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Hommage à Adriano Olivetti et Henri Desroche

Homage to Adriano Olivetti and Henri Desroche

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Publié le mardi 05 juillet 2016 par João Fernandes

Résumé

Symposium en hommage à Henri Desroche (1914-1994), sociologue des utopies, et à Adriano Olivetti (1901-1960), entrepreneur utopiste. Henri Desroche en cultivant à côté de celle de « faiseur de livres », une vocation entrepreneuriale au cœur même des institutions. Il créa ainsi le Collège coopératif, le Réseau des hautes études en pratiques sociales, le Bureau des études coopératives, l’Université coopérative internationale et bien d’autres structures adonnées à la recherche et à l’action…  Adriano Olivetti en participant activement à la vie intellectuelle et politique de son temps, diffuseur d’idées sur l’urbanisme, la psychanalyse, l’art, la religion et la philosophie. 

Annonce

Présentation

Henri Desroche (1914-1994)

 « S'il y a un versant "entrepreneurial" dans mon histoire de vie, c'est sans doute, selon transposition d'un titre de Renouvier, un versant qui concerne : ‘l’entreprise telle qu'elle aurait pu être et telle qu'elle n'a jamais été’. Des manières inédites, insolites d'entreprendre ou d'avoir entrepris... d'où mon intérêt, mes studiosités, ou mon ‘tâtonnement expérimental’ autour des utopies rêvées et écrites, mais aussi pratiquantes et pratiquées, et sur les espaces intermédiaires entre cet onirisme et ces expérimentations ».

Henri Desroche fut sans nul doute l’un des sociologues les plus féconds du siècle dernier. D’abord par le volume impressionnant de son œuvre écrite, décourageant toute tentative de recension exhaustive, mais aussi par ses enseignements dans et hors les murs, au Nord et au Sud, ainsi que par sa créativité institutionnelle et éditoriale. Mais plus que par son importance quantitative, c’est par la largeur du spectre des domaines étudiés, par son originalité et par sa faculté d’anticipation qu’elle a frappé ceux qui ont tenté d’en dessiner les contours (Poulat, Ravelet, 1997 ; Ravelet, Trouvé, 2008 ; Lago, 2011). On lui doit, entre autres, des contributions décisives à la sociologie des religions - avec ou sans Dieu- au CNRS où il cofonda un groupe de recherche dédié (1952), puis la revue Archives de sociologie des religions avec Émile Poulat (1956), mais aussi à une sociologie humaniste du développement, militant pour un auto-développement ou un développement endogène : il fut parmi les premiers animateurs de la revue Economie et humanisme (Pelletier, 1996).  

Plus tardivement, comme directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales (E.H.E.S.S), il consacra son enseignement et son engagement à la sociologie historique et critique des économies sociales, notamment du mouvement coopératif (Desroche, 1976), et aussi, à la théorie comme à la pratique de l’éducation permanente (Lago, 2011) où il plaida pour une approche maïeutique préfigurant bien avant l’heure la « formation tout au long de la vie » et la « validation des acquis de l’expérience ».

Mais plus que tout et au-dessus de tout, Henri Desroche fut durant sa « traversée du siècle », un inlassable dénicheur d’expériences sociales issues des facultés humaines d’imagination et de créativité collective concrètement réalisées dont il fut tout à la fois l’historien, l’observateur et même pour certaines d’entre elles, l’intellectuel organique. C’est à ce titre qu’on pourrait le désigner comme sociologue des utopies ou plus généralement « sociologue de l’espérance » selon la belle expression de D. Hervieu-Léger. Or, tandis que le centenaire de la naissance d’Henri Desroche a déjà donné lieu à de nombreuses célébrations sur ses principaux apports dans les domaines précités (Draperi, 2014a, 2014b ; Education permanente, 2014 ; Loty et al. 2014 ), peu d’interrogations ont été portées sur sa conception des créativités entrepreneuriales « comme force et comme énergétique sociales ». C’est sur cette vision de l’entreprise comme antidote possible au modèle néo-libéral de la financiarisation que le symposium se propose de revenir.

