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Usages et représentations politiques de la nuit de la Révolution à nos jours

Political uses and representations of the night from the Revolution to the present day

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Publié le lundi 04 juillet 2016 par Céline Guilleux

Résumé

L’objet de cette nouvelle journée d’études est d’approfondir et d’enrichir l’historiographie de la nuit en s’intéressant particulièrement au rapport de ce temps au politique depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours, tant sur le plan national qu’international. L’obscurité ne rompt pas nécessairement avec les pratiques politiques. Le mouvement récent Nuit debout invite à penser la nuit comme un temps d’échanges, de rencontres, de débats visant à dépasser les cadres traditionnels de la politique.

Annonce

Argumentaire

L’objet de cette nouvelle journée d’études est d’approfondir et d’enrichir l’historiographie de la nuit en s’intéressant particulièrement au rapport de ce temps au politique depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours, tant sur le plan national qu’international. L’obscurité ne rompt pas nécessairement avec les pratiques politiques. Le mouvement récent Nuit debout invite à penser la nuit comme un temps d’échanges, de rencontres, de débats visant à dépasser les cadres traditionnels de la politique. Les historiens du politique ont jusqu’à présent très peu investi ce champ d’études pourtant particulièrement fécond. La nuit est particulièrement présente, elle peut être un temps particulier de la campagne électorale (colleurs d’affiche), un temps de débats parlementaires et de négociations diplomatiques régi par des règles spécifiques, un temps de stratégie (convaincre ou pour faire passer des amendements), de surveillance nocturne ou bien encore de répression…

Comme le rappelle notamment Alain Cabantous dans son introduction de l’Histoire de la nuit (XVIIe-XVIIIe siècle) parue en 2009, la nuit a réussi à conquérir depuis quelques années l’intérêt des historiens, d’abord par la production d’articles, puis par la publication d’ouvrages comme La nuit au Moyen Âge de Jean Verdon en 1994, Les douze heures noires. La nuit à Paris au XIXe siècle de Simone Delattre en 2000 ou encore plus récemment les Nuits antiques de Virginie Leroux en 2013. Ces approches ont réussi à délimiter, quelles que soient leurs problématiques, les enjeux d'une histoire de la nuit, abordant autant les représentations nocturnes où dominent les appréhensions, les angoisses et les peurs nocturnes que tout ce que l’obscurité dissimule comme activités : sexualité, ivresse, sommeil, onirisme, criminalité, sorcellerie, embuscades, conspiration…

Toutefois, de nombreux champs méritent encore d’être approfondis. Entre une nuit réparatrice mais immobile, et une nuit suspecte mais socialement restreinte, la nuit connaît d’autres enjeux et représentations. En 2014 et 2016, deux journées d’études ont été organisées à l’université de Poitiers (CRIHAM) et à Paris 1 (IHMC-Paris 1) afin de réfléchir aux spécificités des événements nocturnes. L’accent a été mis sur des faits nocturnes précis des périodes moderne et contemporaine afin de comprendre en quoi la nuit fut ou non un élément déterminant dans la construction de l’événement choisi. Ces rencontres et les échanges entre intervenants ont permis de mesurer la part de la nuit comme facteur stratégique fondamental, complice ou ennemi des acteurs en présence. Certaines réflexions ont permis de montrer comment agissait la mobilisation nocturnale dans l’écriture de l’événement et de comprendre qu’elle n’avait pas nécessairement pour but de souligner ou d’accentuer la dramaturgie mémorielle de celui-ci.

L’objet de cette nouvelle journée d’études est de poursuivre sur la singularité des nuits passées en s’intéressant particulièrement au rapport de ce temps au politique depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours, tant sur le plan national qu’international.

L’actualité la plus récente invite en effet à interroger la nuit en tant que séquence temporelle porteuses d’enjeux politiques. Le mouvement Nuit debout qui occupe, dans la foulée d’une manifestation contre le projet de réforme du code du travail, la place de la République à Paris depuis le 31 mars dernier, entend ainsi promouvoir de nouvelles pratiques militantes. Par opposition au temps de l’inactivité et du repos social, la nuit est perçue ici comme un temps d’échanges, de rencontres, de débats visant à dépasser les cadres traditionnels de la politique. Cette nouvelle offre politique est par ailleurs étroitement liée aux tentatives de régulations des pratiques nocturnes. Face à ce type d’initiatives, les pouvoirs publics tentent en effet de conserver le contrôle de multiples façons : réglementation des fêtes, arrêtés municipaux interdisant les nuisances sonores, couvre-feu. La nuit cristallise donc, plus que jamais, les passions et les conflits de sociétés contemporaines en mutation.

