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Militantisme et reconversions en Amérique latine

Militantismo y reconversiones en América Latina

Militantism and Re-Compositions in Latin America

Recompositions du militantisme, trajectoires militantes et construction des élites politiques

Recomposiciones del militantismo, trayectorias militantes y construcción de élites políticas

Re-composition of Militantism, Militant Trajectories and Constructions of Political Elites

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Publié le mardi 05 avril 2016 par João Fernandes

Résumé

Ce dossier a pour objectif de placer sur un même plan de réflexion académique deux problématiques portant sur le phénomène militant à partir de configurations politiques latino-américaines. La première concerne les phénomènes de reconversion d’anciens militants et les itinéraires empruntés par les acteurs qui se sont formés sur la base d’un engagement politique radical, ainsi que l’essor de nouvelles générations de militants qui intègrent peu à peu la vie partisane. Dans notre cas, l’idée de reconversion semble pertinente pour aborder spécifiquement comment se fabrique le passage à la politique formelle et étatique dans différents contextes culturels de l’engagement militant. La deuxième problématique porte sur la reconfiguration, les mutations et les recompositions du militantisme au sein de sociétés qui sont passées des réformes néolibérales imposées au cours des dernières décennies du siècle dernier au développement de scénarios politico-étatiques qui se définissent en rupture avec les configurations politiques précédentes.

Annonce

Contextualisation 

Théâtre privilégié de mouvements insurrectionnels dans les années de la Guerre froide, laboratoire des politiques néolibérales dans les années 1990 puis témoin au cours des années 2000 d´une nouvelle montée en puissance de gauches qui oscillent entre mobilisation de schémas d´action passés et renouveau (Bataillon, Prévôt-Schapira, 2009), l´Amérique latine a connu tout au long de ces dernières décennies d´importantes transformations politiques et sociales. Celles-ci se sont accompagnées de mouvements militants qui ont suivi ces bouleversements tout en connaissant des phénomènes tant de recomposition (où le militantisme s’adapte à de nouvelles conditions de l’adhésion politique) que de métamorphose (où l’engagement politique change radicalement de modalités). Le militantisme de ces vingt dernières années n´est plus celui des années 1970. Pourtant nombre d´anciens militants se trouvent aujourd´hui proches des gouvernements au pouvoir, tandis qu´apparaissent ici ou là des mouvements sociaux qualifiés de « nouveaux ». D’un point de vue socio-historique, l´étude de ces phénomènes s´avère particulièrement féconde pour l´analyse du militantisme et de ces transformations et reconfigurations, ainsi que la conformation, à travers l´étude des trajectoires militantes, d´une partie des élites actuelles du sous-continent. En ce sens, les militantismes latino-américains sont profondément heuristiques ; la thématique en question renvoie à des discussions plus larges développées dans les sciences sociales sur le thème de la participation politique en Amérique latine — on peut y mentionner, parmi d’autres contributions académiques, les études sur le fonctionnement partisan (Alcántara Sáez- Freidenberg, 2001), sur les mobilisations et les recréations politico-identitaires (Martuccelli- Svampa, 1997), sur les relations entre discours hégémoniques et contre-hégémoniques et leurs liens avec les institutions démocratiques (Laclau, 2005 ; Panizza, 2009 ; Taguieff, 2002).   

Problématique et argumentaire du dossier

La problématique, en tant qu’elle traverse plusieurs réalités sociogéographiques, dépasse le simple cas latino-américain pour entrer en rapport (direct ou indirect) avec des phénomènes de circulations transnationales (Pommerolle- Siméant, 2008 ; Collovald, 2002 ; Dezalay- Garth, 2002 ; Stites Mor, 2013 ; Brun, 2012 ; Dard, 2012). Ce dossier a pour objectif de placer sur un même plan de réflexion académique deux problématiques portant sur le phénomène militant à partir de configurations politiques latino-américaines. La première concerne les phénomènes de reconversion d’anciens militants et les itinéraires empruntés par les acteurs qui se sont formés sur la base d’un engagement politique radical (Cucchetti, 2013 ; Stites Mor, 2014), ainsi que l’essor de nouvelles générations de militants qui intègrent peu à peu la vie partisane. Dans notre cas, l’idée de reconversion (Gaubert- Lechien- Tissot, 2005) semble pertinente pour aborder spécifiquement comment se fabrique le passage à la politique formelle et étatique dans différents contextes culturels de l’engagement militant. La deuxième problématique porte sur la reconfiguration, les mutations et les recompositions du militantisme au sein de sociétés qui sont passées des réformes néolibérales imposées au cours des dernières décennies du siècle dernier au développement de scénariospolitico-étatiques qui se définissent en rupture avec les configurations politiques précédentes.

