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Politiques du corps

The politics of the body

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Publié le mardi 03 mai 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Le corps interroge de plus en plus les sciences sociales et humaines. Il s’impose comme sujet-objet de recherche, non seulement en tant que produit et représentation culturels, mais aussi comme matérialité propre, elle-même productrice des formes de vie et de sens. Les politiques du corps désignent justement cette subjectivité corporelle active et signifiante. Il s’agit donc d’interroger celles-ci non pas comme objets passifs soumis à l’investigation de l’intelligence (ou de l’esprit) d’un sujet transcendant, comme cela a été le cas dans les approches classiques, mais comme sujet qui exprime un réseau de relations et d’interactions où s’estompent les oppositions longuement consacrées entre le matériel et l’immatériel, l’apparence et l’essence, le visible et l’invisible, la nature et la culture, le biologique et le psychologique.

Annonce

Le 08 - 09 décembre 2016

Organisé par l’institut Universitaire de la Recherche Scientifique

Argumentaire

Le corps interroge de plus en plus les sciences sociales et humaines. Il s’impose comme sujet-objet de recherche, non seulement en tant que produit et représentation culturels, mais aussi comme matérialité propre, elle-même productrice des formes de vie et de sens. Les politiques du corps désignent justement cette subjectivité corporelle active et signifiante. Il s’agit donc d’interroger celles-ci non pas comme objets passifs soumis à l’investigation de l’intelligence (ou de l’esprit) d’un sujet transcendant, comme cela a été le cas dans les approches classiques, mais comme sujet qui exprime un réseau de relations et d’interactions où s’estompent les oppositions longuement consacrées entre le matériel et l’immatériel, l’apparence et l’essence, le visible et l’invisible, la nature et la culture, le biologique et le psychologique.

Cette problématique permet justement de penser le corps dans sa pluralité active et de réfléchir sur les frontières établies entre ces dichotomies et les articulations socio-anthropologiques de leur embrouillement. Il s’agit, en d’autres termes, de reprendre, à partir d’une perspective socio-anthropologique transdisciplinaire, qui privilégie les praxis, le questionnement spinoziste : « Qu’est-ce que peut un corps ? ». C’est à ce caractère distinctif du pouvoir corporel que renvoie le thème principal de ce colloque.

L’expression politiques du corps réfère, en effet, aux déploiements des formes de vie corporelles et aux jeux et enjeux de langage qu’elles impliquent dans tous les champs du social : le culturel, le religieux et le politique, le médical, le juridique et l’économique. Certes, tous ces domaines sont interreliés et on ne peut penser l’économique sans le social et sans le politico-juridique, comme on ne peut isoler le médical du politico-juridique et de l’éthique, tout comme on ne peut penser le religieux sans son articulation avec le politique.

L’idée du colloque est de se pencher sur les tensions et les interactions entre ces différents domaines où le corps s’érige comme lieu, outil, pensée et action. Objet (et producteur) du savoir sur l’humain comme sur le monde, le corps est devenu un enjeu multiple dans les pratiques sociales, politiques et culturelles actuelles, au point que les mouvances politico-culturelles en élaborent des visions stratégiques qui ne cessent de bouleverser la cartographie géopolitique de ce début du siècle. Nous nous référons ici évidemment à ces malformations politiques qui s’attaquent au corps comme chair tant au corps comme être.

Dans le domaine culturel, l’idée est non seulement d’illustrer les représentations artistiques et médiatiques littéraires du corps, mais d’analyser, également et surtout, comment ce corps incarne (ou désincarne), articule (ou désarticule) la culture ; en ce sens que le corps n’est pas le réceptacle naturel d’un esprit culturel qui lui est surajouté, mais le sujet culturel actif lui-même : à la fois objet et sujet, nature et culture. Il s’agit sous cet axe d’approcher le corps qui déguste, le corps qui s’habille, le corps qui se maquille, le corps qui se déguise, le corps qui se sculpte, le corps qui séduit, mais aussi le corps qui écrit, le corps qui pense, le corps qui parle, le corps qui peint, le corps qui danse. Sans oublier la médiation matérielle (les objets et les corps) qui lui permet de s’exprimer et d’agir.

Dans le domaine du religieux, l’accent est à mettre sur les incarnations corporelles du discours religieux, d’une part, et sur les articulations matérielles pratiques de cette incorporation, d’autre part. Le corps ici n’est pas posé comme la matière qu’un discours sacré forge et discipline, mais comme le sujet effectif d’un raisonnement religieux en action. En ce sens que le corps est simultanément l’objet du discours religieux et ses dogmes et l’acteur principal du fait religieux. Il s’agit, en d’autres termes, de discuter les pratiques corporelles qui interprètent et ritualisent les discours religieux – le corps qui jeûne, le corps qui prie, le corps qui se couvre (se découvre), le corps qui se sacrifie et sacrifie, le corps qui se purifie et purifie. Les pratiques de contournement des restrictions religieuses, à savoir comment le corps négocie et interprète ces limites – au niveau de l’habit, du manger, du boire, du geste, du contact corporel, seront également l’objet de notre questionnement.

