un réel apprentissage, d’une transformation de ses présupposés et de sa pensée, d’une rencontre qui permet un apprentissage existentiel ? Comment faire alors pour qu’une recherche nous enseigne quelque chose, dans ce sens fort de l’apprentissage ? Et ne serait-ce pas la marque d’une recherche pertinente que le chercheur ait appris quelque chose et que son texte nous la transmette ? Et comment alors écrire pour que l’écriture ne répète pas une telle coupure ?

Annonce

Argumentaire

La recherche d’objectivité conduit le plus souvent à inscrire le chercheur en dehors de sa recherche et à séparer l’objet d’étude de son contexte. Mais lorsque l’étude porte sur des phénomènes sociaux ou organisationnels, une telle absence de relation avec les participants, une telle coupure avec leur condition et leur situation présente, n’est-elle pas en un sens irresponsable ? Ne démontre-t-elle pas avant tout une absence de réflexivité ? Ne limite-t-elle pas les possibilités de comprendre et de découvrir des aspects inaccessibles depuis une distance, de même que les possibilités d’un réel engagement ? Une telle coupure ne limite-t-elle pas les possibilités d’un réel apprentissage, d’une transformation de ses présupposés et de sa pensée, d’une rencontre qui permet un apprentissage existentiel ?
Comment faire alors pour qu’une recherche nous enseigne quelque chose, dans ce sens fort de l’apprentissage ? Et ne serait-ce pas la marque d’une recherche pertinente que le chercheur ait appris quelque chose et que son texte nous la transmette ? Et comment alors écrire pour que l’écriture ne répète pas une telle coupure ?

Sans vraie relation avec les personnes étudiées, sans sincère réflexivité sur nos propres position, engagement et motivation, sans réinscription de l’enquête dans son contexte, notre projet risque en effet de se condamner à une amoralité, qui dans certaines situations peut devenir irresponsabilité, voire immoralité. Par contraste, Lingis (2016), confronté à des situations où il aurait pu se sentir victime, réfléchissant sur sa position, est amené à changer sa conception de la justice. Veissière (2009, 2010) se sent la responsabilité de s’engager pour aider les enfants des rues qu’il étudiait mais comprenant mieux le contexte va renverser complètement son action. Stewart (1991) plaide pour un savoir « contaminé », pour lequel le chercheur se mêle à l’univers étudié et inclut sa propre expérience dans la recherche. Brosseau (2015) choisit d’écrire depuis la position d’un réfugié, dans un état où toute conscience semble avoir été détruite.
Ces deux journées seront consacrées à explorer et réfléchir les positions du chercheurs dans sa recherche, notamment en termes de responsabilité, réflexivité et engagement dans un contexte ainsi qu’à s’interroger sur la performativité de ses textes.

Les keynote speakers seront Alphonso Lingis et Mathieu Brosseau :

Alphonso Lingis est l’une de deux figures majeures à partir desquelles s’est développé le tournant vers les affects. Traducteur aux Etats-Unis de Merleau-Ponty et de Levinas, aujourd’hui retraité de Penn State University, il est auteur d’une quinzaine de livres. Ses textes partent de moments d’affects : événements, dires, rencontres, mais dans la description de ces affects le lecteur perçoit progressivement les enjeux éthiques, politiques et existentiels qui se découvrent et sont réexaminés à cette occasion. La rencontre avec l’autre est chaque fois source d’un apprentissage et de réflexion sur notre engagement dans le monde. Il représente le versant éthique et philosophique du tournant vers les affects.

Mathieu Brosseau est poète, romancier et bibliothécaire. Ses textes explorent des attitudes existentielles dans des positions singulières. L’amnésique réfugié reprend mémoire en reprenant corps au contact des lettres et adresses. Les signes et les choses passent sans que la conscience ne sache les saisir pleinement. Les multiplicités de subjectivités ne parviennent à faire un. Chaque fois les mots se cognent pour briser nos cadres et proposer d’autres expériences, d’autres contacts, d’autres dires du monde.

Nous attendons des propositions de communication en lien avec le thème du colloque, notamment s’interrogeant sur l’éthique du chercheur, son lien avec le terrain étudié et sa performativité dans l’écriture.

Conditions de soumission

Les propositions de communication d’environ une page sont à envoyer à jean-luc.moriceau@telecom-em.eu

avant le 08 mai

Les propositions peuvent être rédigées en français ou en anglais. Certaines propositions, en relation avec une problématique liée à l’éthique ou l’engagement pour la société, seront sélectionnées pour publication dans la revue Society and Business Review.

Calendrier

  • date limite de soumission : 08 mai
  • date de réponse du comité : 22 mai
  • Colloque organisé à Paris les 23 et 24 juin par Télécom Ecole de Management, The Universty of Leicester et The American University of Paris

Comité scientifique et d'organisation

  • Jean-Luc Moriceau, Professeur, Responsable du programme doctoral, Institut Mines-Télécom/Télécom Ecole de management
  • Hugo Letiche, Professeur, University of Leicester, UK
  • Robert Earhart, Lecturer, directeur du département International Business administration, The American Univesrity of Paris

Lieux

  • 148 rue de l'université
    Paris, France (75007)

Dates

  • dimanche 08 mai 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • méthodes qualitatives de recherche, éthique de la recherche, tournant vers les affects, écriture performative

Contacts

  • Jean-Luc Moriceau
    courriel : jean-luc [dot] moriceau [at] telecom-em [dot] eu

Source de l'information

  • Jean-Luc Moriceau
    courriel : jean-luc [dot] moriceau [at] telecom-em [dot] eu

Pour citer cette annonce

« Le chercheur peut-il apprendre dans sa recherche ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 08 avril 2016, http://calenda.org/363091