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François Mitterrand et l'ancrage territorial

François Mitterand and territorial anchoring

De la république de la province à la république des territoires

From the Republic of the province the republic of territories

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Publié le jeudi 07 juillet 2016 par João Fernandes

Résumé

La relation de François Mitterrand au territoire revêt de multiples dimensions : politique, sociale, mais aussi culturelle voire esthétique du fait de son attachement bien connu aux sites et paysages. Examiner son parcours à travers le prisme de l'ancrage territorial, c'est donc tenir compte aussi bien des préoccupations et de la sensibilité du personnage, que des fonctions qu'il a exercées à tous les niveaux de la vie politique. Son attachement à sa « province » se dévoile ainsi dans toute sa complexité et nécessite de prêter attention à sa vie privée comme à sa vie publique. Cette approche ouvre plusieurs pistes de réflexion qui viendront structurer ce colloque : la place des territoires et de la ruralité dans les représentations et le pouvoir mitterrandien, le rapport entre ancrage local et carrière nationale, enfin la politique territoriale de François Mitterand des conceptions politiques aux modalités d'action publique dans le domaine de la réforme de l'État.

Annonce

Colloque université de Poitiers (CRIHAM EA 4270 et Fédération de recherche Territoires), avec le soutien de la fondation Jean Jaurès et du CHPP,29-30 mars 2017

Argumentaire

Les exemples d’association entre une personnalité politique et un terroir, une localité ou une région, ne manquent pas. Ce phénomène résulte avant tout de la territorialisation des élections. Mais il illustre également la force d’une culture républicaine fondée, depuis la IIIe République, sur la valorisation des « petites patries » comme partie intégrante de l’identité nationale. Il n’y a donc pas de véritable contradiction entre le caractère supposé jacobin de la République française et l’assimilation de ses figures à l’idée d’une France provinciale, rurale le plus souvent. Les liens privilégiés entretenus par quatre des sept présidents de la Ve République avec un espace circonscrit au Massif central et à ses marges occidentales conduit toutefois à s’interroger sur la pratique de l’enracinement local.

À cet égard, examiner le parcours de François Mitterrand à travers le prisme de l’ancrage territorial présente un indéniable intérêt. Sa relation au territoire revêt en effet de multiples dimensions : politique, sociale, mais aussi culturelle voire esthétique du fait de son attachement bien connu aux sites et paysages. Dans Ma part de vérité, il écrit : « La géographie est ma plus chère et ma plus vieille amie avec la France en rose et l’Allemagne en vert des cartes de mon enfance. Je l’ai beaucoup fréquentée depuis. La chute lente du Ventoux sur la plaine de Carpentras, la tête ronde du Beuvray, la Loire laquée de Saint-Benoît, la roche de Solutré, la solitude de l’Aigoual sont pour moi des points de repère plus importants que la date des élections législatives[1]. » Placer Mitterrand au cœur d’une analyse portant sur les territoires, c’est donc tenir compte aussi bien des préoccupations et de la sensibilité du personnage, que des fonctions qu’il a exercées à tous les niveaux de la vie politique. Son attachement à sa « province » se dévoile ainsi dans toute sa complexité. Il recouvre tous les aspects de son itinéraire et nécessite de prêter attention à sa vie privée comme à sa vie publique.

