AccueilEthnographier les affects : captures, résistances, attachements

Ethnographier les affects : captures, résistances, attachements

Ethnographic analysis of affects: captures, resistances, attachments

Appel à contribution pour le numéro 23 de la revue Tsantsa

Call for contributions for issue 23 of the Tsantsa journal

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Publié le mercredi 29 juin 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Ce XXIIIe numéro de Tsantsa, revue de la Société suisse d’ethnologie, privilégie des études empiriques détaillées, des ethnographies où l’action des affects est décrite et analysée en détail. Quel est l’impact des affects dans une situation donnée ? À quels moments les affects s’imposent-ils d’une manière décisive et comment déterminent-ils l’action et les interactions en cours ? Quelles interprétations en résultent ? Quels imaginaires et quels discours sont élaborés à partir de cette emprise affective ? Sous l’influence de quels éléments socio-culturels les affects eux-mêmes sont-ils produits ?

Annonce

Coordination

Coordonné par

  • Carine Plancke, Postdoctorante Marie Curie à l’Université de Roehampton, Chercheure affiliée au Laboratoire d’anthropologie sociale, Paris
  • Valerio Simoni, Chercheur SNSF au Graduate Institute of International and Development Studies, Geneva, Chercheur affilié au Centre for Research in Anthropology (CRIA-IUL), Lisbonne

Argumentaire

Intensité viscérale et vitale, l’affect s’est imposé comme sujet d’étude en sciences sociales durant la dernière décennie de manière telle que certains chercheurs (Clough 2007 ; Blackman 2012 ; Wetherell 2012) parlent d’un « tournant affectif ». L’enjeu de ce numéro est d’explorer l’intérêt de développer cette thématique en anthropologie et le potentiel des études ethnographiques de l’affect et, plus précisément comme nous le suggérons, des affects.

L’émergence récente de cette thématique participe au mouvement critique qui, inspiré par des auteurs comme Spinoza et Deleuze (Gregg et Seigworth, 2010 ; Williams 2010), remet en cause l’interprétation constructiviste du monde social en termes de discours et de textes. Massumi (2002), auteur de référence au sein de cette mouvance, distingue l’affect, appréhendé comme mouvement et énergie, de l’émotion, définie quant à elle comme une intensité qualifiée et insérée sur un mode conventionnel dans des champs sémantiques. C’est à une attention renouvelée pour le corps qu’il fait appel, afin de saisir la matérialité des choses et des êtres et ce qui, dans cette matérialité, agit et produit.

L’engagement au sein de ce courant centré sur l’affect reste toutefois restreint en anthropologie et est accompagné de nombreuses critiques, notamment en raison de sa tendance à réifier l’affect, à minimiser l’intentionnalité du sujet humain et à réduire le langage à un discours représentationnel (Navaro-Yashin, 2009 ; Long et Moore, 2013 ; Skoggard et Waterson, 2015). Le parti pris de ce numéro est que l’anthropologie a tout intérêt à développer cette thématique à condition d’aborder les affects dans leur pluralité, en tant que puissances qui d’une part, sont diversifiées dans leur agissement à des moments et en des lieux précis et qui, d’autre part, sont façonnées par les êtres qu’ils mettent en mouvement et par des modalités d’imagination, d’expression et d’interprétation de ces derniers (Blackman et Venn, 2008 ; Wetherell, 2012).

Ce numéro privilégie dès lors des études empiriques détaillées, des ethnographies où l’action des affects est décrite et analysée en détail. Quel est l’impact des affects dans une situation donnée ? À quels moments les affects s’imposent-ils d’une manière décisive et comment déterminent-ils l’action et les interactions en cours ? Quelles interprétations en résultent ? Quels imaginaires et quels discours sont élaborés à partir de cette emprise affective ?Sous l’influence de quels éléments socio-culturels les affects eux-mêmes sont-ils produits ?

Nous souhaitons en particulier des contributions ethnographiques développant la thématique des affects et du néolibéralisme dans le monde contemporain. Des études récentes, dans la lignée des travaux de Foucault sur le biopouvoir, montrent que les affects sont devenus un enjeu majeur dans le monde capitaliste actuel (Clough, 2007 ; Thrift, 2008 ; Shaviro, 2010 ; Levin, 2011). La vie elle-même et les capacités vitales du corps sont désormais le site d’un investissement capitaliste en vue de la réalisation de profit. Dans ces travaux, la notion de capture résume l’idée d’instrumentalisation affective, sous-entendant une vision de l’affect comme un flux qui échappe à la production sociale et contient un espoir de liberté et de résistance s’il n’est pas arrêté (Hemmings 2005). À l’opposé, certains chercheurs accentuent la viscosité inhérente de l’affect (Ahmed, 2004 ; Blackman, 2008) en s’intéressant à la manière dont l’affect, de par sa capacité d’attachement à des personnes, des idées, des valeurs ou à des modes d’être, participe à la constitution de corps et de mondes et aux logiques qui les régissent.

