AccueilLa philosophie au Québec : résilience et métamorphoses d’une mission intellectuelle et pédagogique

La philosophie au Québec : résilience et métamorphoses d’une mission intellectuelle et pédagogique

Philosophy in Quebec - the resilience and metamorphosis of an intellectual and pedagogical mission

Revue internationale d’études québécoises « Globe »

Globe - the international journal of Quebec studies

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Publié le mercredi 25 mai 2016 par João Fernandes

Résumé

La philosophie, sa pratique et son enseignement, n’a eu de cesse d’être remise en question depuis ses origines antiques. Discipline peu enseignée à travers le monde à l’extérieur de l’université, la philosophie a pourtant marqué l’évolution contemporaine du Québec. En particulier grâce au programme de la formation générale inscrite au cœur du réseau collégial québécois depuis 1968, la philosophie au Québec jouit d’une assise unique au monde pour y faire rayonner l’histoire et les fondements de la pensée rationnelle auprès des étudiants. Ce numéro thématique voudrait réunir des réflexions instruites et des études savantes sur certains des enjeux les plus importants dans l’enseignement et la recherche en philosophie dans le Québec contemporain.

Annonce

Argumentaire

Globe. Revue internationale d’études québécoises sollicite des propositions d’articles en vue de la préparation d’un numéro thématique consacré aux défis et enjeux de la philosophie au Québec comme domaine d’enseignement et de recherche.

La philosophie, sa pratique et son enseignement, n’a eu de cesse d’être remise en question depuis ses origines antiques. Discipline peu enseignée à travers le monde à l’extérieur de l’université, la philosophie a pourtant marqué l’évolution contemporaine du Québec. En particulier grâce au programme de la formation générale inscrite au cœur du réseau collégial québécois depuis 1968, la philosophie au Québec jouit d’une assise unique au monde pour y faire rayonner l’histoire et les fondements de la pensée rationnelle auprès des étudiants. Cependant, comme l’ont documenté nombre de publications récentes (Després; Leroux; Inchauspé; Simard), la place privilégiée de la philosophie étant régulièrement remise en question par les gouvernements ainsi que par divers groupes depuis l’instauration des cégeps, les philosophes du Québec ont dû apprendre à se coaliser pour défendre et renouveler sa mission intellectuelle et pédagogique.

Ce numéro thématique s’inscrit dans la foulée de l’État des lieux de la philosophie tenu à l’Université du Québec à Montréal en 2013 sous la direction de Christian Nadeau (Université de Montréal). Il voudrait réunir des réflexions instruites et des études savantes sur certains des enjeux les plus importants dans l’enseignement et la recherche en philosophie dans le Québec contemporain.

Dans la lignée des contributions récentes de la philosophe américaine Martha Nussbaum, ce qui pourrait apparaître ici comme une simple crise locale pourrait en réalité s’inscrire dans une « crise mondiale de l’éducation ». Une crise non seulement éducationnelle, mais aussi politique puisqu’elle mettrait à mal les conditions de possibilité tout comme « l’avenir de la démocratie. » (Nussbaum) Cet enjeu fait déjà l’objet d’un débat existentiel et politique aux États-Unis où la survie des Humanities dans les universités est menacée par la baisse systémique et concomitante de la clientèle étudiante et des subventions à la recherche. Il se pourrait aussi, comme l’ont soutenu divers philosophes européens tels Jürgen Habermas et Axel Honneth, que la crise de l’éducation ne soit qu’un symptôme d’une crise sociale et politique plus profonde, apportée par la mondialisation et la « réification » du monde vécu par la logique instrumentale du marché. Pour faire face à cette crise mondiale, le philosophe et sociologue Edgar Morin a soutenu récemment l’importance d’une éducation philosophique renouvelée, en dialogue avec les sciences sociales et naturelles, pour accéder à cet « esprit de complexité » transdisciplinaire qui pourrait nous permettre de faire face aux défis environnementaux, technologiques et politiques du XXIe siècle.

