Calenda - Le calendrier des lettres et sciences humaines et sociales

Les voyageuses dans l'océan Indien XIXe-première moitié du XXe

Female travellers in the Indian Ocean - 19th century-early 20th century

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Publié le mardi 17 mai 2016 par João Fernandes

Résumé

Les historiens du Centre de recherches et d’études sur les sociétés de l’océan Indien (CRESOI) de l’Unité de recherches océan Indien / Espaces et sociétés de l’université de La Réunion, lancent un appel à contributions en vue de la publication d’un ouvrage collectif sur le thème des femmes voyageuses dans l’océan Indien au cours des XIXe et de la première moitié du XXe siècle.

This is a call for papers from the historians of the University of La Réunion, members of the Research centre for studies on Indian Ocean societies (Centre de recherches et d’études sur les Sociétés de l’océan Indien-CRESOI) and the Indian Ocean Research Unit/Societies and Spaces (Unité de recherches Océan Indien/Espaces et sociétés) with the aim of publishing a collective work on the theme of women travellers in the Indian Ocean during the late 19th and the first half of the 20th century.

Annonce

Argumentaire

Ces recherches s’inscrivent dans les programmes menés par le CRESOI. Elles prolongent de multiples travaux qui ont abordé l’histoire du voyage lointain dans l’océan Indien à travers ses vocations exploratoires, missionnaires, militaires, administratives, scientifiques le plus souvent à des fins coloniales. Le voyage s’examine ici autant comme un déplacement qu’une appréhension de l’ailleurs et une transformation de soi au contact de l’Autre. A l’image d’un Alfred Grandidier (J.E.Monnier, 2013), les travaux se sont focalisés pour grande part sur les hommes qui ont quitté leur port d’attache pour découvrir et baliser de nouveaux espaces. En complément, d’autres recherches se sont intéressées à l’émergence de l’aventure au féminin en France (V. Boulain, 2012) depuis le milieu du XIXème siècle. Ces enquêtes ont permis d’identifier différentes figures féminines du déplacement. Dans un contexte où la sédentarité est considérée comme une valeur « hautement féminine », la mise en mouvement des femmes (M. Perrot, 2005), leur désir de nouveaux territoires, leurs revendications d’autres pratiques et usages attirent l’attention. Le départ est révélateur d’une forme de transgression sociale qui rejoint un goût prononcé pour la liberté et l’émancipation. Ces femmes qui voyagent seules présentent donc nécessairement un profil particulier qu’il revient à l’historien (ne) d’analyser et de comprendre. Questionnant les glissements terminologiques de la « grande voyageuse », à « l’exploratrice », puis à la « sportive », ces travaux les inscrivent dans une périodisation qui met à jour les mécanismes de démocratisation et d’individualisation de l’aventure des femmes au tournant du XXème siècle.

La présente recherche d’histoire culturelle et des représentations croise l’histoire coloniale, celle de l’aventure et du voyage (S.Vénayre, 2000, 2012), enfin l’histoire des femmes et du genre (Revue Clio 28, 2008). Elle se nourrit des outils d’analyse et résultats des études littéraires sur le récit (CLRV, Paris IV) ou la presse de voyage (CSLF, Paris Ouest Nanterre), source délicate mais incontournable en la matière.

Appartenant désormais à un champ universitaire reconnu, l’histoire des voyageuses a déjà donné lieu à une abondante production scientifique riche de collectes biographiques. Nous nous inscrivons dans l’ensemble de ces orientations bibliographiques et conceptuelles et souhaitons les approfondir par l’étude des femmes voyageuses dans un espace géographique particulier : l’océan Indien.

