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Face à la sorcellerie

Facing witchcraft

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Publié le mercredi 25 mai 2016 par João Fernandes

Résumé

Dans certaines régions d’Afrique, les « affaires de sorcellerie » et la chaîne de violences qui conduit du soupçon, ou de la rumeur, à l’accusation publique jusqu’au passage à l’acte (meurtre, lynchage), prennent aujourd’hui une dimension alarmante. Les chercheurs « face à la sorcellerie », confrontés à ces affaires ont une responsabilité d’acteurs et sont interpelés comme les juges et les médecins par ces processus de pénalisation et de médicalisation, sinon de politisation de la sorcellerie. L’enjeu n’est pas tant celui de l’irrationalité d’un système de croyances ni seulement celui d’une modernité insécurisée sur le plan spirituel, mais celui de la caution morale apportée à des « procès de sorcellerie » qui passent par la diabolisation de l’autre et la négation des droits de la personne humaine.

Annonce

Argumentaire

Dans certaines régions d’Afrique, les « affaires de sorcellerie » et la chaîne de violences qui conduit du soupçon, ou de la rumeur, à l’accusation publique jusqu’au passage à l’acte (meurtre, lynchage), prennent aujourd’hui une dimension alarmante. Les accusations peuvent cependant être portées devant les institutions légales car dans les systèmes judiciaires de ces pays africains, la « pratique de sorcellerie », associée à la « magie » et au « charlatanisme », est définie et sanctionnée en tant que délit ou crime par des articles des Codes pénaux introduits par l’autorité coloniale au milieu du XXe siècle et conservés, renforcés par les systèmes judiciaires postcoloniaux.

Face aux politiques d’exorcisme d’une « justice populaire » souvent exercée par les jeunes des villages ou des quartiers, les institutions et leurs dispositifs judiciaires, policiers et sanitaires font appel aux diagnostics et aux recours des thérapies religieuses. De la criminalisation des sorciers à la victimisation des ensorcelés en souffrance, les enjeux sont toujours les mêmes qu’il s’agisse de la qualification des « faits », de l’identité des accusateurs et des accusés, ou de la réversibilité des places occupées (ensorcelé/sorcier). Le fait que les accusations visent les plus vulnérables (femmes, jeunes déscolarisés ou au chômage, malades du sida, «enfants sorciers », migrants) confirme le processus de « déparentalisation » et de « dévillagisation » des affaires de sorcellerie, ce qui explique les passages à l’acte qui font l’évènement médiatique, court-circuitant les procédures de recours et de médiation sociale.

La récurrence des affaires de sorcellerie va de pair avec l’émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles formes de sorcellerie. Les « tradipraticiens » représentent un nouveau type de médiateurs proches des élites lettrées et des cercles du pouvoir, et ne sont pas très éloignés, malgré leur référence aux ressources de la tradition, des nouveaux pasteurs guérisseurs qui se proposent de « purifier l’espace public ». Les alternatives entre justice coutumière et justice pénale, entre conjuration familiale et politique du pardon, entre sanction juridique ou guérison divine, se sont quelque peu brouillées.

Ce colloque s’inspire des travaux menés au sein du programme ANR « L’État et les institutions face à la sorcellerie dans l’Afrique contemporaine. Violence, justice et droits de l’Homme » (EInSA). Il vise à enrichir son questionnement et ses analyses en ouvrant sur d’autres travaux menés dans d’autres régions du monde et d’autres périodes historiques de « procès de sorcellerie » interpelant l’Etat, la Justice et les acteurs religieux. Les réactions d’indignation des opinions publiques et la mobilisation de l’éthique des droits de l’Homme (ou des Droits de la personne humaine) face à des situations de lynchage ou de suicide de présumés sorciers, ou à la mort d’enfants « délivrés » du mal, aussi bien en Afrique qu’en Europe, ne permet plus de s’en tenir à une lecture « culturaliste » ou au recul des traditions locales.

« Face à … » et plus seulement « pris dedans » pour mieux comprendre. Au-delà des apports d’une ethnologie des tyrannies de l’intimité et de l’emprise de l’entre soi familial ou d’une anthropologie de l’imaginaire global de l’Etat sorcier, l’anthropologue est invité à faire face aux réponses que les dispositifs judiciaires, thérapeutiques et ecclésiologiques apportent aux individus et aux familles en souffrance aussi bien qu’aux attentes collectives de justice.

