AccueilDestruction et conservation en débat – L’histoire de l’environnement au Brésil dans une perspective pluridisciplinaire et transnationale

Destruction et conservation en débat – L’histoire de l’environnement au Brésil dans une perspective pluridisciplinaire et transnationale

Destruction and Conservation in debate : Brazil's environmental history in a global perspective

Destruição e conservação em debate – história ambiental do Brasil em uma perspectiva pluridisciplinar e transnacional

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Publié le mercredi 27 avril 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Ce workshop europeén vise à la fois à réaliser un état des lieux de l'histoire environnementale brésilienne et à discuter des nouvelles perspectives qui se présentent à ce champ d’études. La discipline de l’histoire environnementale y sera envisagée au sens large, impliquant tout à la fois les études sur les représentations, les politiques, et les changements matériels qui résultent de l'interaction entre « humains » et « non-humains ».

Annonce

Argumentaire

Depuis l’invasion européenne débutée en 1500, le large territoire appelé Brésil est associé à l’image d’une nature tropicale exubérante, qui suscite fascination et convoitise. Pourtant, si ce pays accueille la biodiversité la plus riche du monde, il pâtit d’une réputation de destructeur de l’environnement, en raison notamment des taux de déforestation importants qui attirent l’attention médiatique depuis les années 1970.

L’histoire environnementale du Brésil s’est structurée tardivement en tant que champ disciplinaire, alors même que de nombreux économistes, anthropologues ou géographes s’intéressaient déjà depuis longtemps à la question de la nature en Amérique Latine (Sedrez, 2009). Pourtant, l’historiographie du Brésil a très tôt articulé l’analyse de la construction de la nation, de l’identité et des races avec des projets de mise en forme de la nature, à l’instar de l’écrivain Euclides da Cunha, qui s’y est employé, dans une perspective déterministe, dès le début du vingtième siècle. D’autres auteurs « classiques » (qu’il s’agisse de Capistrano de Abreu, Gilberto Freyre, Sérgio Buarque de Holanda ou Caio Prado Junior) se sont efforcés de raconter la construction du pays en prenant largement en compte le rapport à l’espace, au climat et à la diversité tropicale. Les récits environnementaux occupent une place centrale depuis l’époque coloniale dans la construction des identités en Amérique latine, et l’histoire environnementale permet d’analyser de manière critique les catégories de description de la nature à l’œuvre dans ces processus (Herrera, 1997) .

Les effets d’une économie prédatrice, perpétrée d’abord par les puissances coloniales puis par l'État-nation et les multinationales, ont dominé les récits de l’histoire environnementale du Brésil et de l'Amérique latine des années 1990 et 2000. Ce cadre explicatif systémique, mettant en lumière la responsabilité d’institutions aisément identifiables, a cependant conduit les historien-ne-s à négliger l’analyse des représentations et usages de la nature par les populations locales. De plus, en réservant la fonction d’agents historiques aux seuls humains, l’histoire environnementale du Brésil a longtemps véhiculé un point de vue pessimiste présentant la faune, la flore, les paysages et le climat comme de perpétuelles victimes de l’expansion du capitalisme. Cette vision « éco-décliniste » tend aujourd’hui à s’effacer au profit de lectures plus nuancées de l'expérience environnementale du pays, mettant en lumière aussi bien des tendances destructrices qu’une forte tradition « éco- critique », liée à des aspects majeurs du récit national (Pádua, 2002 ; Duarte, 2010). Les récentes campagnes contre l’assouplissement du code forestier, le projet de barrage hydroélectrique de Belo Monte ou l’indignation face à la catastrophe écologique de Mariana en 2015 ont d’ailleurs rappelé que le souci de l’équilibre environnemental au Brésil n’avait rien d’un sentiment déraciné.