Espace immense couvrant plus de 75 000 000 km2,  l’océan Indien, appelé au XIXème siècle océan oriental ou mer des Indes, est limité au Nord par l’Inde et l’Iran, à l’Est par la Birmanie, la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie et l’Australie, à l’Ouest par l’Afrique et la péninsule arabique. Au Sud, il se prolonge par l’océan austral. Il se caractérise par un très grand nombre d’îles parmi lesquelles :

-les îles du sud ouest de l’océan Indien : Madagascar et l’archipel des Comores, les Seychelles, les îles Mascareignes : Réunion et Maurice.

-les îles de Zanzibar et Socotra

-Les îles Maldives et Sri Lanka (Ceylan)

-Les îles indonésiennes : Java, Sumatra, Bali

-Les îles australiennes

-les îles australes et antarctiques.

Au cours de la période 1850-1939, ces territoires passent pour la plupart sous domination européenne, sous l’emprise des colonisations britannique, française, néerlandaise ou allemande. Le trafic maritime connaît une radicale transformation à compter de l’ouverture du canal de Suez en 1869. En rapprochant l’Europe des pays bordiers de l’océan Indien et du Pacifique, le percement de l’isthme opère une véritable révolution commerciale, économique et culturelle. Que disent les voyageuses de ces rivages, de la mer, des peuples, des organisations sociales et politiques de cet espace géographique ? Si le parcours est une construction de l’esprit autant qu’une typologie (Rachel Bouvet, 2006), en quoi ces voyageuses contribuent-elles par leurs récits de vulgarisation ou leurs conférences dans des sociétés savantes, à la construction d’un imaginaire de l’océan Indien ? Quels sont leurs itinéraires recommandés, leurs étapes obligatoires, les prétendus risques à éviter, les expériences à vivre, les dépaysements promis dans ces territoires du lointain ? Existe-t-il finalement une pratique spatiale de sexe (Jacqueline Coutras 1987, 1996) dont témoigneraient les voyageuses par l’écriture ou la photographie de l’océan Indien ?

Intuitivement, la périodisation retenue dégage deux grands moments du voyage féminin que l’enquête permettra d’affiner.

Le premier qui court du début du XIXème aux années 1890 révèle les premières initiatives, les expériences pionnières, les figures que l’on a pu qualifier de « grandes voyageuses ». Les conditions du voyage, les routes empruntées, les contacts avec les populations locales relèvent de l’inconnu, de la soif de découverte et de la prise de risque. Notre ambition vise à sortir de l’ombre les exploratrices qui ont fait de l’océan Indien ou de ses rivages leur terrain d’aventure.

Le second s’observe à compter des années 1890 dans le contexte de l’installation des empires coloniaux. Le voyage féminin devient plus fréquent, plus organisé, soutenu par des organes de presse, des institutions scientifiques, éducatives ou commerciales au début du XXème siècle. Les femmes qui voyagent sont des géographes, des journalistes-reporters, des écrivains, des photographes, des navigatrices, des aviatrices…C’est le second axe de notre enquête qui s’interroge sur les fonctions du voyage féminin dans les processus de colonisation. Notre étude s’achève avant la seconde guerre mondiale, avant donc la réelle démocratisation du voyage et l’avènement à proprement parler du tourisme de masse.

La collecte de ces données de première main (préparation matérielle du périple, déroulement organisationnel…), le croisement des itinéraires au cours des différents périples devraient faire émerger des figures représentatives des mutations et des enjeux du voyage féminin au cours des XIXème et début XXème siècle.

Modalités de soumission des textes et calendrier éditorial

Les textes peuvent être présentés en langue française et en langue anglaise.

  • Les propositions doivent être envoyées dans un premier temps sous la forme d’un titre et d’un résumé de 250 mots (times 12), accompagnés d’une notice biographique succincte au plus tard le  15 décembre 2016.
  • Les résumés seront soumis au Comité scientifique qui statuera sur la recevabilité avant le 15 janvier 2017.
  • Les articles dans leur version finale comporteront entre 40 000 et 50 000 signes (times 12) et seront à expédier avant le 15 juin 2017.

