AccueilLes économies de la qualité. Les personnes et les choses sur les marchés médiévaux et modernes

Les économies de la qualité. Les personnes et les choses sur les marchés médiévaux et modernes

Economies of quality. People and things in medieval and modern markets

Ve école d'été d'histoire économique

5th summer school of economic history

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Publié le mardi 10 mai 2016 par Céline Guilleux

Résumé

La Ve école d’été d’histoire économique, qui se réunira à Suse (Piémont, Italie), les 28, 29 et 30 août 2016, aura comme thème « Les économies de la qualité. Les personnes et les choses sur les marchés médiévaux et modernes ». Cette thématique permettra de poursuivre et d’approfondir celles qui ont été développées les années précédentes (la valeur des choses, la pauvreté, les biens communs, les moyens de paiement). La question de la qualité se situe à la croisée de l’histoire et de la sociologie économique, permettant d’aborder aussi bien l’étude de mécanismes productifs et marchands que celle de savoir-faire.

Annonce

La 5e école d’été d’histoire économique, qui se réunira à Suse (Piémont, Italie), les 28, 29 et 30 août 2016, aura comme thème « Les économies de la qualité. Les personnes et les choses sur les marchés médiévaux et modernes ».

Objectifs et nature de l’opération

La nature du thème implique, outre la mobilisation d’historiens médiévistes et modernistes, la présence de sociologues spécialisés dans l’étude de la vie économique et d’économistes. La méthode proposée est de faire présenter une série d’exposés par des spécialistes et de les mettre en débat. Le but poursuivi est d’approfondir nos connaissances et nos réflexions sur ces matières et de permettre à des doctorants ou à de jeunes docteurs de s’associer à ces travaux par une participation active. La partition des doctorants prendra la forme d’exposés sur leurs propres travaux et de prises de paroles dans le débat suivant les interventions.

Thématique de la session 2016

La cinquième école d’été d’histoire économique se propose d’étudier la question de la qualité sur les marchés médiévaux et modernes. La réflexion concrète sur les marchés médiévaux et modernes achoppe sur une contradiction que la sociologie s’est efforcée de lever voici une vingtaine d’années, notamment grâce aux travaux de Lucien Karpik. Les marchés médiévaux et modernes se caractérisent en effet par la mise en circulation de biens hétérogènes et par l’existence de liens souvent très forts, affectifs ou hiérarchiques, entre les différents agents. On ne saurait donc considérer les échanges qui s’y déroulent autrement que régis par un régime de concurrence imparfaite : la rationalité des choix pas plus que la recherche d’une maximisation du profit n’y sont une évidence. Inversement, la force des relations, sociales ou affectives, existant entre les acteurs ne peut pas déterminer entièrement leurs comportements qui obéissent toujours au moins partiellement à des schémas où la recherche d’un profit signifié par le prix est important, voire essentielle. Autrement dit, le comportement des acteurs se situe entre la pure rationalité économique reposant sur une information partagée et circulant également entre eux et un encastrement total où les informations portant sur les objets est secondaire et où seules comptent les relations établies entre les personnes.

En d’autres termes, il faut, pour pouvoir entrer sur les marchés médiévaux et modernes, avoir des informations aussi bien sur les objets que l’on y échange que sur les personnes qui effectuent les transactions. L’irrégularité de forme de produits non standardisés entraîne logiquement que les acheteurs, dans l’incapacité de se reposer sur une certification, soient capables de juger eux-mêmes de la qualité de ce qu’ils se procurent. Au rebours, la confiance mise dans le vendeur connu par ailleurs assure à l’acheteur une forme de garantie liée à la réputation de celui-là.

En effet, si les marchés médiévaux et modernes ont connu des formes de certification et de garantie sur les qualités des produits échangés, ils ont nécessairement toujours fait une large place au jugement des acheteurs. On sait par exemple le soin que les villes drapantes médiévales mettaient à établir des procédures de fabrication des draps qui tendaient à garantir l’homogénéité des produits ainsi que leur conformité à une norme de production. Une série de contrôles souvent tatillons était destinée à parvenir à ce but. Les autorités communales s’efforçaient de consolider la renommée de leur cité  à travers la qualité de leur production mais, au rebours, garantissaient aussi un certain niveau de prix pour des produits sur lesquels une garantie était offerte. Les fraudes comme les malfaçons (souvent d’ailleurs assimilées à des fraudes) étaient fortement réprimées.

