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Le capital social à l'épreuve du terrain

Social capital and the challenge of the terrain - between scholarly uses and native practices

Entre usages savants et pratiques indigènes

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Publié le mardi 05 juillet 2016 par João Fernandes

Résumé

Ce colloque organisé par des doctorants et jeunes chercheurs du CESSP (Centre européen de sociologie et de science politique) vise à interroger l'usage de la notion de capital social afin d'éclairer des terrains d'enquêtes variés. Différents enjeux soulevés par cet usage ont été retenus pour constituer les axes autour desquels les contributions sont appelées: les modalités d'entretien et de constitution du capital social, la place du capital social dans les luttes entre groupes et les rapports de domination, ou encore le rôle du contexte politique dans la valorisation du capital social.

Annonce

Avec le soutien de l'École Doctorale de science politique de l'Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne

Argumentaire

Depuis les années 1990, on note une multiplication des travaux mobilisant le concept de « capital social » dans des perspectives théoriques différentes et dans une grande diversité de configurations empiriques. A condition de dépasser les approches fonctionnalistes (Forsé, 1999), le concept de capital social est un outil d’analyse efficace permettant de conceptualiser un ensemble de situations et de relations dans lesquelles les agents sociaux sont insérés et qui ne sont pas totalement régulées par les institutions formelles.

Dans le cas des crises politiques, des conflits armés et guerres civiles, le capital social permet de comprendre le fonctionnement d’univers sociaux peu régulés par des institutions fortes. Autre exemple, les transformations du capital social au cours de l’expérience migratoire éclairent sur les stratégies de résistance, de contournement ou encore d’adaptation des agents, à un moment où la mobilité peut les rendre invisible dans l’espace public. Son utilisation invite donc le chercheur à prendre en compte l'articulation effective entre les niveaux micro et macro (Coleman, 1988) et entre secteurs socio-économiques (Granovetter, 1995). Au niveau structurel, le capital social oriente le regard de l’enquêteur sur les conditions sociales - parfois peu visibles - de formation et de reproduction des groupes sociaux et des rapports de domination qui les lient (Bourdieu, 1980). En prenant en compte le poids des ressources relationnelles, il permet enfin d'affiner la compréhension des processus de construction du pouvoir.

Ce colloque a pour vocation d'étudier la façon dont le capital social est utilisé dans différents contextes et ce qu’il permet de révéler :d'un point de vue éthique comme émique, comment se manifeste, se définit et se mobilise le capital social ? Que permet de mesurer le capital social et à quelles conditions ? Comment et sous quel nom se manifeste-t-il aux yeux du chercheur ? Quels types de réalités donne-t-il à voir ? Dans quelle mesure l'utilisation du capital social permet de naviguer entre différents niveaux d’analyse ? Dans quelle mesure également son utilisation permet-elle de faire apparaître des groupes sociaux autrement invisibles ?

Nous suggérons plusieurs entrées qui permettent de répondre à ces questions. Nous évaluerons l’opportunité des propositions à communication en fonction de l’adéquation entre le cas empirique proposé et nos questionnements. De plus, le comité scientifique veillera à varier au maximum les terrains et sujets des communications sélectionnées.

1/ Nature - mesure - entretien

Ce niveau d’analyse vise à éclairer comment le capital social s’objective, ses modalités de mobilisation et d’entretien. On s'interrogera par exemple sur l’articulation du capital social à d’autres formes de capitaux comme le marché de l'emploi – où cette ressource conditionne un tiers des embauches – afin de souligner la spécificité des instances de valorisation et de reproduction du capital social. Les modalités d'entretien du capital social nous invitent à analyser la division genrée du travail nécessaire au maintien du caractère effectivement mobilisable de cette ressource, et aux principes d'opposition sur lesquels elle repose (travail de représentation officiel contre travail de négociation officieux, etc.). Les contributions pourront également interroger les représentations associées au capital social, révélées dans les stratégies d’accumulation et d’entretien, mais aussi dans les luttes entre agents sociaux pour imposer une définition légitime du lien social. De fait, ce que le chercheur nomme capital social renvoie à une variété de pratiques qui replacent cette notion sous le microscope de l’observateur. La pratique du networking qui semble faire partie intégrante de pratiques professionnelles. Dans une autre mesure, l’usage de la wasta - en arabe - se comprend à la fois dans une acception négative de favoritisme ou décrit la capacité de mobiliser un réseau de connaissances pour accéder à une ressource.Dès lors, le capital social est-il une ressource légitime et revendiquée ou au contraire inavouable et masquée ? Comment alors est-il rendu public, officialisé ou bien converti et « blanchi » ?

