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Le temps

Time - a contemporary history of a political and scientific issue

Histoire contemporaine d’un enjeu politique et scientifique

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Publié le vendredi 13 mai 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque a pour objectif de rassembler des chercheurs abordant dans leurs travaux historiques la question de l’action sur les temporalités, lorsque le temps est une catégorie explicitement utilisée (long-terme, simultanéité, attente, élaboration de séquences temporelles). Il entend dépasser l’étude du temps et des temporalités comme simple cadre ou arrière-plan de l’évolution historique des sociétés, pour encourager une historicisation du temps comme catégorie d’action à l’époque contemporaine.

Annonce

Argumentaire

Urgence, anticipation, veille : ces rapports au temps emblématiques des sociétés contemporaines sont autant de catégories dont ce colloque se propose d’étudier la construction et le contexte de production. La question du temps a donné lieu à une littérature assez abondante en sociologie et en science politique (Evrard, Matagne, 2014). En histoire, depuis les travaux pionniers de la fin des années 1960 (Thomson, 1967), quelques champs de recherche ont été défrichés : temps de travail (Maitte et Terrier 2014), temps libre et temps de loisir (Corbin, 1991), impact des progrès technologiques sur la perception du temps (Kern, 1983), régimes d’historicité (Hartog, 2002). Sans ignorer ces travaux pionniers, ce colloque entend dépasser l’étude du temps et des temporalités comme simple cadre ou arrière-plan de l’évolution historique des sociétés, pour encourager une historicisation du temps comme catégorie d’action à l’époque contemporaine, en s’intéressant aux normes temporelles produites dans le but de contrôler, d’organiser, de dominer.

Ce colloque a pour objectif de rassembler des chercheurs abordant dans leurs travaux historiques la question de l’action sur les temporalités, lorsque le temps est une catégorie explicitement utilisée (long-terme, simultanéité, attente, élaboration de séquences temporelles).

La maîtrise du temps pose des questions politiques, sociales et économiques à plusieurs échelles géographiques ; son histoire implique différents milieux d’ “experts” et d’ “ouvriers” du temps. Sans ignorer leur histoire longue, nous proposons de nous concentrer sur une histoire contemporaine des temporalités. La période remontant à la fin du XVIIIe siècle est en effet particulièrement riche pour aborder cette question : elle débute par une réflexion scientifique et philosophique sur le temps, liée à l'essor des techniques de mesure du temps. Le tournant fondamental semble néanmoins intervenir à la fin du XIXe siècle, au moment de l'entreprise de synchronisation menée par les sociétés occidentales, visant à fabriquer un temps unique à l’échelle mondiale.

Il est certes possible, à la suite de François Hartog, d’identifier certains « régimes d’historicité » révélant la perception du temps partagée par la plupart des membres d’une société à une époque donnée. Cependant, comme le suggèrent les travaux les plus récents, les cadres temporels dans lesquels pensent et agissent différentes catégories d’acteurs apparaissent en réalité pluriels, se superposant les uns aux autres, se combinant souvent, s’opposant parfois. Ainsi, de nombreuses formes de résistances locales sont apparues en opposition aux tentatives d’imposer un temps unique dans un contexte impérial au tournant du siècle (Ogle, 2015). Pour comprendre cet enchevêtrement des temps contemporains, il sera intéressant d’aborder trois de ses modalités : sa dimension scientifique (experts, techniques, protocoles), ses imbrications avec différentes échelles spatiales et ses implications politiques.

Cette étude des temporalités et de leur construction contemporaine peut trouver des résonnances dans différents champs historiographiques. En plus des travaux relevant explicitement de l’histoire des temporalités, le colloque sera l’occasion pour des chercheurs, doctorants ou confirmés, d’approfondir cette dimension de leur objet d’étude. Les historiens de la guerre pourront par exemple aborder celle-ci comme un temps exceptionnel appelant une maîtrise et une gestion de rythmes spécifiques (Garraud, 2015). Dans la même perspective, on peut penser à l’histoire des savoirs, des techniques et de l’expertise (Sörlin et Warde, 2009), à l’histoire de l’humanitaire, à l’histoire des mouvements sociaux, l’histoire globale, l’histoire de la vie quotidienne.