Cela cependant ne concernait qu’une partie de la production, la plus luxueuse, les draps notamment, celle sur laquelle la ville asseyait sa réputation et son honneur. La majeure partie des productions, qu’il s’agisse de textile, de cuir ou de métallurgie ne pouvait supporter un tel régime dont la conséquence la plus évidente était le haut niveau de valeur estimée et exigée. En revanche, le caractère artisanal des procédures de fabrication impliquait aussi l’irrégularité ou l’hétérogénéité des objets mis sur le marché. Leur valeur d’usage n’était par conséquent pas contenue dans le prix, mais se dévoilait avec le temps, contraignant les acheteurs à savoir juger par eux-mêmes. Les scènes de « montre » comme celles exhibées sur les vitraux de la cathédrale de Bourges sont destinées à la fois à séduire l’acheteur, mais aussi à lui permettre de prendre connaissance de la valeur des produits, par toute une série de procédures où la vue, mais aussi le toucher, la palpation, ou encore l’odeur jouent un rôle essentiel. Il y a là des « savoirs tacites » (M. Polanyi), non formalisés et non enseignés, mais indispensables au bon fonctionnement d’un échange dans un monde où la qualité ne peut en aucune manière être tenue pour une propriété de l’objet : la reconnaître est liée à la connaissance de la réputation de la personne qui la vend comme au jugement ou à la compétence de celle qui achète. La qualité des objets demeure donc dans le registre de l’implicite voire, surtout, du non mesurable. On sait ainsi, depuis le haut Moyen Âge décliner les éléments qui concourent à définir la valeur économique d’un bien foncier (présence de cours d’eau, de routes, quantité et qualité des bâtiments d’exploitation, capacité productive de l’unité de superficie). Ce qui, en revanche, ne peut jamais donner lieu à une mesure chiffrée est ce qui se rapporte au prestige d’une terre, liée à l’identité de ses possesseurs, nobles ou non, liée aussi à l’exercice d’un pouvoir seigneurial, ou encore aux affects entourant un bien et qui empêchent de chiffrer une évaluation.

L'incertitude sur la qualité des biens contraint donc à construire ses choix économiques en se fondant sur ses propres compétences et en se laissant guider, aussi, par l’expérience d’autrui. Autrement dit, si l’offre et la demande sont insuffisantes à expliquer les procédures de formation des prix, alors comment ceux-ci sont-ils déterminés et quelle est, au bout du compte, leur signification, puisqu’ils ne servent pas seulement à décrire la valeur de l’objet mais qu'ils rendent compte aussi de la position respective des parties transactantes comme du jugement porté sur les objets mis en négoce ?

La question de la qualité intervient donc doublement en amont des marchés, même si elle ne joue pleinement son rôle qu’au moment où se déroule l’échange. Comme qualité des personnes, elle détermine d’abord la position respective des acteurs. On fait confiance à un tel et non à tel autre en raison de sa position sociale. Comme qualité des choses, elle détermine aussi les faits objectifs qu’il s’agit de reconnaître et qui vont justifier le prix et au fond rendre possible l’échange.

D’autre part, outre la qualité des personnes concernées et celle des biens en jeu, la question des moyens de paiement, c’est-à-dire celle des monnaies comme celle des objets servant à solder une transaction est elle aussi importante. La loi de Gresham fonctionne de manière mécanique dès le haut Moyen Âge. Elle est liée à la valeur intrinsèque des monnaies jetées sur le marché. D’autre part, les monnaies elles-mêmes, en tant qu’objets, font l’objet d’une classification liée à leur usure ou à leur état de préservation qui sont des indications sur leur fonction économique et sur leur utilisation effective. La nature de la monnaie utilisée pour payer les salaires (or, argent ou métal vil) classe aussi les ouvriers et les employés des chantiers comme des entreprises et des ateliers. Le métal vil, le billon est utilisé pour les salaires versés à la journée ou à la semaine : ces espèces correspondent aux besoins d’une consommation bas de gamme (pain noir, vêtements achetés d’occasion sur le marché urbain, loyers...). Le salaire en or, versé annuellement à l’architecte ou, dans l’Italie du XVe siècle, au professeur d’Université est, outre un élément de revenu tout à fait important, un moyen de classer le bénéficiaire parmi les membres de l’élite sociale de la ville.

