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Les dramaturgies arabes et l’Occident

Arabic theatre and the West - contact, circulation and transfer

Contact, circulation et transfert

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Publié le mardi 19 avril 2016 par João Fernandes

Résumé

Notre colloque se propose d’accueillir les contributions qui étudieront ou feront découvrir les multiples univers artistiques dans lesquels les initiateurs, artistes arabes ou d’origine arabe, évoluent après avoir effectué un passage en Occident. Comment ces artistes ont-ils abordé dans leurs créations l’altérité occidentale et la leur ? Comment tirent-ils parti de leur mobilité géographique ? À quel point interagissent-ils avec les cultures et les acteurs culturels de leurs terres d’asile ? Quel regard portent-ils sur leur pays d’origine ? Quelle place occupent-ils dans le paysage culturel arabe ? Est-ce qu’ils ont en commun quelques traits ou stratégies artistiques ? Quelle est la portée artistique et politique de leurs créations ?

Annonce

Argumentaire

Ce colloque organisé par les Équipes d’Accueil CLARE et TELEM avec la participation du LACNAD (Inalco), fait suite à trois autres manifestations qui ont eu lieu entre 2013 et 2016 pour poursuivre les réflexions déjà engagées sur l’altérité et ses représentations dans la littérature et les arts arabo-musulmans.

Si la pratique/notion « dramaturgie » a été choisie comme paradigme pour évoquer et étudier les liens et les interactions existants entre dramaturgies arabes et Occident, c’est parce que sa polysémie et son élasticité conceptuelle en font une pratique protéiforme, ouverte sur plusieurs activités et disciplines aussi bien spectaculaires que scripturaires ou inetrmédiales. Ceci dans le but de ne pas restreindre le champ de notre étude aux seules formes théâtrales mais de l’ouvrir sur d’autres pratiques et formes créatives aussi bien spectaculaires que culturelles. La dramaturgie est entendue ici dans ses deux acceptions classique (écriture) et moderne et contemporaine (élaboration scénique, mise en espace…).

S’il a existé dans le monde arabe diverses formes spectaculaires et culturelles aussi bien rituelles que populaires tels la halqa, le Taziyé, le Samer ou Khayal al Zill, le théâtre arabe, dans sa forme et son acception modernes, n’est apparu qu’au XIXsiècle au contact de l’Occident. La première manifestation eut lieu en effet en 1847 à Beyrouth, quand un commerçant maronite du nom de Marun al Naqash prit l’initiative de construire une scène à l’italienne et d’y faire jouer al-Bakhil (l’Avare), pièce inspirée de l’œuvre de Molière. Après cette première représentation, le théâtre se propagea dans le reste du monde arabe en prenant d’abord pied en Égypte où il connut sa plus grande évolution grâce à des circonstances historico-politiques favorables et grâce au concours décisif de quelques pionniers, dont une majorité de Levantins, qui contribuèrent à l’enracinement du théâtre dans le paysage culturel arabe.

Le théâtre occidental, au travers de son répertoire, de ses acteurs, de ses courants et sensibilités, va constituer un modèle, une source d’inspiration, un fonds dans lesquels les dramaturges arabes puiseront avidement.

Tout au long de l’histoire du théâtre arabe et jusqu’à aujourd’hui, les liens que maintiendront les artistes et intellectuels arabes avec le théâtre occidental suivront deux voies : l’une directe et l’autre indirecte. Ces deux voies, selon les cas, tantôt se rejoignent et s’entrecroisent, tantôt s’éloignent dans une évolution parallèle.

La voie indirecte consiste en l’appropriation du théâtre occidental au travers d’un vaste mouvement de traduction et surtout d’adaptation de son répertoire. Dès le XIXe siècle, une quantité impressionnante d’œuvres étrangères, surtout européennes, va alimenter le jeune théâtre arabe. Plusieurs générations d’hommes et des femmes de théâtre, praticiens et écrivains, s’attelleront à cette tâche avec plus ou moins de succès. À partir des années 1950, ce mouvement d’appropriation et d’acclimatation ne se limitera plus aux seules œuvres théâtrales mais inclura petit à petit d’autres types d’écrits, tels les essais, les ouvrages théoriques…, où il était question de courants dramatiques, d’écoles de théâtre et autres savoirs occidentaux liés à la pratique scénique.

Quant à la voie directe, elle a été le fait d’intellectuels, d’artistes, de diplomates mais aussi de simples voyageurs ou commerçants qui auront l’occasion de se déplacer en Occident où ils observeront de près quelques pièces théâtrales, participeront de manière active à l’élaboration de certaines représentations occidentales, suivront des formations dans des institutions étrangères ou auprès de grands noms de théâtre occidental. Des dramaturges tels Abdelkader Alloula, Cherif Khaznadar, Kateb Yacine, Saad Allah Wannous, Fadhel Jaïbi, Roger Assaf… suivront ce chemin et réussiront, grâce à leur ingéniosité, à leur créativité et à leur ouverture sur les arts et les expériences occidentaux, à donner au théâtre arabe et aux théâtres respectifs de leurs pays un nouveau souffle et une nouvelle dimension professionnelle. Cette génération qui, le temps passant, est devenue celle des aînés et des « maîtres expérimentateurs », a balisé le terrain pour les générations suivantes qu’elle a profondément influencées.

