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Le séminaire : un nouvel objet pour l'histoire des idées politiques

The seminar: a new subject for the history of political ideas

XIVe Congrès de l'Association française de science politique (AFSP) 2017 - Section thématique n°74

14th conference of the Association française de science politique (AFSP) 2017 - Theme session no.74

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Publié le mardi 02 août 2016 par João Fernandes

Résumé

En France, l’histoire des idées a longtemps été une branche de la science politique guère soucieuse de s’interroger sur ses méthodes. En s’inspirant des innovations proposées à l’étranger, elle a récemment consenti un effort de réflexion salutaire sur ses approches et ses objets. Un consensus s’est ainsi rapidement formé autour d’un nouveau regard n’envisageant plus les idées politiques comme flottant dans l’éther de l’abstraction, mais imposant au contraire de les réinscrire dans leur contexte d’énonciation. Si cette perspective semble dorénavant largement partagée, sa mise en œuvre apparaît cependant souvent malaisée et peu probante. Il existe pourtant un espace curieusement négligé qui permet d’associer de manière féconde les analyses interne et externe : il s’agit du séminaire, un lieu où texte et contexte sont plus qu’ailleurs imbriqués. En se concentrant sur cette pratique intellectuelle totalement ignorée dans la littérature, cette section thématique aimerait ainsi, au travers d’une démarche inductive excluant l’élaboration a priori de principes méthodologiques, contribuer à sa manière au renouvellement contemporain de l’histoire des idées politiques.

Annonce

Argumentaire

En France, l’histoire des idées a longtemps été une branche de la science politique guère soucieuse de s’interroger sur ses méthodes. En s’inspirant des innovations proposées à l’étranger, elle a récemment consenti un effort de réflexion salutaire sur ses approches et ses objets. Un consensus s’est ainsi rapidement formé autour d’un nouveau regard n’envisageant plus les idées politiques comme flottant dans l’éther de l’abstraction, mais imposant au contraire de les réinscrire dans leur contexte d’énonciation. Si cette perspective semble dorénavant largement partagée, sa mise en œuvre apparaît cependant souvent malaisée et peu probante. Il existe pourtant un espace curieusement négligé qui permet d’associer de manière féconde les analyses interne et externe : il s’agit du séminaire, un lieu où texte et contexte sont plus qu’ailleurs imbriqués. En se concentrant sur cette pratique intellectuelle totalement ignorée dans la littérature, cette section thématique aimerait ainsi, au travers d’une démarche inductive excluant l’élaboration a priori de principes méthodologiques, contribuer à sa manière au renouvellement contemporain de l’histoire des idées politiques. Pour ce faire, elle propose de mener une investigation qui prendra appui sur trois orientations.

Axe 1 – Un espace de production des idées politiques. 

Le séminaire se présente tout d’abord comme un lieu très singulier de production des idées, en raison aussi bien de la nature de l’enseignement qui s’y trouve délivré que des conditions matérielles de son déroulement. Ne suivant en général aucun programme imposé de l’extérieur, il consiste le plus souvent en l’exposé d’une recherche en train de se faire. Il s’agit ainsi « d’un travail au présent, sans recul, sans rétroactivité, sans protection, sans filet : d’une production, plus que d’un produit » (Roland Barthes). Le séminaire est donc comme la répétition de l’œuvre, ou encore sa « coulisse » (Michel de Certeau) d’où l’on peut guetter le mouvement hésitant de la réflexion et ainsi accéder à la genèse d’une pensée. Les conditions concrètes dans lesquelles se déroule le séminaire en font par ailleurs un lieu d’intersubjectivité, un espace de rencontre et d’échange entre l’auctor et son lector. L’auteur y est en effet plongé dans un dispositif très différent de celui de « l’écriture en chambre » : il est confronté aux réactions d’une audience qui n’est plus anonyme ni passive. Plus qu’un brouillon où l’auteur aurait déposé les ébauches de ses idées, le séminaire peut ainsi être envisagé comme un laboratoire d’expérimentation d’une pensée qui se cherche, comme une « fabrique » dont la singularité ne peut manquer d’engendrer des effets sur les biens intellectuels qu’elle produit.

Axe 2 – Un espace de transmission des idées politiques. 