Nombreux sont les lieux évoquant la mémoire mitterrandienne. Parmi ceux-ci, se dessine une géographie personnelle dans laquelle la Charenteet les Landes occupent une place centrale. L’amour du terroir charentais repose ainsi sur ses origines familiales, les liens de son enfance et de sa jeunesse[2]. Jarnac, sa ville natale, et Nabinaud où était située la maison de ses grands-parents maternels, font partie, au même titre que la bergerie de Latche, de ces territoires intimes évoqués de manière récurrente, comme points d’ancrage, dans les différents ouvrages dont il est l’auteur. La quête d’une terre d’élection le conduit pourtant vers d’autres horizons. Après un premier échec dans le département de la Seine, ce sera finalement celui de la Nièvre où, après un parachutage réussi lors des élections législatives de novembre 1946, il bâtit un véritable fief électoral[3]. Il y exerce en effet des mandats à tous les échelons : député puis sénateur, conseiller général du canton de Montsauche à partir de 1949 puis président du conseil général de 1964 à 1981, enfin maire de Château-Chinon de 1959 à 1981. L’image d’un homme politique attentif aux problèmes de sa circonscription traverse sa carrière d’élu local. La conquête et l’exercice du pouvoir suprême apportent une dimension nouvelle mais complémentaire à la précédente : celle du rapport à la dévolution des pouvoirs et à l’articulation du pouvoir central et des pouvoirs locaux, autrement dit à la réforme territoriale et à son corollaire l’aménagement du territoire. C’est donc à l’Assemblée nationale, tout comme àla CODER de Bourgogne où il siège à partir de 1964, qu’il va trouver tribune pour défendre la démocratie locale et dénoncer, dans les années 1960, un processus de déconcentration qui renforce le pouvoir des préfets au détriment des collectivités locales. De la campagne des élections présidentielles de 1965 jusqu’aux « 110 propositions », mais aussi dans les programmes des formations politiques successives placées sous sa direction, il milite pour une véritable décentralisation de l’Etat. Les principales dispositions de cette réforme présentée comme « la grande affaire du septennat », seront mises en œuvre par Gaston Defferre en l’espace de deux ans, dès le début de son premier mandat présidentiel.

Analyser le rapport de Mitterrand au territoire conduit donc à réétudier avec profit le phénomène de territorialisation de la vie politique[4] et ouvre plusieurs pistes de réflexion. Trois grandes interrogations, inscrites dans un raisonnement multiscalaire, structureront dès lors ce colloque.

« Les petites patries » de François Mitterrand. Territoires et ruralité dans les représentations et les mises en scène du pouvoir mitterrandien

 « Il faut naître en province, toucher aux racines pour comprendre d’instinct les relations des sociétés humaines et du sol où elles vivent[5]. » Cette approche sensible du territoire place d’emblée l’analyse sur le terrain des représentations. Avec parfois certains accents barrésiens, les écrits, discours et interviews de François Mitterrand ont tracé les contours d’une personnalité attachée à sa terre. Cette image est-elle le reflet d’une identité et d’une culture ou bien l’intéressé a-t-il simplement réactivé, à des fins politiques, la « République de la province » fondée sur l’enracinement local de ses représentants ?

Au regard des affiches électorales qui ont jalonné sa carrière jusqu’à celle parue en 1981 mais désormais célèbre de la « force tranquille », sur fond de petit village rural du Morvan, la place du territoire, et particulièrement des campagnes, dans sa communication politique mérite d’être examinée. À ce titre, des études portant sur la place des territoires intimes (Latche notamment), mêlant vie privée et vie politique, dans l’exercice du pouvoir mitterrandien et dans la construction de son image, seraient bienvenues. Sans oublier les territoires faisant l’objet d’un pèlerinage, Solutré de son vivant, ou Jarnac après sa mort[6]. Enfin, les déplacements et voyages du président de la République sur le territoire peuvent être interrogés dans cette perspective. On s’intéressera bien entendu également à la réception de cette image. Ses origines provinciales et rurales ont-elles constitué une source d’inspiration pour les caricaturistes ?

 François Mitterrand, ancrage local et carrière nationale

 Une analyse de l’adéquation entre l’élu Mitterrand et le territoire nivernais qu’il représente nécessite de prêter attention aux ressorts de son implantation (cumul des mandats, savoir-faire électoral, effet de notabilité, etc) et à son action dans cet espace. On interrogera aussi le rôle de cet ancrage local dans les relations de François Mitterrand avec les différentes forces politiques. A-t-il permis des contacts politiques mobilisés ensuite au plan national ? François Mitterrand a-t-il conçu le pouvoir local comme un laboratoire pour des alliances politiques et/ou la mise en œuvre de certains projets politiques ? Dans quelle mesure l’exercice du pouvoir local pendant plus de trente ans porte-t-il la trace de son évolution politique vers la gauche de l’échiquier politique ? Une attention particulière sera accordée à la place du pouvoir local dans l’opposition au gaullisme et, durant un temps, à la Cinquième République : si l’ancrage local a permis à François Mitterrand de survivre à la République gaullienne, a-t-il cherché à ériger le pouvoir local en contre-pouvoir ? À une indispensable approche localisée, il convient ainsi d’associer d’autres focales. Le maillage du territoire électoral par Mitterrand lorsqu’il exerce les fonctions de Premier secrétaire du Parti socialiste comme l’ancrage méridional du vote qui se porte sur son nom aux élections présidentielles successives constituent d’autres angles d’appréhension du sujet.