Les chercheurs « face à la sorcellerie », confrontés à ces affaires ont une responsabilité d’acteurs et sont interpelés comme les juges et les médecins par ces processus de pénalisation et de médicalisation, sinon de politisation de la sorcellerie. L’enjeu n’est pas tant celui de l’irrationalité d’un système de croyances ni seulement celui d’une modernité insécurisée sur le plan spirituel, mais celui de la caution morale apportée à des « procès de sorcellerie » qui passent par la diabolisation de l’autre et la négation des droits de la personne humaine.

Programme des interventions

Lundi 13 juin

9h30-12h30 : Ouverture

  • Sandra Fancello (CNRS-IMAF), Introduction, Face à la sorcellerie
  • Ramon Sarró (ISCA, Oxford), Lévy-Bruhl face à la sorcellerie guinéenne: responsabilité, participation et satisfaction.
  • André Mary (CNRS-IIAC), Le jugement de responsabilité et le « patient sorcier », retour sur la thèse de Fauconnet

Discutant : Julien Bonhomme

12h30-14h : déjeuner libre

14h00-17h30 : Des institutions saisies par la sorcellerie

  • Émilie Guitard (IFRA, Ibadan), Entre gestion municipale et usages sorcellaires des déchets : les institutions face aux « sorciers couverts d’ordures » (Cameroun).
  • Simona Taliani (Univ. Turin), L’organe extérieur: sorcellerie et migration des femmes nigérianes en Italie.

Discutant : Sandra Fancello

Pause-café

  • Andrea Ceriana Mayneri (Quai Branly, Paris), Épidémies de possession en milieu scolaire dans le carrefour tchadien.
  • Matthieu Salpeteur (ICTA, Barcelone), Des rois, des sorciers, des débats. L’autopsie semi-publique dans les Grassfields d’aujourd’hui.

Discutant : Franck Beuvier

Mardi 14 juin

9h30-12h30 : Imaginaire religieux  et guerre des images

  • Alessandro Gusman (Univ. Turin), Langage de la repentance et vision de la sorcellerie dans le pentecôtisme ougandais.
  • Kali Argyriadis (IRD-URMIS), Narcosatanisme et corps en morceaux au Mexique : la dévotion à la Santa Muerte au cœur de la guerre des images.
  • Déborah Kessler-BilthauerImages contemporaines de la sorcellerie et figures du Mal en Lorraine (France).

Discutant : André Mary

 12h30-14h : déjeuner libre

14h00-17h30 : Justice, droit et sorcellerie 

  • Franck Beuvier (CNRS-IIAC), La guerre du Maquis en procès de sorcellerie (province Bamiléké, Cameroun, 1957-1970).
  • Éric Jolly (CNRS-IMAf), Une sorcière présumée face à la justice malienne : du soupçon à la disculpation en contexte dogon (Mali).

Pause-café

  • Élisabeth Claverie (CNRS-ISP), Les juges internationaux, les fétiches et le combattant. Le procès de Germain Katanga devant la Cour pénale internationale (CPI).
  • Gervais Ngovon (CEMAC, Bangui), Les croyances et le Droit : des incertitudes de la justice centrafricaine face à la sorcellerie.

Discutant : Peter Geschiere

Mercredi 15 juin

9h30-12h30 : Les anthropologues face à la demande sociale et politique

  •  Roberto Beneduce (Univ. Turin), Demandeurs d’asile menacés par des armes mystiques ou du retour de la sorcellerie sur la table du droit.
  • Joseph Tonda (Univ. Libreville), L’anthropologue face aux medias et aux politiques sur les affaires de crimes rituels.
  • Peter Geschiere (Univ. Amsterdam), Une didactique contre la sorcellerie? Dilemmes anthropologiques.

Discutant : André Mary

Colloque de clôture du programme « L’État et les institutions face à la sorcellerie dans l’Afrique contemporaine. Violence, justice et droits de l’Homme » (EInSA 2012-2016) financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

Organisation

  • Sandra Fancello (IMAf),
  • Julien Bonhomme (LAS)
  • André Mary (IIAC)

Lieux

  • EHESS, salle M. & D. Lombard - 96 boulevard Raspail
    Paris, France (75006)

Dates

  • lundi 13 juin 2016
  • mardi 14 juin 2016
  • mercredi 15 juin 2016

Mots-clés

  • sorcellerie, Afrique, institutions, justice, droit

Contacts

  • Julien Bonhomme
    courriel : julienbonhomme [at] yahoo [dot] fr
  • André Mary
    courriel : morganam748 [at] gmail [dot] com
  • Sandra Fancello
    courriel : sandra [dot] fancello [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sandra Fancello
    courriel : sandra [dot] fancello [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Face à la sorcellerie », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 25 mai 2016, http://calenda.org/367734