AccueilLa paix de Fexhe (1316) et les révoltes à Liège et en Europe occidentale

La paix de Fexhe (1316) et les révoltes à Liège et en Europe occidentale

The peace of Fexhe (1316) and revolts in Liège and western Europe

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Publié le mardi 02 août 2016 par João Fernandes

Résumé

Des chercheurs liégeois, belges, français, allemand et canadien permettront d’affiner nos connaissances de ce texte majeur de notre histoire. La paix de Fexhe apparaîtra aussi comme un élément d’un mouvement plus vaste, celui des contestations politiques et sociales et du mouvement représentatif au début du XIVe siècle. On comprendra donc mieux le but de ces conflagrations et des textes qui en furent le produit. Seront également interrogés les réseaux structurant les différents partis en présence, la formation intellectuelle des élites laïques comme ecclésiastiques, le rapport au pouvoir et au seigneur, voire au souverain. Les prolongements de cet événement majeur sur le plan de la mémoire et de l’histoire du droit jusqu’à notre époque seront également évoqués.

Annonce

Programme

Jeudi 15 septembre 2016

Musée de la Vie Wallonne

14h00 : Accueil

14h15 : Discours officiels

14h45 : Introduction, par Paul Bruyère (†) et Christophe Masson (Université de Liège)

Session 1 – Le contexte liégeois

Présidence : Jean-Louis Kupper (Université de Liège)

  • 15h00 : Alexis Wilkin (Université libre de Bruxelles/ Université de Liège) – Crise de subsistance, crise politique ? Tensions alimentaires et économiques en 1316-1317
  • 15h20 : Claude Gaier (Musée d’Armes de Liège) – Les aspects militaires du règne d’Adolphe de La Marck

16h00 : Pause

Session 2 – Le contexte intellectuel

Présidence : Éric Bousmar (Université Saint-Louis – Bruxelles)

  • 16h15 : Mgr. Jean-Pierre Delville – Godefroid de Fontaines et l’aristotélisme politique

16h45 : Pause

  • 17h00 : Christophe Masson (Université de Liège) – La Paix de Fexhe : un texte, des acteurs

18h00 : Visite du Musée de la Vie wallonne

Vendredi 16 septembre 2016

Palais provincial

Session 3 – Liège entre France et Empire

Présidence : Florence Close (Université de Liège)

  • 9h30 : Julien Maquet (Institut du Patrimoine wallon/Université de Liège) – Quelques réflexions sur le pouvoir édictal de l’évêque et sur la notion de « paix » à Liège entre la fin du XIe et le début du XIVe siècle
  • 9h50 : Xavier Hélary (Université Lyon III) et Alain Marchandisse (FNRS/Université de Liège) – Philippe IV le Bel, sa politique dans les anciens Pays-Bas
  • 10h10 : Malte Prietzel (Universität Paderborn) – Les capitulations épiscopales en Allemagne

11h00 : Pause

Session 4 – Gouvernants et gouvernés en Europe et dans les Pays-Bas

Présidence : Geneviève Xhayet (Université de Liège)

  • 11h15 : Michel Hébert (Université du Québec à Montréal) – Communautés, chartes et représentation politique en Europe occidentale au temps de la paix de Fexhe : quelques éléments de comparaison
  • 11h35 : Marie Van Eeckenrode (Archives de l’État / Université catholique de Louvain) et Ben Eersels (KULeuven) – Le dialogue politique en Hainaut et Brabant
  • 11h55 : Jelle Haemers (KULeuven) – Peut-on encore parler de constitutionnalisme au Moyen Âge ? Sur les paix politiques en Flandre et en Brabant

Session 5 – La Paix de Fexhe dans le droit et la mémoire

Présidence : Benoît Franck (Province de Liège)

  • 14h30 : Benoît Lagasse (Université de Liège) – La Paix de Fexhe sous la plume de Charles de Méan (1604-1674). Réflexion sur la validité des statuts de 1582 et de 1592 d’Ernest de Bavière
  • 14h50 : Christian Behrendt et Sofia Vandenbosch (Université de Liège) – Les assemblées médiévales et leur héritage dans le droit constitutionnel contemporain

15h30 : Pause

  • 16h00 : Philippe Raxhon (Université de Liège) – La Paix de Fexhe et sa portée mémorielle

16h30 : Conclusions, par Jean-Marie Cauchies (Académie royale de Belgique)

Entrée gratuite – Inscription obligatoire (nombre de places limité)

http://www.provincedeliege.be/colloque_paixdefexhe/inscription

Service Culture de la Province de Liège Fabrice DREZE +32 (0)4 232 86 38 fabrice.dreze@provincedeliege.be

Argumentaire

Dans toute l'Europe, la fin du xiiie siècle et la première moitié du xive siècle sont marquées par l'explosion d'importantes révoltes, souvent urbaines, exigeant une « meilleure » répartition du pouvoir. Comme pour accentuer le caractère dramatique de la situation, c'est de 10 à 15 % de la population du nord de l'Europe qui disparaît au cours de la famine de 1315-1317, qu'on a qualifié de pire crise de subsistance documentée au cours des deux derniers millénaires. Toutefois, loin d'afficher une homogénéité de profil, ces révoltes se singularisent par l'identité de leurs acteurs, la nature des revendications exposées, l'aspect de la contestation et l'issue finale de l'affrontement. Les grilles de lecture utilisées pour rendre compte de ces faits se sont, quant à elles, multipliées au fil du développement de la recherche historique. Ne citons ici que l'influence du libéralisme économique, de la démocratie chrétienne ou du marxisme dans la production historienne des deux derniers siècles dans l'interprétation des événements. Et la recherche actuelle n'est pas en reste, qui a ouvert de nouvelles voies d'investigations, joignant aux investigations politiques, juridiques ou économiques des questionnaires culturels, sociaux ou symboliques.

