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Les biobanques : quelles reconfigurations pour le vivant ?

Bio-banks - what reconfigurations for the living world?

Approches interdisciplinaires et comparatives

Interdisciplinary and comparative approaches

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Publié le lundi 09 mai 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Les organismes vivants recèlent de nombreux éléments modifiables, reproductibles et conservables, qui sont les supports de pratiques scientifiques, médicales, agricoles, industrielles. Les « ressources biologiques » jouent, et sont appelées à jouer, un rôle croissant au sein d’une « bio-économie » qui se développe autour de l’usage de matériaux de diverses origines (humaines, animales, végétales, microbiennes). Dans ce contexte, il convient d’être attentif au fait que ces ressources sont moins des entités toutes faites que des produits élaborés par l’activité humaine en vue de finalités variant selon les contextes culturels et économiques.

Annonce

Argumentaire

Les organismes vivants recèlent de nombreux éléments modifiables, reproductibles et conservables, qui sont les supports de pratiques scientifiques, médicales, agricoles, industrielles. Les “ressources biologiques” jouent, et sont appelées à jouer, un rôle croissant au sein d’une “bio-économie” qui se développe autour de l’usage de matériaux de diverses origines (humaines, animales, végétales, microbiennes). Dans ce contexte, il convient d’être attentif au fait que ces ressources sont moins des entités toutes faites que des produits élaborés par l’activité humaine en vue de finalités variant selon les contextes culturels et économiques. En portant l’attention sur les biobanques, nous souhaitons explorer la diversité des modalités de reconfiguration du vivant qui sont à l’œuvre dans ces pratiques de production et de mise en circulation. Les biobanques sont en effet des espaces – centralisés ou, au contraire, disséminés – qui « travaillent » le vivant en réalisant une multitude d’opérations (classer, stocker, faire circuler, rendre disponible, etc.) qui inscrivent ces institutions au centre d’un réseau mettant en relation divers acteurs sociaux. Prolongeant cette transformation technique des biomatériaux – qui joue sur leur (re)qualification ontologique –, les biobanques ont également un rôle de connecteur, participant à un processus de socialisation du vivant et de ses composants (Milanovic 2008). Au lieu d’aborder les biobanques comme des simples instruments et de les traiter comme des boites noires dont le fonctionnement interne serait laissé dans l’ombre, ce colloque invite à proposer des communications qui se penchent sur le travail effectif de production du vivant dans des espaces socialisés.

En décidant de ne pas assigner les biobanques à un règne particulier et en élargissant l’enquête à des contextes impliquant des éléments humains, animaux, végétaux ou microbiens, ce colloque souhaite comparer les similitudes et les différences qui apparaissent dans des domaines souvent structurés de manières distinctes afin de saisir les enjeux transversaux communs à la manipulation des êtres vivants et des biomatériaux. Pour ce faire, les approches dynamiques mettant l’accent sur les processus seront privilégiées, afin d’envisager ces phénomènes à partir d’un développement temporel qui fait apparaître une séquentialité et une pluralité d’agents. Appréhender ainsi la chaîne de mise en banque du vivant, de l’entité vivante jusqu’aux actions qui engagent des collections ou des fragments de collection, c’est se donner la possibilité de saisir la complexité et l’hétérogénéité de l’activité d’une biobanque et qui est loin de se réduire à du stockage associé à des enjeux marchands et éthiques. Comment s’organisent les chaînes opératoires de mise en banque du vivant? Quels sont les obstacles récurrents à la réussite de ces entreprises? Quelles sont les spécificités liées à la mise en banque d’entités vivantes d’origines humaine, végétale, animale ou autres ? Quelles transformations le vivant subit-il dans le cours de ces actions? Comment de nouveaux pouvoirs et valeurs lui sont-ils conférés à mesure que s’établissent de nouveaux circuits de distribution et de nouveaux marchés pour les ressources biologiques?

La notion de processus offre par ailleurs la possibilité d’affiner la compréhension du vivant, au lieu de l’aborder comme s’il s’agissait d’un phénomène unitaire. Canguilhem proposait d’envisager la vie comme un “ordre de propriétés” ; dans le même ordre d’idées, il s’avère pertinent de parler de processus vitaux pour préciser les phénomènes spécifiques (reproduction, croissance, régénération, sénescence) sur lesquels les humains s’interrogent ou exercent leurs actions. Un des enjeux du colloque sera de saisir comment ces divers processus vitaux se trouvent enchâssés dans des processus techniques spécifiques mis en place par les biobanques. À travers ces imbrications, on souhaite analyser les redéfinitions du vivant qui sont en jeu, mais aussi les représentations inédites (visuelles, sémantiques, etc.) qui se développent chez les scientifiques et dans la société civile autour de la molécularisation du vivant (Rose 2007), de la vie liminale (Squier 2004), ou de la vie envisagée comme un « surplus » (Cooper 2008).