1er axe problématique : construire et gérer le temps

Agir dans l’urgence, en situation exceptionnelle, ou encore agir sur et pour le futur nécessite une préparation et une reconnaissance institutionnelle ou scientifique. Du moins est-ce l’idée que différentes catégories d’experts ont tenté d’imposer, faisant du temps une discipline avec ses codes propres que l’on ne peut maîtriser qu’à l’aide d’une formation spécifique.

Différentes interventions peuvent être observées, des pratiques d’homogénéisation du temps international à la fin du XIXe siècle, à l’invention des modèles informatiques à la fin des années 1960, seuls capables d’anticiper « scientifiquement » les grandes évolutions du monde.

Fondées sur un ensemble de savoirs, des pratiques de gouvernement comme la planification ou l’élaboration de systèmes d’urgence, nécessitent de faire appel à des acteurs qui ont fait de la gestion du temps leur profession (prospectivistes, planificateurs, urgentistes…). Mais l’identification même de ces experts des temporalités pose problème : les acteurs impliqués proposent et opposent différentes manières de gérer un même temps, différentes procédures pour l’encadrer. L’histoire de la fabrique d’une expertise sur le temps inclut donc aussi une analyse des conflits qu’elle a suscités ainsi que des structures de domination qu’elle produit.

2e  axe problématique : échelles géographiques et temporelles de l’action

Les entreprises de synchronisation du temps mondial menées à la fin du XIXe siècle peuvent entrer en contradiction avec cette multiplicité des catégories et savoirs temporels élaborés dans différents contextes locaux et nationaux. La construction des chemins de fer sur des distances longues par exemple a rendu nécessaire un travail de coordination entre les opérateurs et usagers des différentes gares, en dépit de la diversité des horaires locaux (Prasad, 2013 ; Barak, 2013). Si l’ère industrielle produit son propre régime temporel (Thompson, 1967), notre époque semble marquée par une inexorable accélération, que les sociologues étudient depuis une vingtaine d’années (Rosa, 2013), et qui paraît indissociable du processus de modernisation et des discours qu’il génère. On peut alors s’interroger sur les ressorts historiques de cette mutation de la perception du temps par les individus.

Un nouveau rapport au temps, censé être homogène, est imposé par le haut à des acteurs vivant jusqu’alors dans des temporalités parallèles. La fabrication de ce temps voulu universel donne lieu à un ensemble de négociations et d’ajustements visant à concilier différentes approches du temps.

Au-delà de cette dimension conflictuelle, la rencontre entre gestion du temps et gestion de l’espace vise aussi à traiter des phénomènes qui débordent des cadres spatio-temporels habituels. L’épidémiologie, à partir du début du XXe siècle, produit des cartes dynamiques dédiées à la maitrise de vastes espaces affectés par la diffusion rapide de maladies. Cet exemple pose également la question des échelles de la gouvernance du temps.

3e axe problématique : Temps politiques, du gouvernement quotidien à la gestion de crise

Le temps est un outil de gouvernance pour les décideurs. Dans les assemblées parlementaires, le temps dilaté de la réflexion et de l’art oratoire des élus entre parfois en contradiction avec l’impératif d’une solution politique que le législateur doit apporter rapidement. Ainsi, le temps de la délibération, comme celui de l’action politique, constituent des objets stimulants pour l’historien des temporalités. La volonté des pouvoirs dictatoriaux de fabriquer des hommes nouveaux se traduit par un remodelage des écritures du passé et de l’avenir, mais aussi par une insistance sur la ritualité, en rupture avouée avec le temps capitaliste dans les régimes soviétiques (Krakovsky, 2014).

A plus forte raison encore, les situations de crise – politiques, économiques, sociales – engendrent un nouveau rapport des acteurs au temps dont la maîtrise s’avère être un enjeu essentiel (Thénault, 2007).  Les épisodes guerriers sont également des observatoires de reconfigurations temporelles qui s’opèrent dans le cadre des opérations militaires, de la gestion des troupes, des armes et des vivres. De la guerre des tranchées à la blitzkrieg, on peut établir une typologie des guerres contemporaines au prisme de leurs rythmes.  

