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Écrire l’histoire pour la jeunesse

Escribir la historia para la juventud

Writing history for young people

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Publié le mercredi 29 juin 2016 par João Fernandes

Résumé

Depuis une vingtaine années, on a vu se développer les publications sur la littérature de jeunesse qui abordent cette production à partir de divers angles historiques. Ces études privilégient généralement la période coloniale ou les périodes de conflit, et s’intéressent principalement à la question de la propagande : élaboration d’une culture coloniale ou d’une culture de guerre à destination de l’enfance. Parmi ces titres, La guerre des enfants : 1914-1918 de S. Audoin-Rouzeau (1993), plus récemment, Enfants en temps de guerre et littératures de jeunesse XXe-XXIe siècles sous la direction de C. Milkovitch-Rioux et alii (2013) ou Enfance et colonies : fictions et représentations (numéro de la revue en ligne Strenæ, sous la direction de Mathilde Lévêque, 2012). Tout en s’inscrivant dans le prolongement de ces travaux, ce numéro d’Amnis souhaite lancer une réflexion qui touche plus particulièrement à l’écriture de l’histoire pour la jeunesse.

Annonce

Argumentaire

Depuis une vingtaine années, on a vu se développer les publications sur la littérature de jeunesse qui abordent cette production à partir de divers angles historiques. Ces études privilégient généralement la période coloniale ou les périodes de conflit, et s’intéressent principalement à la question de la propagande : élaboration d’une culture coloniale ou d’une culture de guerre à destination de l’enfance. Parmi ces titres, La guerre des enfants : 1914-1918 de S. Audoin-Rouzeau (1993), plus récemment, Enfants en temps de guerre et littératures de jeunesse XXe-XXIe siècles sous la direction de C. Milkovitch-Rioux et alii (2013) ou Enfance et colonies : fictions et représentations (numéro de la revue en ligne Strenæ, sous la direction de Mathilde Lévêque, 2012). Tout en s’inscrivant dans le prolongement de ces travaux, ce numéro d’Amnis souhaite lancer une réflexion qui touche plus particulièrement à l’écriture de l’histoire pour la jeunesse.

 Le sujet est vaste, l’objet complexe. Les supports et genres concernés sont multiples (fictions, biographies, albums, B.D., collections spécialisées, etc.) et les publics visés variés (petite enfance, adolescence, filles, garçons). Pour appréhender cette production, on peut s’interroger en premier lieu sur sa vocation exacte. Si dans certaines périodes, elle cherche avant tout à éduquer et à convaincre pour embrigader, qu’en est-il de façon plus générale ? Qu’elle accompagne, remédie ou conteste l’enseignement de l’histoire à l’école, elle doit – pour séduire le lecteur et l’acheteur potentiel – développer des formules différentes de celles proposées par l’institution scolaire. De fait, si les formats et les collections dédiées à cette littérature contribuent à l’identifier, quels objets privilégie-t-elle ? Cécile Boulaire souligne, par exemple, « l’étrange et parfois dérangeante fascination de la littérature enfantine contemporaine pour le contexte de la seconde guerre mondiale, […] un silence gêné sur les événements a cédé le pas à une forme parfois voyeuriste d’escalade dans l’évocation des pires abjections » (compte rendu àEnfants en temps de guerre et littératures de jeunesse (XXe-XXIe siècles), Strenæ, n° 7, 2014). Comment faire comprendre aux enfants ce que furent les camps de concentration et d’extermination, l’expérience d’une violence extrême sans l’édulcorer (ainsi, Auschwitz expliquée à ma fille [1999] d’A. Wieviorka) ?

 Ces questions invitent à dépasser la distinction entre une littérature longtemps jugée « petite », « basse » – la littérature pour la jeunesse – et des formes « nobles », « hautes », comme l’histoire ou la littérature. Un tel parti pris tend en effet à appréhender l’écriture de l’histoire pour la jeunesse comme relevant d’une forme d’hybride, mêlant récit historique et récit pour la jeunesse, soit deux modes de narration que l’on poserait a priori comme difficilement compatibles. Historiquement, cette opposition ne tient pas. Dès ses origines, le livre destiné au jeune lecteur a vocation éducative ; l’idée de « déscolariser la lecture au nom du plaisir de lire » n’est que très récente (C. Chelebourg et F. Marcoin, La Littérature de jeunesse, 2007). Il est donc essentiel d’historiciser l’approche du phénomène. En 1788, l’abbé Barthélémy publie Le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, dans le milieu du quatrième siècle avant l'ère vulgaire, récit conçu sur le modèle du « tour », où l’abbé présente à ses jeunes lecteurs l’ensemble des connaissances acquises sur la Grèce antique. « J’ai composé un voyage plutôt qu’une histoire », annonce l’auteur, construction que ses détracteurs lui reprochent puisqu’elle suscite un mélange entre personnages historiques de premier plan et personnages secondaires fictifs. Au XIXsiècle, une même réticence persiste. Avec pas moins de cent soixante-dix titres publiés et douze millions de livres vendus, le célèbre éditeur pour la jeunesse, Samuel G. Goodrich, inonde le marché nord-américain de ses ouvrages d’histoire illustrée. Leur succès tient à une double recette : la présence d’un narrateur, un vieil homme, « qui a vu beaucoup de choses », Peter Parley, et le souci de ne jamais évoquer un sujet sans l’avoir illustré, sous forme de planches de très grande qualité. Même si aujourd’hui ses ouvrages ressemblent à d’austères manuels d’histoire, Goodrich admettait ironiquement : « Moi, qui avais entrepris d’enseigner la vérité, j’étais obligé de confesser que mon système avait la fiction pour fondation ! ».