Ce numéro vise à explorer le potentiel que ces notions de capture, de résistance et d’attachement présentent pour examiner le lien entre affects et néolibéralisme au sein de contextes sociaux divers. Le travail de Richard et Rudnyckyj (2009), sur une ONG mexicaine et un mouvement de réforme spirituelle en Indonésie, fournit un exemple pertinent à cet égard. Ces auteurs examinent comment les expressions affectives d’embrasser, de pleurer ou de tomber en extase sont constitutives de la production de sujets néolibéraux en créant des liens entre les membres des organisations étudiées et en forgeant une adhésion à de nouveaux programmes et valeurs. Par conséquent, cette recherche révèle l’instauration culturellement spécifique de pratiques et de concepts néolibéraux tels que la privatisation, le risque et le choix libre. En continuité avec cette étude, nous sollicitons des contributions qui examinent les imbrications complexes d’expériences affectives et de réalités néolibérales. Un éventail assez large de sujets se prête ici à l’analyse : des organisations sociales, des actions politiques, des mouvements populaires, des pratiques spirituelles, des activités familiales, des performances artistiques, des productions médiatiques, etc.

Références bibliographiques

AHMED, Sarah, 2004. « Affective Economies », Social Text 22(2) : 117-139.

BLACKMAN, Lisa et VENN, Couze, 2010. « Affect », Body & Society 16 : 7-28.

BLACKMAN, Lisa, 2008. « Affect, Relationality and the ‘Problem of Personality’ », Theory, Culture and Society 25 : 23-47.

BLACKMAN, Lisa, 2012. Immaterial Bodies. Affect, Embodiment, Mediation, Los Angeles, Londres, Sage.

CLOUGH, Patricia (dir.), 2007. The Affective Turn. Theorizing the Social. Durham & London, Duke University Press.

GREGG, Melissa et SEIGWORTH, Gregory (dir.), 2010. The Affect Theory Reader. Durham et Londres, Duke University Press.

HEMMINGS, Clare, 2005. « Invoking Affect. Cultural Theory and the Ontological Turn », Cultural Studies 19(5): 548-567.

LEVIN, Erica, 2011. « Affect in the Age of Neoliberalism », Discourse 33(2): 280-283.

LONG, Nicholas J. et MOORE, Henrietta L., 2013. Sociality : New Directions. New York, Berghahn Books.

MASSUMI, Brian, 2002. Parables for the Virtual. Movement, Affect, Sensation, Durham: Duke University Press.

NAVARO-YASHIN, Yael, 2009. « Affective Spaces, Melancholic Objects : Ruination and the Production of Anthropological Knowledge », Journal of the Royal Anthropological Institute15: 1-18.

RICHARD, Analiese et RUDNYCKYJ, Daromir, 2009. « Economies of Affect », Journal of the Royal Anthropological Institute15: 57-77.

SHAVIRO, Steven, 2010. Post-Cinematic Affect. Winchester, Zero Books.

SKOGGARD, Ian et WATERSON, Alisse, 2015. « Introduction : Toward an Anthropology of Affect and Evocative Ethnography », Anthropology of Consciousness 26(2) : 109-120.

THRIFT, Nigel, 2008. Non-Representational Theory. Space, Politics, Affect. Londres et New York, Routledge.

WETHERELL, Margaret, 2012. Affect and Emotion. A new Social Science Understanding, Los Angeles, Londres, Sage.

WILLIAMS, Caroline, 2010. « Affective Processes Without a Subject : Rethinking the Relation Between Subjectivity and Affect with Spinoza », Subjectivity 3(3) : 245–262.

Consignes générales

Langues: allemand, français et anglais

Veuillez envoyer un résumé de 500 mots maximum de votre article

avant le 15 octobre 2016

à : Carine.Plancke@gmail.com , vals_sim@yahoo.com

Articles: 40’000 signes (y compris espaces et bibliographie). Chaque contribution est évaluée par le comité de rédaction ainsi que par des experts externes. Pour plus d'information sur le journal et pour consulter les directives aux auteur.e.s : http://www.tsantsa.ch/fr/

L'article proposé doit inclure également :

  • Un court résumé (max. 500 signes) en français et en anglais
  • Une brève notice biographique comprenant au moins l'institut d'affiliation ainsi qu'une adresse de correspondance en anglais (ainsi qu'un numéro de téléphone et un email)
  • 4-6 mots-clés en français et en anglais.

Calendrier

  • 15.10.16: Réception des abstracts, sélection et information aux auteur.e.s
  • 1.5.17: Réception des articles
  • 1.6-1.7.17: Processus de peer reviewing internes et externes
  • 31.8.17: Discussion, synthèse et envois des remarques aux auteurs
  • 1.11.17: Réception des articles finaux
  • Publication:  Printemps 2018

Dates

  • samedi 15 octobre 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • affect

Contacts

  • Carine Plancke
    courriel : carine [dot] plancke [at] gmail [dot] com
  • Valerio Simoni
    courriel : vals_sim [at] yahoo [dot] com

Source de l'information

  • Boris Boller
    courriel : boris [dot] boller [at] bluewin [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Ethnographier les affects : captures, résistances, attachements », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 29 juin 2016, http://calenda.org/371745