2/ Capital social, luttes de pouvoir et domination

Ce deuxième niveau d’analyse permet d’interroger, de manière contextuelle, le capital social lorsqu’il devient un instrument dans des jeux de pouvoir. Comment les acteurs mobilisent-ils le capital social pour redéfinir les rapports de domination ? A quoi donne-t-il accès et comment intervient-il sur la capacité d’action des acteurs ? Quelle place occupe le capital social dans l'internationalisation des classes sociales et de leurs ressources ? Quel peut être le poids du capital social dans la fabrique et l’application des politiques publiques ?

3/ Capital social et contexte politique

Si la question du contexte se pose pour l’ensemble des questionnements, on peut tout particulièrement se demander comment se transforme le capital social en période de crise. Quel peut-être son rôle par exemple dans des situations de conflits armés ou de crises de légitimité des institutions. Le capital social peut-il être amené, lors d'une crise, à jouer un rôle prépondérant par rapport à d'autres ressources plus légitimes en situation stable ?

 Modalités de soumission

La date limite de réception des propositions est fixée

au 31 juillet 2016

Envoi des propositions (une à deux pages maximum, accompagnées d’une courte bibliographie et de 3 à 5 mots-clefs) par mail à capitalsocialcessp@gmail.com

Organisateurs

  • Yohanan BENHAIM
  • Sophie DESSEIN
  • Isil ERDINÇ
  • Paul GRASSIN
  • Lilian LAHIEYTE
  • Thibaut MENOUX
  • Arthur QUESNAY
  • Valentine SCHEHL
  • Maaï YOUSSEF

Conseil scientifique

  • Jean Louis BRIQUET,
  • Christel COTON,
  • Fanny DARBUS,
  • François DENORD,
  • Julien DUVAL,
  • Gilles DORRONSORO,
  • Julien FRETEL,
  • Daniel GAXIE,
  • Olivier GROJEAN,
  • Sandrine LEVÊQUE
  • Anne-Catherine WAGNER

Bibliographie

  • Bourdieu Pierre, « Le capital social », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 31, 1980, pp. 2-3.
  • Bourdieu Pierre, « The Forms of Capital », in John G. Richardson (éditeur) Handbook of Theory and Research for the Sociology of Education, New York-Westport, Londres : Greenwodd Press, 1986.
  • Burt Ronald, Karen Cook et Nan Lin, Social Capital. Theory and Research, Chicago : Aldine Transaction, 2001.
  • Coleman, James S., « Social Capital in the Creation of Human Capital », American Journal of Sociology, n°94, 1988, pp. 95-121.

  • Coleman, James S., Foundations of Social Theory, Cambridge, Massachusetts : Belknap Press of Harvard University Press, 1990.
  • Cousin Bruno et Sébastien Chauvin, « La dimension symbolique du capital social : les grands cercles et Rotary clubs de Milan », Sociétés contemporaines, n°77, 2010, pp. 111-137.
  • Degenne, Alain et Michel Forsé, Les réseaux sociaux, Paris, Armand Collin, 1994.
  • Denord François, « Social Capital in the field of power. The Norwegian case », Sociological Review, n°1, 2011, pp. 105-127.
  • Forsé Michel, « Capital social et emploi », L’année sociologique, vol. 47, n° 1, 1997, pp. 143-191.
  • Forsé Michel, « Social Capital and Status Attainment in Contemporary France », The Tocqueville Review, vol. 20, n° 1, 1999, pp. 59-81.
  • Granovetter, Mark S., « The Strength of Weak Ties », American Journal of Sociology, n°78, 1973, pp. 1360-1380.
  • Granovetter, Mark S., Getting a Job, A Study of Contacts and Careers, 1974Chicago, University of Chicago Press, 2nd édition, 1995.
  • Lévesque, Maurice et Deena White, « Le concept de capital social et ses usages », Lien social et politiques, n°41, 1999, pp. 23-33.
  • Lin Nan, Social capital. A Theory of Social Structure and Action, Cambridge : Cambridge University Press, 2002.
  • Lin Nan, « Les ressources sociales : une théorie du capital social », Revue française de sociologie, vol. 36, n° 4, 1995, pp. 685-704.
  • Matonti Frédérique et Frank Poupeau, « Le capital militant. Essai de définition », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 155, 2004, pp. 4-11.
  • Portes Alejandro, « Social Capital: Its Origins and Applications in Modern Sociology », Annual Review of Sociology, n° 2, 1998, pp. 1-24.
  • Putman Robert, Bowling alone : the collapse and revival of american community, New York : Simon and Schuster, 2000.
  • Putman Robert, « The prosperous community : social capital and public life », The American prospect, vol.13, 1993, pp. 35-42.

Catégories

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • dimanche 31 juillet 2016

Mots-clés

  • capital social, rapport de domination, usage savant, pratique indigène

Contacts

  • Lilian Lahieyte
    courriel : lilian [dot] lahi [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Lilian Lahieyte
    courriel : lilian [dot] lahi [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le capital social à l'épreuve du terrain », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 05 juillet 2016, http://calenda.org/372336