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La recherche objet de recherche : réflexivité et distanciation critique

Research as a research subject - reflexivity and critical distance

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Publié le vendredi 13 mai 2016 par Céline Guilleux

Résumé

La recherche est par nature une activité critique : critique des avancées précédentes et surtout critique vis-à-vis de sa propre actualité, le chercheur adoptant pour cela une posture de distanciation relative à son travail et à ses méthodes et réflexive quant à ce qu’il produit et ses façons de travailler. C’est sur ce point spécifique (dimension critique et réflexive) que cet appel à articles pour un numéro thématique de NPSS – Nouvelles Perspectives en Sciences Sociales entend cibler la réflexion et les échanges.

Annonce

Argumentaire

La recherche est une activité sociale, professionnelle, productrice de savoirs et, directement ou indirectement, de progrès et de richesses. C’est une activité qui, comme toute activité socioprofessionnelle, a ses codes, ses réseaux, ses dimensions éthique et déontologique. Elle est une activité par nature innovante avec la production de nouveaux savoirs ou la mise en œuvre de nouvelles méthodes pour répondre à d’anciennes ou de nouvelles questions, pour alimenter des débats.

On trouve dans ce champ des travaux de grande qualité : La thèse de Mélodie Faury[1], les travaux de Joëlle Le Marec et d’Igor Babou[2], de Baudouin Jurdant[3] et, plus généralement, ceux du Laboratoire d'Analyse des Sciences et des Technologies de l'Université de Strasbourg, par exemple, et d’autres encore. Il existe bien un champ des science studies comme il existe un champ des gender studies ou des urban studies. Mais les travaux cités et bien d’autres montrent que ce champ se distingue des autres studies pour deux raisons principales. Tout d’abord, de façon sans doute conjoncturelle, il est, quel que soit l’indicateur choisi (nombre de chercheurs concernés, nombre de publications…), moins exploré que d’autres champs. Deuxièmement, et de façon véritablement structurelle, il est lui-même son propre objet, ce qui est, peut-être, la raison majeure de son peu de visibilité actuelle.

En effet, la recherche est par nature une activité critique : critique des avancées précédentes et surtout critique vis-à-vis de sa propre actualité, le chercheur adoptant pour cela une posture de distanciation relative à son travail et à ses méthodes et réflexive quant à ce qu’il produit et ses façons de travailler.

C’est sur ce point spécifique (la dimension critique et réflexive) que cet appel à articles pour un numéro thématique de NPSS entend cibler la réflexion et les échanges et non sur les dimensions politique, sociale, économique et culturelle de la production scientifique, même si celles-ci, par les représentations que s’en font le chercheur ou les collectifs de chercheurs, participent aux orientations que peut prendre la dimension critique et réflexive de la recherche.

La dimension réflexive est consubstantielle de la recherche. On peut le vérifier à l’échelle de chaque chercheur, peut-être plus dans certaines disciplines que dans d’autres ; on peut le constater aussi à l’échelle de certains programmes de recherche ou à l’échelle institutionnelle comme le montre  Joëlle Le Marec avec l’ouvrage qu’elle a dirigé en 2010, intitulé Les études de sciences : pour une réflexivité institutionnelle. Mais les chercheurs semblent avoir quelques réticences à traiter de cette posture réflexive et de la distanciation critique qu’elle suppose, comme objets de recherche.

Peu de travaux existent et nombreuses sont les questions en suspens. Les questions que nous proposons aux auteurs souhaitant soumettre un texte portent sur les thèmes suivants :

  • Qui est le chercheur ? Sans aborder cette question par des approches d’ordre socio-économiques, il s’agit, sur un plan épistémologique, d’aborder la question de la spécificité du chercheur, celle de l’institution de recherche quant aux rapports qu’entretiennent l’un et l’autre avec eux-mêmes. La recherche est-elle un mode d’agir particulier ? En quoi celui-ci se spécifie-t-il ? Comment se voit le chercheur, comment se voit la recherche quand l’un et l’autre se regardent ? Cette spécificité relève-t-elle, exclusivement ou non, de la capacité de distanciation critique et de pratique réflexive ? Est-il envisageable d’objectiver son objet de recherche quand on en fait soi-même partie ? Au contraire, faut-il admettre que faire de la recherche sur la recherche revient à regarder un miroir déformant ? Quelle posture prennent ces chercheurs vis-à-vis de la recherche ? Comment eux-mêmes la justifient-ils ?
  • Quelles seraient les causes de la crainte évoquée précédemment de poser cette spécificité comme objet de recherche ? Seraient-elles relatives à une structure mentale ou sociale amenant à éviter de se regarder, individuellement ou collectivement, de façon informelle ou institutionnelle ? Le contexte de production scientifique rendrait-il cette auto-analyse peu rentable, en termes de valorisation, ou peu communicable faute de supports adéquats ?
  • La pratique de la recherche par projet sous-tendue par des contrats s’est très largement développée ces dernières décennies : contribue-t-elle à renforcer cette distanciation critique et la pratique réflexive ou, au contraire, l’empêche-t-elle ? Qu’en était-il si l’on remonte plus loin dans l’histoire ? Plus largement, les différents modes et les différentes circonstances de production de la recherche (selon les périodes, les cultures, les disciplines, les méthodes employées, les types de résultats attendus, les partenariats, les ancrages institutionnels…) incitent-ils ou contraignent-ils cette réflexivité, cette distanciation critique ?
  • Comment est produite la recherche sur la recherche ? Les liens entre recherche et réflexivité se sont-ils distendus ou affaiblis, vont-ils se distendre ou, au contraire, constate-t-on une imbrication plus forte ? À quelles échelles ? Individuellement, le chercheur n’est-il pas confronté à l’obligation de cette posture réflexive ? Inversement, aux échelles institutionnelles, ne pourrait-on pas faire le constat d’une séparation accrue de la recherche (en tant que pratique) avec la réflexion sur la recherche ?