Depuis 1993, l’UNESCO a également publié plusieurs rapports et enquêtes sur l’état fragilisé de la philosophie et son avenir comme discipline d’enseignement dans les systèmes éducatifs d’Europe et d’Amérique du Nord. Les recommandations favorables de l’UNESCO à l’égard de l’extension de l’enseignement et de la formation philosophiques ont eu peu d’écho dans les officines ministérielles. Malgré les recherches faisant état des apports positifs de la philosophie à l’évolution des individus et de la société, nombre de rapports ministériels, au Québec et ailleurs, insistent sur l’importance prioritaire de préparer les étudiants au marché de l’emploi en leur permettant d’acquérir des connaissances et des compétences reconnues et valorisées par le secteur privé. Aussi, nombre de réformes de la formation secondaire et collégiale adoptées au cours des dernières années vont dans cette direction, tout comme le financement étatique de la recherche universitaire dans les domaines de la culture et des humanités. Dans un contexte où sa légitimité, ses institutions et ses ressources matérielles sont fragilisées, la philosophie peut-elle encore s’épanouir et influencer l’évolution de la société québécoise?

Depuis les travaux pionniers de John Dewey aux États-Unis et de Rabindranàth Tagore en Inde, la valeur de la philosophie est aujourd’hui reconnue pour le développement psychopédagogique du sens de l’empathie, de la responsabilité et de la solidarité chez les jeunes (Nussbaum; Brighouse; Matthews) En cette période historique de crise des inégalités, d’austérité et de transformation de la mission de l’État, ces objectifs pédagogiques « improductifs » pourraient être menacés par les impératifs économiques dominant actuellement les discours (Méchoulan) et les politiques de l’État (Martin & Ouellet). Dans l’actuelle crise (ou perception de crise), l’éducation au Québec est-elle de plus en plus mise au service du marché de l’emploi et de moins en moins au service du développement de la personne et du citoyen ?

Malgré les critiques du néolibéralisme en éducation et un certain consensus plutôt pessimiste sur l’avenir de la philosophie et de la culture générale (Chevrier), la philosophie a récemment démontré qu’elle pouvait participer activement à l’évolution de l’éducation au Québec, notamment avec l’instauration, aux niveaux primaire et secondaire, du programme Éthique et culture religieuse en 2008 (Leroux; Mercier). Bien que ce programme ne soit pas enseigné par des philosophes de formation et que ses objectifs ne soient pas, à proprement parler, de développer les compétences et connaissances philosophiques des enfants et des adolescents, les objectifs poursuivis par les cours ECR ont néanmoins une parenté évidente avec la philosophie telle qu’elle est enseignée au CÉGEP et à l’université (Mercier). Après huit ans d’enseignement du programme ECR encourageant la pratique du dialogue et la réflexion éthique, quel bilan peut-on en tirer ? Ce programme permet-il aux enfants du Québec de véritablement s’initier à la philosophie ?

L’explosion des sciences (naturelles, appliquées et sociales) remet également en question la place traditionnelle occupée par la philosophie dans nos institutions de recherche et d’enseignement. Par exemple, l’essor fulgurant des sciences cognitives, notamment les contributions des neurosciences, de la psychologie, de l’anthropologie, de la linguistique et de l’intelligence artificielle favorisent-elles un renouvellement de la pensée philosophique et de son enseignement ou, au contraire, ces contributions menacent-elles sa légitimité académique et sa pertinence éducative ? De plus, à l’ère de la virtualisation des savoirs (Fourmentraux ; Stiegler), est-ce que la philosophie est susceptible de se renouveler et consolider sa place, notamment au travers du prisme des « humanités numériques » (Le Deuff; Doueihi) ou, au contraire, se voit-elle menacer d’obsolescence par les avancées technologiques et médiatiques ?

Axes thématiques

Globe souhaite obtenir des textes concernant la philosophie au Québec, en particulier sur ses mutations actuelles et sur l’évolution de ses pratiques de recherche et d’enseignement au XXIe siècle. À titre de suggestions, Globe souhaite obtenir des textes sur les sujets suivants :