À partir des années 1960 et surtout les années 1970 et 1980, l’immigration arabe en Occident prend une grande ampleur et a une incidence importante sur les échanges culturels et économiques Nord/Sud. Que ce soit pour des raisons politiques ou économiques, une population arabe trouva refuge et s’installa durablement en Occident en devenant, bien qu’elle soit souvent décrite comme minorité, l’une des composantes importantes des sociétés occidentales. Des artistes firent bien sûr partie de ces vagues d’immigration et d’autres, présentés désormais comme étant d’origine arabe, sont nés de ce déplacement humain. Plusieurs de ces artistes ont investi les domaines des arts en général et des arts du spectacle en particulier dans lesquels ils ont réussi à se faire une place. Disposant souvent d’une double culture, ils ont proposé des univers créatifs assez originaux alliant différentes références culturelles et traditions, différents imaginaires, tant arabes qu’occidentaux, dans une sorte de métissage voire d’hybridité ; ils ont ainsi apporté une contribution assez remarquée aux scènes européennes où ils ont évolué. Leurs travaux artistiques n’ont pas seulement eu un impact notable sur leur société d’adoption mais aussi sur leur pays d’origine quand certains ont décidé d’y retourner ou d’y établir des relations permanentes, au travers d’initiatives lancées sur place ou de collaborations avec des acteurs artistiques locaux.

Ces dernières décennies, nous assistons à ce qu’on peut qualifier de nouveau phénomène : celui de l’internationalisation dans le domaine des arts spectaculaires de certains artistes arabes qui ont commencé à briller loin de leurs patries d’origine et à s‘imposer comme des créateurs incontournables de la nouvelle scène mondiale. Cette génération est composée soit d’artistes issus de l’immigration arabe en Occident tel Hamid Ben Mahi en France… ou d’artistes en situation d’exil ou d’immigration tels le Tunisien Radhouane el Meddeb, le duo libanais Rabih Mroué et Lina Sané, le Canado-libanais Wajdi Mouawad, le Britanico-koweitien Sulaymane el Bassam qui a mis en scène la première pièce arabe à être jouée par la prestigieuse Comédie française (Rituel pour une métamorphose, 2013), le Belgo-marocain Sid Ahmed Charkaoui ou enfin le chorégraphe Kader Attou qui occupe actuellement le poste de directeur du Centre chorégraphique national de La Rochelle.

Afin de mettre en lumière les liens reliant dans le domaine des arts du spectacle ces deux aires géographiques et culturelles que sont le monde arabe et l’Occident, et afin d’étudier ces « objets transculturels », produits de ce qui s’échange et circule entre les cultures, que constituent les créations et les œuvres des acteurs artistiques arabes évoluant hors de leur patrie d’origine ou dans un tiers espace se situant entre les deux pôles du pays d’origine et d’un pays d’adoption, nous convoquerons des notions telles que « interculturalité », « transculturalité », « entrelacement des cultures », « transfert culturel », et autres théories explorant les échanges et les interpénétrations que peuvent avoir deux cultures ou deux sphères anthropologiques.

« Transférer, écrit Michel Espagne, ce n’est pas transporter, mais plutôt métamorphoser, et le terme ne se réduit en aucun cas à la question mal circonscrite et très banale des échanges culturels. C’est moins la circulation des biens culturels que leur réinterprétation qui est en jeu ».

Ainsi, dans le sillage des études de transferts culturels dans les arts du spectacle, dans le cadre des échanges interculturels entre monde arabe et Occident, nous chercherons à appréhender les processus de ces transferts ; les dynamiques qui peuvent exister entre groupes sociaux, économiques et politiques ; les multiples vecteurs que sont les artistes et les intellectuels, les diplomates arabes… ; leurs différentes médiations ainsi que les « objets transculturels » mis en circulation entre les deux aires ; les modalités d’appropriation ou de détournement émancipateur de ces objets.

Si dans un premier temps, les transferts culturels artistiques et spectaculaires se sont opérés depuis l’Occident en direction du monde arabe, ils ont aussi emprunté, à partir des premières vagues d’immigration, le chemin inverse (tout en continuant bien sûr à fonctionner dans le premier sens), quand des personnes issues du monde arabe se sont installées dans leur pays d’accueil et ont commencé à investir des espaces artistiques occidentaux en y déployant leur imaginaire et leur identité arabes. C’est ainsi que ces vecteurs de transfert installés sur l’autre rive participent à la création d’un nouvel espace artistique, imbriquant identité arabe et altérité occidentale. 