Les textes proposés pourront relever de toutes les disciplines, soit à partir d’exemples concrets, soit à partir d’approches plus globales ou plus théoriques, sans exclusive quant aux approches (groupes sociaux, sociétés, méthodes, débats et questionnements), ni quant aux disciplines, institutions de recherche ou périodes historiques.

Notes

[1] Mélodie Faury, Parcours de chercheurs. De la pratique de recherche à un discours sur la science : quel rapport identitaire et culturel aux sciences ?, Thèse en Sciences de l’information et de la communication, Lyon, École normale supérieure (ÉNS), 2012.

[2] Par exemple : Joëlle Le Marec, Igor Babou (dir.), Sciences, médias et société, Lyon, École normale supérieure (ÉNS), 2005 ; Igor Babou, Joëlle Le Marec, « La presse alternative de critique des sciences des années soixante-dix et les études de sciences contemporaines : inspirations politiques et construction académique », dans Joëlle Le Marec, Mimmo Pucciarelli (dir.), La presse alternative entre la culture de l’émancipation et les chemins de l’utopie, Lyon, Éditions de l’Atelier de création libertaire, 2013 ; Igor Babou, « Sciences, télévision et rationalité », dans Marc Amblard (dir.), Rationalité, Mythes et Réalités, Paris, L’Harmattan, 2010.

[3] Par exemple : Baudouin Jurdant, « La science est-elle un bien public ? », dans Nicolas Witkowski, L’état des sciences et des techniques, Paris, La Découverte, 1991 ; Baudouin Jurdant, Les problèmes théoriques de la vulgarisation scientifique, Paris, Éditions des archives contemporaines, coll. « Études de science », 2009 ; Baudouin Jurdant, « Créativité et formation des scientifiques », Tiers-Monde, vol. 20, no 78, 1979, p. 254-255.

Modalités de soumission

Les auteurs intéressés par cette problématique annonceront leur projet à Denis Martouzet à l’adresse courriel suivante : denis.martouzet@univ-tours.fr en mettant Claude Vautier en copie (claude.vautier@ut-capitole.fr). Les articles seront expédiés à la même adresse

au plus tard le 30 novembre 2016.

Ceux qui traverseront avec succès le processus d'évaluation seront publiés en novembre 2017 dans le volume 13, numéro 1 de la revue.

Comité de rédaction

  • Soraya Baït, Université François Rabelais, Tours, France
  • Marina Casula, Université de Toulouse 1 Capitole, Toulouse, France
  • Benoît Feildel, Université François Rabelais, Tours, France
  • Roger Gervais, Université Sainte Anne, Pointe-de-l’Église, Nouvelle Écosse, Canada
  • Mélanie Girard, Université de Hearst, Hearst, Ontario, Canada
  • Laure Jacquet, Université François Rabelais, Tours, France
  • Paul Jalbert, Université Laurentienne, Sudbury, Ontario, Canada
  • Simon Laflamme, Université Laurentienne, Sudbury, Ontario, Canada
  • Denis Martouzet, Université François Rabelais Tour, France
  • Ali Reguigui, Université Laurentienne, Sudbury, Ontario, Canada
  • Pascal Roggero, Université Toulouse 1 Capitole, Toulouse, France
  • Léonardo Rodriguez Zoya, Universidad de Buenos Aires, Buenos Aires, Argentine

Comité consultatif

  • Jean-Robert Alcaras, Université Populaire d’Avignon, France
  • Bernard Ancori, Université Louis-Pasteur, Strasbourg, France
  • Julie Boissonneault, Université Laurentienne, Sudbury, Ontario, Canada
  • Heidi Bouraoui, Université York, Toronto, Ontario, Canada
  • Paul Bourgine, École polytechnique, Paris, France
  • Yvon Gauthier, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada
  • Simon Langlois, Université de Laval, Québec, Canada
  • Edgar Morin, Centre national de recherche scientifique, Paris, France
  • André Orléan, CREA Polytechnique

Dates

  • mercredi 30 novembre 2016

Mots-clés

  • recherche, épistémologie, réflexivité, distanciation

Contacts

  • Denis Martouzet
    courriel : denis [dot] martouzet [at] univ-tours [dot] fr
  • Claude Vautier
    courriel : claude [dot] vautier [at] ut-capitole [dot] fr

Source de l'information

  • Denis Martouzet
    courriel : denis [dot] martouzet [at] univ-tours [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La recherche objet de recherche : réflexivité et distanciation critique », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 13 mai 2016, http://calenda.org/366248