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Paysanneries et patrimonialisation dans les Suds

The peasantry and heritage in the South

Ressources, conflits, arrangements

Ressources, conflicts and arrangements

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Publié le mercredi 25 mai 2016 par João Fernandes

Résumé

Les campagnes des Suds sont depuis plusieurs années marquées par des logiques de mise en patrimoine qui modifient profondément les rapports entretenus entre les paysanneries et leurs supports de production traditionnels. L'objectif de cette journée est d'associer l'analyse de la dynamique conflictuelle pour l'accès aux ressources avec celle des « arrangements » mis en œuvre par les communautés locales dans (et par) les processus de patrimonialisation. Intégrés à des logiques de pouvoir et de contrôle, ces processus sont-ils également saisis par les paysanneries des Suds en tant que supports d'émancipation culturelle, politique et économique (reconnaissances de savoirs vernaculaires, de pratiques traditionnelles, du rôle des femmes, prétexte à davantage d’indépendance par rapport aux puissants acteurs agricoles et industriels) ?

Annonce

Présentation

Les campagnes des Suds sont depuis plusieurs années marquées par des logiques de mise en patrimoine qui modifient profondément les rapports entretenus entre les paysanneries et leurs supports de production traditionnels. Certaines ressources paraissent tout particulièrement concernées, notamment par le biais d’une requalification environnementale des territoires ruraux. Le renouvellement des systèmes de production et les recompositions territoriales qui en résultent rendent compte, dans un contexte économique devenu mondialisé, d’enjeux contemporains en matière de développement.

Les activités agricoles, d’élevage (ou les deux combinées le plus souvent) ont pendant longtemps été dominantes dans la mise en valeur des espaces ruraux et les systèmes de production élaborés faisaient largement appel aux ressources écologiques identifiées comme telles et perçues comme disponibles. En imposant la durabilité comme référentiel d’action dans le champ du développement, le volet environnemental, plus ou moins lié à la question du changement climatique, est au cœur des préoccupations nationales. Face aux multiples contraintes s’exerçant dorénavant dans l’exploitation des ressources - en termes d’accès et d’usages -, les paysanneries n’ont de cesse d’élaborer de nouveaux systèmes de ressources pour subvenir à des besoins toujours croissants au regard de l’augmentation démographique constante.

La mise en patrimoine de nombreuses ressources – spatialement délimitées dans le cas des aires protégées par exemple – constitue une des réponses apportées aux injonctions internationales prônant la préservation de l’environnement. Mais à l’échelle locale, des sources de revenus extra-agricoles se multiplient, remettant en cause la posture habituellement tenue quant-à la difficile adaptation des paysanneries des Suds face aux nouvelles contraintes économiques et environnementales auxquelles elles sont soumises.

Au-delà des oppositions aux nouvelles réglementations contraignant l’usage de ressources devenues patrimonialisées – donc intégrées à des dispositifs de contrôle dominants, sources de tensions et qui conduisent le plus souvent au conflit (conflit foncier et « feux de la colère » à Madagascar par exemple) – et au delà du contournement comme stratégie d’adaptation (coupe de bois illicite lorsque les forêts ne sont plus accessibles) et autres manifestations de contestation, n’y aurait-t-il pas d’autres formes de réactivité paysanne ? Le recours à la notion d’arrangement – entendue comme innovation fruit d’opportunités nouvelles avec la mise en patrimoine – nous semble à même d’appréhender les dynamiques paysannes en cours, en termes de production, de concurrence d’usages mais également de repositionnements sociaux et de reconnaissance. En effet, d’autres alternatives se multiplient et ce, tout particulièrement de la part des jeunes désireux de s’affranchir du carcan familial tout en renouvelant un lien d’attachement au local.

Ainsi, il a été constaté à l’échelle de l’exploitation familiale, voire même au niveau collectif – cadre associatif, communal – que la valorisation de l’activité paysanne en tant que telle, par le biais d’une offre touristique dite culturelle par exemple, pouvait permettre d’étoffer les sources de revenus, voire même de pérenniser l’exploitation. Cela constitue également un vecteur d’autonomisation pour les jeunes ne souhaitant plus travailler la terre : les paysanneries montagnardes du nord tanzanien, confrontées à un émiettement du foncier et à la chute des cours des cultures de rente, sont à cet égard assez représentatives de ces arrangements. Ailleurs, dans le Sahel malien, la patrimonialisation de la « Nature » avec la mise en réserve d’une partie du Gourma dans le but de protéger l’un des derniers grands troupeaux d’éléphants d’Afrique de l’Ouest, a ouvert de nouvelles perspectives pour certains acteurs locaux : la présence d’un des big five a été mise à profit pour diversifier les activités paysannes (artisanat, l’hôtellerie, guide, etc.). Entre l’impératif de la participation « locale » et les dispositifs de co-construction de patrimoines, de nouveaux espaces d’échanges et de rencontres sont mis en place. Dans quelles mesures les processus de patrimonialisation sont-ils mobilisés par les paysanneries des Suds comme une opportunité d’émancipation culturelle, politique et économique (reconnaissances de savoirs vernaculaires, de pratiques traditionnelles, du rôle des femmes, prétexte à davantage d’indépendance par rapport aux puissants acteurs agricoles et industriels) ?