La politique territoriale de François Mitterrand

 Il importe enfin de mesurer, à partir de sa géographie personnelle et de son image publique, de quelle façon le territoire modèle sa vision et son comportement politique. Le député et le sénateur Mitterrand sont-ils porteurs d’un discours spécifique sur les territoires, notamment ruraux ? François Mitterrand influence-t-il, particulièrement après 1971, le discours de la gauche sur les campagnes ? Quelle a été la genèse de sa réflexion sur les questions relatives à la décentralisation ? Quelle place occupe-t-il dans le renouveau idéologique qui a conduit la gauche à s’approprier le thème de la régionalisation dans les années 1960-1970 ? Au-delà de l’élaboration des lois Defferre sitôt après l’arrivée des socialistes aux responsabilités, il profite de ses fréquents déplacements pour préciser les cadres de sa politique visant à revitaliser les territoires. De même, les Grands travaux peuvent être considérés comme une empreinte visible et durable de son action en la matière. À partir du point de vue singulier d’un homme, il convient ici de revenir sur les conceptions politiques et les modalités de l’action publique dans le domaine de la réforme de l’État, sans oublier leurs retombées locales.

 Les organisateurs du colloque invitent par ailleurs à croiser les regards dans une démarche pluridisciplinaire et à développer une ou des comparaisons avec d’autres acteurs politiques, français et européens. Les propositions de communication (une page maximum accompagnée d’une présentation succincte de l’auteur) sont à adresser

avant le 15 septembre 2016 

à : Anne-Laure Ollivier (alollivier@gmail.com) et François Dubasque (francois.dubasque@univ-poitiers.fr ).

Organisteurs

François Dubasque et Anne-Laure Ollivier

Comité scientifique

  • Noëlline castagnez (université d'Orléans),
  • Fabien Conord (université de Clermont-Ferrand),
  • Laurent jalabert (université de Pau et des Pays de l'Adour),
  • Dominique Royoux (université de Poitiers),
  • Frédéric Sawicki (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

[1] F. Mitterrand, Ma part de vérité, Paris, Fayard, 1969, p. 46.

[2] V. Rousset, François Mitterrand et les Charentes, Saintes, Le Croît Vif, 1998.

[3] F. Charmont, François Mitterrand et la Nièvre. Géopolitique de la Nièvre, 1945-1995, Paris, L’Harmattan, 2002.

[4] F. Dubasque et É. Kocher-Marboeuf, Terres d’élection. Les dynamiques de l’ancrage politique (1750-2009), Rennes, PUR, 2014.

[5] F. Mitterrand, La paille et le grain, Paris, Flammarion, 1975, p. 25.

[6] L. Chantre, P. d’Hollander, J. Grévy (dir.), Politiques du pèlerinage du XVIIe siècle à nos jours, Rennes, PUR, 2014.

Lieux

  • université de Poitiers
    Poitiers, France (86)

Dates

  • jeudi 15 septembre 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • François Mitterrand, ancrage territorial, république de la province, république des territoires

Contacts

  • François Dubasque
    courriel : francois [dot] dubasque [at] univ-poitiers [dot] fr
  • Anne-Laure Ollivier
    courriel : alollivier [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • François Dubasque
    courriel : francois [dot] dubasque [at] univ-poitiers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« François Mitterrand et l'ancrage territorial », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 07 juillet 2016, http://calenda.org/372620