 Adriano Olivetti (1901-1960)

«  Je veux que Olivetti, mon usine, ne soit pas seulement une usine mais un modèle, un style de vie, je veux qu’elle fabrique liberté et beauté car ce sont elles, liberté et beauté, à nous dire comment être heureux »

Adriano Olivetti fut un entrepreneur et un innovateur industriel capable de transformer en quelques décennies (des années 1930 aux années 1950) la petite fabrique de machines à écrire mécaniques lancée en 1908 par son père, aux tout premiers rangs des leaders mondiaux de l’électronique de bureau. Lorsqu’il meurt brutalement en 1960, son entreprise est déjà au faîte de sa gloire. Après avoir mis sur le marché des petites machines à écrire portables et des calculatrices, elle est sur le point  d’ « inventer » le premier ordinateur de bureau au monde (le fameux Programma 101) qui verra finalement le jour en 1965. Elle compte alors  plus de 24 000 employés dont 10 000 à l’étranger et exporte 60 % de sa production. Cette expansion se prolongera d’ailleurs bien au-delà puisque la firme Olivetti emploiera jusqu’à 70 000 salariés au milieu des années 1970.

 Cette réussite économique, Adriano la doit bien sûr à sa formation d’ingénieur qui le porta à investir sans cesse dans la recherche pour renouveler continuellement ses produits.  C’est ce qui fait dire à F. Ferrarotti (2013) qu’Adriano Olivetti est « un utopiste doté de compétences techniques ». Il a ainsi créé un observatoire de veille et de recherche technologique aux Etats-Unis et, grâce à une petite avant-garde interne triée sur le volet, il lance un centre d’innovation avec l’université de Pise. La stratégie commerciale n’est pas en reste qui s’appuie sur un  appareil de distribution très sophistiqué pour l’époque.

Mais c’est surtout au plan organisationnel que le modèle olivettien se différencie des autres entreprises de son temps. Déjà, dans les années 1920, de retour des Etats-Unis très impressionné par les efforts de rationalisation de la production, il fait adopter le principe de la ligne de montage. Mais à la différence de la plupart des industriels de son temps, il projette de construire un « taylorisme à visage humain »  qui fasse coexister le rationalisme scientifique et « l’entreprise socialisée » (« socializzata »). Il s’agit, d’une part d’utiliser à plein la rationalité technique et l’innovation organisative [nous maintenons l’italianisme] et, d’autre part, de transformer les richesses qui en découlent en une meilleure qualité de vie, et en projets culturels pour les travailleurs. D’où la préoccupation constante d’Adriano à l’égard, non seulement de l’esthétique des produits (le design), mais également des bâtiments d’usine conçus  par les plus grands architectes pour concrétiser une « esthétique appliquée à la vie sociale ». D’où également l’accueil permanent à Ivréa d’une multitude de conférenciers du monde de la culture, de l’art, de la philosophie et de l’histoire, qui viennent régulièrement à la rencontre des ouvriers. De même, le projet humaniste d’Adriano consiste à automatiser les tâches dégradantes et à donner le plus possible aux ouvriers les capacités de contrôler l’activité productive.  Pour lui, l’excellence économique ne peut se concevoir sans un système de valeurs éthiques basé sur la reconnaissance des droits des travailleurs à se réaliser à l’intérieur de l’entreprise, et sans un engagement responsable de l’entreprise à l’égard de la communauté sociale dans laquelle elle s’intègre : « il faut porter les capitaux là où y a la force de travail et non pas l’inverse ». En s’appuyant sur des sources d’inspiration mêlant personnalisme et communautarisme, la « capacité sociale » de l’Olivetti se mesure alors par exemple par un modèle original de dirigeance qui intègre dès 1948 les travailleurs dans un conseil de gestion élu par les employés et les ouvriers, possédant le contrôle organisationnel et économique de tous les services sociaux (comme tout bon comité d’entreprise), mais surtout vérifiant au même titre que les actionnaires privés et les collectivités territoriales les bilans annuels de l’entreprise (Musso, 2009). En l’absence d’Etat-providence, elle réside également dans la mise en place d’une politique sociale, d’un « welfare d’entreprise », très avancés pour l’Italie et l’Europe de l’époque : hauts salaires et parité de rémunération hommes-femmes dès 1958, réduction des horaires de travail, gestion de carrière pour les ouvriers et, bien sûr, des services sociaux exemplaires pour améliorer la qualité de vie des salariés. A noter qu’à l’inverse des tendances généralement les plus répandues, ces droits et ces garanties sont à l’initiative des dirigeants beaucoup plus que le produit des luttes ouvrières (Maffioletti, 2012). De proche en proche, le projet d’entreprise devient projet politique anti-autoritaire et décentralisateur (Olivetti, 1952).