Nous souhaiterions que cette journée organisée dans le cadre de l’AGF puisse ouvrir une re-lecture des stratégies paysannes contemporaines dans leur gestion des interrelations entre les logiques d’exploitation des ressources dites « naturelles » pour répondre à leur besoin de développement et les logiques de protection de l’environnement intégrées, à leur tour, dans des systèmes de ressources recomposés.

Programme

09h30 : Paysanneries et patrimonialisation dans les Suds. Ressources, conflits, arrangements. Introduction générale de la séance (Bénédicte THIBAUD & Rémi BÉNOS)

  • 10h00 : "Des ruralités sous tension : protecteurs, paysans et hédonistes dans la Serra da Mantiqueira - Brésil" (Johan MILIAN & Eve-Anne BUHLER / MCF Univ. Paris 8, UMR LADYSS)
  • 10h30 : « Les pêcheurs des Galapagos et du littoral sud ouest de Madagascar entre patrimonialisation et ouverture géographique : quels « arrangements ? « (Christophe GRENIER / MCF – HDR Univ. Nantes, UMR LETG)
  • 11h00 : « Territoire, produits de terroir, biodiversité : mises en patrimoine et anticipations des acteurs. Une relecture à partir de la Haute Bénoué (Cameroun) » (Christine RAIMOND / DR CNRS, UMR PRODIG)
  • 11h30 : « Pour une relecture des arrangements locaux en situation "patrimoniale" conflictuelle : les cas de la Wild Coast en Afrique du Sud, la Quebrada de Humahuaca en Argentine et San Pedro de Atacama au Chili » (Sylvain GUYOT / MCF- HDR, Univ. Limoges, UMR GEOLAB)

12h00 / 12h30 : Assemblée générale de l’AGF

12h30 / 14h00 : Déjeuner

  • 14h00 : « Les rizières étagées de Bali et de Nord-Luzon : production agricole, patrimoine culturel et enjeux environnementaux « (Yves BOQUET / PR Univ. Bourgogne, UMR THEMA)
  • 14h30 : « La zona del silencio", quand paysannerie locale et scientifiques trouvent un terrain d'entente autour de la biodiversité patrimonialisée (Frédérique BLOT / MCF Univ. Toulouse, INUC Albi-UMR GEODE)
  • 15h00 : « Agriculture paysanne, développement touristique et approches patrimoniales : le versant sud des Annapurna (Népal) entre déprise, adaptation et innovation » (Pierre DERIOZ / MCF- HDR Univ. Avignon, UMR PACTE & Mauve LETANG/ Docteure en géographie Univ. Paris 4 Sorbonne)
  • 15h30 : "Le Gabon vert, pilier de l'émergence ? Entre conflits et arrangements dans le parc national de la Lopé » (Caroline MOUMANEIX / Chercheur associé au LADYSS & Jean-Rémy NKOMBE/ SFR SCALE)

16h00 :Synthèse - Conclusion générale- Perspectives (Roland POURTIER, PR Émérite Univ. Paris1 Panthéon-Sorbonne, UMR PRODIG)

Coordination

  • Bénédicte THIBAUD, PR Univ. Bordeaux Montaigne, UMR LAM/PRODIG
  • Rémi BÉNOS, MCF Univ. Toulouse / INUC Albi, UMR GEODE

Lieux

  • Institut de Géographie, Grand Amphi - 191 rue Saint-Jacques
    Paris, France (75005)

Dates

  • samedi 04 juin 2016

Mots-clés

  • paysanneries, patrimonialisation, patrimoine, aires protégées, afrique, asie, amérique latine, océanie, conflit, environnement, nature, paysage, ressource territoriale

Contacts

  • Rémi Bénos
    courriel : remi [dot] benos [at] univ-jfc [dot] fr

Source de l'information

  • Rémi Bénos
    courriel : remi [dot] benos [at] univ-jfc [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Paysanneries et patrimonialisation dans les Suds », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 25 mai 2016, http://calenda.org/367620