En lien avec l’argumentaire que nous venons de développer, notre colloque se propose d’accueillir les contributions qui étudieront ou feront découvrir les multiples univers artistiques dans lesquels les initiateurs, artistes arabes ou d’origine arabe, évoluent après avoir effectué un passage en Occident. Comment ces artistes ont-ils abordé dans leurs créations l’altérité occidentale et la leur ? Comment tirent-ils parti de leur mobilité géographique ? À quel point interagissent-ils avec les cultures et les acteurs culturels de leurs terres d’asile ? Quel regard portent-ils sur leur pays d’origine ? Quelle place occupent-ils dans le paysage culturel arabe ? Est-ce qu’ils ont en commun quelques traits ou stratégies artistiques ? Quelle est la portée artistique et politique de leurs créations ?

Axes thématiques 

  • Dans le premier axe, nous mettrons en lumière les échanges et les transferts effectués depuis L’Europe vers le monde arabe. Que ce soit au travers des pratiques interculturelles comme la traduction, l’adaptation, ou par le vecteur de ces opérateurs de transferts qu’on peut qualifier aussi de passeurs (artistes, diplomates, écrivains, techniciens, universitaires…). Les communications sur les approches théoriques des échanges et des relations interartistiques reliant le monde arabe au monde occidental (Europe et Amérique du Nord) seront les bienvenues. 
  • Dans le deuxième axe, nous mettrons en avant le mouvement inverse entrepris par des artistes et des acteurs arabes ou issus de l’immigration arabe qui ont transféré et implanté des éléments de leurs cultures d’origine dans un espace occidental, voire mondial. On étudiera les processus mis en œuvre, les contextes de ces expériences, leurs initiateurs, leur impact sur la société d’origine et celle d’accueil, leur place dans la scène artistique internationale… 

Le colloque coïncidera avec une importante rencontre théâtrale : le FAB (Festival des arts de Bordeaux) qui se déroulera du 1er au 22 octobre 2016. 

Une table ronde réunissant une pléiade d’artistes de renommée internationale représentative des différentes sensibilités artistiques aura lieu. 

Modalités de participation

Les propositions de communication (titre, résumé en français de 2000 signes), ainsi qu’une brève notice bio-bibliographique (nom, prénom, affiliation, courriel, intérêts de recherche, titres de publications) seront à envoyer par mail en format.doc ou. pdf

jusqu’au 30 juin2016,

à l’adresse suivante : omar.fertat@u-bordeaux-montaigne.fr

Après la sélection du comité scientifique, les candidats recevront une notification avant le 30 août 2016.

Le colloque se tiendra les 10 et 11 octobre 2016.

L'inscription au colloque est gratuite. Les frais de transport et d’hébergement sont à la charge des participants. Les organisateurs mettront à la disposition des participants des offres d’hébergement pour la période du déroulement du colloque (possibilité de réservation de logements universitaires).

Les interventions qui seront sélectionnées par le comité scientifique feront l’objet d’une publication à paraître en 2017. 

Responsable

Omar Fertat 

Comité d’organisation

  • Marjorie Bertin
  • Omar Fertat
  • Saïd Hammoud
  • Pierre Katuszewski
  • Salima Ouissim
  • Mourad Yelles 

Comité scientifique 

  • Khalid Amine (Université Abdel Malek Esaadi, Tétouan, Maroc)
  • Mounira Chatti (Bordeaux Montaigne)
  • Camilla Maria Cederna, (Université de Lille)
  • Laurence Denooz (Université de Lorraine)
  • Sandrine Dubouilh (Bordeaux Montaigne)
  • Touriya Filli-Tullon (Lumières 2, Lyon)
  • Pierre Katuszewski (Bordeaux Montaigne)
  • Mehdi Ghouirgat (Bordeaux Montaigne)
  • Saïd Hammoud (Bordeaux Montaigne)
  • Nadia Louar (Université Visconsine, USA)
  • Angela Daiana Langone ( université de Cagliari, Italie)
  • Amel Maaf (Université de Gelma, Algérie)
  • Zohra Makkach (Université Ibn Zohr, Agadir, Maroc)
  • Monica Ruocco (Università degli Studi di Napoli, Italie)
  • Abdelhai Sediq (Université Qadi Ayyad , Marrakech, Maroc)
  • Mourad Yelles (INALCO)

Lieux

  • Maison des science de l'Homme d'Aquitaine, Domaines universitaire (Bordeaux Mntaigne), PessacSalle Jean Borde, Rez-de-chaussée
    Bordeaux, France (33)

Dates

  • jeudi 30 juin 2016

Mots-clés

  • théâtre, représentation, arabe, Occident, traduction, adaptation, danse, échange, transfert, culture, dramaturgie, scène,Orient,

Contacts

  • Omar Fertat
    courriel : omar [dot] fertat [at] u-bordeaux-montaigne [dot] fr

Source de l'information

  • Omar Fertat
    courriel : omar [dot] fertat [at] u-bordeaux-montaigne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les dramaturgies arabes et l’Occident », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 19 avril 2016, http://calenda.org/364091