La notion de qualité est susceptible d'intervenir à un autre titre dans le fonctionnement de l’échange dans les mondes médiévaux et modernes : elle pose aussi le problème de la consommation et celui de la distribution. Les consommations, même alimentaires, sont diversifiées en fonction des statuts, ce que les législations somptuaires de la fin du Moyen Âge nous rappellent sans arrêt : la qualité des personnes, c’est-à-dire le rang, est marquée par la possession et le port de certaines étoffes (soieries) et certaines matières (or). La quantité de ces choses comme la qualité de leur facture sont classantes et il est interdit de porter des objets ou des vêtements qui ne correspondent pas au rang que la société reconnaît ou assigne à l’intéressé. Qualité des biens meubles et classification sociale sont donc liées : le prix, dans ces conditions, n’a pas d’intérêt réel, le bénéfice que l’on retire de la possession d’un vêtement de luxe étant lié, au contraire, au fait qu’il est précisément hors de prix et situe les individus dans une compétition où la somptuosité, le paraître, sont déterminants. Ce fait doit être aussi mis en rapport avec d’autres faits, non économiques ceux-là. À Florence, au 14e siècle, le petit peuple, y compris ses éléments les plus démunis, refuse de manger autre chose que du pain blanc. C’est pour les Florentins une question de dignité et l’impossibilité de se procurer de la farine de froment est avant tout ressenti comme une blessure d’orgueil avant de devenir un problème alimentaire : le classement, dans ce cas, n’est pas social, mais civique. Être florentin, c’est aussi avoir la possibilité de manger son pain blanc.

Méthode

La question de la qualité que l’on se propose de présenter durant l’école d’été mobilisera des économistes, des sociologues, des numismates et des historiens médiévistes et modernistes. La réflexion collective présentée permettra ainsi de construire une collaboration interdisciplinaire indispensable pour traiter un tel problème. L’école sera ouverte aux doctorants des différents secteurs mobilisés afin que la discussion et les échanges puissent être les plus féconds possibles.

Pour saisir le rôle des qualités sur les marchés médiévaux et modernes, trois axes de réflexion pourront être proposés lors de l’école d’été :

  1. Produits, production, travail : comment fabrique-t-on des objets de qualité et comment aussi certifie-t-on la qualité ? Comment fait-on connaître la qualité de l’objet et celle de la certification ?
  2. Qualité des échanges de marchandise : monnaie, techniques du jugement, réseaux d’information en dehors de la certification. Comment s’accorde-t-on sur une qualité ? Quels sont les arguments du marchandage ? Quelle est la qualité de la monnaie ?
  3. Qualité des biens de consommation : biens alimentaires et biens de prestige, capacité des objets à classer les individus à l’intérieur de groupes et les groupes les uns par rapport aux autres.

Une session sera réservée à l’historiographie (médiévale et moderne) du sujet et une autre à une présentation par un sociologue et un économiste.

Chaque thème donne lieu à deux conférences de 30 minutes chacune, une concernant la période médiévale, la seconde la période moderne. Chaque session est suivie de 30 minutes de discussions portant sur les deux communications.

Modalités d’inscription

Des places sont disponibles pour les jeunes chercheurs en histoire économique médiévale et moderne, en économie et en sociologie : doctorants, post-doctorants.

Les langues de travail étant l’anglais et/ou le français, les candidats devront avoir une connaissance minimale des deux langues (l’expression orale se fera dans la langue de son choix).

Il sera demandé aux candidats une communication orale (en rapport avec le sujet des journées) qu’ils feront à partir de la présentation d’un fonds d’archives ou d’une source d’histoire économique qui a été au cœur de leur travail de doctorat.

L’organisation prendra en charge le séjour sur place et les frais de déplacement (aller-retour) à la hauteur de 200 euros max.

Le nombre de places étant limité, les candidatures seront examinées par un comité de sélection.

Le dossier (en anglais ou en français) comprendra :

  • Un curriculum vitae détaillé
  • Une présentation (2 pages minimum) du sujet de doctorat, des sources utilisées et de la communication orale envisagée.