Le séminaire peut ensuite être étudié comme une scène où les idées se transmettent selon des modalités spécifiques. Son étude offrira ainsi l’occasion de mettre à l’épreuve l’hypothèse de Randall Collins, selon laquelle c’est la nature des relations sociales nouées à l’intérieur d’une communauté, davantage que le contenu des idées véhiculées, qui constitue le critère pertinent pour distinguer entre elles les différentes « traditions » intellectuelles. Deux types idéaux proposés par Collins pourront ici guider la réflexion. La transmission verticale tout d’abord, apparaît caractéristique d’un rapport qui relie un « maître » à ses « adeptes » : on la rencontre dans des séminaires dont le charisme d’un leader est le ressort. C’est cette dynamique qui permet la constitution des « traditions loyalistes », centrées autour d’un fondateur héroïque et régies par une fidélité s’exerçant à travers la succession des générations de disciples. A l’inverse, la transmission horizontale semble caractéristique d’une relation se donnant pour but la confrontation réciproque des points de vue : elle explique l’émergence de « traditions impersonnelles » reposant avant tout sur des idées ou des méthodes, sans que des fondateurs ou des textes canoniques ne se révèlent décisifs aux yeux des participants. Ces deux extrêmes dessinent ainsi un continuum sur lequel pourront être situés les différents cas empiriques envisagés.

Axe 3 – Un espace de structuration d’un collectif intellectuel et politique.

 En orientant la focale du côté des auditeurs, on peut enfin appréhender le séminaire comme un lieu privilégié de socialisation entraînant la formation de communautés intellectuelles, soudées par un corpus d’idées politiques plus ou moins homogène, par le partage de méthodes et/ou par l’allégeance commune à un « maître ». A cet égard, les interactions se déroulant in situ, pendant les séances, apparaissent moins importantes que toutes les connexions qui s’opèrent autour du séminaire lui-même : « l’avant » et surtout « l’après » séminaire jouent souvent un rôle central dans la construction de tels collectifs. C’est là encore une attention aux pratiques, voire aux rituels, qui permettra de comprendre les modalités des processus d’agrégation. En outre, la constitution d’un groupe passant aussi par l’élaboration de ses rapports avec son « extériorité », on pourra compléter l’analyse des logiques d’aimantation, qui rendent compte de la formation des écoles de pensée, par l’examen des logiques d’exclusion. Les débats sur l’« hérésie » ou l’« hétérodoxie » d’un membre ou d’une partie du groupe ouvrent sur l’étude, non plus de la formation, mais du maintien dans la durée d’une coalescence produite à l’occasion d’un séminaire.

En se rattachant à un ou plusieurs de ces axes, les communications attendues pourront porter sur des séminaires tenus en France ou à l’étranger, à l’Université ou en-dehors (EHESS, Collège de France, etc.), dans un passé lointain ou proche, le tout dans une perspective monographique ou comparative. Dans ce dernier cas, il pourrait être pertinent de faire reposer la comparaison des séminaires étudiés sur la prise en compte d’un même événement (Seconde Guerre mondiale, Mai 68, etc.) ou d’une même situation (l’exil, la critique d’une paradigme intellectuel, la marginalité institutionnelle, etc.). Quelques séminaires célèbres pourraient ainsi retenir l’attention : on pense pour la France à ceux de Louis Althusser, Raymond Aron, Alain Badiou, Pierre Bourdieu, Michel Crozier, Michel Foucault ou Alexandre Kojève ; pour l’étranger aux séminaires de Jürgen Habermas, Martin Heidegger, Ludwig von Mises, Toni Negri ou Leo Strauss ; ou encore à des séminaires donnés à plusieurs voix comme le séminaire Raoul Girardet/René Rémond/Jean Touchard ou le séminaire Kenneth Arrow/John Rawls/Amartya Sen.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Deadline : 15 octobre 2016

Propositions à envoyer à : gwendal.chaton@free.fr / sebacare@gmail.com

Responsables scientifiques

  • Sébastien Caré, Université Rennes 1, sebacare@gmail.com
  • Gwendal Châton, Université d’Angers, gwendal.chaton@free.fr 

Lieux

  • Montpellier, France (34)

Dates

  • samedi 15 octobre 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • séminaire, méthodes, histoire des idées, théorie politique

Contacts

  • Gwendal Châton
    courriel : gwendal [dot] chaton [at] univ-angers [dot] fr
  • Sébastien Caré
    courriel : sebacare [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Gwendal Châton
    courriel : gwendal [dot] chaton [at] univ-angers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le séminaire : un nouvel objet pour l'histoire des idées politiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 02 août 2016, http://calenda.org/373596