Tous les textes sont à envoyer simultanément aux deux adresses mail suivantes : 

  • Evelyne Combeau-Mari : ecombeau@univ-reunion. fr
  • Valérie Boulain : valerie.boulain@orange.fr

Comité Scientifique

  • Boulain Valérie (DR Histoire contemporaine. U Réunion)
  • Combeau-Mari Evelyne (Pr Histoire contemporaine. U Réunion)
  • Meure Marie-Chantal (MCF Littérature. U Réunion)
  • Tampoe-Hautin Vilasnee (MCF HDR Civilisation. U Réunion)

Catégories 

  • Histoire coloniale
  • Histoire des femmes et du genre
  • Histoire du voyage
  • Océan Indien
  • XIX°-début XX°

Argument

This research project is framed within the broader programmes of the CRESOI, and also comes as an extension of the multiple works that have so far emerged from the study of the history of voyage in the Indian ocean, in particular, voyages of the exploratory, missionary, military, administrative, scientific, and more frequently, colonial kind. The notion of voyage may be examined here in multiple ways : in its sense of a movement, or in its sense of the apprehension, the fear and/or the understanding of the  « Elsewhere », the « beyond » or the « yonder ». Voyage can also refer back to the transformation of the self when in contact with the Other. In the wake of Alfred Grandidier (J.E. Monnier, 2013), research concerned itself in large measure with men who had left their home bases to discover and delimit new spaces. Other studies have likewise focussed on the emergence of the female adventurer in France since the mid 19th century (V. Boulain, 2012).  Such inquiries enabled the identification of different female figures of the voyage. In a context where a sedentary way of life was considered as a « highly feminine » virtue, roving women could but begin to stir interest (M. Perrot, 2005), as did their desire to venture into new territories, and their demand for other practices and usages. The notion of departing moreover reveals a form of social transgression which reflects a distinct taste for freedom and emancipation. Further, those women who travel alone evince a specific profile which it is incumbent upon the historian to analyse and understand. Questioning the shifts in terminology from the female « grand traveller » (grande voyageuse) to the « explorer » (l’exploratrice), and later the « sportswoman » (la sportive), scholarship has so far framed them within a periodization which illuminates the mechanisms of the democratization and individualisation of the female adventure at the turn of the 20th century. 

Our research project based on the history of culture and representations intersects with colonial history,  the history of adventure and voyage (S. Vénayre, 2000, 2012), and also with gender and women studies (Revue Clio 28, 2008). It draws on the tools of analysis and results of literary investigations into the travel narrative (CRLV, Paris IV) or the travel press (CSLF, Paris Ouest Nanterre), a delicate,  precious source in this area of study. Having by now become a recognized academic field, the history of women travellers has undoubtedly given rise to an abundance of scientific productions, and biographical data.

Our research falls within the framework of these bibliographical and conceptual thrusts, and we wish the delve further into the study of women travellers in a specific geographical space : the Indian Ocean.

Covering more that 75 000 000 km2, the Indian ocean is a vast space, qualified as the oriental ocean or the Sea of the Indies in the 19th century. Its northern boundaries are India and Iran. It is framed in the East by Burma, Thailand, Malaysia, Indonesia and Australia, in the West by Africa and the Arabian peninsula. To the South, the Indian Ocean gives way to the Austral Ocean and is caracterized by the presence of a large number of island, of which

-the islands in the south west of the Indian ocean: Madagascar and the archipelago of the Comores, the Seychelles, the Mascareines : Réunion and Maurice.

-the islands of Zanzibar and Socotra

-the Maldives and Sri Lanka (Ceylon)

-The Indonesian islands: Java, Sumatra, Bali

-The Australian islands

-the Austral and Antarctic islands 

During the period between 1850 and 1939, most of these territories came under European domination, colonized by the British, the French, the Dutch and the Germans. Maritime traffic underwent a radical transformation with the opening of the Suez Canal in 1869. By bringing Europe closer to the rim countries of the Indian Ocean and the Pacific, the piercing of the isthmus paved the way for a real commercial, economic and cultural revolution.