De ce champ d'étude particulièrement actif, la principauté de Liège demeure souvent un parent pauvre. Certes les travaux de Fernand Vercauteren (Luttes sociales à Liège. xiiie et xive siècles, Bruxelles, 1943) et Jean Lejeune (Liège et son Pays. Naissance d’une patrie (xiiie-xive siècles), Liège, 1948) et, plus près de nous, de Geneviève Xhayet (Réseaux de pouvoir et solidarités de parti à Liège au Moyen Âge (1250-1468), Genève, 1997) et Alain Marchandisse (La fonction épiscopale à Liège aux xiiie et xive siècles. Étude de politologie historique, Genève, 1998) ont déjà interrogés ces contestations politiques. Toutefois, plusieurs zones d'ombre demeurent encore. La principale est certainement l'inscription des événements liégeois, au premier rang desquels la célèbre Paix de Fexhe, dans le fil de l'histoire européenne. Cet isolement a souvent eu pour corollaire une mise en exergue de l'originalité, voire du caractère révolutionnaire, de ce texte.

Ce colloque conjuguera donc deux approches complémentaires. Il s'agira d'une part de revenir sur la Paix de Fexhe et les circonstances de sa promulgation ainsi que sur son influence sur le droit liégeois et belge et de l'autre de l'inscrire dans le contexte des luttes semblables qui furent livrées au même moment dans les Pays-Bas, dans le nord de la France et dans les villes d'Empire. Question primordiale, qui se trouva tant au cœur des luttes du xive siècle que de leur relecture du xixe siècle, et dont la réponse pourtant demeure souvent peu claire : le but de ces conflagrations sociales et politiques. Si le terme de révolution a été utilisé plus d'une fois, il le fut souvent au mépris de son sens originel. Or, le programme politique des rebelles ne peut pas toujours, tant s'en faut, se résumer à une réaction conservatrice ou à volonté de réforme totale de la société. Lorsque son exercice est revendiqué par les révoltés, l'est-il dans un sens exclusif ou collaboratif ? Qu'en est-il de la rédaction des lois et de l'exercice de la justice ? La révolte se veut-elle uniquement conservatrice ou se pose-t-elle comme ferment d'innovation ? Et, enfin, le but est-il plutôt de contribuer au « Bien commun », en répartissant mieux l'exercice du pouvoir par exemple, ou d'améliorer une position égoïste ?

Il importera également d'étudier plus attentivement les phases des conflits et leur nature. Comment la violence et les troupes armées interviennent-elles dans les troubles ? Quel est le rôle qu'on leur attribue : régler le conflit par une bataille rangée, faire pression sur l'adversaire, maintenir un état de tension ? Et si le rôle la violence est très souvent souligné, il ne doit pas empêcher l'historien d'accéder à ce qui lui était complémentaire, à savoir les processus de dialogue, de concertation et de négociation. Ceux-ci purent prendre des visages assez différents, certes parfois violents, mais c'est leur variété même qui, s'adaptant aux circonstances, leur donna leur force et leur efficacité. Les structures de cette contestation politique seront mises en évidence, ainsi que leur caractère répétitif ou exceptionnel. Plus largement, on reviendra sur la façon dont la situation économique ou les famines, dont la grande crise des années 1315-1317, purent servir de ferment à la contestation.

Derrière ces combats, ces discussions et ces accords, il y eut évidemment des personnalités. Les études prosopographiques et biographiques des sociétés urbaines ont déjà montré la structure que les liens familiaux et professionnels donnèrent à tous ces mouvements politiques et sociaux. L'accent sera particulièrement mis sur ces individus et leurs réseaux, politiques comme économiques, afin d'offrir une meilleure compréhension de l'influence des personnes sur le cours des événement. La construction de la légitimité, à conduire les actions ou à représenter la population, sera interrogée, afin de mieux comprendre les processus d'acquisition et de conservation du pouvoir. À l'aune de ces données, le cas liégeois sera comparé aux réalités des régions voisines afin de mesurer le poids de l'élément « populaire » et, partant, le degré de « démocratie » réellement exigé ainsi que son rapport au pouvoir, alors principalement monocratique. Quelle est la place qu'on lui réserve dans la nouvelle configuration de la société qu'exigent les révoltés ? En même temps que ce qui change, il faut donc être attentif à ce qui doit être conservé, et qui traduit là aussi la portée des programmes politiques des uns et des autres.

Grâce aux apports de juristes et d'historiens provenant de plusieurs pays (Belgique, Allemagne ou France), on pourra ainsi arriver à une meilleure connaissance de la Paix de Fexhe et de son inscription dans l'histoire médiévale de l'Europe.

Lieux

  • Musée de la Vie wallonne | Palais Provincial - Cour des Mineurset | Place Saint-Lamber
    Liège, Belgique (4000)

Dates

  • jeudi 15 septembre 2016
  • vendredi 16 septembre 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • paix de Fexhe, révolte, Liège, Europe occidentale

Contacts

  • Christophe Masson
    courriel : christophe [dot] masson [at] ulg [dot] ac [dot] be

URLS de référence

Source de l'information

  • Christophe Masson
    courriel : christophe [dot] masson [at] ulg [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« La paix de Fexhe (1316) et les révoltes à Liège et en Europe occidentale », Colloque, Calenda, Publié le mardi 02 août 2016, http://calenda.org/373386