C’est pourquoi, depuis plusieurs années déjà, géographes et politistes s’efforcent d’analyser les caractères politiques spécifiques de la vie nocturne. Ainsi, l’an dernier, l’une des sessions du treizième congrès de l’Association française de science politique avait pour thème « l’ordre social nocturne en questions ». En revanche, les historiens du politique ont jusqu’à présent très peu investi ce champ d’études pourtant particulièrement fécond. Or, l’activité politique ne s’éteint pas avec la tombée de la nuit. Au contraire, celle-ci connaît sur le long terme des usages variés impliquant de nombreux acteurs.

Le temps de l’obscurité est tout d’abord celui de la violence sous toutes ses formes : complots, crimes, coups d’Etat – que l’on songe à celui perpétré par Louis Napoléon Bonaparte dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851, ou bien aux événements nocturnes du 25 avril 1974 qui ont conduit à la chute de la dictature salazariste au Portugal. Il est aussi celui des pratiques déviantes, comme en témoignent les fréquentes dérives nocturnes durant les campagnes électorales ordinaires.

Génératrice de conflits, la nuit est également un temps de débats parlementaires et de négociations diplomatiques régi par des règles spécifiques. Le fait de veiller peut se révéler une stratégie efficace dès lors qu’il s’agit de prendre l’ascendant sur son adversaire en surmontant sa fatigue. Si l’on en croit la Revue des Modes, c’est « engourdi par la peur et le sommeil » que Philippe Egalité se laisse persuader par Danton de voter la mort du roi Louis XVI. C’est sans doute aussi la raison pour laquelle les séances de nuit au Palais-Bourbon ont souvent été l’occasion d’adopter des amendements « à la sauvette ». D’un autre côté, la lourdeur croissante du travail législatif impose parfois aux parlementaires de vivre quelques nuits blanches dans l’exercice de leur mandat. L’un des derniers exemples en date remonte à janvier 2013 : le texte relatif au mariage pour tous ayant fait l’objet de plus de 5 000 amendements, son étude a nécessité pas moins de 110 heures de débats dont une partie s’est déroulée en séance de nuit. Hors du cadre strictement national, l’histoire de la construction européenne est jalonnée d’expériences comparables. Il n’est pas rare en effet que la presse se fasse l’écho de traités signés dans une ambiance confuse, sous la pression du temps, à l’issue d’un véritable marathon nocturne. Il en résulte inévitablement des frustrations, voire des contestations émanant des acteurs eux-mêmes, parfois dès le lendemain de la signature d’un accord.

Ces quelques exemples, en aucun cas limitatifs, soulignent l’intérêt pour les historiens d’appréhender la nuit et son rapport au politique comme objet de recherche et d’en cerner les contours. Quels acteurs mobilise-t-elle ? Quels comportements et pratiques politiques individuels et collectifs génère-t-elle ? Il convient par ailleurs de s’interroger sur les espaces politiques nocturnes, leurs modalités d’occupation, les conflits et enjeux de pouvoir qu’ils révèlent. Il s’agira enfin de prêter attention aux politiques publiques de la nuit et à leur évolution dans le temps. De cadre privilégié de la surveillance et du maintien de l’ordre, la nuit s’est progressivement transformée en terrain d’expérimentation de nouvelles politiques urbaines.

Modalités de soumission

Dans le cadre forcément restreint de cette journée, ces quelques réflexions ont pour but de proposer de nouvelles approches et de faire émerger des problématiques en croisant le regard des historiens de la nuit avec celui des spécialistes de l’histoire politique. Les propositions de communication (une page maximum accompagnée d’une présentation succincte de l’auteur) sont à adresser

avant le 1er septembre 2016

à : Guillaume Garnier (g.garnier2@wanadoo.fr) et François Dubasque (francois.dubasque@univ-poitiers.fr).

Organisateurs et responsable de la sélection

  • François Dubasque, Université de Poitiers, CRIHAM EA 4270
  • Guillaume Garnier, Université de Poitiers, CRIHAM EA 4270.

Lieux

  • Poitiers, France (86)

Dates

  • jeudi 01 septembre 2016

Mots-clés

  • nuit

Contacts

  • Guillaume Garnier
    courriel : g [dot] garnier2 [at] wanadoo [dot] fr
  • François Dubasque
    courriel : francois [dot] dubasque [at] univ-poitiers [dot] fr

Source de l'information

  • Guillaume Garnier
    courriel : g [dot] garnier2 [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Usages et représentations politiques de la nuit de la Révolution à nos jours », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 04 juillet 2016, http://calenda.org/371700