  • La légitimité de la discipline philosophique dans le cursus d’enseignement secondaire et post-secondaire au Québec
  • Les approches pédagogiques nouvelles dans l’enseignement de la philosophie au Québec et ailleurs
  • La place des femmes et des minorités dans le cursus et l’enseignement de la philosophie
  • L’identité et les spécificités de la philosophie québécoise
  • L’évolution de l’enseignement de la philosophie dans ses contenus, approches et méthodes au Québec et ailleurs
  • La philosophie pour les enfants
  • L’interdisciplinarité philosophique, ses liens avec les humanités, les arts, les sciences et les techniques
  • La philosophie et le développement des sciences cognitives
  • L’enseignement de la philosophie et l’engagement social et politique
  • L’enseignement de la philosophie et la qualité du débat démocratique au Québec
  • Les impacts de l’enseignement de la philosophie aux plans personnel, professionnel, économique et socioculturel au Québec
  • Les liens entre l’enseignement de la philosophie et la recherche fondamentale et appliquée au Québec
  • La comparaison de l’enseignement de la philosophie au Québec avec les pratiques de la philosophie ailleurs dans le monde
  • Le rôle et la place de la philosophie dans les « humanités numériques »

Modalités pratiques d'envoi des propositions

La date limite pour proposer un article est

le 15 septembre 2016.

Les articles doivent être d’une longueur de 20 à 25 pages à double interligne (pour un maximum de 8 000 mots, notes comprises). L’auteur doit également joindre un résumé de 300 mots et une liste de mots-clés. Les textes doivent être acheminés à Globe : revue internationale d’études québécoises par voie électronique (contact@revueglobe.ca). Ceux-ci seront soumis au processus habituel d’évaluation scientifique par les pairs. Les auteurs sont priés de suivre le protocole de rédaction disponible sur le site de la revue : http://www.revueglobe.ca/.

Coordination du numéro

Ce numéro thématique sera dirigé par Dave Anctil, professeur au département de philosophie du Collège Jean-de-Brébeuf et Christian Nadeau, professeur au département de philosophie de l’Université de Montréal.

Directeur

Pierre BARRETTE, Université du Québec à Montréal

Coordonnatrice à l’édition

Marie FORTIN, Université de Montréal

Secrétaire à l'édition et responsable des comptes rendus

Stéfany BOISVERT, Université du Québec à Montréal

Comité de rédaction

  • Micheline CAMBRON, Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises, Université de Montréal
  • Linda CARDINAL, École d’études politiques, Université d’Ottawa
  • Daniel CHARTIER, Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises, Université du Québec à Montréal
  • Karine COLLETTE, Département de lettres et communications, Université de Sherbrooke
  • Guy LACHAPELLE, Département de science politique, Université Concordia

Comité scientifique

  • Zila BERND, Université fédérale de Rio Grande del Sul
  • Gaétane DOSTIE, Université de Sherbrooke
  • Gilles DUPUIS, Université de Montréal
  • Euridice FIGUEIREDO, Université fédérale Fluminense
  • Andrée FORTIN, Université Laval
  • Gilles HAVARD, Centre national de la recherche scientifique
  • Rachel KILLICK, Université de Leeds
  • Ingo KOLBOOM, Université de Dresde
  • Józef KWATERKO, directeur, Centre de recherche en civilisation canadienne-française et en littérature du Québec, Université de Varsovie
  • Yvan LAMONDE, Université McGill
  • Jaap LINTVELT, directeur, Centre d'études canadiennes, Université de Groningue
  • Hans-Jürgen LÜSEBRINK, directeur, Institut d'études romanes et de communication interculturelle, Université de La Sarre
  • Bill MARSHALL, Université de Glasgow
  • Carmen MATA BARREIRO, Université autonome de Madrid
  • Ursula MATHIS-MOSER, Université Leopold-Franzens
  • Jane MOSS, Duke University
  • Yoshikazu OBATA, Université Meiji
  • Yannick RESCH, Université d'Aix-en-Provence
  • Christopher ROLFE, directeur, Centre d'études québécoises, Université de Leicester
  • John Kristian SANAKER, Université de Bergen
  • Thérèse ST-GELAIS, Université du Québec à Montréal
  • Françoise SULE, Université de Stockholm

Dates

  • jeudi 15 septembre 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • philosophie, Québec, résilience, métamorphose

Source de l'information

  • Marie Fortin
    courriel : contact [at] revueglobe [dot] ca

Pour citer cette annonce

« La philosophie au Québec : résilience et métamorphoses d’une mission intellectuelle et pédagogique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 25 mai 2016, http://calenda.org/367804