Dans le même temps, la dimension globale de l'histoire environnementale du pays est encore largement inexplorée. Dans certains espaces transnationaux, comme l’Amazonie ou la Pampa, se sont développées des identités régionales basées sur une association avec l’écosystème parfois plus forte que le sentiment national. Il est donc urgent d’explorer plus attentivement les dynamiques socio-environnementales transfrontalières qui se sont créées en Amérique du Sud. L’hypothèse, suggérée par certains auteurs mais contestée par d’autres, de l'existence d'une conscience environnementale exceptionnellement précoce au Brésil par rapport aux autres pays tropicaux, appelle également à porter une attention plus forte aux comparaisons internationales. L’interface avec le reste du monde dans la transformation, la gestion et la négociation de la nature brésilienne constitue un autre sujet encore en friche. Malgré une attention très importante portée sur quelques ressources, notamment le caoutchouc, on sait encore peu de choses sur la circulation des espèces animales, végétales, et minérales à travers les frontières terrestres et marines du Brésil. Il en va de même pour l’implication d’acteurs non brésiliens dans les processus de destruction et de conservation de la nature tropicale. Alors qu’un riche dialogue sur ces sujets se développe entre historien-ne-s brésilien-ne-s et nord-américain-e-s, les chercheurs/ses européen-ne-s sont jusqu’alors resté-e-s à l’écart de la discussion. Pourtant, les thématiques de l’environnement et du rapport à la nature sont depuis longtemps ancrées dans les recherches européennes sur Brésil, que ce soit dans le cadre de la géohistoire, de la sociologie rurale, de l’anthropologie, de l’histoire des sciences ou de l’écodéveloppement théorisé par Ignacy Sachs. La perspective historique peut contribuer à fédérer ces démarches, en élaborant de nouveaux récits pour expliquer les ruptures et continuités dans la construction du rapport à la nature au sein de la société brésilienne.

Ce workshop vise à la fois à réaliser un état des lieux de l'histoire environnementale brésilienne et à discuter des nouvelles perspectives qui se présentent à ce champ d’études. La discipline de l’histoire environnementale y sera envisagée au sens large, impliquant tout à la fois les études sur les représentations, les politiques, et les changements matériels qui résultent de l'interaction entre « humains » et « non-humains ». Convaincus que seul un effort pluridisciplinaire peut permettre à la recherche de répondre à l’ampleur des bouleversements climatiques et environnementaux, nous souhaitons également faire de cette manifestation un espace de dialogue entre chercheurs/ses provenant d’horizons scientifiques divers.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (environ 300 signes) peuvent être rédigées en français ou anglais. Accompagnées d’une brève biobibliographie de l’auteur, elles doivent être adressées

au plus tard le 29 mai

par voie électronique, en format word à : workshop.histenvdubresil@gmail.com

Afin de permettre la participation d’invités internationaux, la principale langue d’échange du workshop sera l’anglais. Dans le cas de communications présentées en français, il sera demandé aux intervenants de se doter d’un support power point en anglais.

Le worshop aura lieu les 13 et 14 octobre 2016

Informations complémentaires

Cet événement donnera lieu à un ouvrage collectif. A cet effet, les intervenants seront invités à soumettre une contribution écrite qui sera évaluée par deux lecteurs anonymes.

Nous nous efforçons de trouver des sources de financement pour des participant-e-s résidant hors de l’Ile-de-France et remercions les auteurs de propositions de bien vouloir indiquer dans leur document de candidature s’ils ont besoin d’un tel soutien.

Comité responsable pour la sélection des propositions de contribution

  • Antoine Acker – post-doctorant – International Research Group Environmental Humanities - Université de Turin
  • Nathalia Capellini – doctorante – Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines – Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
  • Cláudia Damasceno – directeur d'études – Centre de Recherches sur le Brésil Colonial et Contemporain – École des Hautes Études en Sciences Sociales

Lieux

  • Centre Alexandre Koyre
    Paris, France (75)

Dates

  • dimanche 29 mai 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire environnementale, Brésil, conservation

Contacts

  • Nathalia Capellini
    courriel : workshop [dot] histenvdubresil [at] gmail [dot] com
  • Antoine Acker
    courriel : antoine [dot] acker [at] unito [dot] it

Source de l'information

  • Nathalia Capellini
    courriel : workshop [dot] histenvdubresil [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Destruction et conservation en débat – L’histoire de l’environnement au Brésil dans une perspective pluridisciplinaire et transnationale », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 27 avril 2016, http://calenda.org/364524