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Arts de la scène et cinéma au prisme du développement durable

The performing arts and the film industry through sustainable development

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Publié le mercredi 20 juillet 2016 par Céline Guilleux

Résumé

L’enjeu de ce colloque est de s’interroger sur le degré de pertinence des liens à établir entre arts de la scène, cinéma, et développement durable, et sur les spécificités des pratiques se référant au registre du développement culturel durable.

Annonce

Organisation

  • Universités Lumière Lyon 2,
  • Sorbonne Nouvelle Paris 3,
  • Bourgogne Franche-Comté - ESC Dijon-CEREN

Date et lieu

Paris (Théâtre de la Cité Internationale)

8 au 10 mars 2017

Argumentaire

La transposition, dans le champ des pratiques culturelles et artistiques, des notions de « soutenabilité » et de « développement durable » signale de nouveaux points d’attention et de préoccupation. Elle souligne l’émergence d’un paradigme à la fois économique, politique, esthétique et philosophique, mais prête à discussion, et mérite que l’on s’y arrête.

Cette transposition prend racine dans un processus de sédimentation des discours de justification des dépenses culturelles publiques depuis les années 1950 (Menger 2011). Le paradigme dominant de l’acculturation artistique de la population (y compris des néophytes) au contact de l’excellence de l’offre était encore dominant au tournant des années 1960 (Throsby et Withers, 1979 ; Urfalino, 1996). Le référentiel de la démocratisation culturelle a été ensuite contesté pour son manque d’efficacité dans la réduction des inégalités sociodémographiques des publics (Bourdieu et Darbel, 1966 ; Baumol, Bowen, 1966).

Parallèlement, un deuxième idéal de démocratie culturelle a cherché à mieux légitimer la diversification du soutien des collectivités publiques à des activités culturelles au-delà du périmètre des arts savants, en résonance avec une vision anthropologique de la diversité des cultures. Il s'agissait d'accorder une reconnaissance esthétique à d'autres pratiques artistiques (comme les arts de la rue, le cirque, les danses urbaines, les spectacles des amateurs, etc.). Le paradigme du développement culturel, orienté par les valeurs de la démocratie culturelle, est entré en relation avec l’attention internationale accrue portée aux conditions d’un développement durable, depuis le rapport Brundtland (1987) jusqu’aux Déclarations de l’Unesco sur la diversité culturelle (2001, 2005), la fondation de l’Union des Cités et Gouvernements Locaux pour le développement culturel (Agenda 21 de la culture) et la Déclaration de Fribourg sur les Droits Culturels (2007).

Enfin, la doctrine d’action des « industries créatives », diffusée à partir du milieu des années 1990, a repris le thème du multiculturalisme en l’articulant avec une justification économique : le dynamisme des activités culturelles constitue un terreau de stimulation pour le développement d’innovations productives dans les autres secteurs économiques. Tout ceci, sans vraiment remettre en cause la distribution nationale des subventions publiques, fondée d’abord sur l’appréciation des mérites artistiques.

L’enjeu de ce colloque est de s’interroger sur le degré de pertinence des liens à établir entre arts de la scène, cinéma et développement durable, et sur les spécificités des pratiques se référant au registre du développement culturel durable.

Ces liens peuvent être appréhendés selon trois perspectives (COST, 2015) :

  • Les arts de la scène et le cinéma dans le développement durable. La culture peut être pensée comme un quatrième pilier du développement durable, en complément de ses piliers économique, social et environnemental, notamment par une volonté de reconnaître l’égale dignité des cultures (Hawkes, 2001 ; Lucas, 2010) ou d’accorder une valeur patrimoniale à des objets et pratiques culturelles locaux (Boltanski, Esquerre, 2014).
  • Les arts de la scène et le cinéma pour le développement durable. Ces productions artistiques pourraient contribuer aux trois vecteurs du développement durable : réduction de l’empreinte environnementale par toutes les parties prenantes dans la production et la diffusion des spectacles en stimulant des attitudes conformes à la norme ISO 20121 (Herry, 2014) ; renforcement de la cohésion sociale par les formes d’expression en harmonie avec la diversité culturelle de la population (Wallach, 2006 ; Goldbard, 2010 ; Throsby, 2010) ; retombées économiques positives, grâce à leurs effets sur l’attractivité territoriale et les innovations productives selon la perspective des « industries créatives ». Cette contribution peut être également pensée dans une perspective esthétique et/ou philosophique : certains artistes s’emparent de la question du développement durable comme d’un matériau thématique et dramatique, dont la scène est susceptible de devenir l’un des lieux d’élaboration et de réflexion, voire de transmission, dans une posture parfois militante.
  • Les arts de la scène et le cinéma par le développement durable. Cette tendance se manifeste par une recherche de liens plus solidaires dans les mondes de l’art, notamment : 1) dans la valorisation d’une mise en relation plus symétrique des artistes avec les non professionnels impliqués dans des créations artistiques (Urrutiaguer, 2014) ; 2) par l’activation des liens de solidarité inter et intra-organisationnelle dans un contexte récurrent de précarité économique, souvent occultée dans les visions œcuméniques d’une démocratie culturelle fédérative (Henry, 2015). Cette deuxième démarche prône la coopération et la mutualisation de ressources.