Une telle analyse croisée permet dès lors de rendre compte des processus de passage du militantisme comme activité volontaire et/ou bénévole (au sein de partis politiques, de milieux associatifs locaux, de différents types de mouvements sociaux, d´organisations « d’activistes ») à la l’activité politique professionnelle. Ce processus implique  des reconversions  (même dans la continuité) des compétences et des espaces d’intervention politique, ainsi que des interactions entre politique informelle et politique institutionnelle et met en lumière la fabrique de dirigeants issus de différentes filières militantes. L’analyse empirique de ces reconversions permet de saisir des transformations plus amples et profondes concernant la place du militantisme dans les sociétés latino-américaines de ces dernières décennies et les relations entre militantisme, reconversions et professionnalisation étatique et politique.

De même, la scène politique latino-américaine représente un laboratoire des plus riches si l’on tient compte des processus, parfois qualifiés de « nouveaux », qui s’y sont produits au cours de ces quinze dernières années. Une importante partie de la littérature scientifique a porté sur les recompositions des gauches latino-américaines (Bataillon, Prévôt-Schapira, 2009 ; Goirand, 2005 ; Alcántara Sáez, 2008; Stoessel, 2014) ainsi que sur le développement de « nouveaux » mouvements sociaux (Estrada Saavedra, 2011 ; Svampa, 2007 et 2009 ; Wickham-Crowley- Eckstein, 2010). Ces mouvements traversent l’échiquier politique et témoignent également de la restructuration partisane d’acteurs issus de divers groupes politiques et sociaux, tant à droite qu’à gauche. Quelles sont les « nouvelles » ‒ si tant est qu’elles soient effectivement nouvelles ‒ formes de militantisme ? Retracer les trajectoires des acteurs individuels et collectifs impliqués dans ces mouvements permet de saisir l’intégration des nouvelles générations de militants et de cadres politiques aussi bien au sein des espaces de protestation et de mobilisation que dans la vie partisane et de l’État (Labrousse, 2009 ; Lefranc, 2009 ; de Castro-Rocha, 2009 ; Combes, 2012 ; Moallic, 2010).

L’approche méthodologique privilégie l’étude des trajectoires et des carrières militantes, (Agrikoliansky, 2001 ; Fillieule, 2001 ; Cucchetti, 2014). En termes théoriques, le dossier a également pour objectif de désenclaver l’analyse de reconversions et des transformations militantes des considérations d’ordre moral (par exemple, la reconversion comme « trahison », notion critiquée par Matonti, 2005). Il vise aussi à dépasser les schémas évolutionnistes (la fin du militantisme ou la dépolitisation des sociétés contemporaines) ainsi que des analyses réductionnistes qui voient dans l’adhésion militante un phénomène réservé à des orientations idéologiques figées (de gauche ou progressistes). Ces derniers mésestiment l’importance des mobilisations et reconversions issues d’autres horizons politico-idéologiques (conservatrices, militaires, droitières, etc.) ainsi que leurs articulations institutionnelles et associatives qui permettent d’approfondir la complexité du phénomène étudié. L’aspect dynamique de la vie politique latino-américaine, caractérisée par des phénomènes de désectorisation, de mobilisations concurrentielles et de mise en cause de la différentiation d’espaces (Dobry, 1986 ; Lagroye, 2003), permet d’approfondir l’analyse des relations entre militantisme et construction d’élites politiques.