What do the women travellers have to say about these spaces and shorelines ? about the people who inhabit them ? the social and political organisations of this geographical space ? If a trajectory is a construction of the mind as much as it is a typology (Rachel Bouvet, 2006), to what extent did these women travellers contribute to the forging of an imaginary of the Indian ocean through their narratives or their conferences given in learned societies ?

What were their recommended itineraries and routes, their compulsory stop overs ? their supposed risks to be avoided, their lived experiences, the promise of an exoticism offered in these remote territories ?

Finally, is there a spatial practice of the sex ? (Jaqueline Coutras 1987, 1996) which may be revealed in women’s writing or in their photography of the Indian Ocean ? 

Intuitively, the periodization brings to light two major eras in the female voyage which a survey will enable to further polish:

The first straddles a good part of the 19th century going up to the 1890s, revealing the first initiatives, and pionnering experiences, the emergence of female figures qualified as « grandes voyageuese ». The conditions of voyage, the routes taken, the contacts with the local populations refer back to the unknown, to the thirst for discovery and the taste for risk taking. We aim to foreground and cast new light on female explorers who made of the Indian ocean and its rim countries their ground of adventure. 

The second period extends from the 1890s onwards, within the context of the establishment of colonial empires. By the beginning of the XXth century, the female voyage increases in number, becomes more organized, is supported by the organs of the press, as well as by scientific, educational and commercial institutions. The women who then travelled were geographers, reporters, journalists, writers, photographers, navigatores, aviators…This is the second axis of our inquiry which interrogates the functions of the female voyage, within the context and the processes of colonisation. Our study will terminate just prior to World War II, before the real democratisation of the voyage and the advent, properly speaking, of mass tourism.

The data collecting of source material (préparation of the trip, organization, promotion..), the crossing of itineraries should bring to the fore figures that are representative of the mutations and strategies of female voyage in the course of the 19th and beginning of the 20th centuries.  

Guidelines for the submission of texts and editorial calendar  

The texts can be presented in either French or English.

 Initial Proposals should be sent in the form of a title and a summary of 250 words (Times 12), accompanied by a short biographical notice to reach us

before the 15th of December 2016.

 The Scientific committee will examine proposals and inform applicants before the 15th of january 2016.

 Articles in their finalized version may contain between 40 000 and 50 000 signs (Times 12) and must be sent before the 15th of juin 2017.

 All texts have to be sent simultaneously to the two email addresses below : 

Evelyne Combeau-Mari : ecombeau@univ-reunion. fr

Valérie Boulain : valerie.boulain@orange.fr 

Scientific Committee

  • Boulain Valérie (DR Histoire contemporaine. U Réunion)
  • Combeau-Mari Evelyne (Pr Histoire contemporaine. U Réunion)
  • Meure Marie-Chantal (MCF Littérature. U Réunion)
  • Tampoe-Hautin Vilasnee (MCF HDR Civilisation. U Réunion) 

Categories

  • Colonial history  
  • women and gender studies 
  • History of the voyage
  • Indian Ocean
  • XIXth century and beginning of XXth century

Lieux

  • Université de La Réunion - Avenue René Cassin
    Saint-Denis, La Réunion (97400)

Dates

  • jeudi 15 décembre 2016

Mots-clés

  • voyage, femme, océan Indien, XIXe, XXe

Contacts

  • Evelyne Combeau-Mari
    courriel : ecombeau [at] univ-reunion [dot] fr
  • Valérie Boulain
    courriel : valerie [dot] boulain [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Evelyne Combeau-Mari
    courriel : ecombeau [at] univ-reunion [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les voyageuses dans l'océan Indien XIXe-première moitié du XXe », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 17 mai 2016, http://calenda.org/366585