Plusieurs axes de réflexion peuvent être suggérés.

1. Conventions et doctrines d’action culturelle

Quelles sont les inflexions observées dans les différents pays pour les discours de justification des dépenses culturelles publiques, dans le sens d’une meilleure prise en considération de la diversité culturelle? Quels liens s’y tissent entre soutien à la diversité culturelle et développement durable? Dans quelle mesure les références à ce nouveau paradigme modifient-elles les priorités dans l’évaluation institutionnelle de la production artistique ?

L’analyse sociologique de la domination se fonde notamment sur la «grammaire de justification politique et morale » des différents « mondes » ou « cités » (Boltanski et Thévenot, 1991). Peut-on caractériser la « grammaire de justification politique et morale » d’un « monde du développement culturel durable » ? Quelles en seraient les frictions avec les logiques d’action et d’évaluation d’autres mondes, notamment le monde marchand ou le monde inspiré ?

2. La dynamique des démarches artistiques partagées

La recherche de relations plus symétriques entre artistes et non professionnels s’inscrit dans un idéal de créations partagées. Celles-ci peuvent prendre plusieurs formes, de l’insertion d’amateurs dans une distribution professionnelle à la recherche d’une distribution égalitaire des compétences artistiques et culturelles. En quoi cette dynamique relationnelle participe-t- elle du développement culturel durable ?

Quels sont les apports et les limites du processus d’écriture (ou de création) scénique ou cinématographique sur le développement personnel des participants ? Comment les équipes artistiques impliquées se positionnent-elles, entre la contribution attendue par les collectivités publiques à une meilleure intégration sociale et la contestation politique de l’ordre social ? Quel bilan tirer des résidences d’artistes en milieu scolaire qui se réfèrent à une démarche de co-construction égalitariste ? Quels sont les obstacles à la pérennisation de ces expériences ?

Quelles sont les initiatives prises pour associer les spectateurs à la production ou à la programmation (de spectacles ou de films) dans des cercles favorisant la réflexion collective ?

3. Solidarité et pérennité des équipes artistiques

Les démarches de création tournées vers le partage des compétences entre artistes et participants sont habituellement reconnues pour leur valeur ajoutée sociale et non pas esthétique. Les logiques d’évaluation marchande et institutionnelle sont la source d’une différenciation très inégalitaire des niveaux de réputation et de notoriété, en fonction de l’appréciation des qualités esthétiques des spectacles et des films. Cela constitue un obstacle à la pérennisation des équipes artistiques qui optent pour les idéaux du développement culturel durable. Comment ces équipes construisent-elles des modes de coopération solidaire pour renforcer la viabilité économique de leur démarche ?

Les bureaux de production (ou « d’accompagnement ») se sont développés dans le domaine du spectacle vivant. Une logique d’économie solidaire, mise en avant par certains d’entre eux, peut-elle renforcer la durabilité des équipes artistiques et administratives ?

Quelles sont les motivations instrumentales, idéologiques des acteurs des collaborations inter- organisationnelles telles que partages de ressources, de compétences, des risques entre artistes, équipes et/ou compagnies ? Quelles sont les conditions de leur réussite ? Quels éclairages peut nous apporter l’analyse de nouveaux modèles d’affaires au sein des entreprises culturelles ? (Spence et al., 2007 ; Sinapi, Juno-Delgado, 2015). Les débats sur les enjeux économiques, environnementaux, sociétaux d’un entrepreneuriat culturel durable renvoient à différents paradigmes dans le champ de l’entrepreneuriat (Dean et al., 2007 ; Sheperd et al., 2011).

4. Les festivals en arts de la scène et cinéma

L’Association européenne des festivals (EFA, 2015) attribue aux festivals trois fonctions majeures : la facilitation de la circulation internationale des artistes, le soutien aux innovations et l’entretien de la diversité culturelle sur le territoire d’implantation. Dans quelle mesure la promotion de la diversité culturelle peut-elle affilier certains festivals au monde du développement culturel durable ?