 Ces différents questionnements ont nourri la pensée et les ouvrages de Thierry Aprile (1961-2013). C’est à ce professeur, historien et écrivain pour la jeunesse, que ce numéro d’Amnis souhaite rendre hommage. Comme l’écrit Laurence de Cock : Thierry Aprile avait « la conviction que la mise en forme de l’histoire et l’efficacité de sa transmission passaient par une trame narrative, pourquoi pas dramaturgique, rythmée par des personnages qu’il pouvait qualifier de “grands” et campée dans un décor volontiers – quoi que non exclusivement – national. » (http://aggiornamento.hypotheses.org/1299) Auteur de six ouvrages parus chez Gallimard Jeunesse, Thierry Aprile engage – conformément au titre de la collection – les jeunes lecteurs à se lancer « sur les traces » d’Aladdin (2001), des Pirates (2009), de Louis XIV (2010) et des Esclaves (2011) ; dans un autre format, mettant en scène l’écriture enfantine (collection « Le journal d’un enfant »), il a réinventé les mots de Rose, fille d’un poilu, pour traduire son regard sur la Grande Guerre (2004) et, en 2005, il a prêté sa voix à Joseph, enfant du Creusot, témoin de la révolution industrielle (1868-1872).

 On a souvent montré la dimension nationaliste, colonialiste, raciste et sexiste de la littérature de la littérature pour la jeunesse. Thierry Aprile était de ceux qui contraient systématiquement ces inflexions dans le choix de ses sujets et de ses personnages. Dans Pendant la Grande Guerre, la petite Rose lui permet de développer un regard aimant mais critique sur son frère Jean et ses élans patriotiques. Le 13 mars 1919, Rose écrit dans son journal : « Jean a été démobilisé le 15 février, il est maintenant avec nous à Paris. Mais il n’est plus comme avant. »

Axes de réflexion

1/ Écrire l’histoire pour la jeunesse. Vocation et stratégies.

  • Le rapport vérité et fiction, un rapport spécifique dans la littérature pour la jeunesse ?
  • Écrire l’histoire du point de vue de l’enfant.
  • Modalités et fonctions du recours à l’image.
  • Comment l’écriture de l’histoire mobilise-t-elle des genres comme le récit d’aventures, la robinsonnade, le conte, etc. ?
  • L’invention de nouveaux modes narratifs ?

2/ Littérature pour la jeunesse, idéologie, propagande et militantisme.

  • Missions politiques et sociales de la littérature pour la jeunesse : la construction d’une culture coloniale ou d’une culture de guerre (ou tout autre culture) à destination de la jeunesse.
  • La construction de héros à l’usage de la jeunesse (par exemple, biographies de grandes figures afro-américaines, comme Harriet Tubman, dès le début de la guerre froide aux États-Unis) ou relectures (postcoloniales, par exemple) de certaines grandes figures historiques.
  • La littérature pour la jeunesse, lieu de remédiation culturelle, compensant le déficit de transmission au sein de l’institution scolaire (pour les groupes minoritaires, en particulier) ?

3/ La littérature pour la jeunesse et le récit historique, influences réciproques.

  • Fonctionnement spécifique du double destinataire (l’enfant lecteur et l’adulte acheteur) ?
  • De nouvelles façons d’aborder les questions de genre (gender) ?
  • L’archive, son inscription dans la littérature pour la jeunesse.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les personnes souhaitant participer à ce nouveau numéro de la revue Amnis devront adresser,

le 15 octobre 2016 au plus tard,

une proposition d’article d’une trentaine de lignes (en français, en anglais ou en espagnol), accompagnée d’un Curriculum Vitae, à l’adresse suivante : amnis@revues.org. Les articles acceptés seront à remettre le 30 avril 2017 au plus tard. Après avoir été soumis au comité scientifique et à deux rapporteurs externes, les articles seront publiés sur le site de la revue (http:/amnis.revues.org) dans le courant de l’année 2017.

Responsabilité scientifique

Crystel Pinçonnat, Professeur des Universités, Aix Marseille Université

Dates

  • samedi 15 octobre 2016

Mots-clés

  • histoire, jeunesse, littérature

Contacts

  • Severiano Rojo Hernandez
    courriel : amnis [at] revues [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Severiano Rojo Hernandez
    courriel : amnis [at] revues [dot] org

Pour citer cette annonce

« Écrire l’histoire pour la jeunesse », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 29 juin 2016, http://calenda.org/371345