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Temporalités et sports

Temporalities and sports

Revue « Temporalités » n°25 (2017/1)

"Temporalités" Journal no. 25 (2017/1)

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Publié le mardi 02 août 2016 par João Fernandes

Résumé

Que ce soit sur le plan réglementaire ou à travers un calendrier événementiel qui leur est spécifique, les sports ont partie liée avec différentes formes de temporalités. De ce point de vue, il est possible de classer les compétitions sportives selon trois catégories de rapport au temps. Mais existe-t-il des temporalités spécifiques au sport ou aux différentes pratiques sportives et, si oui, quʼest-ce qui les caractérise ? Et au-delà des multiples « temporalités des sports », c’est bien l’ensemble des rapports entre « temporalités et sports » qui est appelé à être questionné : le temps historique (Elias), le temps biographique (l’apprentissage, la maitrise des disciplines, les carrières sportives), le temps institutionnel (avec l’homogénéisation à travers des calendriers mondiaux), le temps médiatique (avec ses calculs économiques), etc.

Annonce

Argumentaire

Que ce soit sur le plan réglementaire ou à travers un calendrier événementiel qui leur est spécifique, les sports ont partie liée avec différentes formes de temporalités. De ce point de vue, il est possible de classer les compétitions sportives selon trois catégories de rapport au temps : les sports où le temps est systématiquement mesuré mais ne fixe pas les conditions de lʼaccomplissement de lʼépreuve (courses à pied, courses cyclistes - excepté les contre-la-montre -, natation, etc.), les sports où un temps défini à lʼavance sanctionne la fin de lʼévénement (football, rugby, basket, etc.) et les sports où le temps nʼest pas un élément discriminant (volley-ball, golf, lancer de poids, etc.) (Martínková & Parry 2011 : 27-28). Pour cette dernière catégorie, cʼest lʼévénement lui-même qui sert dʼunité temporelle en sʼinscrivant cependant, comme pour les autres catégories, dans un calendrier plus large (saisons régulières, championnats, Jeux olympiques, etc.) (Kretchmar 2005 : 47, note 6).

De manière plus générale, les sports dits « modernes », tels quʼils se sont structurés depuis la fin du XVIIIe siècle (Darbon 2014), semblent sʼêtre accommodés dʼun temps linéaire et quantifiable (Martínková & Parry 2011 : 23). Mais cette lecture mérite dʼêtre questionnée à lʼépreuve des faits empiriques. Il sʼagira donc ici dʼappréhender les différentes formes de relations quʼentretiennent les sports avec les « régimes de temporalités » (Dubar 2004). Existe-t-il des affinités entre des pratiques sportives et des régimes de temporalités qui conditionnent des relations privilégiées entre un public et une discipline, ou qui facilitent le dispositif technique de la pratique dʼun sport dans un contexte donné ? Comment les athlètes gèrent-ils les différentes temporalités auxquelles ils sont confrontés dans leurs pratiques ? Existe-t-il des régimes de temporalités propres aux sports ?

Certaines conceptions dominantes du temps (linéaire, circulaire, etc.) peuvent-elles influer sur lʼaffinité quʼentretient un individu ou un groupe avec une pratique sportive en particulier et son dispositif temporel, ou servir dʼargument discursif pour justifier la prépondérance dʼun sport au sein dʼune société (Soldani 2011) ? Il sera par exemple possible de comparer les sports limités par le temps avec ceux qui ne le sont pas, pour relever les différences structurelles que cela implique ainsi que le rapport à la temporalité qui sʼétablit en leur sein. Certains amateurs de basket-ball ou de football trouvent ainsi le baseball « trop lent », « manquant dʼaction », voire « ennuyeux » (Kretchmar 2005 : 45). Mais le cricket, lointain cousin du baseball et également non limité par le temps, a de quoi décontenancer les amateurs de ce dernier, avec ses matchs tests pouvant sʼétaler sur plusieurs jours et se terminant une fois sur trois sur une égalité entre les deux équipes concurrentes quand le match de baseball ne cesse quʼà la désignation dʼun vainqueur (Darbon 2007). Par ailleurs, les événements sportifs dont la durée nʼest pas fixée posent des problèmes dʼordre pratique : retransmissions télévisées en direct, disponibilité de transports publics pour les spectateurs après les rencontres, etc. Comment ces questions sont-elles réglées dans les différents contextes ?