Pour travailler ce questionnement, nous invitons à des approches interdisciplinaires et comparatives (entre règnes, mais aussi entre différents ensembles géographiques) afin de cerner ce que les biobanques font au vivant. Interdisciplinaires, parce que c’est à l’intersection de différents champs socio-techniques que se jouent les reconfigurations qui intéressent ce colloque et parce que tout savoir est lui-même partiel et situé. En ce sens, travailler à plusieurs disciplines sur le même objet d’étude, c’est multiplier les angles de lecture et les croisements d’analyse, propices à faire jaillir les combinatoires inhérentes aux processus de re-configuration. Comparatives, car la biologie est tout aussi globale que locale. Façonnés par une communauté scientifique internationale – elle-même travaillée par des problématiques locales (infrastructures, politiques, idéologies, et.) – les savoirs de la biologie sont déployés localement, dans des espaces socio-culturels où les processus en jeu sont pourvus de logiques diverses non réductibles à des connaissances générales. Les communications seront faites de la part de chercheur-es issu-es de disciplines liées aux sciences de la vie, sciences biomédicales, sciences sociales – étudiant l’humain, l’animal, le végétal, les micro-organismes. Des témoignages de responsables de biobanques et des restitutions d’expériences de mise en banque et d’utilisation du vivant en diverses aires géographiques seront également proposés.

Programme

Jeudi 12 mai 

  • 9h15 Perig Pitrou, Accueil des participants et ouverture du colloque

9h30-10h30 État des lieux et perspectives théoriques

  • Fabien Milanovic, Mise en banque et configuration du vivant : pistes d’analyse
  • Noémie Merleau-Ponty, Interdisciplinarité et comparatisme

10h30-11h00  Pause café

11h00-12h30 Table ronde : Le vivant dans tous ses états

  • Nathalie Rives (CECOS)
  • Frédéric Nowak (INCA)
  • Pierre Jouannet (INSERM)
  • Philippe Esterre et Marie-Noëlle Ungeheur (Institut Pasteur)
  • Philippe Monget (INRA)

Discussion animée par Fabien Milanovic

12h30-14h Déjeuner – Buffet (ouvert aux participants, inscription obligatoire)

14h-15h30 Session 1 : Biobanques et biomédecine

  • Jieun Kim (Freie Universität Berlin), The Social Life of Blood and Blood Banks in Japan
  • Gaia Barazzetti (Université de Lausanne), Construction d’une biobanque en milieu (in-)hospitalier

Discussion animée par Noémie Merleau-Ponty

15h30-16h  Pause café

16h-17h30  Session 2 : Le vivant à l’épreuve des biobanques

  • Sven Saupe et Sonia Dheur (CNRS), Pratiques et représentations induites par la mise en banque de la part ontologique informationnelle du vivant
  • José Carlos Guttierez-Privat (Institut d’Etudes Politiques de Paris), Biobanques : vers l’émergence d'un nouveau modèle pour la connaissance du vivant ?

Discussion animée par Philippe Brunet (Université Paris-Est Marne La Vallée)

17h30-18h  Bilan de la journée

Vendredi 13 mai 

9h45-10h15 Accueil des participants et petit déjeuner

10h15-11h15 Session 3 : Biobanques humaines, technologies reproductives et dons

  • Klaus Hoeyer (Université de Copenhague), Genetic Non-knowledge: Remaking Kinship Relations Through Biobank Research
  • Sandra Bärnreuther (University of Zurich), (Re-)storing Reproductive Substances: Biobanks as Transformative Spaces in IVF Hospitals in India

11h15-11h30   Pause

11h30-12h30  Session 3 (suite)

  • Risa Cromer (CUNY Graduate center), Banking (on) Potential: Saving Frozen Embryos within Stem Cell Science and Christian Embryo Adoption in the United States

Discussion animée par Enric Porqueres i Gené (EHESS)

12h30-14h30  Pause déjeuner

14h30-15h30  Session 4 : Collectionner le vivant : quels enjeux ? Quelles perspectives ?

  • Philippe Silar (Université Paris-Diderot), Les collections fongiques, une industrie ou un artisanat ?
  • Adrian Van Allen (University of California Berkeley), Crafting Nature: An Ethnography of Biodiversity Biobanking at the Smithsonian

15h30-15h45  Pause

15h45-16h45  Session 4 (suite)

  • François Lefèvre (Inra Avignon), De la diversité des représentations à la diversité des reconfigurations du vivant

Discussion animée par Perig Pitrou et Fabien Milanovic

16h45-17h30  Bilan et perspectives

17h30  Cocktail

Inscription

Ouvert à tous, inscription obligatoire : [http://goo.gl/forms/dTD49XlHqu]

 Organisateurs

  • Fabien Milanovic (Sup’Biotech Paris)
  • Noémie Merleau-Ponty (MIT-LAIOS)
  • Perig Pitrou (CNRS-LAS)

Renseignements

fabien.provost [at] college-de-france.fr

Lieux

  • Auditorium - EHESS, 190 avenue de France
    Paris, France (75013)

Dates

  • jeudi 12 mai 2016
  • vendredi 13 mai 2016

Mots-clés

  • biobanque, vivant, interdisciplinarité, comparatisme

Contacts

  • Fabien Provost
    courriel : provost [dot] fabien [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Noémie Merleau-Ponty
    courriel : noemiemp [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les biobanques : quelles reconfigurations pour le vivant ? », Colloque, Calenda, Publié le lundi 09 mai 2016, http://calenda.org/365489