Dans le domaine politique, il est à éviter le même piège de dissociation entre le biologique et le culturel. La politique du corps ne renvoie pas exclusivement à une biopolitique – la gestion et la domestication politico-médicales des corps –, mais aussi aux corps en action qui contestent ou se soumettent à ces systèmes de contrôle, de gestion, voire de répression. Ici, comme dans le domaine du religieux, le corps est pris comme l’objet sur lequel s’exerce un pouvoir tout en étant le sujet d’une politique. Il s’agit en fait de penser les différentes formes de contrôle et de gestion biopolitiques ainsi que les formes politiques de contestation, de subversion et de rébellion : les corps qui marchent et manifestent, les corps en grève, les corps qui s’auto-immolent notamment. Mais aussi le corps, mort ou vivant, qui témoigne et porte les marques, négatives ou positives, de l’exercice d’un système politique donné : le corps expression du pouvoir, le corps sacrifié ou dé-sacrifié – en prenant le terme dans sa double acceptation, à la fois sanctification et sacrifice.

Dans le domaine proprement médical, on ne pense pas seulement au corps souffrant, investi (ou désinvesti) par un pouvoir/savoir médical, mais également à deux autres dimensions non moins importantes : d’une part, au corps médical en action, notamment dans son rapport avec le corps-soigné ou corps-mourant (corps-malade ou corps-mort) ; d’autre part, aux multiples formes d’hybridation corporelle : don d’organes, greffe, fécondation in vitro, mères porteuses, mais aussi implantations correctrices ou esthétiques.

Dans le champ socioéconomique, on réfère à trois niveaux différents :1) aux relations corporelles financièrement médiées –  les relations sexuelles moyennant un payement par exemple ; 2) le corps-objet de transactions, légales ou illégales – ventes d’organes notamment ; 3) à l’économie du corps qui se fait par l’usage d’autres corps humains ou non humains – le corps du prolétaire, le corps de la bonne, mineure ou majeure, l’usage des machines domestiques.

Il est indéniable que tous ces domaines ne peuvent se penser en dehors du cadre éthique et légal, variable selon les principes juridiques. De même, qu’exposé au pouvoir de ceux qui dictent la loi, le pouvoir du corps réagit en contournant les contraintes juridiques élaborées. L’euthanasie, l’avortement, l’adoption, les mères porteuses, les expérimentations pharmaco-médicales, la greffe, l’enterrement, la prostitution, le corps emprisonné, l’autopsie, le changement de sexe et le transsexuel animent les débats de société et interpellent le juriste, appelé à légiférer tout en prenant en considération les avancées de la science et les enjeux sociopolitiques et éthiques, voire religieux.

Soumission des propositions

Après avoir précisé l’axe dans lequel elle s’inscrit, la proposition de communication, d’une page (environ 300 mots) devra présenter la problématique traitée, les données mobilisées et les principales questions, qui seront présentées lors du colloque.

Elle devra également comporter les éléments suivants : le nom et les coordonnées de l’auteur (institution, université, adresse mail, téléphone), ainsi qu'une biographie succincte.

Les propositions sont à envoyer à :

  • iurs.event@gmail.com
  • tabbakhamal@yahoo.fr

Langues du colloque

Les langues du colloque sont : l’arabe, le français, l’anglais

Calendrier

  • Clôture des soumissions: 31/05/2016

  • Réponse du comité scientifique: 21 /06/ 2016

Comité scientifique

  • Pr. Farid Zahi
  • Pr. Zakaria Rhani
  • Pr. Mustapha Naïmi
  • Pr. Smail Kouttroub
  • Pre. Hayat Zirari 
  • Pr. Khalid Mouna

Coordinatrice 

Siham El Moudden

Courriel : iurs.event@gmail.com

Lieux

  • Avenue Allal El Fassi
    Rabat, Maroc (10000)

Dates

  • mardi 31 mai 2016

Mots-clés

  • corps, politique, sexualité, éthique, imaginaire, sacré, gestion, sujet, apparence

Contacts

  • Siham El Moudden
    courriel : iurs [dot] event [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Siham El Moudden
    courriel : iurs [dot] event [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Politiques du corps », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 03 mai 2016, http://calenda.org/365412