Quatre axes structurants

  • Les organisations militantes dans une perspective socio-historiques. Les relations entre organisations militantes et Etat et/ou partis politiques.Les modalités individuelles et collectives d’intégration de militants au sein des élites partisanes et étatiques. Les parcours suivis par les ex-militants et les filières militantes qui ont soutenu la production de dirigeants au cours de ces dernières décennies. Les reconversions partisanes des droites et des gauches.
  • Des anciens militants aux jeunes militants : continuités et ruptures dans les modèles de politisation et de partisanisation. L’évolution des modalités d’adhésion chez les adhérents des plus jeunes générations au cours de ces dernières années. La construction de nouvelles filières de recrutement de cadres politico-étatiques.
  • Militantisme de mouvements sociaux et militantisme de partis politiques : dynamiques convergentes, concurrentes et espaces d’intersection. Les circulations entre espaces non partisans, politisation et formation de cadres : enclaves politiques et fabriques des relèves dirigeantes.
  • Réflexions et analyses à l’échelle régionale ou transnationale. Les transformations au sein du militantisme et la constitution (originale ?) de mouvements sociaux et d’organisations politiques. Une approche problématique à partir de l’analyse croisée de différentes configurations empiriques.

Cadrage des articles

Au niveau disciplinaire : histoire, sciences politiques, sociologie, anthropologie

Au niveau méthodologique : ouvert à toutes les propositions, le dossier favorise les analyses qui articulent recherche empirique, contextualisation sociohistorique et approche théorique. L´étude des trajectoires militantes et organisationnelles est bienvenue. Les propositions peuvent concerner des terrains nationaux, régionaux ou transnationaux. Le dossier vise à dégager des approches critiques de phénomènes marqués par des discours partisans, tous bords confondus.      

Les propositions d’article exposent, en français, en espagnol, en portugais ou en anglais, en 4 500 signes (espaces compris) : 

- le titre ;

- la question de recherche ;

- le cadre théorique ;

- le terrain étudié ;

- les principaux résultats ;

- des jalons bibliographiques (hors du décompte de signes). 

Calendrier

- Les propositions d’articles sont à soumettre

avant le 6 mai 2016

à l’adresse suivante : tiermond@univ-paris1.fr ;

- Les notifications des coordinateurs et du comité de rédaction pour les auteurs

présélectionnés seront envoyées le 6 juin 2016 ;

- Les premières versions des articles seront envoyées par les auteurs avant le

29 août 2016 à l’adresse suivante : tiermond@univ-paris1.fr 

Coordinateurs

  • Humberto Cucchetti (CEIL-CONICET- Argentine)
  • Jessica Stites Mor (Université de British Columbia- Canada)