Plusieurs axes peuvent être :

  • les initiatives prises pour réduire l’empreinte environnementale, courantes dans les festivals musicaux ;
  • les rapports participatifs instaurés avec la population ;
  • le degré de prise en compte de la diversité culturelle dans la programmation ;
  • les partenariats avec les acteurs culturels du territoire local afin de déconcentrer l’organisation ;
  • les relations de coopération avec les artistes programmés, notamment les moins réputés.

Bibliographie

Baumol W.J & W.G. Bowen, Performing Arts - The Economic Dilemma, MIT Press, Cambridge 1966.

Boltanski L.& L. Thévenot, Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, 1991. 

Boltanski L. & A. Esquerre, « La “collection”, une forme neuve du capitalisme. La mise en valeur économique du passé et ses effets », Les temps modernes, 679, 2014, p. 5-63, 2014. 

Bourdieu P. & A. Darbel, L’amour de l’art, Paris, Minuit, 1966. 

Brundtland G.H., Our Common Future: Report of the World Commission on Environment and Development. New York: UNO, 1987.

COST, Culture in, for, as Sustainable Development, Jyväskylä, Jyväskylä University Press, 2015. 

Dean T.J. & J. S. McMullen, “Toward a theory of sustainable entrepreneurship: Reducing environmental degradation through entrepreneurial action”, Journal of Business Venturing, 22 (1), 2007, p. 50-76.

European Festivals Association, Europe for festivals. Festivals for Europe. The guide 2015-2016, Brussels, Lannoo Publishers, 2015. 

Goldbard A., New creative community. The art of cultural development, Oakland, New Village Press, 2010, 1st edition 2006.

Hawkes J., The fourth pillar of sustainable development: Culture’s essential role in public planning, Melbourne, The Cultural Development Network, 2001. 

Henry P., Un nouveau référentiel pour la culture ? Pour une économie coopérative de la diversité culturelle, Toulouse, L’attribut, 2014.

Herry J.-C., Le management responsable du spectacle. Comment intégrer les principes du développement durable à son activité, Paris, Irma, 2014.

Lucas J.-M., Culture et développement durable : il est temps d’organiser la palabre..., Paris, Irma, 2010.

Menger P., « Les politiques culturelles en Europe : modèles et évolutions » in Poirrier P. (ed.), Pour une histoire des politiques culturelles dans le monde. 1945-2011, Paris : La Documentation française, 2011, p. 276-287.  

Nurse K., “Culture as the fourth pillar of sustainable development”, Small states: economic review and basic statistics, 11, 2006, p. 28-40.

Sheperd D.A. & H. Patzelt, « “The New Field of Sustainable Entrepreneurship: Studying Entrepreneurial Action Linking ‘What Is to Be Sustained’ With ‘What Is to Be Developed’”, Entrepreneurship Theory and Practice, 35 (1), 2011, p. 137-163. 

Sinapi C. & E. Juno-Delgado, “Motivations for Establishing Cooperative Companies in the Performing Arts: A European Perspective”, In Kauhanen A. (ed.), Advances in the Economic Analysis of Participatory & Labor-Managed Firms, Emerald Group Publishing Limited, 2015, p. 63–107. 

Spence M., J. Ben Boubaker Gherib & V. Ondoua Biwolé, « Développement durable et PME: une étude exploratoire des déterminants de leur engagement », Revue internationale PME: Économie et gestion de la petite et moyenne entreprise, 20, (3-4), 2007, p. 17-42. 

Throsby, The Economics of Cultural Policy, Cambridge: Cambridge University Press, 2010. 

Throsby C. & G.A. Withers, The Economics of Performing Arts, London, Edward Arnold Publisher, 1979.

Urfalino P., L'invention de la politique culturelle, Paris : Documentation Française, 1996.

Urrutiaguer D., Les mondes du théâtre. Désenchantement politique et économie des conventions, Paris: L’Harmattan, 2014. 

Wallach, J.-C., La culture pour qui ? Essai sur les limites de la démocratisation culturelle, Toulouse : Editions de l’Attribut, 2006. 

Modalités de participation

Deux types de contributions sont attendus. Les témoignages de professionnels ou d’amateurs sur leurs pratiques pourront faire l’objet d’échanges dans des tables rondes. Les communications des chercheurs devront articuler une réflexion théorique avec des données de terrain qualitatives et/ou quantitatives, notamment des études de cas.