La question de la perception et de la gestion du temps se pose aussi du côté des pratiquants, et à divers degrés. La première et la plus évidente de ces dimensions est celle de la gestion du temps en compétition, quʼil sʼagisse de préserver un avantage en jouant la montre sur un terrain de football, ou de battre un record sur une piste dʼathlétisme. Cet aspect fait par ailleurs écho à lʼimportance toujours plus grande de la quantification du temps dans les sports et au développement des moyens technologiques qui la sous-tend (chronomètre, photo finish, etc.) (Vigarello 1988, Woodward 2013). De façon beaucoup plus imperceptible et difficilement mesurable, de nombreux athlètes décrivent des moments où le temps leur semble immobile (phénomène connu sous le nom dʼ « illusion de chronostase », voir Hagura et alii. 2012), leur concentration optimale, et où leurs actions sʼenchaînent à la perfection. Cet état, décrit par le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihály (1990) sous lʼappellation de flow, est en conséquence recherché par les athlètes comme une condition nécessaire à la performance (Demontrond & Gaudreau 2008). La capacité de réaliser un geste au moment opportun et de synchroniser les mouvements sʼacquiert avec des années dʼexpérience et implique une répétition inlassable à lʼentraînement pour devenir des automatismes et éviter la perte des réflexes. Le temps le plus long consacré à une discipline sportive nʼest donc pas celui des compétitions, mais celui des entraînements.

Pour les athlètes de haut niveau, cʼest au sein des structures dʼentraînements spécialisées que se fait lʼapprentissage des temporalités spécifiques aux pratiques sportives, qui laisse peu de place à lʼoisiveté et comprend la gestion du capital physique sur le temps dʼune saison aussi bien quʼà lʼéchelle dʼune carrière (Viaud & Papin 2012). Par quels procédés les structures dʼentraînement tentent-elles dʼoptimiser le temps ? Comment les sportifs composent-ils avec les contraintes dʼun calendrier souvent surchargé qui laisse peu de place au repos ou à la vie familiale ? Dʼautres activités sont-elles pratiquées de façon complémentaires en dehors des moments dʼexercice (Darbon, 1995) ? Comment les sportifs adaptent-ils leur propre perception du temps aux temporalités du sport et de la pratique quʼils exercent (Hentati 2013) ? De manière plus générale, et dans un contexte de politiques dʼencouragement des pratiques sportives pour des raisons sanitaires, comment des individus dont le sport nʼest pas la profession aménagent-ils du temps pour sʼexercer (Pfister 2011) ?

Les trajectoires biographiques constituent une entrée toute aussi pertinente pour saisir les temporalités inhérentes au sport. Quʼelles présentent des convergences ou quʼelles soient exceptionnelles, quʼelles soient plutôt rectilignes ou sinueuses, régulières ou erratiques, ces trajectoires en disent long sur les développements possibles des carrières sportives ou, plus largement encore, sur la vie des sportifs et ses conditions. Lʼémergence, et aujourdʼhui la prédominance, du professionnalisme sur la scène sportive internationale, dans la majorité des disciplines, a fait naître la perspective dʼune promotion sociale et économique pour les athlètes et donné lieu à dʼimportants flux migratoires (Bale & Maguire 1994, Lanfranchi & Taylor 2001, Maguire & Falcous 2011). En quoi ces mobilités sont-elles déterminantes dans le parcours dʼun sportif ? Comment la succession des périodes de réussites et dʼéchecs influent-elles sur les trajectoires des athlètes ? Quel est le statut de la mémoire dans les récits biographiques ou autobiographiques des sportifs ? Existent-ils des modes spécifiques de narration de ces trajectoires ? Quelles sont les singularités observables dans les trajectoires biographiques des sportives en comparaison de leurs homologues masculins (Saouter 1995, 2016) ?

