AccueilTheodor Lipps (1851-1914) : l'œuvre, son contexte et sa postérité

Theodor Lipps (1851-1914) : l'œuvre, son contexte et sa postérité

Theodor Lipps (1851-1914): the work, its context and posterity - interdisciplinary perspectives

Une perspective interdisciplinaire

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Publié le mercredi 10 août 2016 par João Fernandes

Résumé

Cette journée d'étude se propose de réexaminer la pensée de Theodor Lipps (1851-1914), philosophe, psychologue et esthéticien, qui fut un penseur majeur de l'Allemagne de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Souvent cité pour ses travaux sur « l'empathie » (terme approximatif pour « Einfühlung »), Lipps demeure un auteur très mal connu dont l'œuvre a été étonnamment négligée par l'historiographie. On réunira, pour la première fois, des spécialistes de l'auteur qui, sur la base d'approches méthodologique variées, s'attacheront à revisiter ces thèmes typiquement lippsiens que sont l'esthétique, la psychologie, la théorie de la connaissance et la logique, mais aussi des aspects moins connus de sa pensée comme l'éthique, les sciences du langage ou l'histoire de l'art. Ceci devrait permettre de mieux comprendre les tenants et les aboutissants d'une œuvre sophistiquée et la manière dont elle s'inscrit dans son contexte scientifique et philosophique, ainsi que de souligner la pertinence des idées lippsiennes pour la recherche actuelle. On espère ainsi contribuer à la réhabilitation de la figure de Lipps et à la réévaluation de sa pensée, tout en dressant un état des lieux de ce champ de recherche inchoatif que sont les « études lippsiennes ».

Annonce

Présentation

On mesure mal aujourd'hui l'engouement suscité en leur temps par les travaux de Theodor Lipps (1851-1914), lequel fut assurément l'un des penseurs majeurs de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Ses contributions à la psychologie, à l'esthétique, à la théorie de la connaissance, à la logique et, dans une moindre mesure, à l'éthique, ont eu un impact considérable sur la pensée contemporaine, bien au-delà des limites de l'aire germanophone. Dans son Philosophen-Lexikon, paru en 1912, Rudolf Eisler ne consacre pas moins de six pages à Lipps, ce qui en fait le philosophe de l'époque le plus longuement commenté après Wundt. La faveur dont Lipps a pu jouir de son vivant offre un contraste saisissant avec la méconnaissance qui entoure aujourd'hui son œuvre. Rarement mentionné, sinon de manière élusive, dans les manuels d'histoire de la philosophie, objet d'un nombre très réduit d'études spécifiques, Lipps est un auteur dont l'historiographie récente offre une vision très parcellaire. Cette carence critique et philologique ne permet pas de saisir le rôle exact joué par Lipps dans la pensée allemande et européenne de son temps, encore moins de comprendre l'importance théorique de son œuvre pour la réflexion philosophique et scientifique actuelle. De toute évidence, Lipps n'a pas retrouvé la place qui est la sienne dans l'histoire de la connaissance, et reste en particulier très largement ignoré des historiens de la philosophie. L'absence d'une véritable monographie le concernant est à cet égard tout à fait symptomatique. Toujours est-il que la figure de Lipps, dont le nom est spontanément associé à la notion « d'empathie » (traduction commode de l'allemand « Einfühlung »), est, depuis quelques années, l'objet d'un véritable effet de mode dans le champ de l'esthétique, de la psychologie et des neurosciences. Cet apparent regain d'intérêt pour la pensée lippsienne doit être replacé dans le contexte de la résurgence de l'esthétique psychologique et du développement considérable des problématiques liées à la cognition sociale – deux domaines dont Lipps fut en son temps l'un des théoriciens majeurs. Force est toutefois de constater que la curiosité dont Lipps est aujourd'hui l'objet ne s'accompagne que trop rarement d'une réflexion de fond sur sa pensée. On n'en assiste pas moins, depuis quelques temps, à une véritable affirmation des études lippsiennes, un champ de recherche encore confidentiel mais d'un incontestable dynamisme qui permet d'appréhender progressivement l'œuvre de Lipps dans toute sa complexité.