Bibliographie

  • Agrikoliansky Éric (2001), « Carrières militantes et vocation à la morale : les militants de la LDH dans les années 1980 », Revue française de science politique, n° 51, p. 27- 46.
  • Alcántara Sáez Manuel (2008), « La escalada de la izquierda. La ubicación ideológica de presidentes y partidos de izquierda en América latina », Nueva Sociedad, n° 217, p. 72- 85.
  • Alcántara Sáez Manuel- Freidenberg Flavia –éds- (2001), Partidos políticos de América latina. Cono sur, Salamanca, Universidad de Salamanca.
  • Bataillon Gilles, Prévôt- Schapira Marie-France (2009), « Les gauches-latino-américaines », Problèmes d’Amérique latine, n° 71, p. 6- 10.
  • Brun Elodie (2012), « Les gauches latino-américaines et les relations sud-sud », in Olivier Dabène, La gauche en Amérique latine, 1998- 2012, Paris, Presses de Sciences Po, p. 425- 452.
  • Collovald Annie –éd- (2002), L’humanitaire ou le management des dévouements. Enquête sur un militantisme de « solidarité internationale » en faveur du Tiers-Monde, Rennes, PUR.
  • Combes Hélène (2012), « Quand la gauche gouverne… sans gouverner. L’expérience du « gouvernement légitime », in Olivier Dabène, La gauche en Amérique latine, 1998- 2012, Paris, Presses de Sciences Po, p. 75- 105.
  • Cucchetti Humberto (2013), Servir Perón. Trajectoires de la Garde de Fer, Rennes, PUR.
  • Cucchetti Humberto (2014), « Les « causes nationalistes ». Retour sur l’adhésion militante à partir de récits biographiques », Critique internationale. Revue comparative de sciences sociales, n° 65, p. 149- 169.
  • Dard Olivier –éd- (2012), Doctrinaire, vulgarisateurs et passeurs des droites radicales au XXè siècle (Europe- Amériques), Berne, Peter Lang.
  • De Castro Rocha Daniella (2009), « Jeunes du Parti des travailleurs et crise du militantisme », Agora. Débats/ Jeunesses, n° 52, p. 89- 104.
  • Dezalay Yves, Garth Bryant (2002), La mondialisation des guerres de palais. La restructuration du pouvoir d’État en Amérique Latine, entre notables du droit et « Chicago Boys », Paris, Seuil.
  • Dobry Michel (1986), Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de Sciences Po, 2009.
  • Estrada Saavedra Marco Antonio (2011), « Les mouvements sociaux en Amérique latine : par-delà l’opposition de l’acteur et du système », Problèmes d’Amérique latine, n°81, p. 5- 10.
  • Fillieule Olivier (2001), « Propositions pour une analyse processuelle de l’engagement individuel », Revue française de science politique, n° 51, 2001, p. 199- 215.
  • Gaubert Christophe, Lechien Marie-Hélène, Tissot Sylvie (2005), Reconversions militantes, Limoges.
  • Goirand Camille (2005), « Les gauches en Amérique latine : avant-propos », Revue internationale de Politique comparée, vol. 12, 3, p. 267- 282.
  • Labrousse Alain (2009), « Les Tupamaros : de la lutte armée à la voie électoral (1964- 2009), Problèmes d’Amérique latine, n° 74, p. 17- 36.
  • Laclau Ernesto (2005), La razón populista, Buenos Aires, FCE.
  • Lagroye Jacques –éd- (2003), La politisation, Paris, Belin.
  • Lefranc Sandrine (2009), « La professionnalisation d’un militantisme réformateur du droit : l’invention de la justice transitionnelle », Droit et Société, n° 73, p. 561- 589.
  • Martuccelli Danilo- Svampa Maristella (1997), La plaza vacía. Las transformaciones del peronismo, Buenos Aires, Losada.
  • Matonti Frédérique (2005), « Crises politiques et reconversions : mai 68 », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 158, p. 4- 7.
  • Moallic Benjamin (2010), « Victoire des anciens révolutionnaires ou ascension d’un nouveau personnel politique ? Les réaménagements de l’espace politique salvadorien après les élections de 2009 », Problèmes d’Amérique latine, n° 78, p. 111- 129.
  • Panizza Francisco –éd- (2009), El populismo como espejo de la democracia, Buenos Aires, FCE.
  • Pommerolle Marie-Emmanuelle, Siméant Johanna (2008), « Voix africaines au Forum social mondial de Nairobi. Les chemins transnationaux des militantismes africains », Cultures et conflit, n° 70, p. 129- 149.
  • Stites Mor Jessica –éd- (2013), Human Rights and Transnational Solidarity in Cold War Latin America, Madison, University of Wisconsin Press.
  • Stites Mor Jessica (2014), « Between Resistance and Repression : New Writing on Argentine Political Radicalism, 1955- 1976 », EIAL, n° 25, p. 85- 102.
  • Stoessel Soledad (2014), « Giro a la izquierda en la América latina del siglo XX. Revisitando los debates académicos », Polis. Revista latinoamericana, n° 39, http://polis.revues.org/10453.
  • Svampa Maristella (2007), « Les frontières du gouvernement Kirchner entre aspiration au renouveau et consolidation de l’ancien », Revue Tiers-monde, n° 189, p. 113- 134.
  • Svampa Maristella (2009), « Mouvements sociaux, matrices sociopolitiques et nouveaux contextes en Amérique latine », Problèmes d’Amérique latine, n° 74, p. 113- 136.
  • Taguieff Pierre-André (2002), L’illusion populiste. Essai sur les démagogies de l’âge démocratique, Paris, Champs-Flammarion, 2007.
  • Wickham-Crowley Timothy, Eckstein Susan (2010), « Economie et sociologie politiques du militantisme et des répertoires des mouvements sociaux récents en Amérique latine », Revue internationale de Politique comparée, vol. 17, 2,p. 29- 52.

Lieux

  • Revue Tiers Monde, IEDES, Campus du Jardin d'agronomie tropicale - 45 bis, avenue de la Belle-Gabrielle
    Nogent-sur-Marne, France (94736)

Dates

  • vendredi 06 mai 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • militantisme, reconversion, Amérique latin, parcour politique

Contacts

  • Emmanuel Jouai
    courriel : tiermond [at] univ-paris1 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Emmanuel Jouai
    courriel : tiermond [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Militantisme et reconversions en Amérique latine », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 05 avril 2016, http://calenda.org/363325