Existerait-il alors des temporalités spécifiques au sport ou aux différentes pratiques sportives et, si oui, quʼest-ce qui les caractérise ? Du point de vue du spectateur ou du pratiquant occasionnel, il semble en rupture avec le temps de la vie courante et en opposition avec le travail, tout en étant un moment dʼactivité intense (Vigarello 1995 : 2015). Pour le professionnel, ce temps entrera plutôt dans le cadre de la normalité et de lʼordinaire. En quoi cette distinction entre un point de vue externe et un point de vue interne modifie-t-elle le rapport aux temporalités des pratiques, à lʼenchaînement cyclique des événements sportifs (rencontres, saisons, tournois, etc.), et à la façon de les raconter ou de sʼen souvenir ? Chaque discipline sportive sʼest vraisemblablement constituée un calendrier autonome, en fixant des événements sur le cours dʼune année ou de façon cyclique sur plusieurs années (coupes continentales ou du monde en football, par exemple), selon une logique qui lui est propre (Chartier & Vigarello 1982 : 38). Ce calendrier séculaire, sans correspondance avec les fêtes liturgiques et la temporalité communautaire, marque ainsi une rupture entre les sports dits « modernes » et les jeux athlétiques dits « traditionnels » (Guttmann 2006). De ce point de vue, délimiter le champ des temporalités sportives ne contribue-t-il pas à délimiter par ailleurs le champ du sport lui-même, en dʼautres termes à le caractériser ? Est-ce que rompre avec les exigences temporelles fixées par une pratique sportive ne revient pas à la transformer radicalement et à en faire une activité physique aux enjeux différents ?

Les articles attendus dans le cadre de cet appel traiteront un ou plusieurs des axes et niveaux proposés (de façon non exhaustive), en prenant soin d’analyser la manière dont les différentes temporalités du sport se composent, sʼagencent ou se confrontent. Une attention toute particulière pourra être portée sur les relations entre règles du jeu et régimes de temporalités. Au-delà des « temporalités des sports », c’est bien l’ensemble des rapports entre « temporalités et sports » qui est questionné : le temps historique (Elias), le temps biographique (l’apprentissage, la maitrise des disciplines, les carrières sportives), le temps institutionnel (avec l’homogénéisation à travers des calendriers mondiaux), le temps médiatique (avec ses calculs économiques), etc.

Les travaux pourront relever des diverses disciplines des sciences humaines et sociales, que se soit en anthropologie, sociologie, histoire, philosophie ou psychologie comme en sciences économiques, science politique et, bien évidemment, en sciences et techniques des activités physiques et sportives. Les approches pluridisciplinaires ou interdisciplinaires seront également les bienvenues. Les contributions pourront être des réflexions ou des études empiriques convoquant des terrains en France et/ou à l’étranger. Les temporalités des enquêtes sur les pratiques sportives pourront, elles aussi, être interrogées. 

Envoi des projets d’articles

Les auteurs devront envoyer leur proposition d’article aux coordinateurs du numéro François-Xavier Devetter (francois-xavier.devetter@telecom-lille.fr) et Jérôme Soldani (jeromesoldani@hotmail.fr) — avec copie au secrétariat de rédaction de la revue (temporalites@revues.org).

Cette proposition, composée d’un titre et d’un résumé d’une page du projet d’article (5 000 signes maximum), ainsi que du nom, des coordonnées et de l’affiliation institutionnelle de l’auteur, pourra être envoyée jusqu’au 15 septembre 2016.

Nos procédures de sélection et ses modalités sont librement consultables ici : http://temporalites.revues.org/683

Nos comités : http://temporalites.revues.org/533

Calendrier

  • Réception des propositions jusqu’au : 15 septembre 2016

  • Réponse des coordinateurs : 15 octobre 2016
  • Réception des articles : 15 décembre 2016
  • Retour des expertises des évaluateurs : 1er février 2017
  • Version révisée : 1er avril 2017
  • Sortie du numéro : 15 juin 2017

Coordinateurs

  • François-Xavier Devetter (Clersé, UMR 8019 Lille 1- CNRS)
  • Jérôme Soldani (Academia Sinica, Taïwan) 