L’étude des interventions humanitaires pose aussi la question de la gestion des temporalités, lorsqu’il s’agit de gérer en urgence, et souvent à distance, des populations affaiblies, déplacées ou persécutées, selon un calendrier soumis à des aléas multiples.  

Calendrier et envoi des propositions

Le colloque se déroulera sur une journée et demie : l’après-midi du mardi 22 et la journée du mercredi 23 novembre 2016.

Nous demandons de fournir un résumé (abstract) du paper proposé en 5000 signes maximum, accompagné d’un court CV,

avant le 15 juin 2016.

Les abstracts doivent être envoyés à l’adresse suivante : cj2016.chsp@gmail.com

Les langues de communication seront le français et l’anglais, les abstracts peuvent être soumis dans l’une de ces deux langues.

Organisateurs

  • Sibylle Duhautois (Sciences Po, CHSP)
  • Charles-Antoine Wanecq (Sciences Po, CHSP)

Conseil scientifique

  • Prof. Jenny Andersson (Sciences Po, CEE)
  • Prof. Nicolas Delalande (Sciences Po, CHSP)
  • Prof. Roman Krakovsky (EHESS et Paris I)
  • Prof. Vanessa Ogle (University of Pennsylvania, département d’histoire)
  • Prof. Paul-André Rosental (Sciences Po, CHSP, CEE)

Bibliographie

Alain Corbin, Le temps, le désir et l’horreur: essais sur le dix-neuvième siècle, Paris, Aubier, 1991.

On Barak, On Time: Technology and Temporality in Modern Egypt, Berkeley, California University Press, 2013.

Aurélien Evrard, Geoffroy Matagne, « Temporalité »,  Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Presses de Sciences Po, 2014.

Philippe Garraud, « De la “drôle de guerre” à la “guerre-éclair”  », Temporalités, 21, 2015.

Tamara Hareven, Family Time and Industrial Time: The Relationship Between the Family and Work in a New England Industrial Community, Cambridge, Cambridge University Press,1982.

François Hartog, Régimes d’historicité : présentisme et expérience du temps, Paris, Seuil, 2003.

Stephen  Kern, The culture of time and space, 1880-1918, Cambridge, Harvard University Press, 2003.

Roman Krakovský, Réinventer le monde: l’espace et le temps en Tchécoslovaquie communiste, Paris, Publications de la Sorbonne, 2014.

Corine Maitte et Didier Terrier (éd.), Les temps du travail: normes, pratiques, évolutions, XIVe-XIXe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.

Vanessa Ogle, The Global Transformation of Time: 1870-1950, Cambridge, Harvard University Press, 2015.

Vanessa Ogle, « Whose Time Is It? The Pluralization of Time and the Global Condition, 1870s–1940s », The American Historical Review, 118, 2013.

Ritika Prasad, “‘Time-Sense”: Railways and Temporality in Colonial India.”, Modern Asian Studies, 47, 2013.

Hartmut Rosa, Social acceleration: a new theory of modernity, New York, Columbia University Press, 2013.

Sverker Sörlin et Paul Warde, Nature’s End : History and the Environment, Basingtstoke, Palgrave Macmillan, 2009.

Sylvie Thénault, « L’état d’urgence (1955-2005). De l’Algérie coloniale à la France contemporaine : destin d’une loi », Le Mouvement Social, 218, 2007.

Edward P. Thompson, “Time, work-discipline and industrial capitalism.”, Past & Present, 38, 1967.

Lieux

  • CHSP Sciences Po - 56 rue Jacob
    Paris, France (75006)

Dates

  • mercredi 15 juin 2016

Mots-clés

  • temps, temporalité, urgence, futur

Contacts

  • Sibylle Duhautois
    courriel : cj2016 [dot] chsp [at] gmail [dot] com
  • Charles-Antoine Wanecq
    courriel : cj2016 [dot] chsp [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Sybille Duhautois
    courriel : cj2016 [dot] chsp [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le temps », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 13 mai 2016, http://calenda.org/366465

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