Ces communications pourront s’appuyer sur les apports des diverses disciplines scientifiques : anthropologie, économie, esthétique, ethnologie, histoire, philosophie, sciences de l’information et de la communication, sciences du management, sociologie, sciences politiques. Le champ artistique couvert par le colloque concerne l’ensemble des domaines du spectacle vivant (théâtre, danse, musique, arts de la marionnette, du cirque, du conte, performances, interdisciplinarité) et le cinéma.

Les propositions de témoignages de professionnels ou d’amateurs doivent être assorties d’un document ou d’un lien permettant de s’informer sur l’expérience décrite.

Les communications seront proposées en français ou en anglais. Si la communication se fait en français, un support de présentation (ppt, etc.) en anglais sera apprécié (et inversement).

Certaines contributions sélectionnées par le comité scientifique pourront faire l’objet d’une publication.

Les propositions de communication (titre et résumé de 3000 signes environ, courte bio- bibliographie) ou de témoignages doivent être envoyées

avant le 5 octobre 2016

au comité d’organisation (colloquetci032017@gmail.com).

Notification des acceptations le 15 novembre 2016.

Comité d’organisation 

  • Daniel Urrutiaguer, professeur en arts de la scène, directeur adjoint de l’EA Passages XX- XXI, Université Lumière Lyon 2
  • Christine Sinapi, professeur de finance, coordinatrice scientifique de l'équipe de recherche en Management culturel (MECIC), Groupe ESC Dijon
  • Aurélie Mouton-Rezzouk, maîtresse de conférences en études théâtrales, EA Institut de Recherche en Etudes Théâtrales (IRET), Université Sorbonne Nouvelle Paris 3

Comité scientifique 

  • Rachel Brahy, maîtresse de conférences, coordinatrice scientifique de la maison des sciences de l’homme, Université de Liège
  • Sylvie Chalaye, professeure en études théâtrales, EA IRET, Paris 3
  • Laurent Creton, professeur en études cinématographiques, EA Institut de Recherche en Cinéma et Audiovisuel (IRCAV), Paris 3
  • Véronique Corinus, maîtresse de conférences en littératures comparées et francophones, EA Passages XX-XXI, Lyon 2
  • Nadine Decourt, chercheuse en anthropologie des contes, maîtresse de conférences HDR retraitée, EA Passages XX-XXI, Lyon 2
  • Jacques Gerstenkorn, professeur en études cinématographiques, EA Passages XX-XXI, Lyon 2
  • Kira Kitsopanidou, maîtresse de conférences en études cinématographiques, EA IRCAV, Paris 3
  • Brénice Hamidi-Kim, maîtresse de conférences en études théâtrales, Institut universitaire de France, directrice de Passages XX-XXI, Lyon 2
  • Philippe Henry, chercheur en socio-économie, maître de conférences HDR retraité
  • Aurélie Mouton-Rezzouk, maîtresse de conférences en études théâtrales, EA IRET, Paris 3 Olivier
  • Neveux, professeur en études théâtrales, EA Passages XX-XXI, Lyon 2 
  • Maria Lucia de Souza Barros Pupo, professeure en études théâtrales, Conselho Nacional de Pesquisas Tecnológicas, Universidad de São Paulo
  • Jaime Ruiz-Gutiérez, professeur associé en gestion culturelle, Universidad de los Andes, Faculté d’Administration, Bogotá 
  • Milena Dragićević Šešic, chaire de l’Unesco en politique culturelle et management (interculturalité et médiation dans les Balkans), Université des Arts de Belgrade
  • Christine Sinapi, professeur de finance, coordinatrice scientifique du MECIC, Groupe ESC Dijon 
  • Daniel Urrutiaguer, professeur en arts de la scène, directeur adjoint de l’EA Passages XX- XXI, Lyon 2 
  • Emmanuel Wallon, professeur de sociologie politique, EA Histoire des arts et des représentations, Paris 10
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Lieux

  • Théâtre de la Cité internationale, 17 boulevard Jourdan
    Paris, France (75014)

Dates

  • mercredi 05 octobre 2016

Mots-clés

  • développement durable, art, scène, spectacle, cinéma, culture

Contacts

  • Daniel Urrutiaguer
    courriel : daniel [dot] urrutiaguer [at] univ-lyon2 [dot] fr
  • Aurélie Mouton-Rezzouk
    courriel : emotionslitteraires [at] gmail [dot] com
  • Christine Sinapi
    courriel : Christine [dot] Sinapi [at] escdijon [dot] eu

Source de l'information

  • Aurélie Mouton-Rezzouk
    courriel : emotionslitteraires [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Arts de la scène et cinéma au prisme du développement durable », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 20 juillet 2016, http://calenda.org/373100