Henri Desroche, Adriano Olivetti : il serait trop facile ici de distinguer l’auteur d’une part et l’acteur de l’autre. Or chacun fut simultanément l’un et l’autre :

- Henri Desroche en cultivant à côté de celle de « faiseur de livres », une vocation entrepreneuriale au cœur même des institutions. Il créa ainsi le Collège coopératif, le Réseau des hautes études en pratiques sociales, le Bureau des études coopératives, l’Université coopérative internationale et bien d’autres structures adonnées à la recherche et à l’action…

- Adriano Olivetti en participant activement à la vie intellectuelle et politique de son temps, diffuseur d’idées sur l’urbanisme, la psychanalyse, l’art, la religion et la philosophie. Il fonda une revue (Comunità) et une maison d’édition (Nuove Edizioni Ivrea), étant lui-même auteur d’ouvrages consacrés à l’anthropologie de l’entreprise et de la communauté (Olivetti, 1960). Pour Olivetti, la bibliothèque était une des parties de l’entreprise les plus importantes au point qu’il faisait visiter celle-ci avant même les ateliers.

Programme

8h30-9h Accueil des participants- café

9h-12h30

  • Philippe Trouvé : Directeur Scientifique du programme PEOPLE. Ancien Directeur scientifique du CEREQ, spécialiste des utopies entrepreneuriales. Titre de la communication : « Henri Desroche et Adriano Olivetti : l’idéal de l’entreprise comme communauté »
  • Davide Lago : Université de Padoue (Italie). Titre de la communication : « L’influence de la communauté et du compagnonnage sur la créativité entrepreneuriale d’Henri Desroche »
  • Corrado Paracone : Expert-évaluateur de Programmes Européens. Ancien directeur de la Fondation Agnelli et de la Fondation Piaggio. Titre de la communication « Adriano Olivetti : l’intuition d’abord ».
  • Carlo Benigni : Ancien directeur de la communication du Gruppo Banca Lombarda. Titre de la communication : « Adriano Olivetti, entrepreneur et éclaireur du futur »
  • Bruno Courault : Directeur de recherche CNRS. Titre de la communication : « Vous devez connaître les finalités de votre travail ». Trois adresses d’Adriano Olivetti aux ouvriers de l’Olivetti »

12h30-13h30 Déjeuner

Symposium organisé dans le cadre du colloque PEOPLE, Groupe ESC Clermont.

Références

  • Desroche H. (1976), Le Projet coopératif. Son utopie et sa pratique, ses appareils et ses réseaux, ses espérances et ses déconvenues. Paris, Editions Economie et Humanisme, les Editions Ouvrières.
  • Draperi J.-F. (2014a), « Desroche aurait cent ans », Revue internationale de l’économie sociale, n° 334.
  • Draperi J.-F. (2014b), Henri Desroche. Espérer, Coopérer, (s’)éduquer, Préface de Davide Lago, Presses de l'Economie sociale.
  • Education permanente (2014), Dossier : Education permanente et utopie éducative. Actualité d’Henri Desroche, n° 201, décembre.
  • Ferrarotti F. (2013), La concreta utopia di Adriano Olivetti, EDB ed.
  • Lago D. (2011), Henri Desroche théoricien de l’éducation permanente, Editions Don Bosco.
  • Loty L., Perrault J.-L., Tortajada R. (2014) : Vers une économie « humaine » ? Desroche, Lebret, Lefebvre, Mounier, Perroux au prisme de notre temps, Hermann.
  • Maffioletti M. (2012), « L’olivetti d’Adriano. Une image industrielle du personnalisme et du communautarisme », Contextes, n°12.
  • Musso S. (2009), La participazione nell’impresa responsabile. Storia del Consiglio di gestione Olivetti, Bologna, Il Mulino.
  • Olivetti A. (1952), Società Stato Comunità, Milan, Edizioni di Comunità.
  • Olivettti A. (1960), Città dell’uomo, Milano, Edizioni di Comunità,
  • Pelletier D. (1996), Économie et Humanisme. De l’utopie communautaire au combat pour le Tiers-Monde, 1941-1966, Paris, éd. Cerf.
  • Poulat E., Ravelet C. (dir.) (1997), Henri Desroche, un passeur de frontières, Paris, L’Harmattan.
  • Ravelet C., Trouvé Ph. (dir.) (2008), Henri Desroche, Paris, L’Harmattan,Anamnèses, n° 4.

Catégories

Lieux

  • 4 Boulevard Trudaines
    Clermont-Ferrand, France (63)

Dates

  • vendredi 08 juillet 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Olivetti, Desroche, utopie d'entreprise, communauté, entreprise

Contacts

  • Pascale Fleurier
    courriel : pascale [dot] fleurier [at] esc-clermont [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Diego Landivar
    courriel : diego [dot] landivar [at] esc-clermont [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Hommage à Adriano Olivetti et Henri Desroche », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 05 juillet 2016, http://calenda.org/372099