C'est avant tout à l'école italienne que l'on doit d'avoir jeté les bases d'un « Lipps revival ». En 1990 Maria Rosaria de Rosa publait Theodor Lipps: estetica e critica delle arti, le premier (et le seul) ouvrage moderne consacré à l'esthétique lippsienne, tandis qu'en 2002 paraissait un numéro de Discipline Filosofiche intitulé “Una scienza pura della coscienza”: l'ideale della psicologia in Theodor Lipps, sous la direction de Stefano Besoli, Marina Manotta et Riccardo Martinelli. Ce volume regroupe une dizaine de contributions originales et un certain nombre de traductions, essentiellement consacrées aux questions esthétiques et philosophiques. Il reste à ce jour la publication la plus complète disponible sur Lipps et la pensée lippsienne. En 2013, Faustino Fabbianelli rééditait une bonne partie des œuvres psychologiques et épistémologiques de Lipps, dans un ouvrage paru en quatre volumes chez Ergon Verlag. Outre le fait de mettre à disposition du chercheur un grand nombre de textes souvent difficilement accessibles voire inédits, cette édition critique, dont la longue introduction en particulier offre des développements très instructifs, permet de mieux comprendre la place de Lipps dans la tradition philosophique allemande. Une réédition, par le même auteur et chez le même éditeur, des textes esthétiques de Lipps est annoncée pour 2017. Enfin, il convient de mentionner la parution prochaine d'un numéro spécial double de la Revue de métaphysique et de morale consacré à Lipps. Coordonné par Natalie Depraz, Michel Espagne et Mildred Galland-Szymkowiak, ce volume, qui comprendra à la fois des études critiques et des traductions, fait figure de travail pionnier dans le domaine francophone. Ces travaux témoignent du mouvement de fond qui semble s'être amorcé en faveur de la réhabilitation de l'œuvre de Theodor Lipps et de la réévaluation de la place de celle-ci dans la pensée germanique et européenne.

Les recherches sur Lipps se sont jusqu'ici essentiellement focalisées sur la dimension esthétique et philosophique de son œuvre. Le Lipps esthéticien est bien sûr avant tout connu comme théoricien de l'Einfühlung, la thèse selon laquelle l'expérience esthétique résulte de la capacité de celui qui contemple à s'immiscer subjectivement dans l'objet de contemplation et de participer activement à la « vie » de ce dernier. Il apparaît désormais de plus en plus nettement que l'Einfühlung, loin d'être un concept restreint au champ de l'esthétique, doit être considérée dans une perspective psychologique plus large qui ressortit à ce que l'on nomme aujourd'hui « theory of mind ». Par ailleurs, les chercheurs prennent peu à peu conscience de l'importance de la notion de sentiment esthétique (ästhetisches Gefühl) chez Lipps, lequel fut un représentant majeur du paradigme « affectif » de l'esthétique psychologique allemande de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Pour ce qui est du Lipps philosophe, il a été essentiellement interprété à l'aune de la tradition idéaliste et de la phénoménologie. La nécessité se fait désormais sentir d'étudier la philosophie lippsienne, à la fois en tant que telle, et non plus seulement en la resituant dans une certaine tradition philosophique, et dans le contexte plus large de l'épistémologie germanique de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. La pensée psychologique de Lipps a, malgré son caractère incontournable, encore été trop peu étudiée pour elle-même. Des questions théoriques comme celle du sentiment (Gefühl), de l'aperception ou de la conation (Streben) n'ont pas encore fait l'objet de toute l'attention qu'elles méritent, ni dans le cadre du modèle psychologique lippsien, ni dans le contexte psychologique de l'époque. Il apparaît en outre essentiel de clarifier la question de la relation de Lipps aux autres psychologues de son temps, au premier rang desquels Wundt, dont les travaux ont de toute évidence été décisifs pour l'émergence et l'évolution de sa pensée. Enfin, un point crucial qu'il convient d'approfondir est le lien existant entre la pensée lippsienne, telle qu'elle a été élaborée entre le début des années 1870 et le début des années 1910, et les transformations de la psychologie germanique et de son rapport aux autres formes du savoir au cours de la même période : psychologisation de la philosophie et des Geisteswissenchaften, essor de la psychologie affective, tournant antipsychologique de la pensée allemande au début du 20e siècle – autant de tendances épistémologiques de fond dont Lipps fut à la fois le produit et un acteur de premier plan. Au-delà de la problématique traditionnelle du « psychologisme » (à laquelle Lipps fut partie prenante à un degré éminent), se pose la question du rôle exact que les concepts psychologiques jouent, chez Lipps, dans la théorie de la connaissance, la logique, l'esthétique, mais aussi la Kunstwissenschaft, l'éthique et les sciences du langage.