Les candidatures sont à envoyer avant le 20 juin 2016

(réponse le 30 juin)

à Emmanuel Huertas (Univ. Toulouse 2) : emmanuel.huertas@univ-tlse2.fr

Responsables scientifiques

  • Michela Barbot (CNRS, Idhes)
  • Patrice Baubeau (Univ. Paris Ouest La Défense, Idhes)
  • Marc Bompaire (EPHE, Saprat)
  • Julie Claustre (Univ. Paris 1, Lamop)
  • Anne Conchon (Univ. Paris 1, Idhes)
  • Laurent Feller (Univ. Paris 1, Lamop)
  • Agnès Gramain (Univ. Paris 1, Isst)
  • Emmanuel Huertas (Univ. Toulouse 2, Framespa/CNRS)

Liste des participants

  • Michela Barbot (CNRS, IDHES ENS Cachan)
  • Gil Bartholeyns (Univ. Lille 3, IRHiS)
  • Patrice Baubeau (Univ. Paris Ouest La Défense, IDHES)
  • Christian Bessy (CNRS, IDHES ENS Cachan)
  • Marc Bompaire (Ecole pratique des hautes études, SAPRAT)
  • Julie Claustre (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne, LAMOP)
  • Anne Conchon (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne, IDHES)
  • Bert De Munck (Université d’Anvers)
  • Laurent Feller (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne, LAMOP)
  • Toni Furio (Université de Valence)
  • Pierre Gervais (Univ. Sorbonne Nouvelle Paris 3, CREW)
  • Agnès Gramain (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ISST)
  • Emmanuel Huertas (Univ. Toulouse 2 Jean Jaurès/CNRS, FRAMESPA)
  • Lucien Karpik (Ecole des Mines de Paris, CESPRA)
  • Corine Maitte (Univ. Paris Est Marne-la-Vallée, ACP)
  • Roland Viader (CNRS, FRAMESPA)

Organisation des journées

Journée 1 : dimanche 28 août

Matin                                               

8 h 15 : accueil des participants

8 h 30 : Session 1 – Les économies de la qualité pour les économistes et les sociologues

  • Lucien Karpik (Ecole des Mines de Paris)
  • Christian Bessy (CNRS, Idhes ENS Cachan)

9 h 30 : discussion

10 h 00 : pause café

10 h 30 : Session 2 – Les économies de la qualité : historiographie médiévale et moderne

  • Laurent Feller (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Bert De Munck (Université d’Anvers)

11 h 30 : discussion

12 h 00 : repas

Après-midi

15 h 00 : Session 3 – Présentation des travaux des doctorants/post doctorants

  • coord. Patrice Baubeau (Univ. Paris Ouest La Défense)

16 h 30 : discussion

17 h 00 : fin des travaux de la journée

Journée 2 : lundi 29 août

Matin 

8 h 30 : Session 4 – La qualité du travail : certifications et garanties

  • Corine Maitte (Univ. Paris Est Marne-la-Vallée)
  • Marc Bompaire (EPHE, Saprat)

9 h 30 : discussion

10 h 00 : pause café

10 h 30 : Session 5 – Qualité des produits et biens de consommation

  • Gil Bartholeyns (Univ de Lille 3)
  • Anne Conchon (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

11 h 30 : discussion

12 h 00 : repas

Après-midi

15 h 00 : Session 6 – Présentation des travaux des doctorants/post doctorants

  • coord. Emmanuel Huertas (Univ. Toulouse 2 Jean Jaurès/CNRS)

16 h 00 : discussion

16 h 30 : fin des travaux de la journée

Journée 3 : mardi 30 août

Matin

8 h 30 : Session 7 – La qualité des échanges : informations, jugements et position des acteurs

  • Toni Furio (Université de Valence)
  • Pierre Gervais (Univ. Sorbonne Nouvelle Paris 3)

9 h 30 : discussion

10 h 00 : pause café

10 h 30 : Session 8 – Présentation des travaux des doctorants/post doctorants

  • coord. Julie Claustre (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

11 h 15 : discussion

11 h 45 : Session 9 – Table ronde finale

  • Michela Barbot (CNRS)
  • Patrice Baubeau (Paris Ouest La Défense)
  • Marc Bompaire (EPHE)
  • Julie Claustre (Univ. Paris 1)
  • Anne Conchon (Univ. Paris 1)
  • Laurent Feller (Univ. Paris 1)
  • Agnès Gramain (Univ. Paris 1)
  • Emmanuel Huertas (Univ. Toulouse 2)

12h30 : repas

14h30 : départ des participants

Lieux

  • Suse, Italie

Dates

  • lundi 20 juin 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • marché, qualité, personne

Contacts

  • Emmanuel Huertas
    courriel : emmanuel [dot] huertas [at] univ-tlse2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Emmanuel Huertas
    courriel : emmanuel [dot] huertas [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les économies de la qualité. Les personnes et les choses sur les marchés médiévaux et modernes », École d'été, Calenda, Publié le mardi 10 mai 2016, http://calenda.org/365619