Bibliographie

  • Bale John, Maguire Joseph A. (dir.), 1994. The Global Sports Arena. Athletic Talent Migration in an Interdependent World. Londres, Frank Cass.
  • Chartier Roger, Vigarello Georges, 1982.  « Les trajectoires du sport. Pratiques et spectacle », Le Débat, « L’âge du sport », 19 : 35-58.
  • Csíkszentmihályi Mihály, 1990. Flow: The Psychology of Optimal Experience. New York, Harper and Row.
  • Darbon Sébastien, 2014. Les Fondements du système sportif. Essai dʼanthropologie historique. Paris, LʼHarmattan.
  • Darbon Sébastien, 2007. « Sports “modernes”, sports “archaïques” ? À propos de quelques oppositions entre baseball et cricket », Loisir et Société, 29-2 : 449-477.
  • Darbon Sébastien, 1995. Rugby, mode de vie. Ethnographie dʼun club Saint-Vincent-de-Tyrosse. Paris, Jean-Michel Place.
  • Demontrond Pascale, Gaudreau Patrick, 2008. « Le concept de “flow” ou “état psychologique optimal” : état de la question appliquée au sport », Staps, 79 : 9-21.
  • Dubar Claude, 2004. « Régimes de temporalités et mutations des temps sociaux », Temporalités, 1 : 118-129.
  • Guttmann Allen, 2006 [1978]. Du rituel au record. La nature des sports modernes. Traduction française par Thierry Terret, Paris, L’Harmattan.
  • Hagura Nobuhiro, Kanai Ryota, Orgs Guido, Haggard Patrick, 2012. “Ready steady slow: action preparation slows the subjective passage of time”, Proceedings of Royal Society, online : http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/early/2012/09/04/rspb.2012.1339
  • Hentati Abdelaziz, 2013. “Perceptions of Time and Adaptive Strategies in Sport Competitions”, International Journal of Humanities and Social Science Invention, 2-7: 29-38.
  • Kretchmar Scott R., 2005. “Game Flaws”, Journal of the Philosophy of Sport, 32 : 36-48.
  • Lanfranchi Pierre, Taylor Matthew, 2001. Moving with the ball. The Migration of Professional Footballers. Oxford, Berg.
  • Maguire Joseph A., Falcous Mark (dir.), 2010. Sport and Migration. Borders, Boundaries and Crossings. Londres et New York, Routledge.
  • Martínková Irena, Parry Jim, 2011. “Two Ways of Conceiving Time in Sports”, Acta Universitatis Palackianae Olomucensis. Gymnica, 41-1 : 23-31.
  • Pfister Gertrud, 2011. “Is Time a Problem ? The work-life-leisure balance and its impact on physical activities : A case study in Denmark”, Staps, 94 : 7-23.
  • Saouter Anne, 2016. Des femmes et du sport. Paris, Payot.
  • Saouter Anne, 2000. « Être rugby ». Jeux du masculin et du féminin. Paris, Éditions de la Maison des sciences de lʼhomme.
  • Soldani Jérôme, 2011. « Pourquoi les Taïwanais jouent-ils au baseball ? Étude diachronique d’une diffusion réussie », Ethnologie française, « La diffusion des sports », 41-4 : 677-689.
  • Viaud Baptiste, Papin Bruno, 2012. « Temps sportif, santé du champion et logique de lʼurgence », Staps, 96-97 : 9-27.
  • Vigarello Georges, 1995. « Le temps du sport », in CORBIN Alain (dir.), L’avènement des loisirs (1850-1960). Paris, Aubier : 193-221.
  • Vigarello Georges, 1988. Une histoire culturelle du sport. Techniques d’hier... et d’aujourd’hui. Paris, Robert Laffont.
  • Woodward Kath, 2013. Sporting Times. Basingstoke, Palgrave.

Dates

  • jeudi 15 septembre 2016

Mots-clés

  • sports, temps, temporalité, jeux, calendrier, compétition

Contacts

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Temporalités et sports », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 02 août 2016, http://calenda.org/373349