Cette journée d'étude est sans doute la toute première rencontre scientifique spécifiquement consacrée à Theodor Lipps. Réussissant bon nombre des spécialistes de l'auteur, elles devrait permettre de faire le point sur l'état actuel de la recherche, qu'il s'agira d'appréhender dans sa diversité thématique et méthodologique. Malgré sa brièveté, elle se composera de trois sessions dont l'objectif est de couvrir le spectre le plus large possible des études lippsiennes. La première session sera consacrée à l'éthique et aux sciences du langage, deux aspects de la pensée lippsienne qui n'ont pour ainsi dire encore jamais été étudiés. Plus précisément, on s'intéressera à la réinterprétation lippsienne de l'éthique kantienne et à l'importance des conceptions « empathiques » du langage. La deuxième session portera sur les questions d'esthétique et de science de l'art, en l'espèce, sur le lien peu connu que Lipps a entretenu avec l'histoire de l'art et sur sa contribution essentielle à l'esthétique de l'espace. Enfin, dans la troisième session, il sera question de psychologie, de théorie de la connaissance et de logique, trois problématiques étroitement imbriquées dans la pensée lippsienne. Les intervenants aborderont ici successivement le rapport de Lipps à la tradition brentanienne, son lien avec Husserl et le rôle des sentiments dans sa conception de l'épistémologie.

D'une manière générale, cette journée s'adresse à tous ceux, historiens des sciences, philosophes, psychologues, esthéticiens, historiens de l'art, mais aussi linguistes, neuroscientifiques ou simples curieux, qui manifestent un intérêt pour la pensée de Lipps, son contexte intellectuel, ses prolongements dans la recherche philosophique et scientifique actuelle.

Programme

9:30-10:00  Accueil et présentation, DAVID ROMAND (Paris) & SERGE TCHOUGOUNNIKOV (Dijon)

I. Ethique et sciences du langage

Président : MICHEL ESPAGNE (Paris)

  • 10:00-10:30  Microcosme et miroir. Considérations sur l'éthique de la personnalité chez Theodor Lipps, FAUSTINO FABBIANELLI (Parme)

10:30-10:45 Discussion

  • 10:45-11:15  L’approche "empathique" du langage chez Lipps et dans la   linguistique psychologique de son tempsSERGE TCHOUGOUNNIKOV (Dijon)

11:15-11:30 Discussion

11:30-12:00  Pause

    II. Esthétique et science de l'art

Président : RICCARDO MARTINELLI (Trieste)

  • 12:00-12:30  Theodor Lipps : de l’esthétique à l’histoire de l’art, MICHEL ESPAGNE (Paris)

12:30-12:45 Discussion

  • 12:45-13:15  L’esthétique de l’espace chez Theodor Lipps, MILDRED GALLAND-SZYMKOWIAK (Paris)

12:15-13:30 Discussion

13:30-14:30  Déjeuner

III. Psychologie, théorie de la connaissance, logique 

Président : FAUSTINO FABBIANELLI (Parme)

  • 14:30-15:00  Theodor Lipps and the School of Brentano, RICCARDO MARTINELLI (Trieste)

 15:00-15:15 Discussion

  • 15:15-15:45  Lipps et Husserl, NATALIE DEPRAZ (Rouen & Paris)

15:45-16:00 Discussion

16:00-16:30  Pause

  • 16:30-17:00  Sentiments épistémiques et épistémologie affective chez Theodor Lipps, DAVID ROMAND (Paris)

  17:00-17:15 Discussion

17:15   Discussion générale et conclusion 

Présidentes :NATALIE DEPRAZ (Rouen & Paris) et MILDRED  GALLAND-SZYMKOWIAK (Paris) 

Organisation

  • David Romand
  • Serge Tchougounnikov

en collaboration avec le Centre Interdisciplinaire Textes et Cultures (CPTC), et le soutien de l'UMR 8547 "Pays Germaniques" et de l'UMR 7172 THALIM

 

19 septembre 2016

Université de Bourgogne, Dijon

Accès : UFR Lettres et Philosophe

 Bâtiment Droit-Lettres
 Université de Bourgogne
 4, boulevard Gabriel – 21000 Dijon

 (le numéro de la salle sera précisé ultérieurement)

Contacts

david_romand@hotmail.fr  et  serge.tchougounnikov@yahoo.fr

Lieux

  • Salle du Conseil des Lettres - UFR Lettres et Philosophie, Bâtiment Droit-Lettres, Université de Bourgogne 4, boulevard Gabriel
    Dijon, France (21)

Dates

  • lundi 19 septembre 2016

Mots-clés

  • Theodor Lipps, psychologie, théorie de la connaissance, philosophie de l'esprit, conscience, esthétique, empathie, Einfühlung

Contacts

  • David Romand
    courriel : david_romand [at] hotmail [dot] fr
  • Serge Tchougounnikov
    courriel : serge [dot] tchougounnikov [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • David Romand
    courriel : david_romand [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Theodor Lipps (1851-1914) : l'œuvre, son contexte et sa postérité », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 10 août 2016, http://calenda.org/374780